W. Chevaux faits par Pierre, à 6, 8 et 10 ans
de la pensée enfantine suit des lois. C’est par là qu’on comprendra la vie. |
Il est une phase du graphisme enfantin que les pédagogues se doivent de regarder. Si l’on remet un pinceau à un petit de cinq ans environ, il s’en sert comme d’un crayon, c’est-à-dire qu'il fait au fond des dessins au trait, d’un trait épais et pâteux. Mais parfois, par hasard, le pinceau s’étale en tache : suivant comme ça tombe, l'enfant saisit l'événement et le renouvelle de lui-même, à son gré. Il a trouvé la surface, comme il a trouvé le graphisme même ou la notation volontaire, par une réussite
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accidentelle, après une foule de gestes faits en vain. Alors qu’il s’acharnait jusque-là à faire des lignes, travaillant dans une dimension, linéaire, filiforme, il opère volontiers, désormais, par touches larges, s’affirmant d’un coup dans les deux dimensions. C’est alors une joie de barbouillage, de coloriage, de crayonnage, sur des pages entières. Bien sûr, on ne trouve pas tous les jours une nouvelle dimension. Certains enfants même n’arrivent pas à la seconde, et on peut ajouter que pas un ne découvre de lui-même la troisième dimension. On sait, du reste, que la plupart des adultes en restent à la perception de deux dimensions. Nous ne fixons littéralement qu’un plan à la fois, à la façon d’une plaque photographique, ne serait-ce déjà que parce que le tiers d’entre nous a une inégalité d’acuité visuelle des deux yeux.
La vision stéréoscopi- 47. W. Dessin au pinceau et découverte que est rare. Il à fallu de la surface, par Luce, six ans et demi. arriver au XIVe siècle,
à l’époque des grands primitifs italiens pour assister à l’introduction de la perspective par les lignes de fuite et, dans le domaine des valeurs colorimétriques, attendre la fin du XIXe siècle et la venue de Cézanne pour que les peintres eux-mêmes s’avisent définitivement — et encore pas tous — de la profondeur, du relief, de l’espace, du volume, de la troisième dimension.
Enfin passons à quelques considérations pratiques.
En face des différences énormes de notation graphique des enfants, très nettement en rapport avec l’âge, les dessins constituent de bons tests de dépistage des valeurs mentales. On ne s’est pas fait faute d'exploiter ce domaine, avec quelque succès, semble-t-il.
Rappelons tout d’abord l’enquête menée en 1906, sous l’inspiration de Claparède, parmi les écoliers des cantons de Neuchâtel,