PEYRON
« M. Tabbé de Bernis, m'a dit qu'il avoit prié M. Wa- « lelet, il y a un an, de vous offrir le dessein arresté « de cette composition qu'il avoit envoyé à l'Acadé- « mie. Depuis ce temps-là il n'a pas eu réponse à ce « sujet; il a l'honneur de vous l'offrir de nouveau. »
Peyron s'attachait surtout à étudier les grands maîtres delà peinture historique et les chefs-d'œuvre de la sculpture antique. De retour à Paris en 1783, il fut agréé à l'Académie ^ et reçu définitivement en 4787. Son tableau de la mort de Socrate, qu'il peignit pour le Roi et qui fut exposé au Salon de 1789, fut pour lui l'occasion d'un triomphe ; il en a gravé la composition à l'eau-forte. .
Peyron avait été nommé, en 1786, inspecteur delà manufacture des Gobelins, et chercha à y rétablir le
* Voici la lettre par laquelle il annonçait à M. d'Angiviller sa réception à l'Académie :
Monsieur,
Je n'ai pas pu hier soir avoir l'honneur de vous faire part d'une nouvelle qui me comble de satisfaction. -T'aurois désiré être le premier à vous Tannoncer. Vos bontés et ma reconnoisance m'en prescrivoient l'ordre. La fatigue de cette journée accablante et ma mauvaise santé qui me poursuit toujours m'en ont empêché. J'espère que Socrate se ressentira du calme que je dois naturellement attendre d'une situation moins inquiétante pour ma tranquilité malgré vos bontés à juger mes talents être de nature à ne souffrir aucune difficulté dans cette circonstance , la connoissance des grands maîtres et le témoignage de ma propre conscience à cet égard me rendoient trop timide aux aproches du pas que j'ai heureusement franchi. J'ignore les détails de ma réception, mais je ne crois pas qu'elle ait été absolument unanime. Ma sensibilité en souffriroit beaucoup si je n'étois persuadé que différents intérêts peuvent en être le motif. Je désire, monsieur, que vous puissiez avoir mon tableau, et votre jugement ainsi que celui des personnes qui sçavent penser me flattera davantage et sera encore plus prétieux pour moi que celui dont je jouis des effets.
Je suis avec un profond respect, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,
Peyron.
Cette lettre fait partie des collections de la Bibliothèque nationale. Fonds français, 2773-2774.
goût des sujets sérieux et classiques. Comme beaucoup d'artistes, il dut, pendant la Révolution, chercher dans les dessins pour la librairie une ressource. C'est à cette circonstance que nous devons les compositions classiques, mais bien froides et bien peu gracieuses, ànTemplede Guide, de Montesquieu (1796). Nous avons vu ces dessins à la sépia ; ils sont comme miniatures et d'un terminé remarquable. Peyron dessina une seconde série sur les mêmes sujets, gravée dans un format plus restreint, mais qui ne les rend pas meilleurs ; les figures d'un Créhillon, paru la même année, et les dessins pour la tragédie de Mithridate, exécutés pour la grande édition de Racine^ publiée par Didot, sous la direction artistique de David, complètent sa part de collaboration à l'illustration des livres.
Il est mort à Paris le 22 janvier 1814.
Montesquieu {OEuvres de). — Paris, Plassan, 1796. — 5 vol. in-4o, ûg.
Les dessins de Peyron, joints à ceux de Moreau, Chaudet et J. Vernet. — Vente faite en 1824. — 310 fr.
6 dessins in-4», pour le Temple de Guide, à la plume et à la sépia, signés. — Chez M. le docteur CUSCO.
Crébillon [Œuvres de). — Paris, Didot, 1796. — 2 vol. iii-8°, fig.
Un exemplaire en grand papier, mar. r., contenant les dessins originaux. — Vente du comte de la Bédoyère (1837). — 136 fr. — Vente de Soleinne.— 160fr.
Salluste...
2 dessins in-fol. — Vente Renouard. — 15 fr.
Racine [Œuvres de Jean). — Paris, Pierre Didot, 1801. — 3 vol. in-fol.
Un exemplaire imprimé sur vélin auquel étaient joints les 57 dessins originaux, dont ceux de Mithridate, par Peyron. —Vente Firmin-Didot (1810). — Retirés de la vente et dispersés depuis.
PICARTrBERNARD
Bernard Picart est le fils d'Etienne Picart, graveur, surnommé le Romain parce qu'il séjourna longtemps en Italie, et aussi pour le distinguer d'une foule de Picart qui s'occupaient également de gravure quand il revint à Paris. Il jouissait d'une grande réputation, gravant de grands portraits dans la manière de x\anteuil, et on lui doit le dessin et la gravure du frontispice de l'édition originale des Maximes de la Rochefoucauld. On lui a reproché de laisser trop dominer l'eau-forte dans quelquesunes de ses estampes, ce qui les rend d'un aspect un peu dur. Néanmoins ses ouvrages sont encore recherchés des amateurs à cause de la « fermeté de son outil ».
Son fils Bernard, né à Paris le 11 juin 1673, profita des leçons et des exemples de son père, et ne larda pas à se faire une brillante réputation comme dessinateur et comme graveur, grâce à une grande facilité d'invention et à une remarquable habileté de main. Elève de Sébastien Leclerc, il commença
par graver de grandes planches d'après les maîtres, comme son père, et donna de nombreux dessins pour la librairie dont il faisait également la gravure. On a de lui, de cette époque, une suite de Portraits de princes et de princesses français (1702), des Costumes français et étrangers (1706), des figures pour un Virgile, pour les Métamorphoses d'Ovide (1708), avant-goût de sa grande illustration sur les mêmes sujets, et celles de la traduction de Y Iliade d'Homère par M"^ Dacier (1710). Il dessinait aussi dans sa jeunesse, dit Mariette, et parce qu'il était dans le besoin, des sujets plus que légers pour le miniaturiste Klingstet, qui, du reste, les payait fort mal, et gardait tout le profit pour lui.
C'était dans les dernières années du règne de Louis XIV. A cette époque, les guerres que soutenait la France l'avaient appauvrie et les arts y languissaient. Bernard Picart prit le parti de quitter son pays et d'aller s'établir en Hollande, où on lui faisait espérer des travaux lucratifs. Il décida même son père, extrêmement âgé déjà, à l'y suivre, et c'est, en effet, à Amsterdam que ce dernier est mort, en 1721, âgé de quatre-vingt-dix ans.
Bernard Picart s'établit à Amsterdam dessinateurgraveur, et même marchand d'estampes, et les libraires de cette ville s'empressèrent de lui proposer de grands travaux. L'imprimerie hollandaise avait eu pendant tout le siècle précédent une grande activité et ses produits un immense succès, dû à leur beauté autant qu'à leur correction; ce succès continuait, et