TÊTE DE JEUNE FILLE, PAR GREUZE
(Collection de M. Eudoxe Marcille.)
cette longue et pâle Dame de charité, étudiée d'après Mme Greuze, dont je me rappelle, malgré moi, les frasques trop vertes déplorées par son mari et la gorge trop molle d'après Diderot lui-même ; — ni par ce Greuze dessinant, qui me paraît plus que douteux, — ni par ces portraits
assez ordinaires de M. Legrand, ancien marchand de tableaux, et de M. de Laborde (tête du chasseur de la Mère bièn-aimée), — ni même par la tête à la sanguine de cette jolie gaillarde, coiffée d'un bonnet et qui montre ses dents; — à peine par Y Accordée de village (coll. Dutuit), dont la manière m'inquiète presque, bien qu'elle soit la même que la Famille pauvre, groupe de mendiants au coin d'une vieille maison, signé et daté 1763. Je ne retrouve mon Greuze, un vrai grand peintre, que dans le portrait d'un jeune chasseur, debout dans un parc à riches bosquets, à côté de sa jeune femme, assise sur un banc de pierre, près d'une terrasse à balustrade et appuyant amoureusement sa tête contre le bras de son mari (coll. Goncourt) ; cette esquisse librement lavée à l'encre de Chine est tout à fait magistrale, et je n'eusse voulu à côté d'elle pour représenter dignement Greuze que cette première pensée du Fils puni (coll. Armand), le plus bel ouvrage qui soit là de l'artiste, vrai dessin de maître, toute petite esquisse que ce soit, mais du plus grand et du plus noble sentiment et de la plus poignante émotion.
Quant à Fragonard, c'est une autre affaire : Greuze est ici trop pauvre ; j'allais dire que Fragonard est trop riche ; mais la chose est assez naturelle à ce prodigue, à cette imagination surabondante, emportée, éclatante, toujours gaie, jeune, fantasque, heureuse, amoureuse, mousseuse, s'enchantant et s' éblouissant elle-même : 22 dessins de Fragonard, tous capitaux, dont 10 appartiennent à la seule collection Goncourt, 5 à M. Valferdin que l'on ne pouvait manquer de rencontrer dans une exposition de son cher Frago, 3 à M. Mardi le, et les autres à M'nc Kestner et à MM. Bottolier et du Sommerard : il y a vraiment là de quoi dérouter un peu les yeux, et le procédé, si doré, velouté et brillant qu'il soit, finit par sembler monotone. On est donc tenté, malgré l'égalité toujours opulente de talent en ces 22 ouvrages, de ne s'arrêter que devant ceux qui vous accrochent au passage par je ne sais quelle séduction particulière, tels, par exemple, que : le Concours et la Récompense, gracieuses matinées d'enfants, destinées à rester, comme souvenirs d'une fête de famille, chez son ami Bergeret, l'ancien fermier général: c'est de l'excellent et du décent Frago, de sa claire peinture et de sa ruisselante lumière inondant les appartements somptueux d'un financier, très fait avec cela, d'une couleur argentine et d'une élégance de bon goût et de gens du monde dans les attitudes des assistants; et saluons cette réserve honnête de la main et de l'esprit du peintre, car nous ne la reverrons pa ; — V Éducation fait tout (jeunes filles et enfants, devant une maison, habillant des chiens sur un banc), dessin où le bistre est d'une vigueur et d'une coloration à la Bubens, étonnantes, avec un éclat de