LA NOURRICE, PAR REMBRANDT
(Collection de M. A. Armand.)
pxposés, vous en trouverez qui égalent celui que M. Reiset avait eu de la collection Denon. — Parmi les paysages, celui qui nous touche le plus,
après la grande plaine de M. Armand, citée plus haut, c'est un second moulin, celui-ci très fin et très fait, ressemblant, pour l'exécution, aux paysages gravés du maître et que Me1' le duc d'Aumale a eu de la collection Hawkins. — Le dessin représentant Jésus ou Saint Jean prêchant et dont le livret de M. Éphrussi a conservé la description donnée page 506 du catalogue de Vosmaer : Rembrandt Harmens van Rij'n, sa vie et ses œuvres, après avoir passé par les collections T. Lawrence et Leembruggen, est arrivé aujourd'hui entre les mains de M. Bonnat. Ce n'est point à cet artiste distingué, à qui M. de La Salle, qui l'aimait beaucoup, avait appris à bien jouir des beaux dessins, que s'appliquera jamais l'anecdote très caractéristique pour la curiosité qui nous occupe, et bien naturelle d'ailleurs pour le commun des peintres, racontée par d'Argenville à l'occasion « d'un curieux qui avait reçu d'Angleterre deux cents dessins de grands maîtres qu'on lui voulait vendre une somme considérable. Ce curieux, ne voulant pas s'en rapporter entièrement à ses lumières sur l'originalité de ses dessins, jugea à propos de les faire voir à un des premiers peintres de Paris, qui les trouva tous très beaux. Le curieux lui demandait souvent s'il les croyait originaux. Le peintre, las de cette question réitérée, lui répondit : « Eh ! que m'importe que ces dessins « soient originaux ou copiés, pourvu qu'ils me présentent du beau ?» Voilà tout ce que put en tirer le curieux. Cette façon de juger, qui est celle de la plupart des peintres, est certainement irrégulière : une copie, quelque belle qu'elle soit, est toujours une copie; c'est un ouvrage timide, servile, qui n'a jamais l'esprit ni la touche d'un original, quoiqu'il en rende exactement la pensée. » Encore un coup, M. Bonnat ne sera jamais si accommodant que son confrère le peintre du xvin1' siècle, et un franc dessin de maître fera toujours mieux son affaire que la plus séduisante des copies. — De la « prédication » de Bembrandt se rapproche singulièrement, par le même faire et les mêmes types, le « groupe de figures en adoration » (Collections Diaz et Sedelmeyer). On croit voir dans le groupe de huit figures (n° 369 du catalogue) appartenant à M. de Beckerath et griffonné légèrement et au bout de la plume, une étude pour la Pièce aux cent florins. — Les lecteurs de la Gazette connaissent déjà par la reproduction qui en fut faiie dans notre recueil, t. XVI, p. 78, le Judas restituant aux prêtres le prix de sa trahison, dessin qui appartenait alors à Galichon. — Un délicieux portrait de jeune femme coiffée d'une toque à plume, dans lequel on pourrait reconnaître une Saskia, dessin d'une transparence exquise de clair-obscur et d'un velouté charmant, appartient à M. Sedelmeyer. — C'est encore un portrait que ce dessin à la sanguine d'une jeune fille
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portant un panier et coiiïée d'un large chapeau de paille, œuvre évidente de la jeunesse du maître, de l'époque de ses portraits peints d'un ton gris clair. Il me reste encore à noter l'étude de vieillard debout les mains sur les hanches, à M. L. Galichon, et deux belles sanguines : la femme nue debout, coiffée à l'orientale, à M. Fouret, et l'étude du vieillard à longue barbe et assis, enveloppé dans sa longue robe, pour le Joseph racontant ses songes. Une autre étude pour la même figure, également à la sanguine, se trouve au cabinet des Estampes et dessins de Berlin. La nôtre appartient à M. Mitchell.
