LE CARDINAL DE OUISE, PAR DUMONSTIER
(Collection do MGr le duc d'Aumale.)
n'est la tête de vieillard, par le même Glouet, acquise par le Louvre en 1851) à la merveille que nous avons sous les yeux à l'Exposition de l'École des Beaux-Arts : je veux parler du portrait de la petite Isabelle de la Paix, la fille de Henri II et de Catherine, mariée à
Philippe II d'Espagne, et que Janet exécuta vers J 559, au moment où la princesse, âgée de quinze ans, allait quitter la France. C'est MBf le duc d'Aumale qui l'a prêté, et il lui vient de M. Reiset, lequel l'avait, s'il m'en souvient, acquis d'un amateur de Turin. Ce bijou, par l'extrême finesse d'exécution de la tête — tout le portrait de sa mère Catherine — et de ses petits doigts déliés, par le charme et la douceur admirable du modelé et la grâce de l'ajustement, fait penser à la délicieuse peinture d'Éléonore d'Autriche, par le même Janet, et qui se voit au Louvre. C'est le chef-d'œuvre de l'art des crayons. 11 est de bien des coudées supérieur au duc d'Alençon, « frère du roy estant petit, » lequel pourtant est encore un bien joli crayon, d'une grâce enfantine charmante, et a mérité, à cause de cela, d'être catalogué sous le même nom; — bien supérieur surtout aux portraits do MM"1" de La Rochefoucauld, de La Mirande et d'une duchesse d'Angoulême, provenant de la collection Lenoir, mais qui évidemment ne sont plus que des dessins de l'école de Clouet. Quant à Lagneau , à l'inépuisable Lagneau , dont M. Gatteaux possédait, avant l'incendie de sa maison par la Commune, de pleins volumes de crayons, il n'est représenté là que par un soi-disant portrait de Rabelais, élude de vieux scribe ou de vieux procureur, prêtée par M. le baron de Beurnonville. Les portraits du duc d'Kpernon et du cardinal de Guise sont deux très beaux morceaux de Daniel Dumonstier, de sa plus excellente manière, des plus vrais, des plus vivants, du plus grand air et des plus intimement personnels qu'ait crayonnés ce grand devineur, cet étrange traducteur de l'esprit de ses modèles, et dont Tallemant des Réaux nous a, à sa façon, laissé, dans ses Historiettes, un si plaisant crayon. Ces deux dessins viennent de Mg' le duc d'Aumale, qui a prêté également un petit Malherbe que je ne croirais pas de Dumonstier, mais d'après lui, par le graveur qui a buriné le portrait bien connu. Le petit Lamoignon, toujours prêté par Me'' le duc d'Aumale et venant de la collection Lenoir, est un spécimen exquis de l'art de Nanteuil et de sa vérité profondément naturelle de portraitiste. La passion bien légitime que tout Français professe pour Molière a pu seule faire reconnaître, dans le crayon prêté par M. Valferdin, l'auteur du Misanthrope et la main de Claude Lefebvre. — Les quatre Etienne Delaune dessinés à la plume , sur vélin , sont de la plus belle qualité de ce maître précieux, de son invention la plus abondante, de sa plus fine exécution, particulièrement le premier (collection Gatteaux), qui est le projet d'une décoration de plat, et dont les médaillons représentent des sujets divers de la vie de Moïse. Voir au Louvre un autre dessin pareillement rond, consacré à des sujets analogues de la vie de
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EXPOSÉS A L'ÉCOLE DES BEAUX-ARTS
Moïse, et qui fait pendant à celui-ci. Les trois autres Delaune, la Foi, Y Astronomie, les Sciences (collections Galichon et Dumesnil), semblent être des projets de tapisserie, et il s'en trouve d'autres de la même suite dans la collection Destailleur, clans le legs de M. His de La Salle, au musée d'Orléans, et à l'Académie de Venise. On a attribué à l'école d'Étienne Delaune deux études aquarellées pour gardes d'épée (collection de Mgr le duc d'Aumale), bons dessins d'armurier de l'époque des Valois, mais qui n'ont pas forcément d'attache avec Delaune. — Je ne me figure nullement Germain Pilon s' amusant à dessiner, de cette petite manière si fine, si adroite et si pointilleuse, les faces diverses d'un groupe de Vierge debout, tenant clans ses bras l'enfant Jésus bénissant (collection Galichon). Ce ne sont point, en effet, six projets de Vierge, mais six faces de la même statue, autour de laquelle a tourné non le maître, mais un très gentil dessinateur de son temps. — Enfin le très populaire Callot avait bien droit de figurer ici parmi les hommes de juste renommée, et M. Dumesnil a prêté une composition à la plume, que l'on connaît par la gravure intitulée Plus il gèle, plus il estreint, et qui n'est pas, hélas! dans sa bonne manière florentine, alors que le Lorrain se servait si artistement, en vrai peintre, de pierre noire ou de sanguine vigoureusement lavées de bistre.
