‹ Les dessinateurs d'illustrations au dix-huitième siècleChapitre 18 sur 60 · PIERRE · texte numérisé non relu

PIERRE

« in-8, Prault, 1743. Quatre vignettes de jeux d'en- « fants, dessinées par Pierre , gravées par Cochin « fils ; neuf estampes de grandeur in-8 pour le même « ouvrage, dessinées par M. Pierre, dont huit gra- « vées à Teau-forte par le même peintre, auxquelles « M. Cochin fils a donné quelques touches en diffé- « rens endroits sur le vernis, avant que de les faire « mordre, et a fait ensuite quelques reprises au hu- <( rin dans les endroits manques à Feau-forte. La « neuvième estampe, dont le sujet est la Timidité (( iVAminte, est gravée entièrement par Cochin « fils. »

Ajoutons que Pierre a gravé aussi à Feau-forte une série de Figures du bas peuple à Rome (17o6), de gracieux frontispices d'ouvrages sur la peinture, et, d'après Subleyras, quatre estampes de sujets tirés des Contes de la Fontaine : Frère Luce, les Oies de frère Philippe, le Faucon et la Courtisane amoureuse. Pierre faisait de fréquents séjours au Moulin-Joli, la propriété de Watelet, et Fon retrouve des eaux-fortes exécutées par eux deux in villa moletrinœ. Il est mort, comme son ami Watelet, en 1789 (le lo mai).

Douze croquis de groupes d'enfants (pour VArt de peindre?), pour vignettes et culs-de-lampe, au crayon ou à la plume, lavés d'encre. (Catalogue Paignon-Dijonval.)

(jEANINE-ANTOIISETTE POISSON, MARQUISE De)

Par son goût pour les arts et sa sollicitude pour tout ce qui y touchait, M""^ de Pompadour a exercé sur eux et sur les artistes dont elle s'était instituée la protectrice et l'amie, une telle influence, qu'il nous serait impossible de la passer sous silence et de ne pas lui consacrer quelques lignes, quand bien même elle ne se serait pas elle-même occupée de dessin. Mais, au contraire, non contente d'encourager l'art, elle s'y est adonnée ; la gravure à l'eau-forte surtout l'a passionnée, ^a Suite d'estampes réunie en un volume, et sa pièce gravée pour la tragédie de Rodorjune, justifieraient, s'il en était besoin, la place que nous accordons ici à cette intéressante physionomie.

Poisson, fournisseur des vivres de l'armée, compromis par des malversations, plus tard écuyer attaché aux écuries du Régent, était des environs de Langres. Il avait épousé la fille du boucher des Invalides, personne d'une grande beauté, mais d'une conduite peu régulière ; et c'est de ce mariage que

M'^'^ DE POMPADOUR. olo

serait née, en 1720, Jeanne-Antoinette. Beaucoup de ses contemporains la disaient pourtant fille du fermier général Paris de Montmartel, et d'autres de Le Normant de Tournehem, dont les relations avec ^£me Poisson u'étaicut un secret pour personne. Pourtant nous devons constater que, dans les lettres adressées par elle à Poisson, elle le traite réellement comme son vrai père, le met au courant de tout ce qui peut l'intéresser, et ne se départ pas d'un ton d'affection très-réel. Le Normant de Tournehem, il est vrai, s'intéressa toujours aussi comme un père à la jeune fille, lui fit donner une éducation distinguée, lui inspira de bonne heure le goût des arts, et, finalement, la maria à un de ses neveux, Le Normant d'Etiolles.

Elle était alors dans tout l'éclat de ses vingt ans. Depuis longtemps déjà sa mère avait l'idée, à ce que rapporte Voltaire, à qui elle en avait fait la confidence, de faire de sa fille la maîtresse de son jeune souverain et disait volontiers, du reste, que sa fille était un morceau de roi. Elle leur ménagea elle-même les premières entrevues ^ ; mais ne nous occupons ni de ses amours, ni de son influence et de son rôle politique; bornons-nous à raconter l'artiste.

