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Ils avaient à leur disposition les troupes de la maréchaussée, qui répondaient à notre gendarmerie actuelle.
Le prévôt se vantant d'aller provoquer Montbrun jusque dans son château, s'arrêta dans le bourg de Raillanette où il s'empara d'un des gens de Montbrun qu'il supposait y avoir été envoyé en qualité d'espion. Montbrun fait dire au prévôt qu'il lui assigne un rendez-vous à moitié chemin de Raillanette et de son château. Le prévôt s'y rend et Montbrun l'arrête et renferme dans les prisons de sa forteresse. Le lieutenant du prévôt, le procureur et les archer?, tout le mondeest pris, maisilssontrelàchés après quelques jours. Le prévôt seul fut gardé prisonnier. A ce moment, Gastelnau de Clermont était encore lieutenant général en Dauphiné. 11 parait qu'il ne fît pas mine de tirer vengeance de cette insulte. Aussi le duc de Guise en pritil prétexte pour le révoquer et nommer à sa place Biaise de Pardaillan, seigneurde Lamothe- Gundrin, chevalier de l'Ordre et capitaine de cinquante hommes d'armes. ( 1) J'ai dit plushaut que là-dessus les Etats avaient protesté. Le Parlement se fit tirer l'oreille et ne consentit à enregistrer les lettres de provision que « provisoirement et sans tirer à conséquence ». Quant à Montbrun, qui savait à qui il allait avoir affaire, car il avait servi en Piémont sous les
(1) Il fut pendu à Valence, le 27 avril 1562. Une gravure du Kecucil de Torterel et Périssin représente cet assassinat.
ordres de Lamothe-Gondrin, il enrôlait des soldats et se préparait à une vigoureuse défense. Le premier acte de Lamothe-Gondrin fut de réclamer de Montbrun la mise en liberté du prévôt, proclamant que si Ton n'y faisait droit, il viendrait le délivrer a la tète d'une armée. L'argent pour payer ses sol dais Taisait défaut a Mont brun, il songeait à céder et à quitter U France, quand un avocat, Guillotin de Vaurias, vint, au nom des réformés du Comtat Venaissin, lui promettre leur concours. On convint d'attaquer MalauBsène et Vaison. Guillotin se chargeait, dans la nuit du 6 août, de surprendra Vaison, et Monthrun s'était réservé Malaussène qu'il emporta à la tête d'environ huit cents hommes. Guillotin, malade, fit échouer l'entreprise sur Vaîson en laissant à la municipalité le temps de s'y mettre en défense. Le vicelégat surpris, avait auprès de lui, à Avignon, Laurent, cardinal Stram, évèque de Béziers; il le chargea d'amuser les huguenots par un semblant de négociations, et celui-ci leur députa Panisse d'Àubignac et d'Àncezune de Gaderousse, deux des plus grands seigneurs du Comtat, pour s'enquérir du motif de cette agression en terre pontificale, À la faveur des pourparlers, Louis des Bulbes de Berton, seigneur de Grillon, et Riperlde Novczan devaient pratiquer les catholiques et chercher aux remparts do Mafaussène les points faibles pour y donner l'assaut.
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Montbrun, averti, fit arrêter les députés, puis il les laissa aller, mais en retenant Grillon et Novezan. Le vice-légat ayant demandé du secours à Lamolhc-Gondrin et appuyé cette requête d'un subside de 12,000 écus pour solder ses troupes, celui-ci vint attaquer Montbrun à Bolennes, mais il se fit battre, et il fallut encore parlementer. C'était le moment où Maligny et Mouvans se disposaient à tenter un coup demain sur Lyon. Montbrun qui en était avisé, et dont les soldats pouvaient être plus utiles à Lyon que dans le Gomtat, se montra disposé à entrer en arrangement. On convint d'abord d'un échange de prisonniers, puis Montbrun accepta, après avoir licencié ses soldats, de quitter le royaume après avoir vendu tous les biens qu'il y possédait. Tout à coup, Montbrun se plaint que le traité est violé, que les soldats congédiés sont attaqués et emprisonnés, et à la tôte de deux cents hommes qu'il avait conservés auprès de lui, il assaille et prend Vaupierre où il fait massacrer les prêtres et les religieux en déclarant qu'il les tient pour responsables de l'infraction au traité. Lamothe-Gondrin, tombé dans une embuscade, essuie un nouvel échec, mais rejoint par le comte de Tende, qui lui amenait du renfort, il en impose tellement aux compagnons de Montbrun, sans les combattre, que ceux-ci se dispersèrent en abandonnant leur chef. Montbrun était dans un village nommé Busquet, avec sa
femme et un jeune avocat, Mathieu d'Antoine, qui lui servait de secrétaire. Soit qu'il fut vendu aux catholiques, soit qu'il voulut mériter leur pardon, Mathieu exhorta les habitants du village à se rendre maîtres du chef des huguenots. A la tête d'une troupe d'hommes armés, il pénétra dans une salle basse où se tenait Montbrun et le saisit par la chaîne d'or que, selon la mode de ce temps, celui-ci portait au cou. Montbrun renversa le misérable, sauta par la fenêtre et se perdit dans la campagne où il réussit à échanger ses vêtements qui l'avaient fait reconnaître contre ceux d'un paysan. Sa femme, nièce du cardinal de Tournon, qu'il laissait aux mains de l'avocat et de ses satellites, fut mise en liberté, après avoir été dépouillée de ses bijoux, de son argent, de ses chevaux et de tout ce qu'elle emportait avec elle. Elle aussi échangea les vêtements de sa condition contre ceux d'une femme de la campagne, et parvint, après mille péripéties romanesques, à retrouver Montbrun. Tous deux ne pensèrent plus dès lors qu'à passer la frontière. Mais d'Antoine surveillait, et certain que Montbrun cherchait à gagner la Savoie par certains passages qu'il connaissait, il en avisa Lamothe-Gondrin, en lui indiquant les moyens de se rendre maître de lui. Le lieutenant général lui répondit de s'en charger lui-même, ce qui a donné lieu de penser qu'il ne tenait nullement à apporter au bourreau la tête d'un
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aussi vaillant homme, l'un de ses anciens capitaines. D'Antoine, malheureux jusqu'au bout, laissa passer devant lui une troupe de villageois qui allaient de Dauphiné en Savoie vendre du pain qu'ils fabriquaient dans leur village : Montbrun et sa femme étaient dans leurs rangs. Ils atteignirent Genève sans être inquiétés.
