ÉTUDE DE JEUNE FEMME, PAR W.A T T E A U
(Collection de M. Bounat.)
l'oreille ; — si varié pourtant de manière avec la Finette assise à terre (de la collection du duc d'Aumale), et qui semble un Pater d'ordre supérieur.
Le vrai Pater est celui (496) qui représente deux couples galants, dessin important, puisque l'artiste s'en est servi pour son tableau de Y Amour et le Badinage} niais tout de pratique et qui par suite est loin d'offrir l'intérêt des éludes de Watteau qui l'entourent. — Quant au Lancret « une femme debout tenant un masque, une autre assise
et chantant, un cahier de musique à la main », qui a été gravé par J. de Concourt, et avait servi pour un tableau conservé à Polsdam, c'est à coup sûr un joli échantillon de l'artiste; mais — serait-ce toujours la faute du papier jaunâtre? — les trois crayons produisent un effet sourd qui ne fait pas valoir les attitudes spirituelles et les expressions coquettes des deux femmes. — Je voudrais classer dans la même famille les œuvres de mon ami Portail. Celui- Là emploie d'une manière originale les crayons de Watteau et il en a presque l'esprit et le déluré, bien plus original et plus vraiment lui-même que Lancret et que Pater. 11 traduit non pas les êtres de son imagination, comme Watteau qui est un indépendant, un créateur et un poète, mais les personnages de cour qu'il a sous les yeux, la cour à laquelle il appartient par sa fonction même, et dont il nous a conservé, mieux que nul autre peut-être, les vraies allures un peu composées et les sentiments passablement frivoles et pervertis. Ses deux négrillons, en costume de coureurs et accoudés à une table (501), sont deux vauriens d'antichambre les plus amusants du monde ; — et ce n'est pas de philosophie bien transcendante que parle cette maigre pimbêche, à longue canne et à grande jupe ballonnante, avec le godelureau novice vers lequel elle se retourne (502). Je connais un très joli fac-similé gravé par Riffaut d'après ce dessin, alors qu'il appartenait à M. Niel. — J'ai vu MM. de Goncourt acquérir à la vente de M. Aussant, l'ancien directeur honoraire des musées de Rennes, et par conséquent de la même province que Portail, le portrait très vivant d'un jeune homme assis, la main appuyée à sa joue (503). On lit, dans la marge du feuillet, d'une écriture du temps : « Dessiné par M. Portail, de l'Académie royale de peinture et de sculpture, premier dessinateur du cabinet du roi, garde des plans et tableaux de la couronne. » — MM. de Goncourt ont cru y reconnaître le portrait de Portail par lui-même. Je n'en suis pas aussi sûr qu'eux, me rappelant les diverses portraitures du même personnage par Fredou. Dans le beau crayon si serré et si chaud de Portail, qui a voulu sans doute représenter un de ses compatriotes de Bretagne, le nez est court, petit, relroussé; je ne retrouve point là le nez épais et tombant que Fredou donnait à ce bonhomme habile et utile,
qui fut avant Chardin le tapissier des salons de notre Académie royale. — A la même filiation se rattachent les deux études, un peu endormies, d'Ltienne Jeaurat pour ses tableaux de la Place des Halles et du Déménagement du peintre, — et encore les deux charmants dessins de ce Barthélémy Olivier, dont on connaît au Louvre un tableautin précieux, qui représente, s'il m'en souvient, Mozart enfant, jouant du clavecin dans un salon princier à Paris; une femme assise à terre, étude mignonne et de petit caractère, mais d'une délicieuse finesse (538) ; — et une jeune femme assise, de profil, tenant un cahier sur ses genoux et un crayon de la main droite, petit bonnet, mante bordée de fourrure (539, collection de Mme White). Le travail des trois crayons dans la jupe de soie et dans l'écharpe rayée y estjoli au possible, très menu, très léger; l'attitude de la figure est d'une ravissante élégance, et certainement Olivier, avec son pinceau, n'eût pas été aussi heureux. Le