1 Soulavie, dans ses Mémoires historiques sur la cour de France, raconte que Mme de Pompadour se trouvait souvent en jurande toilette, sur le passage du roi, qui chassait dans la forêt de Sénart, proche du château d'Etiolles, qu'elle habitait. Le roi la remarqua, et un jour, sous prétexte de chercher un abri de l'orage, il vint au château, apportant à M. d'Etiolles un magnifique bois de cerf, que celui-ci, très-flatté, s'empressa de mettre dans son salon.

Avec son goût très-vif pour les arts, M"'^ de Pompadour revendiqua bientôt la direction du mouvement artistique ; elle avait fait appeler à la surintendance des bâtiments l'oncle de son mari, Le Normant de Tournehem, qui lui était, on l'a vu, tout dévoué, et par ses mains elle régentait à sa guise, mais d'une manière fort intelligente du reste, les meilleurs artistes de son époque. Elle protégeait Yien et Bouchardon, prenait des leçons de Boucher, et lui demandait, outre de nombreux tableaux destinés à ses résidences, des compositions dessinées qu'elle gravait ensuite.

Pour continuer à garder cette influence sur les beaux-arts et à les faire fleurir, elle avait imaginé d'obtenir du roi pour son jeune frère, qu'elle aimait tendrement, la survivance du poste de directeur des bâtiments et de surintendant des menus-plaisirs. Abel Poisson^ adolescent aussi beau, a dit M'"^ du Hausset, que sa sœur était belle , avait alors vingt ans. Son nom roturier fut immédiatement changé en ce lui, mieux sonnant, deYandières, et, comme un futur directeur des beaux-arts devait au moins en connaître et en apprécier les chefs-d'œuvre, elle l'envoya en Italie pour lui ouvrir les yeux, bien accompagné, de Soufflot, qui devait lui faire apprécier l'architecture, de Cochin, qui resta toute sa vie son ami, dont le lot était la peinture, et de l'abbé Leblanc, pour l'antiquité.

Il faut lire dans les lettres nombreuses , encore inédites, qu'elle écrivait pendant son voyage, de 1 749

à 1732, à son frérot, comme elle l'appelait, les conseils qu'elle lui donne sur la conduite qu'il doit tenir dans lemonde,et en particulier avec les princes, sur la discrétion qu'il doit observer, sur l'amabilité qu'il doit avoir envers tout le monde. Elle lui annonce que M. de Tournehem accordera les étrennes qu'il demande pour son petit Cochin ; et puis ce sont des réflexions sur le théâtre que le duc de Savoie veut construire à Turin, sur les portraits que Liotard, Boucher et Yanloo font d'elle. Elle n'oublie pas que Cochin lui a promis des dessins et les lui réclame ; elle s'informe du prix des tableaux de Joseph Yernet et charge, un peu plus tard, son frère d'en commander deux pour l'antichambre de l'appartement du roi à Bellevue ; et, brochant sur le tout, les cancans de la cour, mais surtout les cancans artistiques, les lubies du pastelliste Latour, la caricature de Yandières, que le roi a trouvée effroyable, la vente de son château de Bellevue au roi, les portraits de mesdames Sophie, Louise et Yictoire, enfin une constante préoccupation de tout ce qui intéresse les arts.

Pendant ce temps, elle dessinait et surtout gravait à l'eau-forte d'après les modèles que lui fournissait Boucher. Trois pièces, groupes d'enfants qui boivent et font des bulles de savon, sont ainsi gravées par elle, d'après les dessins de son maître [Pompadour sculpsit, 17ol). L'année suivante elle grave encore d'après lui une Vénus entourée d'Amours, des Satyres lutinant des N^jmphes et V Aurore faisant fuir la Nuit. Ces pièces sont exécutées avec goût et habi-

leté, et sans doute Cochin, de retour d'Italie, et qui était son professeur de gravure, a dii les retoucher.