Le premier roman de la vie militaire de celui qu'amis et ennemis connaissaient sous ce noble surnom : le brave, avait coïncidé avec la tenta tive faite sur Lyon parMalignyetMouvans. J'ai voulu poursuivre jusqu'au bout l'odyssée de Montbrun, mais je ne parlerai des événements de Lyon qu'à leur date, et je reprends le récit des faits dans leur ordre chronologique et méthodique.
Nous avons laissé François II à Romorantin, prenant à bien petites journées le chemin de Fontainebleau où la Cour devait fixer son séjour. On le trouve le 10 juin à Chateaudun, d'où il devait partir le lendemain pour Pontgouin. Le cardinal de Lorraine écrivant de Chateaudun, le 10 juin, au duc de Nevers, lui annonce ce départ : « Le roy part demain pour » aller à Pontgoingt, attendant toujours sa » résolution des affaires d'Ecosse et d'Angle- » terre, pour, selon icelles, se résouldre aussi » du chemin qu'il tiendra au partir dudict Pontgoingt ». Fontainebleau n'était pas, d'après cela, l'objectif certain. On flottait, en attendant
les nouvelles d'Angleterre; et peukêtre les Guises projetaient-ils, pour suivre les événement de plus près, de se rapprocher du littoral. Quoiqu'il en soit, le départ pour Pontgouin fut ajourné, François II était encore le 10 juin à Ghateaudun, puisque c'est de ce lieu qu'il date une lettre par laquelle il demande au Prévôt des marchands et aux échrvins de Paris de lui prêter 456,000 livres tournois pour payer les dettes de Henri IL Mais il était à Pontgouin le 20, le 21 et le 22 juin. Il écrit de là, le 22, à t'évèque de Limoges, son ambassadeur en Espagne, pour lui prescrire de faciliter au sieur de Mo range la mission qu'il lui a donnée de lui ramener « quelques beaulx jeunes chevaulx dTEspaigne », François II se transporta de là à Saint-Léger où il signale sa présence, le 30 juin, par les lettres de provision de TotTice de chancelier de France en faveur de Michel de l'HospitaU et par une déclaration interprétative de Fédit d'abolition générale pour fait de religion m ce qui concerne les officiers et magistrats; il y est réservé la peine de suspension et de privation des offices contre tes magistrats et officiers qui l'auraient encourue. Le I"1" et le 2 juillet, François II était encore à Saint-Léger, Pendant ce temps (3 juillet) le Parlement qui craignait *ans doute que Paris ne servit encore de centre h quelque nouvelle conspiration des réformés, ordonnait aux lieutenants civil et criminel de visiter ou faire visiter par b's
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Conseillers au Ghatelet les hôtelliers de trois jours en trois jours. Le H juillet le roi est au château de Dampierre, et le 22 à Fontainebleau (1), d'où il écrivit, ce même jour, au duc d'Aumale pour se plaindre des vexations que sa compagnie d'hommes d'armes exerce contre les populations de la Bourgogne, etlui ordonner de punir les coupables.