souvenir du genre de Watteau se prolonge en s' affaiblissant jusqu'à son compatriote de Flandre, Blarenberghe, dont nous avons là une très importante Noce de village, datée de 1789 et appartenant à Mme Bischoffsheim. Les costumes et le coloris sont ceux des tableaux agréables du Watteau, de Lille, dont M. de Concourt a prêté une « ribote de grenadiers », à peine de la force d'un médiocre Huet, tant ce Louis-Joseph a dégénéré de son grand-oncle Antoine! Mais la finesse des petites figures de Blarenberghe est vraiment prodigieuse et d'un œil qui n'a d'égal que celui de notre Meissonier. L'ensemble toutefois est un peu cru et d'un miniaturiste qui ne peut voir avec harmonie un grand espace. Même remarque sur le paysage (548), appartenant à M"u' Beer ; là aussi finesse extraordinaire des détails, là aussi aigreur de ton dans les plans et les verdures. — Seul, vers la fin du xvme siècle, le Debucourt dont M. de Goncourt a prêté à l'Exposition une tabagie (641) très bizarre, même très sèche de trait, caricature tout à l'anglaise et qui ne rappelle guère l'ancien caractère de sa peinture, douce, suave et harmonieuse, nous donnera dans son Menuet de la mariée un écho lointain, lointain de cette autre Noce de village que peignait à l'autre bout du siècle le maître de Yalenciennes.
M. Constantini attribue à Nattier six têtes à la sanguine et au crayon noir, qu'il pense être les portraits de l'artiste et de sa famille. Cela ne ressemble point aux dessins incontestables de Nattier, que nous avons vus sortant, il y a quelques années, d'un portefeuille de marchand d'estampes, et répandus rapidement chez les amateurs. Ceux-là étaient francs et pleins d'accent ; ceux-ci sont d'un crayon mignard et doux, d'un agréable petit-maître mignardisant. — Massé a là le portrait en buste d'un joli homme de cour, coquet et content de lui; l'exécution est
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bien d'un adroit dessinateur, libre et charmant ; encore serait-elle plus d'un peintre que celle de ces Nattier suspects. — Oudry ne pouvait être mieux représenté qu'il ne l'est ici : ses trois natures mortes, le Canard sauvage et le Lièvre (48(3), le Faisan et le Lièvre (A 88), le Baquet aux poissons de mer avec le Perroquet (487), ce dernier très important et d'un bel arrangement complet, traduisent pleinement sa manière de peindre, un peu sage et froide, mais sûre de son faire : c'est du Chardin très réservé. Le Cygne effrayé par un chien (489), le plus beau des quatre dessins du maître; le cygne est vraiment magistral d'effarement et de colère, et les larges plantes qui bordent l'étang sont de l'excellent paysagiste qu' Oudry a su être à ses heures. — Dans la Course des têtes et de la bague de Ch. Parrocel (493), dessinés pour l'École de cavalerie de M. de la Guérinière, rien d'amusant comme le groupe de tout petits personnages lilliputiens qui s'abordent avec politesse et suivent avec intérêt les mouvements des cavaliers dans leurs exercices de carrousel. Dans cette collection Concourt, les décorateurs et les orfèvres viennent compléter les peintres et les vignettistes. La Halte de chasseurs au pied d'une fontaine monumentale de Lajoue (491) nous montre toute la hardiesse habile de disposition et d'effet d'un décorateur de profession. — Le flambeau à cinq lumières (495), gravé dans l'œuvre de Meissonier, sous le titre de « Projet d'un grand chandelier pour le roi », est un morceau vraiment royal de l'orfèvrerie du xvme siècle, très maniéré, très tourmenté et très rocaille, et aussi très somptueux. — Plus tard on y trouvera de la plume libre de Pajou — car tous les sculpteurs de ce temps-là furent aussi de très adroits dessinateurs — un modèle très rococo de vase soutenu par deux satyres, avec un mélange enchevêtré d'enfants s' embrassant, de cygne surmontant le couvercle et de tritons aux queues enroulées formant la console.