C'était après la bataille de Fontenoy ; M"'*^ de Pompadour inventa, pour divertir et intéresser le roi, de faire graver sur pierres fines des compositions représentant les principaux événements de son règne. L'exécution des dessins fut confiée au peintre Yien et à Bouchardon, qui passait pour le premier dessinateur de Fépoque, et c'est à lui qu'il faudrait attribuer le dessin de la pierre gravée qui représente Louis XY dans un médaillon entouré de lauriers. Le Triomphe de Fontenoy fut dessiné par les deux artistes, mais c'est le dessin de Yien qui fut choisi pour servir de modèle à l'intaille ; puis vinrent la Victoii^e de Laicfeld, le Vœu de la France pour le rétablissement du Dauphin, gravés également d'après les dessins de cet artiste qui Ta représentée ellemême sous les traits de Minerve protégeant la cjramire, etc..

C'est riiabile graveur en pierres fmes Guay, qui a aussi dessiné quelques-unes de ces compositions, et en particulier Louis XV en Ap)ollon couronnant le génie de la peinture^ , qui les intaillait avec une incomparable finesse.

1' A propos de cette estampe où Louis XV est représenté tout nu et fort ressemblant, Soulavie a écrit dans ses Mémoires iiistoriqiies : a Cette indécence a fait demander quel garde du corps du roi et quel page lui avaient servi de modèle. On a répondu que c'étaient MM. de ***. Aussi des vers ont couru relativement à ces anecdotes secrètes. Ils ont prouvé au moins que M™c de Pompadour n'avait aucune notion des convenances. «

M""^ DE POMPADOUH. olO

Jacques Guay, le protégé de M'"^ de Pompadour, et qui gravait pour elle cette série historique de pierres fines, était né à Marseille en 1715. Il fit l'apprentissage de la joaillerie dans sa ville natale, et, venu ensuite à Paris pour se perfectionner dans le dessin et la gravure, entra dans l'atelier de Boucher et sut, tout en s'appropriant certaines qualités du maître, acquérir une correction précieuse pour l'exécution de ses charmants ouvrages. C'est en étudiant chez Crozat les quatorze cents pierres fines gravées antiques réunies par cet amateur, que sa vocation se décida. Il revint d'un voyage en Italie précédé par une grande réputation, et c'est alors qu'il fut choisi par la favorite, qui, maniant agréablement déjà le pinceau, le crayon, le burin et la pointe, voulait encore s'adonner à la gravure en pierres fines. La marquise prit Guay pour maître, installa son touret dans ses propres appartements, et lui commanda ces séries d'intailles qu'elle traduisait ensuite à l'eau-forte soit d'après les empreintes, soit d'après les dessins originaux, d'une main délicate et d'une fine pointe. Elle réunit plus tard ces pièces en un recueil sous le titre de Suite d'estampes cjravées à V eau- forte par la marquise de Pompadour, d'après les pierres cjravées de Guay , et elle en distribua les exemplaires à ses amis.

Nous avons vu que Vien avait dessiné plusieurs des sujets de cette curieuse série ; les portraits de la maréchale de Mirepoix, de la comtesse de Brionne, de Platon, de Marc-Aurèle et de Henri IV sont de

Guay, mais c'est Boucher qui en a fourni le plus grand nombre , surtout les sujets gracieux , tels que la Léda, le Génie de la musique, le Génie militaire, dont la pierre fut donnée à M. d'Argenson; l'Alliance de U Autriche et de la France, représentée par M""^ de Pompadour, composition exécutée pour complaire à Marie-Thérèse ; l'Amour et l'âme, l'Amitié, et r Amitié réunie à l'amour dans plusieurs agencements différents, La Naissance de monseigneur le Dauphin^ son portrait, le cachet du roi, cadeau de la favorite, les portraits du Dauphin et de la Dauphine, cette dernière flattée de ce qu'elle lui avait embelli les traits, et qui daignait depuis lors se départir de son ton élevé et de sa hauteur quand elles se rencontraient; d'autres encore sont également de la main de Boucher. La reproduction en fac-similé de ses dessins qui en a été faite, nous les montre très-fmement dessinés à la sanguine.

