‹ Les dessinateurs d'illustrations au dix-huitième siècleChapitre 19 sur 60 · PRUDHON · texte numérisé non relu

PRUDHON

Prudhon trouva l'idée de ses trois poétiques dessins dans ces deux vers médiocres :

Voici les lois qu'un amant peut ouïr, Choisir l'objet, l'enflammer, en jouir.

On y rencontre au même degré que dans le Daphnis un charme, une expression et ce sourire céleste qui n'ont pas été égalés. La troisième estampe surtout, (( en jouir, » est délicieuse. Le groupe formé par ces deux corps frémissants d'amour, le jeune homme déposant un haiser de feu sur les lèvres entr'ouvertes de la jeune fille heureuse et pourtant hésitante, cet heureux mélange d'amour, d'abandon et de pudeur , tout cela est rendu avec un art parfait et se trouve être, ainsi que l'estampe de Phrosine et Mélidor, faite pour le même ouvrage, deux des plus parfaites productions de Prudhon.

Cette dernière pièce est gravée par lui avec un art exquis et fait regretter qu'il n'ait pas manié plus souvent la pointe et le burin. D'ailleurs il avait eu la fortune de trouver, dans deux graveurs de grand mérite, des interprètes excellents; Copia, mort bien jeune, et qui n'a pu graver d'après lui que peu de pièces, et Roger, son élève, excellent artiste qui s'est pour ainsi dire incarné dans le maître ; ses gravures rendent, avec une fidélité remarquable, non-seulement le dessin et le style, mais aussi le sentiment et la pensée intime du maître.

C'est lui qui a gravé les jolies compositions destinées au très-médiocre roman de Lucien Bonaparte,

la Tribu indienne, qui eut aussi l'honneur d'être illustré par Prudhon. Les gravures en sont fort rares, à l'exception de la Grotte, parce qu'on n'en aurait tiré que peu d'épreuves. L'imprévu de ces compositions, le gracieux sourire du jeune Edouard qui, dans cette dernière, dévore du regard le corps charmant de Stellina, en font quelque chose de fort attrayant.

Prudhon a donné encore le beau dessin du frontispice du Racine de Didot, et on lui attribue celui des Fi'ères ennemis, bien que la planche soit signée de Moitte. 11 avait fait aussi une composition pour Andromaque qui n'a pas été employée. M. Charles Clément, dans son beau livre sur Prudhon, dit à ce sujet : « Il est difficile de comprendre les raisons qui « engagèrent les Didot à laisser de côté cette com- « position et à renoncer à la collaboration de Prudhon (( pour cette magnifique publication, dont le fronce tispice est le plus bel ornement. Voici l'explication « que l'on pourrait en donner. Les Didot aimaient « et appréciaient Prudhon. Ils lui avaient demandé (( le frontispice et quelques autres planches pour « le Racine, mais ils avaient donné à David une « sorte de direction, de haute main sur la partie arec tistique de l'ouvrage , et c'est naturellement à ses « élèves, notamment à Gérard et à Girodet, que (( David leur avait conseillé de s'adresser. Il est « probable que la collaboration de Prudhon ne plut (( ni au maître ni aux élèves, surtout lorsqu'ils (( eurent vu le frontispice qui, dans son genre, est

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« un chef-d'œuvre, et qu'ils trouvèrent prudent de « ne pas donner lieu à des comparaisons dange- « reuses. C'est ainsi que je m'explique la signature « de Moitié apposée à la première planche des Frè- « res ennemis et l'abandon de la belle composition {( à^ Andromaque ^ »

Enfin son crayon avait été choisi par le même éditeur pour personnifier, dans la touchante idylle de Bernardin de Saint-Pierre -, Virginie, au moment où elle va être engloutie dans le naufrage du Saint- Géran, pour sa grande édition in-folio du roman du Longus de l'Ile-de-France. Prudhon se trouve là à côté de Moreau, et, bien que la composition de ce dernier soit fort bonne, il y a dans la Virginie de Prudhon un souffle, une élévation, un sentiment que ne montre pas le premier des vignettistes. Toutefois, dans ses cinq figures pour la Nouvelle Héloïse, où il recommence un sujet si supérieurement traité par Moreau, une seule, le Premier baiser de l' Amour, arrive à l'égaler, et possède, comme dans tout ce qui sortait de sa main quand le cœur était en jeu, cette fleur de sentiment et de poésie. Les autres sont assez médiocres. Pourtant M. Renouvier ^ dit que