Si nous avons rappelé, presque à chaque dessin, le nom de son possesseur actuel, et le plus souvent, dans le courant de notre travail, par quelle série de collections avaient passé les merveilles que nous croyons devoir signaler (et pour Rembrandt particulièrement nous aurions pu citer à chaque ligne les collections Denon, Révil, Glaussin, Th. Lawrence, Lagoy, Yanos, Sylvestre, Rutxhiel, Schneider, Boilly, Diaz, etc.), c'est que nous ne partageons que dans une bien faible mesure l'avis du bon d'Argenville quand il prétend que « l'histoire d'un dessin et sa filiation qui nous apprennent les noms des amateurs auxquels il a appartenu, les grandes collections dont il est sorti, ne conviennent qu'à des marchands qui ont intérêt à s'en défaire avec plus d'avantage. Ces connaissances stériles n'éblouissent que les ignorants : on prouve faiblement par cette prétendue authenticité l'originalité d'un dessin. C'est à la chose même, à la valeur intrinsèque de l'ouvrage qu'il faut s'attacher ». Si d'Argenville veut se contenter de dire que la beauté éclatante d'un dessin de maître l'authentique par elle-même et lui tient lieu de parchemins, passe encore, et il a raison; toutefois il ne me sera jamais indifférent de savoir que cette excellente feuille de papier a été choisie et choyée de siècle en siècle par les plus délicats connaisseurs, qui par leur marque l'ont certifiée comme l'œuvre du maître. Ce brave d'Argenville a beau nous assurer que « la manière de dessiner d'un peintre se distingue comme le caractère de l'écriture et mieux que le style d'un auteur », nous savons tous, hélas ! très bien, que Rembrandt, puisque nous sommes sur son chapitre, que Rembrandt dont « la manière de dessiner » semblait d'une écriture bien pariiculière, est celui de tous les maîtres dont les dessins ont été le plus copiés, imités, falsifiés, et cela de son propre vivant, et puis et surtout dans le xvme siècle où parlait d'Argenville et aussi dans notre xixe siècle, et qui sait si à l'heure où nous écrivons, il ne se trouve pas à Paris, à Londres ou en Allemagne, des gens qui ne connaissent d'autre profession que de glisser dans le monde des amateurs des fausses épreuves ou des faux croquis de Rembrandt? —
Mieux valent du moins de francs dessins de ses élèves, et M. Dutuit nous en montre là de Van den Eeckhout et de Van Iloogstraeten, qui, pour manquer de la maîtrise de l'homme, n'en sont pas moins très honorables.
11 n'est pas, je pense, de plus étonnant dessin de P. Potter que celui acquis par M. Reiset à la vente Claussin. Celte composition du Porcher, datée de est une merveille achevée, destinée, à n'en pas douter,
à faire pendant au Vacher gravé en 1643. Quelle vérité et quel serré de formes, et quelle justesse dans les mouvements, et quelle science et conscience dans le ferme dessin des arbres et des terrains! La reproduction de ce dessin sera intéressante pour les curieux qui collectionnent l'œuvre de ce maître à l'œil si clair et dont la vie fut si courte et si pleine. M-r le duc d'Aumale a encore prêté du même un dessin bien magistral, la vache couchée près de laquelle se voit un porc.
M. Reiset, qui possédait un admirable tableau d'Everdingen, appartenant aujourd'hui à Me1' le duc d'Aumale, avait trouvé également à la vente Claussin une très belle marine à l'aquarelle, du même artiste, souvenir des mers de Norwège, et où le ciel, d'une légèreté extrême, exprimait toutes les aigreurs de la bise du nord. Elle a été gravée en fac-similé dans Ploos Van Amstel. — Rien qu'au dire de Mariette (catalogue Crozat) « les dessins de Wouwerman ne soient nullement communs (l'on donne pour raison de leur rareté que cet artiste, par un principe d'une assez basse jalousie, avait brûlé avant que de mourir toutes ses études : il s'était imaginé que quelqu'un en pourrait profiter et que cela nuirait à sa gloire) », notre exposition n'en compte pas moins de quatre, dont le plus important et où se trouve tout entier, comme dans son meilleur tableau, ce maître chéri de nos amateurs du xvmc siècle, est le cavalier faisant ruer son cheval attaché à un poteau. M. Dutuit l'avait eu à la vente Claussin. — De Rerchem, dont les dessins ne sont, Dieu merci, pas si rares, — je choisirais peut-être tout d'abord l'étude délicieuse des deux petits cochons couchés qui vont tout à fait de pair avec ceux de P. Potter, et aussi le charmant petit paysage portant le titre d'Entretien de voyage, si fin de touche, si plein d'air, si ensoleillé dans le groupe au premier plan, de la femme sur son âne et de son compagnon, aussi bien que dans les espaces lointains qui s'en 'vont vers l'horizon. — Ce Rerchem, à coup sûr, est un bien joli maître et bien agréable et bien habile, et la lumière qu'il répand sur ses paysages est d'une grande douceur, témoin ceux catalogués sous les nos 382, 385, 380; l'on voit qu'il a aimé, comme il le mérite et autant que l'aimèrent J. Roth et notre Claude, le soleil harmonieux de la campagne romaine; mais combien je lui préfère les purs paysagistes hollandais épris et pénétrés du
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terroir, de la glèbe de Hollande, tels que furent Cuyp, Ruysdael, P. Potter ou Hobbema! Voyez ici l'entrée d'un bois, de Ruysdael, qui