‹ Les dessinateurs d'illustrations au dix-huitième siècleChapitre 17 sur 60 · PIERRE · texte numérisé non relu

PIERRE

« frères ; vous connaissez les bons auteurs fran- « çais; vous entendez les poètes latins, que ne les <( lisez-vous donc? Ils ne vous donneront pas le « génie, parce qu'on l'apporte en naissant, mais ils <( vous remueront, ils élèveront votre esprit, ils dé- « gourdiront un peu votre imagination. . . . » Et le critique peu mesuré termine en disant qu'après avoir exposé quelques bons morceaux à son retour d'Italie, il a toujours été en dégénérant; que sa morgue s'est accrue à mesure que son talent s'est perdu, et que c'est aujourd'hui le plus vain et le plus plat des artistes.

L'œuvre la plus considérable de Pierre^ avec ses peintures décoratives pour le duc d'Orléans, est le plafond de la chapelle de la Vierge, à l'église Saint- Roch, dont le curé lui confia l'exécution. Ce travail fit grand bruit. M"°^ de Pompadour, et tout Paris après elle, vinrent le voir. L'œuvre fut très-admirée, et ce succès lui valut la place de premier peintre du Roi, qui devint vacante vers cette époque par la mort de Roucher. Son premier acte fut la suppression de l'Académie de Saint-Luc, sorte de cénacle rival de l'Académie royale, et oii trouvaient asile trop de médiocrités. Il fut aussi nommé sur-inspecteur des Gobelins, et fit, dans ces diverses situations, prévaloir ses impérieuses volontés et son caractère dominateur, qui l'avaient fait plus craindre qu'aimer.

Une fois parvenu aux honneurs, Pierre trouva comme au-dessous de sa situation de peindre ; aussi se fit-il beaucoup d'ennemis et de jaloux. Pidansat

de Mairobert rapportait que les artistes n'étaient pas contents du directeur de l'Académie, auquel ils reprochaient beaucoup de morgue et d'importance. (( Il se croit obligé, disent-ils, de donner des au- « diences, d'aller à la cour, de ne pas manquer le « lever du roi. Cependant, la principale affaire d'un « peintre est de composer des tableaux. Yanloo trace vaillaitles dimanches comme les autres jours, sans (( que Sa Majesté s'en aperçût, et son lever ne s'en « faisait pas moins bien. »

Joseph Yernet dit aussi de lui, dans une lettre adressée à Desfriches, au sujet de tableaux anciens qu'il aurait dû acheter pour le Mu^ée ro}^al : « Mais on a affaire à une bûche pétrifiée, autrement dit M. Pierre, qui ne sent et ne distingue rien. »

Comme dessinateur de vignettes, Pierre a fait des dessins pour un Salluste (1742); les dessins d'une série de beaux vases de formes chantournées et dédiés à M™^ Geoffrin, qui ont été gravés par son ami Watelet (Raccolta di vasi, 1752) ; ceux des deux éditions in-4° et in-12 du poëme de Y Art de jieindre, de ce dernier ; le dessin du frontispice du Corneille^ commenté et édité par Yoltaire ; enfin une série de figures pour le roman allégorique de Sylvie^ du même Watelet, oii les personnages ont des noms supposés dont la clef nous est inconnue et le voile assez difficile à soulever. Nous sommes édifiés, en revanche, sur les jolies figures dont l'auteur a pris soin de le faire orner, par le catalogue de VOEîivre de Cochin : « Svlvie, roman de M. Watelet,

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