* M. Renouvier dit, de son côté, que c'est surtout à la jalousie de Gérard que l'on doit attribuer la cessation des commandes de dessins de la maison Didot à Prudhon.

* Bernardin de Saint-Pierre n'était, dit-on, qu'un faux bonhomme. Mi'e Didot, qui avait cru, en l'épousant, réaliser un rêve de bonheur, n'avait rencontré en lui qu'un homme d'un caractère assez plat et d'un égo'isme insupportable.

^ Histoire de l'art peyidnnt lu Révolutioyi, par Jules Renouvier.

dans l'œuvre de Prudhon elles ont une importance toute particulière, « car, s'il témoignait une vocation « pour le costume antique, en le pliant avec une (( convenance infinie à des formes actuelles, ici, il (( a abordé le costume moderne dans ses caprices, « les robes à la lévite, la culotte à boucles, le frac (( à longues basques et les cheveux en catogan, sans « rien sacrifier de la grâce de ses figures. Julie, avec « son petit chapeau placé en pouf sur une cheve- (( lure abondante, et son fichu menteur noué der- (( rière la taille, est une figure pleine de goût et de '( style. »

L'éditeur Renouard, toujours à la recherche des gens de mérite et des belles choses, ne pouvait manquer d'être attiré par le talent de vignettiste de Prudhon. Il lui demanda le frontispice de sa petite édition italienne de Daphnis et Chloé, et nous savons, par un reçu du S messidor an IX, que le dessin lui fut payé 6 louis. Cette autre scène de bain est d'un mouvement et d'une jeunesse adorables. Le petit dessin pour Abrocome et Anzia, celui de VAminta et celui bien différent du Christ portant sa croix, pour une Imitation de Jésus-Christ, restent à la hauteur de ses premières productions et complètent les commandes de Renouard et la série des œuvres de Prudhon pour les livres.

Nous ne nous étendrons pas davantage sur ses œuvres ; à partir du commencement du siècle, Prudhon se consacre presque exclusivement à la peinture, et produit ces admirables tableaux que tout le monde

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connaît et a admirés. Les excellents travaux de MM. Charles Blanc, Charlcu Clément et J. et E. de Concourt, etc., ne laissent rien à désirer ni à apprendre à ce sujet, et nous y renvoyons nos lecteurs. Terminons donc par quelques notes biographiques.

La fortune souriait enfin à Prudhon. Tl avait obtenu d'être logé au Louvre, qui contenait alors, outre les artistes, quelques grands industriels, tels que les Didot, qui avaient obtenu, comme une récompense pour leurs beaux travaux typographiques, Tautorisation d'y établir leurs presses, et qui datèrent de là leurs belles éditions, dites du Louvre. Plus tard, le premier consul, voulant faire restaurer le palais, fit loger les artistes privilégiés au Collège Mazarin et à la Sorbonne. Ce fut là que Prudhon s'installa, suivi de sa femme, dont le caractère aigri, les violences journalières et la conduite scandaleuse lui rendaient la vie insupportable. Enfin, vers 1803, Prudhon obtint, après une séparation amiable, que l'autorité empêcherait sa femme de venir troubler son repos et celui des autres habitants de la Sorbonne par ses scènes et ses cris, et quelque temps après celle-ci fut enfermée dans une maison de santé.