Le recueil, composé à l'origine de 52 planches, était fort rare, et les exemplaires conservés en portefeuille par la maréchale d'Estrées, seulement envoyés aux amis de la favorite. Toutefois le marquis de Marigny en avait conservé un certain nombre d'exemplaires d'anciens tirages, comme le témoigne cette lettre qu'il écrivait au baron de Joursanvault à Beaune , grand amateur de dessins, d'estampes et aussi de pièces historiques :

« A Paris, ce 4 février 1777. Vous n'aurez, Mon- « sieur, certainement point perdu pour attendre. Je « suis enfin débarrassé de la fièvre, et mon premier

« soin en entrant dans mon cabinet a été de m'oc- « cuper de ma promesse.

a L'œuvre de M""' de Pompadour, tel qu'elle l'a (( donné et tel que je l'ai donné aussi à plusieurs « personnes , n'est composé que de 52 planches ; « mais, comme elle en a fait plusieurs depuis, j'ai « riionneur de vous envoier un recueil qui en con- « tient 63, c'est le seul qui soit ainsy completté; il « y a, en outre, 3 estampes qu'elle a gravées d'après (( Boucher et 3 autres gravées d'après des tableaux « en yvoire. J'ai cru vous faire plaisir d'y joindre « les titres qui avoient été écrits à la main pour les (( 52 estampes qui composent le recueil tel qu'il a « été donné. Je vais faire encaisser ces deux re- « cueils, et je les envoirai aux carrosses de Bourgo- « gne, ainsy que vous me l'indiquez. Je serai fort « aise d'apprendre qu'ils vous sont arrivés en bon « état... J'ai l'honneur... etc. Le M^^ de Marigny*. »

Marigny avait été le légataire universel et l'unique héritier de sa sœur, qui n'avait distrait de ses collections que celle de ses pierres gravées qu'elle avait léguées au roi ; il possédait encore les cuivres gravés par la marquise, et, à la vente qui eut lieu après son décès (1782), Basan se rendit acquéreur pour 531 livres de ces planches et de 18 autres gravées postérieurement, et fit paraître sous le même titre, chez le libraire Prault, en 1782, une nouvelle édition

1 Cette lettre appartient à M. Eugène Piot, qui nous l'a gracieusement communiquée.

o22 LES DESSINATEURS D'ILLUSTRATIONS.

plus complète par conséquent que la première. C'est celle que l'on rencontre d'ordinaire ; et, comme le tirage en avait été primitivement assez restreint, les épreuves s'y trouvent encore fort bonnes \

On sait que M™® de Pompadour passe pour avoir imprimé de sa main la tragédie de Rodogune, de Pierre Corneille. Le marquis de Marigny avait ajouté à un exemplaire - de cette pièce la note suivante, écrite de sa main i « En 1760 , ma sœur eut la « curiosité de voir imprimer. Le Roi fit venir un « petit détachement de l'Imprimerie royale, et Ton « imprima dans sa chambre et sous ses yeux la pré- (( sente tragédie de Rodogune. Il a été tiré très-peu « d'exemplaires. Comme l'appartement de ma sœur (( était situé au nord, on a mis pour lieu d'impres- « sion au Nord. »

Si la favorite n'a pas fait gémir les presses ellemême, comme le prouve cette note de son frère, elle a du moins contribué à l'ornement de son livrer et, après avoir commandé à Roucher le dessin de la scène oii Cléopâtre vient de s'empoisonner et où Rodogune la montre à Antiochus :

Seigneur, voyez ces yeux,

Déjà tout égarés, troubles et furieux,

elle l'a remarquablement gravé pour servir de fron-

* M. Mehl signale la figure gravée, à Teau-forte, par M^ie de Pompadour, d'un opuscule intitulé : Voyage de Madame Adélaïde et de Madame Victoire en Lorraine. A Lunéville, 1761, pet. in-S».

