TÊTE DE VIERGE, PAR RAPHAËL
(Collection de M. Malcolm.)
Viti, à Mgr le duc d'Aumale ; deux très beaux Jules Romain, l'Enlèvement de Proserpine et la Chute de Phaéton ; deux bons Perino del Vaga, trois bons Polidore, un Baroche et un Zucchero, nous en aurons fini avec l'école romaine.
Je serais presque tenté de renvoyer au moment où j'aurai à m' occuper de l'école française l'examen des dessins du Piïmatice et de Niccolo
2k LES DESSINS DE MAITRES ANCIENS
delP Abbate, car leurs travaux en France ont été le foyer et la raison d'être de cette école de Fontainebleau, où commence, selon l'opinion courante, l'histoire de notre art national. De chez Desneux-Delanoue était venue chez Jabach et de là chez le roi une ample provision des compositions du Primatice. Crozat n'avait pas réuni, du même maître, moins de cent quarante dessins, et, de ceux-là, Mariette en avait acquis une quarantaine pour sa part. Bon nombre des plus beaux de la vente Mariette étaient allés en Angleterre; il me souvient qu'à la vente Woodburn ils furent rapatriés par M. Clément, le marchand d'estampes, qui les céda à M. Destailleur. Ils ont été en partie dispersés depuis. On voit donc que les dessins du Primatice sont assez abondants en France (le Louvre à lui seul en possède 111); ils devraient y être tous, et ce serait vraiment l'œuvre d'un photographe patriote d'en former le recueil le plus complet possible, car cet homme a tenu tant de place dans notre xvr siècle, il y a exercé par sa surintendance des travaux de François Ier et de Henri II une influence si considérable, — bien autrement considérable que celle de Maître Roux, son prédécesseur, en ce sens surtout que, mieux d'accord avec notre tempérament, il y développa cette qualité essentiellement franchise, l'élégance, — que celui qui nous réunirait en une belle publication les innombrables compositions de ce maître inépuisable, les inventions de toute sorte qui servirent de cartons et de modèles aux peintres et aux sculpteurs qu'il dirigeait à la cour de France, et qui ne furent égalées que par la fécondité de Lebrun, nous ferait revivre, dans son expression la plus imagi native, la plus variée et la plus haute, notre renaissance française tout entière. Le Primatice est resté et restera à jamais la source intarissable, l'inspirateur et le modèle sans égal de la peinture décorative en notre pays. Cela s'est bien vu durant tout le xvi° siècle jusqu'aux derniers peintres de Henri IV; — cela s'est vu par Simon Vouet lui-même et ses disciples, qui, bien que revenant d'Italie, observaient plus fidèlement le goût des grands ouvrages de Fontainebleau que la manière, alors en vogue, des illustres décorateurs italiens, qu'ils venaient d'étudier et d'admirer à Rome; — cela s'est vu particulièrement dans notre siècle, où, dès qu'il s'est agi de reprendre l'ancienne coutume de décorer des galeries et de peindre des plafonds et des voussures, les deux grands artistes qui, dans cette application nouvelle de leur talent, ont développé leur vraie maîtrise, Delacroix et Baudry, se sont naturellement reportés tout droit vers la tradition du Primatice et ont, le premier, dans les salles du palais Bourbon et du Luxembourg, le second, pour son plafond de l'hôtel Païva et son immense entreprise de l'Opéra, emprunté sans honte et sans détour à leur ancêtre, comme on emprunte
EXPOSÉS À L'ÉGOLE DES BEAUX-ARTS
C'est Mgr le duc d'Aumale qui a prêté à notre exposition les Plaisirs de l'été, l'un des pendentifs de la galerie de Henri II à Fontainebleau. Le
dessin avait passé par les collections Mariette, Lagoy, Th. Lawrence. M. Armand tenait [de M. de La Salle l'autre dessin, V Automne, représenté par un jeune homme nu, chargé d'une manne de raisins. Quant au Niccolo dell' Abbate, le célèbre praticien du Primatice et si gracieux inventeur lui-même, M. Armand a fourni de lui deux cadres charmants : dans l'un, son Parnasse, gravé par Delaulne; dans l'autre, les huit Anges portant les instruments de la Passion, et que l'on connaît au Louvre par les émaux de Léonard Limousin. Tous les amateurs de ce temps-ci se souviennent d'avoir vu ces huit dessins, si précieux pour nous, passer (en vente publique) de la collection Norblin dans la collection Galichon.
Le plus intéressant dessin de l'école lombarde est arrivé , par M. Reiset, àMgr le duc d'Aumale, et représente un modèle de monument funéraire. Il avait passé successivement par les collections du roi Charles Ier, de Jabach, de Crozat et de M. de Cédron. L'ordonnance de ce beau projet est très chargée de statues, de bas-reliefs et d'ornements. On connaît aujourd'hui l'auteur de l'œuvre par d'autres compositions analogue?, dessinées d'une plume et dans un certain caractère de figures qui ne permettent d'en confondre l'artiste avec nul autre. Ce sculpteur était Agostino Bu^ti, dit le Bambaja, Lombard de la fin du xv"c siècle (1/i83-15Zi8), et auquel on doit le tombeau fameux de Gaston de Foix, commencé en 1515, continué dans les années suivantes, puis délaissé par suite des revers de la fortune française, et que Vasari admira en 1566, dans le monastère de Sainte-Marthe (de Milan), « comme l'une des plus étonnantes productions de la sculpture, » regrettant que l'injustice des hommes de son temps eût laissé inachevée et déjà dispersée une telle merveille , sans que la reconnaissance conservât le monument autant pour le souvenir des bienfaits du héros que par respect pour le génie de l'artiste. On en retrouve des fragments à l'Ambrosienne, au musée Brera, au musée de Turin, dans certaines collections privées de Lombardie et au musée de Kensington. Le catalogue de ce musée donne la gravure d'un dessin original, l'un des premiers projets du Bambaja, provenant de la vente Woodburn, où il figurait sous le nom de Léonard de Vinci. Le Louvre possède, venant de Jabach, un autre projet d'une très grande importance, pour le même monument funéraire, conçu dans un tout autre esprit, et où la figure du héros, comme dans la statue couchée, en marbre, conservée à Brera, est portée par des Vertus debout, au centre d'un immense buldacchino surmonté d'une large frise très chargée de bas-reliefs et couronnée d'une sorte de fronton au haut duquel se voit la statue du Christ glorieux. La con-
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cordance de ces deux dessins avec quelques ornements de celui du duc d'Auinale, entre autres des trophées et des bas-reliefs où se trouvent certains sujets de bataille, permettrait de penser que notre composition est un nouveau projet pour le tombeau de Gaston. A l'Albertine, sous le