Une compensation à ces tristesses de son ménage était réservée au sensible artiste. Il était alors dans la force de l'âge. Petit, mais svelte et bien pris, il avait les cheveux blond cendré, des yeux bleus pleins d'expression et une physionomie tendre et

rêveuse quand il rencontra Constance Mayer. Passionnée pour les arts, elle était privée des leçons de Greuze, qui venait de mourir en 1805. Un ami de Prudhon lui amena la jeune artiste, et une affection mutuelle ne tarda pas à lier ces deux êtres faits l'un pour l'autre. M"^ Mayer vint demeurer à la Sorbonne, dans un appartement contigu à l'atelier du peintre, et alors commencèrent pour Prudhon ces douces années, remplies par le travail, et embellies par la présence d'une femme charmante et aimée qui avait pris, à son foyer, la place restée vide. Mais, si M"^ Mayer était passionnée, elle était aussi jalouse. Plusieurs fois déjà, elle avait eu des scènes d'emportement et de violence. En 1821, sa santé était profondément ébranlée, et une sombre mélancolie, dont elle ne sortait que plus exaltée et surexcitée, s'était emparée d'elle. Une circonstance for»î tuite vint achever de troubler ses idées ; on avait fait droit aux réclamations de la Faculté de théologie, en rendant la Sorbonne à son ancienne destination, et on avait signifié aux artistes d'avoir à quitter, dans un bref délai, les appartements et ateliers qu'ils y occupaient. M"^ Mayer sentait qu'elle ne pouvait plus, dans des conditions ordinaires, sans blesser les convenances, continuer de vivre avec Prudhon. D'un autre côté, elle avait très-largement contribué aux dépenses de la maison, doté la fille de Prudhon, élevé ses fils et mangé ainsi sa petite fortune. Ce changement de situation la laissait sans ressources ; un mot malheureux amena le triste dé-

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nouement pour lequel nous laissons la parole à l'historien de Prudhon \

Le malin du 26 mai 1821, elle était encore plus souffrante et plus triste qu'à l'ordinaire... « elle « trouva pourtant la force de monter à l'atelier, « et se plaçant en arrière de Prudhon , suivant « son habitude, elle se mit au travail. Bientôt on « apporta une lettre qui donnait la nouvelle d'une « maladie très -grave de M'"^ Prudhon. Trou- « blée par ce qu'elle vient d'apprendre, M"^ Mayer (( garde d'abord le silence, puis , tout à coup : « Prudhon, dit-elle, si vous deveniez veuf, vous « remarieriez-vous?... Le malheureux, ne pensant « qu'à la vie affreuse que sa femme lui avait faite,, « et sans songer au coup qu'il allait porter dans le « cœur de son amie : « Ah ! répondit-il, en se tour- K nant à demi et faisant un geste d'effroi, jamais I — « Ce mot fut la goutte d'eau. AP^ Mayer, silencieuse, « atterrée, passa dans le cabinet attenant à l'atelier

et où Prudhon avait coutume de s'habiller; elle y ^« prit un rasoir, descendit, traversa la cour, re- « monta dans l'appartement , entra dans le petit « salon, se mit devant la glace et, d'une main sûre, « se coupa la gorge. La domestique entendit le bruit « sourd d'un corps qui tombe, elle accourut, la mal- « heureuse était déjà morte. »

Le désespoir de notre pauvre artiste fut terrible. On ne pouvait l'arracher à cet affreux spectacle.

• Prudhon, sa Vie et ses Œuvres, par Charles Clément. Paris, Didier, 1872.

M. de Boisfrémont, son élève et son ami, parvint pourtant à l'entraîner, et c'est chez lui qu'il passa les derniers mois d'une existence désormais sans but et qui n'a plus rien à attendre de la vie. Il s'occupa cependant de quelques peintures, surtout de son Christ en croix si lugubre et si beau, puis il s'alita au commencement de janvier 1823 et mourut le 16 février dans les bras de son ami.

La manière de dessiner de Prudhon est bien connue. Nous n'en dirons donc que quelques mots : il a commencé par dessiner au pointillé, au crayon ou à la plume, avec un soin et un modelé infinis. Souvent des hachures méthodiques viennent accentuer la rondeur et les plans des formes. Un peu plus tard il a, d'une main plus sûre, exécuté presque toutes ses études ou ses dessins pour les livres au noir, estompé sur le papier bleu que l'on connaît, crayon avec des rehauts de craie qui complètent l'effet cherché par l'artiste.