2 Cet exemplaire a figuré à la vente du comte d'Ourches, en 1811,

M"»" DE POMPADOLR. 523

tispioe. Coeliiii, familier du palais, y a bien, il est vrai, ajouté quelques travaux de burin ; voici d'ailleurs la part de chacun indiquée par la légende placée au bas de l'estampe : F. Boucher i?iv. et delin. 17o9. Gravé à l'eau-forte par M" de Poinpadour. Retouché par C. N. Cochin.

M™® de Pompadour a encore gravé le portrait de l'abbé de Bernis, qu'elle lit ambassadeur et cardinal, et qu'elle appelait son Pigeon Patlu. Elle a reproduit plusieurs fois aussi sa propre image; c'est pendant qu'elle se dessinait ou se gravait elle-même que Voltaire, arrivant à l'improviste, aurait payé sa bienvenue de cet impromptu:

Pompadour, ton crayon divin Devait dessiner ton visage; Jamais une plus belle main N'aura fait un plus bel ouvrage.

On a attribué à M™® de Pompadour la gravure de quelques planches erotiques réunies sous le titre de : Mes Loisirs, dédiés à mes amis ^ petit recueil pour exciter la ferveur des fidèles aux matines de Cijthère par un amateur de V office, 1764. Certes, la favorite n'était pas prude, et celle qui écrivait au début d'une lettre au duc de Chaulnes :« Bonjour, mon cochon^» était bien capable de vouloir charmer par ces fan-

* Voici le commencement de cette lettre qui appartenait à Renouard : « Bonjour, mon cochon, vous avés bien raison et je dis « plus que jamais, ah qu'il est heureux d'estre chez lui. M"""" du « parlement m'empêchent d'en faire autant. Convenés que ce sont « de charmants personnages. Quand seront-ils remis à leur place. »

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taisies quelques moments d'ennui. Toutefois, comme l'ouvrage porte la date de Tannée de la mort de la marquise, nous voulons croire qu'il n'a été publié qu'après elle et par suite de quelque indiscrétion.

Le recueil, élégamment relié par Derôme, que nous avons vu, est rempli de ces charmantes pièces gravées au trait, d'un travail légèrement indécis et tremblé, mais dans un agréable sentiment des formes. Nous ne serions nullement surpris qu'elle en fût l'auteur ^

]y|me (jg Pompadour a été l'inspiratrice du goût et de l'art pendant ce qu'elle appelait « son règne;). C'est sous son influence, on peut le dire, et sous l'inspiration de son goût, que Carie Yanloo et Boucher ont peint, que Bouchardon , Coustou , Falconnet el Pigalle ont sculpté leurs marbres; que Cochin et Eisen ont dessiné, que Guay a creusé ses pierres fines, et chacune des œuvres de ces artistes porte vraiment le cachet Pompadour. Pour avoir une influence plus directe sur les arts, elle avait, dès 1745, fait renvoyer Orry, le vieux directeur des bâtiments royaux ^ qui n'aurait pu la suivre dans ses vues de réformes et dans les grands projets qu'elle méditait, et elle avait appelé, comme nous l'avons vu,

1 Au-dessous d'un groupe des Trois Grâces, on lit : « D'après F... B... {François Boucher), premier peintre de Cythère et de leurs altesses sérénissimes les Trois Grâces. »

- Ce titre répondrait maintenant à directeur général ou ministre des beaux-arts.

ronde de sonman,LeNormant de Tournehem, pour le remplacer. A sa mort, son frère, qui lui succédait, alors marquis de Marigny ', et qui fut peutêtre, parmi tous ceux qui ont dirigé les arts au x\uf siècle, le plus intelligent et le plus dévoué, continua à subir l'ascendant et à faire les volontés de sa sœur.