Notre vrai xvne siècle, notre grand xvir siècle français, l'âge héroïque du Poussin, de Claude, de Lesueur et du Puget, est représenté ici par des œuvres d'un caractère tellement élevé et d'un génie à la fois si solide, si pondéré, si noblement poétique et si accompli, que notre école, en dehors du Louvre, ne saurait rien trouver qui donnât d'elle une plus haute et plus parfaite idée. Des seize dessins du Poussin, l'un, le Mariage, appartient à M. Dumesnil, et deux, la Latte des deux Amours et le Jugement de Salomon, appartiennent à AI. Armand; tout le reste provient de M8rle duc d'Aumale, qui les tenait de M. Reiset. Il faut dire que, durant vingt-cinq ans, deux hommes ont absorbé dans leurs portefeuilles tout ce que pouvaient leur trouver de Poussin les Defer et les Guichardot, et tout ce qui, en dehors de ces fins limiers, passait par les belles ventes. C'était MM. Reiset et de La Salle, et M. Reiset à lui seul avait fini par remplir d'une centaine de compositions ou d'études d'après l'antique, et tout cela d'un choix prodigieux, des cartons consacrés au maître des Andelys, son idole et la nôtre. Ce trésor, nous l'avons dit, est passé dans son ensemble au duc d'AU'i aie. Quant à M. de La Salle, il n'en avait guère moins recueilli, et avec non moins de goût, et on les retrouverait presque tous répartis entre jes collections publiques dont il fut le bienfaiteur. Sans sortir de l'École
des Beaux-Arts on admirerait, entre dix autres, dans les salles voisines de notre Exposition, une adorable petite Vénus couchés sur le rivage, à l'ombre de grands arbres, et vers laquelle nage un satyre guidé par l'amour,
— un combat de trois tireurs d'arc contre un cavalier armé d'un javelot,
— une Vénus remettant des armes à Énée, — un Regains quittant Rome pour retournera Cartilage, — une Hérodiade suivie de deux femmes recevant la tête de saint Jean- Baptiste que lui remet le bourreau, — mais surtout un groupe de trois nymphes guettées par deux satyres, d'une plume toute tremblante, mais d'un sentiment tout antique, provenant de la collection Mariette, et sous lequel ce pieux amateur, qui, lui aussi, eut le culte du Poussin, vrai signe d'un bon esprit à la mode française, avait tracé ces mots touchants : TSicolaus Poussin senesrente manu delincabat. MM. Dreyfus et Ephrussi ont choisi du Poussin, pour leur exposition de l'École des Beaux-Arts, des dessins de tous les âges et tous les genres du maître. Sa Lutte des deux Amours montés sur des boucs et à laquelle assistent deux nymphes, est une œuvre exquise de sa jeunesse, vraie idylle antique, égale comme grâce et style pur et poétique aux plus charmantes inventions des vases grecs. — Peu postérieure comme date, vient la très belle ébauche au pinceau, sur mine de plomb, d'un sujet pastoral (n° A37), de l'époque titianesque des admirables Bacchanales peintes du Louvre, et le lavis de bistre vigoureux qui dessine les figures, en donne, sans autre effort, la chaude coloration ; — l'autre Bacchanale qui vient également de la collection Reiset, désignée dans le catalogue de la vente Mariette sous le titre du Triomphe de Flore, et que le père de Mariette avait gravée à sa manière en 1688, est peut-être le plus étonnant