Quel qu'ait été son procédé , Prudhon est un enchanteur ; son talent est tout pétri de grâce. Son élément, c'est la tendresse, c'est la rêverie, c'est la passion qui débordait son âme agitée. Il poursuit sans cesse son rêve de la beauté féminine, aux yeux noyés d'ombre, aux regards si tendres, à la bouche si voluptueuse, aux formes caressées, et nous en rapporte de délicieuses réalités. Il n'a pas fait école et restera solitaire dans Thistoire de l'art. Pareil à ces météores qui laissent après eux une trace brillante, il a disparu ; mais ses œuvres lumineuses, au

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lieu de s'eflacer, jetteront au contraire de plus en plus un vif éclat, et les fictions ravissantes de son pinceau délecteront toujours ceiix qui aiment la beauté.

JouRSANVAULT (Baron de). — Méthode de basse. — In-4.

4 portraits de MM. de Joursanvault et 4 dessins de bras et de mains, àl'encre de Chine, indiquant les positions pour jouer de la contrebasse. — Chez M»« TAINTURIER.

Un joueur de basse, pour le même livre, dessin à l'encre de Chine. — Chez M. Ad. MOUILLERON.

Létales d'Héloïse et dAbeilard (commencement d'illustration vers 1780).

Le premier dessin à la mine de plomb sur papier blanc. — Chez M. PELÉE.

Bernard [Œuvres de P.-J.). — L'Art d'nimer. — Phrosine et Mélidor. — Paris, Didot, 1796. — Gr. in-4o, fig., mar. r., tr. d. (Bozérian.)

Exemplaire unique, imprimé sur vélin, contenant les trois dessins originaux de l'Art d'aimer. — Vente Galitzin (Paris, 1825). — 1,500 fr. — Adjugé k un M. de Villeneuve.

Les 3 dessins se trouveraient actuellement chez M. ROIïNÉ.

3 dessins, premières pensées, croquis au crayon noir : « Choisir l'objet, l'enflammer, en jouir. » — Chez M. Eudoxe MARCILLE.

Une peinture représentant le sujet de Phrosine et Mélidor. — Chez M. Hyacinthe FIRMIN-DIDOT.

Bonaparte (Lucien) La Tribu indienne, ou Edouard et Stellina,

poëme en prose, par C. L. B. — Paris, chez Houert, an VII. — 2 vol. in-12, six fig. de Prudhon.

La Grotte. — Le dessin terminé au crayon noir. — Chez M. Maurice RICHARD.

La Grotte. — Dessin-esquisse k la plume sur papier bleu. — Chez M. MARMONTEL.

Le Sacrifice. — Dessin au cravon noir rehaussé. — Chez M. MAHÉ- RAULT.

La Discorde. — Dessin au crayon noir rehaussé , sur papier bleu. — Chez M. MAHÉRAULT.

L'Oracle. — Dessin au crayon noir rehaussé, sur papier bleu. —Chez M. MAHÉRAULT.

L'Homme à la massue. — Dessin au crayon noir rehaussé, sur papier bleu. — Chez M. GARIEL.

Le Serment. — Dessin k la plume sur papier bleu.— Chez M. GARIEL.

LoNGUS. — Daphnis et Chloé, trad. par Amyot. — Paris, Didot l'aîné, 1800. — In-4", 9 fig.

3 des dessins k l'encre de Chine ont été exposés au Salon de 1796. —

Le Chevrier Lamon trouve Daphnis. — Première pensée du dessin. — Vente de Boisfrémont (1864). — 92 fr. — Le Dessin du Bain. — Vente Renouard. — 605 fr. — Chez M. le baron DE JE AN.

La Cigale. — dessin à la plnme rehaussé , sur papier bleu. — Chez M. Camille MARCILLE. — Le même sujet. — Dessin au crayon noir rehaussé , sur papier bleu. — Vente de Boisfrémont. — 181 fr. — Chez M, MAHÈRAULT.