]\|me Je Pompadour était, du reste , entourée, comme nous l'avons vu, d'artistes expérimentés pour la guider dans ses projets, dans ses commandes et dans ses constructions. Coypel, Lépicié, Gochin étaient ses conseils habituels. C'est sur les inspirations de Soufflot qu'elle voulait assainir et embellir Paris, dégager Notre-Dame, reconstruire la Cité avec des balcons en terrasse regardant la Seine, déblayer les ponts couverts d'échoppes, créer des squares à l'imitation des Anglais, reconstruire l'IIôtel-Dieu, dégager le collège Mazarin et ouvrir une grande rue qui l'aurait mis en perspective du Luxembourg, achever le Louvre et construire une église sous l'invocation de la Madeleine repentante; tous travaux qui n'ont été exécutés que beaucoup plus tard ou qui sont encore à faire. Elle fut plus heureuse en faisant adopter à Louis XV le projet d'établir à Sèvres une manufacture de porcelaines d'oii sont sortis ces admirables tête-à-tête bleu de roi, ces services semés de roses sur le blanc laiteux de la

1 ]vimc de Pompadour avait acheté , pour son père , la terre de Marigny, à laquelle était joint le titre de marquis, que Vandières prit à la mort de leur père.

î)26 LES DESSINATEURS D'ILLUSTRATIONS.

pâte tendre, ces vases superbes ornés de peintures, orgueil des collections publiques et privées, et en faisant décider la construction de FÉcole militaire, qui fut confiée à l'architecte Gabriel, et celle de l'église Sainte -Geneviève dont fut chargé Soufflot.

M™^ de Pompadour avait le goût des constructions, et elle se dédommagea de l'abandon de ses projets d'embellissements publics en se faisant élever des palais, des châteaux dans lesquels elle donnait à son royal amant des fêtes intimes pour le désennuyer. Elle ne s'occupa jamais beaucoup de la terre de Pompadour, mais elle construisit à Versailles, sur un terrain donné par le roi, son habitation qui communiquait avec les jardins et le parc \ Elle acquit la Celle-Saint-Cloud, Crécy, l'hôtel d'Évreux, maintenant l'Elysée, le château de Ménars; mais c'est surtout Bellevue, qu'elle affectionnait et qu'elle créa, qui fut décoré avec le plus de recherche. Coustou, Boucher, Caffieri et beaucoup d'autres artistes en firent un séjour délicieux, qui a été détruit à la Révolution.

M""" de Pompadour tomba gravement malade au commencement de 1764. Les artistes, émus et reconnaissants à leur manière, dessinèrent, comme Cochin, ou peignirent, comme Carie Yanloo, des allégories : les Arts désolés s'adressent au Destin pour obtenir la conservation de M"^^ de Pompadour^ puis

1 Aujourd'hui l'hôtel des Réservoirs.

M°»« DE POMPADOl II. 527

d'autres compositions comme actions de grâce au

Ciel de leur avoir conservé leur protectrice. Mais

est au moment où on la croyait hors de danger

•ju'elle mourut le lo avril 1764, léguant par son

testament ses pierres gravées au roi : « Je supplie

Sa Majesté d'accepter le don que je lui fais de

toutes mes pierres gravées par Guay, bracelets,

« bagues, cachets, pour augmenter son cabinet do

(( pierres fines gravées. »

PRIEUR (jEAN-LOUIS;

Il y avait, au moment de la Révolution, dit M. Renouvier, trois artistes du nom de Prieur : L. Prieur, ciseleur du roi, qui a dessiné et gravé une suite de vases et d'prnements; Prieur, architecte et dessinateur, qui a publié des vues de monuments de Paris ; enfin Jean-Louis Prieur, né à Paris en 1762, peintre et dessinateur, juré près du tribunal révolutionnaire, condamné ensuite à mort, par ce même tribunal, comme complice de Fouquier-Tinville, et exécuté le 17 floréal an IL Ce serait à lui qu'il faudrait attribuer les dessins des Tableaux Jiistoriqiies de la Révolution française, dont la suite a été continuée par Duplessis-Bertaux, car les dessins des artistes portant le même nom que lui n'ont aucune analogie avec cet ouvrage.