J'ai déjà dit que Ton s'était montré assez indécis sur l'endroit où, vu les circonstances présentes, le roi fixerait sa résidence. Ecrivant le 28 juillet à l'évêque de Limoges, ambassadeur en Espagne, le cardinal de Lorraine lui donne les raisons pour lesquelles on a choisi Fontainebleau : « Encores que, Dieu mercy, les » affaires de ce royaulme soient en meilleur » estât qu'elles n'estoient, si est ce qu'il n'y a » point d'assurance, pour y avoir tant de per- » sonnes imbues de ces oppinions, qu'on ne » scayt à qui se fier ni de qui s'asseurer. Gela » Ta faict venir en ce lieu de Fontainebelleau, » où il se délibère avec l'aide de ses bons ser- » viteurs, donner quelque bonne provision à ses » affaires et y establir un si bon ordre en toutes » choses qu'il se puisse décharger de la peine » et de Tincertitude où il a vescu depuis quel- » ques mois ; chose qui ne se peut faire en peu
(1) Catherine de Médicis était le 17 janvier à Saint-Germainen-Laye d'où elle écrit au maréchal de Montmorency pour l'inviter à venir sans faute l'y retrouver le lendemain. Rien ne prouve que François II ne fut pas pendant ce temps à Fontainebleau.
» de jours, comme vous pouvez penser : de » façon qu'il ne faict pas un compte d en partir » de trois ou quatre mois, qui pourra estre vers » la fin d'octobre ». — « Nous sommes icy en » lieu où nous vivons doulcement » écrit le même jour au même ambassadeur Florimond Robertet, seigneur de Fresne, secrétaire d'Ktnt, pour commander au Prélat ^ deux paires de chausses (bas) de soie « une paire de bleu Tur- » quin dontlacouleursoytforLazurée etquelles » soient ung peu longuettes, et une autre paire » d'incarnatte, de ces belles soies qui viennent » de Grenade «.Plaisante commission à donner à un évèque et a un ambassadeur !
Jusqu'à rassemblée des notables, le roi ne quitte Fontainebleau que pour faire deux déplacements sans importance que je signalerai à leur date. Je vais donc m'attachera François II et à ses actes publics jusqu'au jour où, avec cette assemblée, nous rentrerons dans le domaine de la politique générale et de l'histoire proprement dite du règne.
Le 25 juillet, le roi publie un édit confirmatif de ceux du 24 février 1510 et du 12 février 1553 sur l'administration des hôpitaux, maisons- Dieu, maladreries, aumoneries et léproseries. Le 29 il signe des lettres patentes qui, renouvelant au profit de Claude Grippon de Guillion, écuyer, seigneur de Saint-Julien, les privilèges précédemment accordés par Henri II au sieur de Roberval, autorisent Saint-Julien à recher-
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cher, ouvrir et exploiter toutes les mines «d'or, d'nrgent, fer. acier et cuivre » et autres substances précieuses ou non qu'il pourra découvrir dans toute retendue du royaume, à charge par lui de désintéresser les propriétaires des terrains qu'il occupera. Le 30 juillet le roi adresse au connétable une lettre close pour l'inviter à assister à l'assemblée, qui se tiendra à Fontai- | nebleau; et le cardinal de Lorraine écrit de son coté, comme un autre roi de France, à Montmorency « un petit mot de lettre... qui n'est » que pour accompaigner celle du roi, pour » vous trouver en ce lieu avant le XX° du moys » prochain, qui est le jour qu'il a pris et résolu » pour faire l'assemblée de tout son conseil ». Ce fut également pendant les derniers jours de juillet que l'Hospital fit signer au roi redit connu sous le nom d' « Edit des secondes noces », sage mesure qui ne fait pas moins honneur que l'édit de Romorantin, aux lumières età la haute sagesse du chancelier. Portant remède à des abus, à des scandales, source de nombreux procès qui divisaient et ruinaient les familles, cet édit célèbre interdisait aux femmes veuves ayant des enfants, qui se remariaient, de donner « de leurs biens meubles, acquêts ou propres» à leurs nouveaux maris, aussi bien qu'à leurs parents ou aux enfants qu'ils auraient déjà, c'est à dire rien de plus qu'une part d'enfant; ot dnns le cas où les enfants seraient inégalement pnrtagés, une part équivalente à celle du
moins bien partagé de tous- Autres édita publiés pendant le même espace de temps : sur Tuudi tion des comptes des octrois par h\ Chambre des comptes; édît enjoignant aux gouverneurs des provinces, à leurs lieutenants et aux baillis de s'astreindre à la résidence et d'exercer leurs offices en personne; édit défendant de lever aucune imposition sans l'exprès consentement du roi.
Le 5 août, en même temps qu'il avise le Parlement qu'il y a lieu de craindre une sédition à Paris, le roi publie une déclaration, ou pour mieux dire, une nouvelle édition de la déclaration, souvent renouvelée, qui défend de porter des armes a feu sous peine de mort; édit portant que tous les arrêts seront exécutés sans placets ni visa; édit sur l'exécution des sentences arbitrales, dont l'appel sera porté devant les cours souveraines; édit portant que tous les différends entre marchands pour faits de leur commerce, que les demandes en partage et les comptes de tutelle seront jugés par des arbitres. François 11 est, le 9 août, à Chailûaiî d'où il écrit au duc d'Auraale une longue lettre pour lui prescrire de licencier une partie des compagnies des ordonnances qui sont en Bourgogne. François II entend que pour les mois de septembre et d'octobre, époque h laquelle on fera la montre ou revue des compagnies, elles ne conservent que la moitié de leur effectif, « avec deux des chefs, et leurs armes