La Cigale. — Esquisse peinte. — Vente Laperlier. — 2,600 fr.

La Lutte (ce dessin n'a pas été gravé). — Dessin à la plume rehaussé, sur papier bleu. — Au MUSÉE d'ORLÉANS, — Un autre dessin du même sujet. — Chez M. HIS de la SALLE.

LoNGUS. — Daphni e Cloe. — Parigi, Didot. — In-12,

Le dessin du frontispice à la pierre noire rehaussé.— Vente Firmin- Didot (1877).

T. Tasso. — Jmm^a. — Parigi, Renouard, 1800. — In-12, mar. vert.

Exemplaire imprimé sur vélin avec le dessin de Sylvie et le satyre, à la sépia. — Vente Renouard. — 710 fr. — Chez M. Alex. DUMAS.

Un dessin du même sujet, au crayon, rehaussé de blanc. — Vente Véron (1858). — 1,005 fr.

Une répétition du même sujet, sur papier bleu. — Chez M. LALLE- MAND.

XÈxoPHON. — Abrocome et Anzia, trad. par Salvini. — Paris, Renouard, 1800, in-12.

Dessin au crayon noir rehaussé, sur papier bleu. — Vente Renouard. — 420 fr. Chez M. Eudoxe MARCILLE.

PtACiNE {Œuvres de Jean). — Paris, Didot, an IX (1801). — 3 vol. in-fol.

Un dessin du frontispice , au crayon noir, représentant l'Apothéose de Racine. — Chez M. MAHÈRAULT.

Un autre, sur papier bleu. — Chez M. Eudoxe MARCILLE.

Un autre dessin du même sujet se trouvait dans la collection de M. Gatteaux et a été brûlé, en mai 1871, lors de l'incendie de la maison qu'il habitait.

Pyrrhus et Andromaqiie dont Teau-forte seule a été faite et dont la la composition n'a pas servi. Le dessin. — Chez M. Eudoxe MARCILLE.

Virgile. — Scè7ie tirée de l'Éiiéide.

Dessin au crayon noir, rehaussé de blanc, sur papier gris. — Vente J. Boilly (1869).— 121 fr.

Imitation de Jésus-Christ^ trad. par Corneille. — Paris, Renouard. Jésus portant sa croix.

Dessin sur papier bleu, au crayon noir rehaussé. — Vente Renouard, — 1,200 fr. - Chez M. Eudoxe MARCILLE.

J.-J. Rousseau. — Julie, ou la Nouvelle Héldise. — Paris, Didot, 1806. — 4 vol. in-12.

Un dessin à l'encre de Chine, le Premier baiser de l'Amour. — Chez M. HAUGUET.

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Une esquisse iu-12 , du même sujet, à la plume rehaussée de blanc, sur papier bleu. — Chez M. VALFERDIN.

Le dessin : Ma Fille, respecte les cheveux blancs de ton père, à l'encre de Chine. — Chez M. MAHERAULT.

Bernardin de Saint-Pierre. — Paul et Virginie. — Paris , Didot aîné, 1806. — Gr. in-io, pap. vél., une fig. de Pnidhon.

Ce dessin, Virginie à bord du Saint-Géran, réuni aux autres de Moreau, J. Vernet, Girodet, Lafitte, etc.. — Vente Renouard. — 1,510 fr. Vente Véron (1858). — 1,200 fr.

Répétitions ou Études, pour le même sujet : un dessin terminé à la sépia et au crayon noir, sur papier bleu. Ce dernier, Vente Laperlier 340 fr. — Chez M°" DEXAIN. — Un autre au crayon noir rehaussé, sur papier gris. — Chez M°" CHARPENTIER.

Allégoi^ies des saisons.

1 dessins oblongs, au crayon noir, rehaussés de blanc sur papier bleu. — Chez S. A. R. le duc n'AUMALE.