et le plus savant des dessins de cet ordre. C'est un pur bas-relief antique du plus beau et du plus grand style qu'ait pu inspirer l'art romain. Les plus fameux artistes de l'époque d'Auguste ne devaient pas composer ni peindre autrement. — De la plus grande force magistrale du Poussin est encore cet Enlèvement des Sabines, d'un mouvement et d'une science extraordinaires, l'une des compositions pour ce sujet tant cherché par le peintre l. — Il y a là deux Adorations des mages, provenant toutes deux de la collection Crozat et arrivées par M. Reiset chez Wr le duc d'Aumale; elles sont fort intéressantes par leur rapprochement, étant l'une et l'autre des études pour le tableau du Louvre. On serait tout d'abord porté à préférer le n° hh~}; il est plus ardemment, plus impétueusement cherché et trouvé. Les mages y ont plus d'empressement, plus d'entraînement vers l'enfant Jésus. Le M8, venu plus tard,
1» Un non moins beau dessin pour la même composition à Ghatsworlhi
est plus sobre, plus sage, plus pur de goût peut-être, et à cause de cela a mieux mérité sans doute d'être adopté comme carton définitif du tableau, mais il n'est pas peint du premier jet et de la même fougue que son aîné, et tout d'abord n'a pas le même attrait de jeunesse. — Le superbe dessin du Mariage, de la suite des Sept Sacrements, prêté par M. Dumesnil, et complètement différent, comme disposition, des deux acquis par M. de La Salle et donnés par lui à la salle des Boîtes au Louvre, est du plus beau temps du Poussin; la tête n'a jamais été plus forte, mais on sent que le tremblement approche. — La Sainte Famille, «première pensée du tableau, fait en 16Zi9 pour M. Pointel, et que Félibien désigne ainsi : «un tableau d'une vierge qu'on appelle des dix figures, » est, elle aussi, un dessin de maturité complète. « La main tremblante, » dont le pauvre Nicolas se plaignait dès 1642, n'obéit plus qu'avec peine et résistance; il y a là des tètes qui manquent de légèreté, mais l'ordonnance est de la plus sévère beauté et de la plus savante pondération. — Vous connaissez bien au Louvre ce dessin capital du Poussin qui représente le jugement de Salomon. Notre musée en possède encore dans ses cartons une autre idée un peu moins importante, mutilée par le temps, et où manque la figure du jeune roi. M. Armand a acquis, à la vente de Guichardot, une troisième composition des plus intéressantes, la première en date peut-être, non moins grande de caractère malgré la défaillance de la main, et où se trouvent déjà les grands mouvements des figures principales. Cette première pensée offre toutefois une singularité bizarre qu'il est impossible de ne pas noter, surtout quand elle est née comme instinctivement dans le cerveau si réglé du Poussin. Il est vrai de dire que cet esprit sage, qui avait pour devise : « Le jugement partout, >> n'a pas osé et ne pouvait maintenir une telle vision dans son tableau définitif. Le Salomon, dans le dessin dont nous parlons, est d'une proportion double des autres personnages et, dans son attitude hiératique, produit l'effet surnaturel de ces christs gigantesques que le Poussin voyait tous les jours à Rome dans les mosaïques byzantines des premiers âges chrétiens.