Ces compositions, dessinées avec beaucoup d'exactitude par un témoin oculaire, offrent un grand intérêt historique parla réahté des scènes émouvantes de cette époque , et par la reproduction exacte d'un grand nombre de monuments qui n'existent plus. Le

PRIEUK. o29

Serment du Jeu de Paume (20 juin 1789), la Prise de l'Abbaye (30 juin 1789), Camille Desmoulins au Palais-Royal (12 juillet 1789), le Peuple faisant fermer r Opéra ^ les Canons de Pains transportés à Montmartre, la Mort de Foulon^ etc., sont parmi les mieux composés et les plus intéressants de ces dessins. Ils ont été gravés par Pierre-Gabriel Berthault.

PRUDHON (pierre-paul)

Yoici le véritable continuateur de nos charmants artistes, l'héritier de leur grâce avec plus de charme et de suavité peut-être. Prudhon, venu sur la fin du siècle, nous appartient absolument en tant que dessinateur. Il est né à Cluny le 4 avril 1758. Son père était un pauvre tailleur de pierres, et c'était son dixième enfant ! Aussi notre futur enchanteur avait bien des chances de végéter dans les durs labeurs d'un métier analogue à celui de ses ancêtres, quand son air intelligent le fit distinguer de l'abbé Besson, curé de Cluny, qui lui donna quelques notions rudimentaires. Il ne tarda pas à remarquer ses rares dispositions, et, ne pouvant s'en occuper autant qu'il le voulait, il l'envoya dans la grande abbaye voisine de son église, où on lui donna quelques leçons de dessin; et c'est là^ au milieu des cloîtres et sous les arceaux gothiques de la basilique abbatiale, que se décida sa vocation et qu'il commença à peindre.

L'évêque de Mâcon, auquel l'enfant avait été recommandé par les moines, le prit sous sa prô-

PRUDHON. o31

tectioii et l'adressa à Devosge, qui avait fondé à ses frais à Dijon une école de dessin et de peinture. Un peu plus tard, il fit la connaissance du baron de Joursanvault^ chevau-léger, propriétaire à Beaune et savant amateur de beaux-arts, qui fut pour lui, dans ces années si difficiles de la jeunesse, un protecteur éclairé et un véritable ami. C'est lui qui encouragea ses débuts en lui achetant ses premiers essais; c'est pour lui que Prudhon dessina ces « poses de mains jouant du basson » pour une méthode de cet instrument écrite par son protecteur.

Ses études artistiques furent à ce moment interrompues par un mariage hâtif et de tous points malheureux. Prudhon avait laissé à Cluny une liaison de jeune homme, probablement aussi des promesses et des gages de son amour ; un mariage avec la fille du notaire royal Pennet sembla nécessaire, et il dut y être poussé par son premier protecteur le curé Besson ; mais cette union mal assortie fut pour lui une source de gêne et de chagrins qui empoisonnèrent ses meilleures années. Il végète alors à Cluny et demande au baron de Joursanvault les moyens de sortir de ce bourg perdu pour aller étudier les grands modèles de l'art à Paris ; enfin il obtient les fonds nécessaire et part pour la capitale, muni de recommandations pour le graveur Wille, pour Watelet, et il y retrouve ses camarades de Dijon, Naigeon et Bamey.

C'est à cette époque qu'il faut placer un commencement d'illustration desLettres d'Héloïse et d'Abai-

lard^ entreprise qui n'eut pas de suite et dont il ne dessina et ne grava que la première planche, la Leçon de botanique, représentant Abailard parlant avec animation à Héloïse, qui l'écoute d'un air troublé. Après quelques autres travaux (1783), Prudhon retourne à Dijon, où avait lieu un concours pour un prix offert par les états de Bourgogne, et qui donnait au jeune artiste bourguignon qui le remportait la faculté de passer trois ans en Italie avec une pension. Dans les lettres intéressantes qu'il écrivait alors à son ami M. Fauconnier, Prudhon raconte ses espoirs, son succès et les péripéties de son voyage en Italie. C'est là que Prudhon trouvera son vrai maître et son modèle ; c'est en y étudiant et en y admirant les œuvres de Léonard de Yinci qu'il contractera cette morbidesse, ce modelé délicieux, qui seront une partie de son talent et qui expliqueront la filiation de son génie. Il faut l'entendre parler de son idole : « Je sors de voir les admirables tapis- « séries exécutées autrefois sur les cartons ^ du « fameux Raphaël ; sans contredit, c'est selon moi « ce qu'il a fait de plus beau, de mieux senti, « de plus expressif; mais quelqu'un qui Fa sur- « passé bien au delà dans la pensée, la justesse « de la réflexion, du sentiment et de la pers- (( pective, c'est l'inimitable Léonard de Yinci, le « père, le prince et le premier de tous les peintres, ce d'après lequel on voit également une seule tapis-

