‹ Les dessins d'enfants et leur significationChapitre 6 sur 18 · W. Dessin d’un garçon de 10 ans · texte numérisé non relu

W. Dessin d’un garçon de 10 ans

spécialistes, peut-être des artistes. En regard, les dessins de bonshommes faits parle commun des mortels sont véritablement ineptes. Mais, pour parler comme Roorda, ça ne nous empêche pas de devenir des gens très bien.

Il est judicieux de rappeler que les étapes que nous venons de parcourir, et qu’on peut vérifier sur quelques dizaines de sujets déjà, ont été montrées en 1904 par le Dr Schuyten, qui a confronté 4000 bonshommes dessinés librement par des enfants d'Anvers, garçons et filles

© 149. X: Composition d’un ; à cn garçon DHaians. de trois à treize ans, à raison de

rare

cent dessins par demi-année d'âge. Il a trouvé dans les trois quarts des dessins de chaque âge une formule commune où l’on remarque les éléments représentatifs de ce que donne l’enfant normal. On peut établir ainsi comme une sorte de hiérarchie de la production graphique qui peut servir de barème mental. Ce qui est patent, d’après l’enquête belge, c’est que l’enfant se soucie en général fort peu de la correction des formes de son bonhomme ; il le couche crânement sur le papier et montre, en cette matière, une originalité créatrice qui le quitte, hélas! à travers la scolarité.

Au total, si nous voulons résumer l’impression qui se dégage des dessins passés en revue, suivant l’âge des dessinateurs, nous dirons qu’au début, ce que l'enfant voit, il le représente — après ses premiers essais graphiques de nature purement motrice — d’une façon immédiate, fruste, rudimentaire, fort approximative, de premier jet, par à peu près, ou par le côté qu'il a seul aperçu, qui l’a le plus impressionné, d’une façon alors unilatérale, arbitraire, prenant volontiers la partie pour le tout, quitte un instant après à découvrir une autre partie, qu’il ajoutera plus ou moins bien à la première, sans qu’il y ait dans ces processus analyse ni synthèse. Et le résultat est une composition d’abord très vague, c’est quelque chose d’imprévu, de spontané, de non-coordonné, de forcément personnel, de non-conformiste, d’extraordinaire pour nous. Il s’agit de productions qui désarçonnent l’adulte, qui l’étonnent, et sur lesquelles on a fait de nombreuses exégèses.

Le dessin de l’enfant, du petit tout au moins, est donc le reflet d’un premier contact avec les choses, un tâtonnement rapide, une interprétation peu approchée, primaire plus que primitive, grossière en un certain sens. Et il faut le dire. C’est un document, mais pas plus insuffisant que la description par l’un de nous d’un événement ordinaire ou accidentel vu en passant, que le développement des systèmes mathématiques de relativité par un Maeterlinck, que les palabres de Monsieur Mauclair sur la peinture de Matisse ou de Picasso, et ainsi de suite. L'enfant aborde la vie en réagissant, en l’estimant à sa

façon : grosso-modo. Puis, avec le temps, il fait une estimation.

meilleure, il différencie, affine, ajoute ou élague, et par son dessin on le voit s’approcher de ce que Ramuz nomme l’authentique.

LU RE 2 de

HR

Rue

Page 1