11 nous reste à signaler les trois études de paysage que M. Ueiset avait recueillies, ce sont bien les sœurs de celles que l'on admire au Louvre, et mieux conservées encore, car elles ont été moins livrées à la lumière du soleil qui, au bout d'un temps, dévore les bistres les plus vigoureux. Or la franchise du bistre est l'un des charmes des dessins du Poussin. — On doit croire que cette suite d'études intimes d'après nature, exécutée vivement, gaiement, d'une main libre et sûre, doit remonter à la fin de la jeunesse du maître, bien que ce grand homme ait consulté
avec la même ardeur la nature toute sa vie, et ait pu, jusque dans ses derniers jours, se vanter à Vigneul de Marville de n'avoir « rien négligé ». Le n° 438 de notre Exposition, qui semblerait, par le clocher pointu apparaissant derrière les massifs d'arbres à l'horizon, avoir été dessiné dans les pays du Nord, est à lui seul une vraie merveille de l'art du paysagiste. Pas un Hollandais qui ait exprimé de cette force et de cette justesse la fraîcheur des beaux ombrages sous des arbres d'aussi belle forme et où le soleil papillote mieux sur le feuillage. — Le n° 439 ne représente en réalité qu'une vieille trogne d'arbre dont le pied trempe dans les hautes herbes. Mais quelle étude admirablement sincère de la nature! Ce simple morceau, patiemment observé dans ses détails de ruine, prend aussitôt la valeur, j'allais dire monumentale, que lui donne l'œil d'un grand artiste. — Et ce n° hhO ; à gauche, un arc antique aux armes pontificales; au fond, cà droite, quelques menus arbres et quelques fabriques sur un coteau : ce n'est rien, et avec un peu de bistre il en fait de la grandeur. Gomme cet homme est supérieur à tous les Breemberg et à tous les paysagistes italiens! comme il voit, comme il interprète mieux qu'eux la noblesse de la terre italienne! Sa moindre étude de ruine antique ou de place publique, faite déserte par les siècles, a l'aspect et la majesté d'une grande œuvre à profonde impression. Voyez son Enfance de Bacchus, d'après le bas-relief du musée du Capitole, son groupe de Castor et Poîlu.r, ses Chevaux se cabrant, ce ne sont que des documents d'après les sculptures sorties de la poussière romaine, et où il ne cherche d'abord que la féconde et solide matière dont plus tard son génie pétrira ses propres compositions; — mais ce génie entre si naturellement et si avant dans les fragments ou bas-reliefs antiques, que croquis à la plume ou lavis de bistre en absorbent d'emblée le simple et mâle caractère. Tout Normand qu'il fût né et que nous devons le vénérer, ce Poussin, avouons-le, avait rencontré en Italie la terre de ses yeux et de son tempérament. C'était bien vraiment un Romain, le seul peut-être entre les artistes modernes qui se soit assimilé sans détour et jusqu'aux moelles, dans sa sévérité et même en sa rudesse, l'art romain, l'art qui fit éternelle la Ville aux sept collines.
Un autre Français, qui, lui aussi, vit l'Italie avec de bons yeux, éblouis et charmés des beautés de son soleil, et qui, si le Poussin n'avait pas vécu, serait le premier paysagiste de ce pays divin (tous les deux au reste se partagent le paysage italien; car, si le Poussin en traduit les belles lignes fortes et grandioses, l'autre en exprime en maître les harmonies lumineuses), — Claude Lorrain compte à notre Exposition neuf dessins plus étonnants peut-être encore par leur choix que ceux du
maître des Andelys. Les dessins de Claude sont d'ordinaire des compositions complètes, ayant par avance la valeur et l'effet des tableaux qu'elles préparent, et qui n'a pas vu nos dessins ne peut se rendre compte de la puissance de l'homme, car la magie justement vantée de sa peinture n'ajoutera rien à la poésie de l'invention et en délayera le plus souvent l'intensité et le charme mystérieux. — Ce Port de mer, coucher de soleil, appai tenant à Mgr le duc d'Aumale, et provenant, comme quelques-urs de ses plus précieux, de la collection Wellesley, qu'est-ce autre chose qu'une très savante et admirable préparation de tableau compliqué de marine et d'architecture, quelque arrivée de Cléopàtre? — Et cette manière de débarquement d'Énée, appartenant à M. Armand, qui l'avait acquis à la vente Schneider, œuvre du maître, dessinée en un âge sans doute avancé, d'une plume un peu grosse, mais dans sa plus savante expérience; qui eût pu traduire ainsi le brillant delà surface et la transparence extraordinaire de la mer frappée de rayons? — Encore un superbe projet de tableau que l'autre dessin de la collection Armand (n" d'une lumière dégradée et intermédiaire admirable, et où se voient des voyageurs traversant un paf/s boisé. — C'est de même un petit tableau adorable que le dessin signé et daté de 1646, et qui représente