QUEVERDO (frainçois-marie-isidore

QueverdO;, dessinateur et graveur, né en Bretagne * en 1740, est l'un des plus agréables, parmi cette pléiade de peintres de mœurs de la fin du xvm^ siècle. A son début il dessina et grava des compositions galantes en costumes élégants dans de riches intérieurs, où ses personnages sont tout à fait dans le goût de ceux du Monument du costume; c'est le Levé de la mariée, grande pièce rappelant la manière de Desrais et dédiée à la belle jeunesse par l'ami du beau sexe, le Coucher de la mariée, le Dangereux modèle, les Accords de mariage, la Nouvelle du bien-aimé, etc. Les portraits de M^^ de Pornpadour, de Dorat^ dans un médaillon soutenu par les Grâces, de Voltaire, de /.-/. Rousseau, de Fontanieu, sont de cette première époque. Nous avons remarqué, datés de de 1766, de gracieux médaillons de scènes pastorales, où les deux personnages, le Berger et sa Bergère, forment des groupes agréablement

' Suivant le Catalogue Paignon-Dijonval, il serait né à Paris.

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enlacés. D'autres compositions encore du même goût, les Saisofis, scènes de campagne, qu'animent de nom breux personnages réunis avec grâce et remarquablement dessinés ; huit de ces dernières ont été gravées par de Longueil. En 1770, ce sont les scènes du Déserteur de Sedaine, dont il s'empare, qu'il dessine finement à l'encre de Chine et qui ont été gravées par Dambrun. Il collabore aussi au Voyage à Naples et en Sicile de Saint-Non, dessine de nombreux petits sujets pour les Œuvres de Florian (1782-1793), où le graveur de Longueil a si bien compris son modèle en le gravant d'un burin trèsfin, les jolies figures de la Dernière Héloïse, ou lettres de Junie Salisbury ,i^dj[ M. Dauphin (1784), des compositions ovales, in-4, pour une Henriade, dessinées et gravées à l'eau-forte en 1787-1788, très-belle suite avec des cadres richement ornés et traitée plus largement que sa manière habituelle.

Queverdo est surtout sur la fin de sa vie un dessinateur d'agendas. Il faut voir ces petits livrets à sujets très-galants traités dans le goût de Chodowiecki, comme V Aye heureux des plaisirs (1787), les Étre?ines galantes (1788), les Étrennes du sentiw^n^(1789), la Journée d'une jolie femme (1790), etc., qui contiennent, outre un almanach, un crayon et souvent une petite glace. C'est le vrai vade mecum de l'hétaïre des galeries de bois et le carnet de poche du muscadin.

Le genre de Queverdo est un peu sec. Ses petits dessins généralement rehaussés d'aquarelle sont

finis et précieux, mais d'une facture bien mince. S'il n'a pas approché de la grâce de Marillier, auquel il cherche à ressembler, du moins ses dessins, bien composés, sont aussi bien appropriés au format in-18, des livres qu'il a le plus souvent ornés. Toutefois l'impression qu'ils laissent a quelque chose d'enfantin, justifiée du reste par ce fait qu'une partie de son œuvre était destinée à être mise entre les mains de l'enfance.

Queverdo a aussi dessiné et gravé les entourages emblématiques d'un Calendrier de la République française, dont chaque jour est désigné par un nom d'animal, de légume ou de fruit différent : « Il se trouva, « dit Renouvier, assez de ressources dans le dessin « pour entreprendre directement la fourniture des (( estampes républicaines de tout acabit , vues de « lieux célèbres, portraits des hommes illustres , <( frontispices, emblèmes et placards. Il avait une « pointe assez forte qu'il mêlait aux travaux du « pointillé et du lavis, livrant ses planches à des « graveurs plus fins ou plus patients que lui, quand (( il voulait donner des ouvrages tout à fait finis

« Il n'y faut chercher ni distinction, ni agrément, « mais seulement de l'intérêt historique \ ».