* Actuellement, à Londres, au British Muséum.

PKUDHON. 533

« série exécutée sur sa fameuse cène, peinte à Milan « dans un réfectoire de Dominicains. Ce tableau esl « le premier tableau du monde, et le chef-d'œuvre « de la peinture. Toutes les qualités de l'art s'y trou- (( vent réunies au degré le plus sublime. Lorsque « l'on est devant, on ne se lasse pas d'admirer soit le « tout ensemble, soit chaque détail en particulier, îî C'est une source intarissable d'études et de ré- (( flexions. La vue de ce seul tableau suffirait àpor- « fectionner un homme de génie, au point d'égaler « ou de surpasser Raphaël même , puisque tout y « est réuni. Cependant peu de personnes font atten- « tion, non-seulement à ce tableau, mais en général <' à tout ce qu'on voit de Léonard. Ou le mérite de « ce grand homme est trop au-dessus de leur intel- <( ligeuce, ou ce qu'il a fait est trop parfait pour qu'il « leur vienne à la pensée d'oser jamais approcher « de sa manière, leur paraissant comme une chose « absolument impossible. . . Pour moi^ je n'y vois que •( perfection, et c'est là mon maître et mon héros. » Après un long séjour, pendant lequel son talent acheva de se former, Prudhon quitta Rome vers 1788, s'arrêta à Cluny où il retrouva son fils et sa femme, dont le caractère continuait à être bien peu compatible avec le sien, comme il le dit lui-même, et arriva à Paris vers 1789. Tl tombait en pleine crise révolutionnaire, et le moment était peu favorable pour se faire connaître et obtenir des commandes. Cependant il trouva à faire quelques miniatures, et le comte de Harlai lui demanda ces beaux dessins

à la plume dont il avait cherché à Rome les compositions : la Vengeance de Céi^ès, ï Amour réduit à la raison, et son pendant : le Cruel rit des pleurs qu'il fait verser. Il s'était associé avec son graveur Copia et son ami Constantin, qui avançait les fonds pour leur reproduction par la gravure. Tout le monde connaît ces belles compositions gravées au pointillé sous sa direction et dans un sentiment si intime avec le modèle.

En 1793, il exposa un grand dessin pour Andromaque; de la même époque, inspirés par les circonstances, ceux de /« Liberté, de l Égalité et de la Loi, et ces têtes de lettres administratives, ces adresses de marchands qui représentaient pour lui le pain de sa femme et de ses enfants, et qui ne sont pas la partie la moins originale de son œuvre.

C'est aussi vers 1793 qu'il est chargé par Pierre Didot de trois compositions pour son Daphjiis et Chloé^ qui ne paraîtra qu'en 1800. On a des reçus d'une somme de 3,000 livres qui lui était payée pour ces dessins admirables de grâce et de jeunesse, surtout celui du Bain et la scène oii « la cigale se print à chanter encore entre les tettines de la gente pastourelle », et où Daphnis, « usant de cette occasion, lui mit la main bien avant dedans le sein.» Les froids dessins de Gérard, qui complètent cette illustration, ne font que mieux ressortir l'heureuse inspiration et la grâce exquise de Prudhon.

Didot lui demande ensuite d'illustrer le poëme fade et maniéré de Gentil Bernard, VArt d'aimer.

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