un troupeau conduit par un berger et traversant un gué. Le travail de la plume, mêlé de rehauts de gouache, en est d'une finesse extrême, très chargée de détails dans les arbres et dans la petite ruine à gauche; le ciel et les eaux en sont d'une douceur et d'une lumière exquises., c'est un délicieux bijou. — Et ce bocage dans le goût antique (n°Zi59), où un large massif d'arbres se reflète dans une rivière qui occupe tout le premier plan, avec ses ruines de temple au pied d'une montagne, ne produit-il pas le charme accompli des plus savantes peintures? — Et cette vue prise sur le Tibre à Rome, de sa plus fine plume, n'est-elle pas, elle aussi, tout charme et toute clarté, avec des eaux et un ciel et des fabriques s' enlevant tout en lumière? C'est .l'un de ces rêves qu'a poursuivis Boissieu; l'on dirait un petit Corot, alors que Corot peignait son Colisée. Quant à la Vue de Pmto loiigo, appartenant à M. Dutuit et datée de 1643, c'est l'une des éludes les plus extraordinaires du peintre de la lumière harmonieuse. Cela s'en va des terrains solides du premier plan jusqu'aux sommets des montagnes d'horizon dans de vastes espaces semés de loin en loin de tours antiques, rien que par les dégradations du bistre dans une étendue tout ensoleillée qui est un vrai prodige. — La vue prise à Rome devant Sainte-Marie- Majeure, un jour de cérémonie, est un dessin tout particulier et des plus intéressants; la foule, les équipages, les cavaliers, les carrosses de gala, tout cela grouille sur la place entre les monuments enlevés de bistre sur
le ciel avec la ven'e la plus singulière. — Je n'ai plus, je crois, à paj'ler que d'une étude d'arbres, prodige de vigueur d'ombre mystérieuse à côté des fonds de pure lumière, que n'eût pas osé Rembrandt; qu'est-ce auprès de cette profonde poésie de grand maître, que les petits Hollandais voyageurs d'Italie, les Bril, les Asselyn et les Berghem?
J'aurais voulu, pour l'amour que je porte à Lesueur, que son bagage ici fût plus nombreux. Si mes souvenirs sont fidèles, il eût été, je crois, possible de trouver sans chercher ailleurs que chez Msr le duc d'Aumale, parmi les dessins de la collection Reiset, d'autres œuvres touchantes de ce noble génie à montrer à côté du Christ portant la croix, première pensée de la sainte Véronique du Louvre : il est vrai que ce dessin le donne tout entier dans sa plus exquise et sa plus pure manière; tout son sentiment divin y est dans les trois figures principales. Lesueur a bien fait de supprimer, pour concentrer l'effet mystique du tableau, les deux figures de soldats dont l'un tire la croix avec une corde, et dont l'autre harcèle le Christ avec son javelot.
Le Puget, lui aussi, n'a qu'un dessin, un dessin bien particulier clans son œuvre de dessinateur, car le plus souvent il emploie sa plume à des décorations de galères plutôt qu'à des compositions de sculpteur. Cette large page-ci, que Mgr le duc d'Aumale tient encore de M. Reiset, et sous laquelle L. David avait écrit en manière de bien juste apostille : « Je vous engage à garder ce dessin, il est aussi beau qu'un Michel-Ange, » mériterait bien, pour sa haute curiosité et l'importance du maître, qu'on la reproduisît par la photographie, avant qu'elle ne rentre dans le cabinet de Chantilly. Je n'ai, pour ma part, jamais vu du Puget de dessin de cette espèce; mais celui-ci est si beau, et la Vénus nue, les bras relevés audessus de la tête, étendue sur sa « couchette en forme de petit navire, lit propre à la fille de l'onde, » est d'une attitude si pleine de la grâce souple et féminine ordinaire au Puget, que l'œuvre est certainement du maître. La plume, très largement taillée, est très puissante en ses accents et digne de la main qui faisait trembler le marbre; il suffirait d'aiileurs, pour reconnaître l'homme, de la composition chargée des ornements et des mascarons de la couchette : il serait curieux de savoir si quelque cabinet d'amateur provençal ne possède pas, sans en prévoir l'auteur, le monument cherché avec tant de soin et sous toutes ses faces par le grand Marseillais.
L'école provençale, contemporaine du Puget, est encore représentée par deux dessins, tout à fait capitaux, de Bernard Toro, prêtés par M. E. Foule. Jamais cet habile sculpteur des galères royales, inventeur des plus capricieuses séries de grotesques, pour panneaux, buffets, portes
EXPOSÉS A L'ÉCOLE DES BEAUX-ARTS
ou consoles qu'il excellait à tailler lui-même dans les hôtels des parlementaires d'Aix, et dont les bizarres imaginations sont bien connues des curieux par les gravures de Hor. B'anc et B. Pavillon, n'a composé d'une manière plus légère et plus compliquée deux feuilles plus importantes et plus cherchées où il ait combiné plus savamment ces arabesques my-