Citons encore, parmi les livres qu'il a illustrés pendant la Révolution, les dessins pour les Charmes de r enfance, par Jauffret (1793), pour les Odes d'Anacréon, traduites par Gail (1794), 18 dessins pour les

1 Renouvier. L'Art pendant la Révolution.

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Lettres à Emilie de Demoustiers, le Télémaque du libraire Bleuet (1796), et des frontispices pour les OEuvres d'Ovide (an YII).

Queverdo vivait à peine à faire ces petites vignettes, car en Tan III il est porté sur la liste des littérateurs et des artistes qui, sur le rapport de Chénier, reçurent une subvention de la République.

Les portraits qu'il a dessinés sont assez nombreux. Outre ceux que nous avons cités, on trouve dans son œuvre, à côté de ceux de Marie-Adélaïde, sœur du roi. de Marie- Antoinette et de la comtesse de Provence, le Portrait de Marat, assassiné, dessiné d'après nature, le samedi 19 juillet 1793^ peu de jours après son assassinat, et celui de Charlotte Corday dans sa prison.

Queverdo avait eu quatre filles et un fils de son mariage avec Jeanne Picart ; les parrains de ses enfants étaient ses amis les graveurs Martinet, Dambrun et Joseph de Longueil. Son fils et l'une de ses filles se sont occupés de gravure. Il est mort, à Paris, le 24 décembre 1797.

Sedaixe. — Le Déserteur, opéra-comique. — In-i».

4 dessins originaux, in-l», à Tencre de Chine, signés ¥. Marie Queverdo, et datés 1770. — Chez M. PORTALIS.

Z,^9 Saisom, ou Bergeries des Saisons...

4 dessins au crayon noir et à Tencre de Chine, signés, datés 1766.— Vente de dessins et estampes de M. Morel de Vindé (1873). — 700 fr. — Chez M. LE BARON- James de ROTHSCHILD.

Fi.oRiAX. — Numa Pompilius, Paris, Didot. 1786. — 2 vol. in-18.

Les 13 dessins originaux, coloriés à l'aquarelle. — Vente Renouard. — 56 fr. —Catalogue Fontaine (1872i. — 2.'.0 fr.

.)oO LES DESSINATEURS D'ILLUSTRATIONS.

Florian. — Galatée, Paris, 1790. — In-18.

Un dessin à l'aquarelle. — Chez M. SIEURIN.

Florian. — Gonzalve de Cordoue, Paris, Didot. — 3 vol. in-18.

4 dessins à l'aquarelle, signés et datés 1791 (dans un tome I"). — Chez M, Louis RŒDERER.

LouvET DE CouvRAY. — Amours de Fanblas , Paris, 1796. — 4 vol. in-8o.

2 dessins de Queverdo, non gravés. — Chez M. Eugène PAILLET.

Apulée. — Métamorphoses de l'âne d'or. — In-12. 12 dessins à la sépia. — Chez M. SIEURIN.

Èléonore de Rosalba, ou le Confessional des pénitents noirs , trad. de l'anglais d'Anne Radcliffe, Paris, 1797. — 4 vol. in-18.

3 dessins k la sépia. — Chez M. AUDOUIN.

Portrait de l'auteur dessinant, in-4'*, au bistre, avec 13 autres dessins dans un même cadre.

Vente faite par Clément (1876). — 375 fr. — Chez M. BEURDELEY fils.

Quatre cartouches d'ornements avec supports, contenant des emblèmes.

Dessins à la plume, lavés de bistre. — Catalogue Paignon-Dijonval,

REGNAULT (jean-baptiste)

Regnault est né à Paris, le 19 octobre 1734. Son père, lié d'affaires avec un amateur d'estampes, M. de Monval, mena un jour son fils chez ce dernier. L'amateur remarqua l'intérêt que prenait l'enfant à tout ce qui se trouvait dans son cabinet, et l'encouragea dans ses goûts naissants en lui confiant des dessins qu'il copia avec beaucoup d'exactitude

Plus tard , le père de Regnault fut appelé aux États-Unis pour affaires d'intérêt. Il emmena le jeune Jean-Baptiste qui^ ne sachant que faire dans ce pays, demanda à voyager. Il fut embarqué sur un bâtiment de commerce en qualité de simple mousse, et passa cinq à six ans à faire des voyages au long cours. Pendant loQgtemps on ne sut ce qu'il était devenu; enfin sa mère, étant revenue en France, finit par le retrouver. Ayant conservé son goût pour les arts, Regnault avait, tout en naviguant, dessiné ce qui s'offrait à sa vue. De retour, M. de Monval, son protecteur, le recommanda au peintre Bardin qui partait pour Rome.

