‹ Les dessins de maîtres anciensChapitre 19 sur 31 · MASQUE DE L A T 0 U R , PAR LUI-MÊME · texte numérisé non relu

MASQUE DE L A T 0 U R , PAR LUI-MÊME

(Collection de M. de Goncouit. )

chairs toutes flamandes, revêtant la grâce spirituelle et toute française du temps ; — ou la Distribution des pains, que font des parents à leurs enfants ; encore un de ses dessins parfaitement beaux par l'énergie de son pinceau bistré; et tout cela est heureux, plein de vie et d'entrain et d'une beauté bien portante, vieillards, jeunes femmes, beaux gars, enfants joufflus; — ou le Souvenir du four banal de JSégrcpelisse, près Montauban, dessiné en octobre 1773 (lors du voyage d'Italie avec M. Bergeret), où l'on voit les commères jacassant, se poussant et piaillant, pendant qu'un homme enfourne les pains qu'elles apportent à cuire; — ou la très leste et très gracieuse Culbute dans l'atelier ; les deux jeunes modèles, la fille et le garçon, se renversent et se culbutent l'un sur l'autre, jetant à terre le chevalet du peintre; — ou cette tant drôle polissonnerie qu'a gravée J. de Concourt : un berger bousculant une bergère qui crie un peu, taudis qu'un taureau stupéfié les regarde de l'autre côté de son abreuvoir1; — ou la belle et forte Etude de taureau regardant avec fureur les grasses herbes de son râtelier; tout est plantureux, et excessif, et passionné, et fougueux dans ce Frago ; — ou bien YOceasion qui nous montre une jeune paysanne et son amoureux s'embrassant à travers la fumée dont la chambre est envahie et toute la famille aveuglée. Plus tard Debucourt reprendra le même sujet; mais Frago reste toujours le maître, par la liberté de sa verve et la grâce plus ample et plus fraîche de ses jeunes minois fleuris. — Quoi encore? Dites donc : « S'il vous plaît ■ » mère qui donne des tranches de tourte à ses enfants et que nous nous souvenons d'avoir vue dans la collection V i Ilot ; — le très lumineux groupe de tètes heureuses qu'on appelle les Sept Ages de la vie; et la jolie sanguine de Femme assise, à mi-corps, étude signée et datée de 1785, où la charmante jeune femme retourne la tête vers la droite avec un mouvement si gracieux ! — Son Sacrifice de la rose me plaît moins; cela sent trop sa Callirhoé et ses moments, heureusement rares, de classique mythologie. Quant au Portrait de Rosalie Fragonard, la fille du peintre, il rappelle plutôt le procédé des études anglaises de Gravelot, ou de celles de Danloux, que le crayon de Frago. Ne serait-il point de M"* Gérard? — Et que dire des paysages de ce magicien Fragonard, de ces beaux parcs à l'italienne, où tout est fête, soleil, statues sur leurs piédestaux et belles perspectives, de ces avenues où les vieux arbres se rejoignent en frais berceaux (nos 580, 581) : Vue de la villa Borghcse, avec foule de petits personnages groupés sous des pins d'Italie; autre villa, avec terrasse circulaire et jardins peuplés de pro-

I. Celle gravure de l'Abreuvoir a paru dans la Gazette, V pér., t. XVIII, p. 155.

Hélioq Diljcirdm

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