PAR CHARLES EPHRUSSI
En lisant les fines et savantes études de M. le marquis de Chennevières sur l'Exposition des dessins de maîtres anciens, le lecteur aura remarqué que l'auteur a signalé et jugé tous les morceaux importants de cette Exposition, à l'exception de ceux qui provenaient de sa propre collection. Et pourtant il occupait dans cette réunion d'oeuvres de choix une des premières places, sinon par le nombre des dessins, du moins par la haute valeur de chacun d'eux. Ceux qui connaissent M. de Chennevières s'expliqueront ce silence. Pour lui, parler de ses dessins, rassemblés avec tant d'amour depuis tant d'années (nous n'osons dire combien), c'était parler de lui-même. « Les amateurs, comme il le dit, vous le devinez, n'aiment point à juger leurs dessins. Ils les chérissent tant qu'ils n'oseraient en dire tout le bien qu'ils en pensent. Mieux vaut, par prudence, laisser à d'autres le soin d'en parler franc. » Puisque M. de Chennevières se tait pour de si bonnes raisons, nous voulons, à son insu et peut-être contre son gré, combler, autant que nous le pourrons, la lacune volontaire qu'il a laissée dans ces études, tout en regrettant de ne pas apporter à cet examen le délicat esprit de critique, le charme d'expression et la grande autorité qui n'appartiennent qu'à lui.
Les visiteurs ont sans doute été surpris de ne trouver à l'Exposition aucun dessin français prêté par M. de Chennevières, qui cependant s'est voué corps et âme à l'art national, qui a tant écrit sur cet art, tant travaillé pour le faire mieux connaître, qui l'aime et le sent comme pas un, qui a réuni, par des recherches commencées presque dès l'enfance, quatre mille échantillons de nos maîtres les plus divers. C'est ce nombre même qui rendait tout choix impraticable : il eût fallu, pour montrer au public les trésors amassés par ce chercheur infati-