Bardin était un brave homme, au talent peu éclatant et, pour ainsi dire, modeste comme sa personne. Il servit de maître et de père au jeune Regnault, lui prodigua ses conseils et le mit en état de concourir pour le grand prix de peinture que, de retour à Paris, il obtint en 1776. Pensionnaire à l'académie de France, à Rome, Regnault y termina ses études artistiques. Toutefois, ce qui lui a toujours manqué, c'est l'instruction, car c'était, a dit l'un de ses contemporains, « un de ces prati- (( ciens très-adroits, savants même, dont les talents « matériels n'auraient pu devenir réellement utiles « que s'ils eussent été sous la direction d'un génie « supérieur qui les eût vivifiés \ »

Regnault a surtout traité dans la période qui précède la Révolution des sujets galants ou mythologiques, Z)2«/ie e^£J;zc^?/;72/on^ les Trois Grâces, Pygmalion et sa statue, dont on retrouve une reproduction dessinée par De Gendt pour les Œuvres de Rousseau (1796), lo caressée par Jupiter sous la forme d'un nuage, Danaé inondée d'une pluie d'or, galantes compositions qui avaient tenté son pinceau. Son meilleur tableau et le plus connu est V Éducation d'Achille.

Dans ce qui nous occupe, Regnault a fait pour Didot des dessins pour les Métamorphoses d'Ovide (1787) qui ont été gravées par Coiny, et une série de dix dessins au bistre pour son édition du Temple de

* Louis David. Son École et son temps, par E.-J. Delécluse.

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Gnide (1795). Bien qu'un peu académiques, ces compositions sont belles et ne manquent pas d'une certaine poésie. Il aurait également dessiné des figures pour illustrer Daphnis et Chloé.

L'influence artistique de Regnault a été plus considérable encore par ses élèves que par lui-même. Il avait ouvert une école qui fut longtemps rivale de celle de David. Les principes, plus aimables, étaient aussi puisés dans l'imitation de l'antique, mais avec une interprétation moins rigoureuse et moins froide ; ses principaux élèves sontLaffitte, Landon, Hersent, Robert Lefebvre, mais Guérin est celui qui lui a fait le plus d'honneur.

(( Sa manière de dessiner sur le papier, a dit « Chaussard dans son Pausanias, est large et ferme, (( et il copie Michel- Ange avec une rare perfection. »

Regnault, créé baron de l'Empire, arrivé à la fortune, est mort le 12 octobre 1829.

LoNGUs.— Les Amours pastorales de Daphnis et Chloé (trad. par de Saint-Fauxbin), Paris, Lamy, 1787. — In-4°, mar. r., tr. dorée.

Exemplaire imprimé sur vélin, avec fig. coloriées , et 9 dessins de Regnault. — Vente du comte de Marc-Carthy. —Collection Cigongne.

— Chez S. A. R. le duc d'AUMALE.

Montesquieu. — Le Temple de Gnide, Paris, Didot, 1796. — In-i".

Un exemplaire avec 10 dessins 'm-V>, au bistre, de Regnault , et sur la couverture duquel étaient 2 dessins de Moreau. — Vente Renouard.

— 260 fr. — Vente Thibaudeau. — 395 fr. — Vente Lebœuf de Montgermont (sans les dessins de Moreau). — 1.500 fr. — Chez M. RAT- TIER.

Ovide [les Métamorphoses à").

Suite de 136 dessins originaux, lavés au bistre et k la sépia, réunis en deux albums. — Vente de tableaux et dessins provenant du baron Regnault (1857), — 160 fr.

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