J'ai peur que MM. de Goncourt ne se soient trompés sur Natoire. Des deux dessins qu'ils lui attribuent, l'un, l'étude de femme assise, en chemise, me rappellerait bien plutôt Lemoine, de l'excellent Lemoine, c'est tout son crayon ; — l'autre, les deux figures de déesses sur des nuages, est-ce donc bien là aussi du Natoire, de ce Natoire si connu et si pareil à lui-même? J'en trouve les formes trop allongées à la Primatice, et les touches de gouache ne ressemblent guère à son faire. On penserait plutôt à Trémollières, ou plutôt même on se demanderait : Ce dessin est-il français? — Le vrai Natoire, à mon avis, le seul Natoire de l'exposition serait, selon moi, la jolie tête appétissante de jeune fille, aux chairs claires, coiffée mutinement d'un petit bonnet, et inscrite sous le nom de C. Vanloo (n° 537, collection de M"H White). De Trémollières semble bien le gra-
cieux et singulier dessin en forme d'écran, qui représente une petite bergère regardant dormir un petit garçon nu; — et nous voilà venus aux peintres en titre de la Pompadour, à Vanloo, à Latour, à Boucher, à Boucher, le vrai dieu de la grâce graveleuse par son temps, par lui-même et par ses élèves : car au fond Watteau n'est qu'un pur artiste; tout moderne et galant que l'intitule Gaylus, il n'a rien de libertin.
Les deux plus beaux dessins de Boucher à notre exposition sont : la femme assise, vue de face, vêtue à l'espagnole et tenant un éventail (515); elle a été gravée par J. de Concourt; le gras et l'entrain des crayons y sont réellement d'un maître ; — et l'académie de femme nue, vue de dos, posant sur ses pieds croisés (517), également gravée par J. de Goncourt. Devant ce dernier, qui n'avouerait que le peintre qui a exprimé si juste et si coulamment ces chairs rebondies et épaisses fut un dessinateur de race et aussi un coloriste d'une harmonie claire et charmante? — Je ne m'arrêterai ni aux trois jolies tètes au pastel, prêtées par Mme White, par M. Bisler-Kestner et par M. Dumesnil, — ni à la jardinière (520) ou à la jeune mère assoupie (521), tous deux d'un large crayon grassement coloré; — ni à la gentille petite bergerie aquarellée (514), qui va servir de type aux Huel; — ni à l'Adoration des Bergers (518), du Boucher peu sérieux des scènes sacrées, dont le savoir est tout de convention, lourd et ennuyeux, au-dessous de Lemoine, avec la même pâte opaque dont il a pris la recette à Borne, chez les derniers peintres italiens; — ni même à cette agréable composition, gravée par Cochin, sans doute pour frontispice, et où des enfants dans un atelier dessinent, peignent et broient des couleurs (n° 522, coll. de M. Bottollier). Mais les nos 516 et 519, gravés tous deux par J. de Goncourt, nous offrent de ravissants échantillons des paysages du maître. Celui où la femme lave dans une auge, à côté d'un puits rustique, est d'un instinct extraordinaire d'arrangement comme paysagiste : bergerie de Sedaine, cela va sans dire, avec des végétations plantureuses, et d'un crayon libre et gras et flou, tout à fait séduisant. De même, sa cour de ferme, très gaie, plaisir des yeux, toute brodée de plantes grimpantes ou ballantes, maisonnette et figures d'opéra-comique, tout cela machiné comme un décor de théâtre. — On retrouvera plus tard, signé Huet, ce même paysage, « bâtiments de ferme clans une saulaie » (631), ou cette même « bergère en chapeau de paille, corsage ouvert » (632); ce seront d'excellentes imitations des pastels de Boucher, mais il y aura plus de minceur dans l'intelligence et dans la main. — La guinguette des environs de Moscou, de Leprince (610), se rapprochera plus du faire de Frago que de celui de Boucher. — La paysannerie
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signée du nom de Saint-Quentin sentira de plus près la manière de son maître, et la plus fidèle et la plus adroite, mais la coloration, harmonieuse d'ailleurs, de l'aquarelle sera plus triste et tournera au brun. — Les vrais, les intimes élèves de Bouclier, aujourd'hui c'est Baudouin, demain ce sera Fragonard. On ne connaît que trop par la gravure les polissonneries