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CONCERT CHAMPÊTRE, PAR. LE BIOROIOHE

(Collection de M. Malcolm.')

nom de Bramante, se voit un autre dessin du Bambaja, représentant une grande cheminée ornée de chaque côté de la ligure de Mars et de celle de Minerve. Cette œuvre comporte une frise ornée de bas-reliefs ; elle est couronnée au sommet par une figure drapée et debout.

Enfin on connaît au Louvre, du même auteur, le projet d'un petit monument funéraire : un sarcophage sur lequel sont assis deux anges de douleur occupe le centre; de chaque côté d'une niche centrale, dos

bas-reliefs figurent des trophées; une Renommée est debout au sommet du fronton.

Il convient encore de noter, dans l'école lombarde, un charmant dessin attribué au Zenale, appartenant à M. Malcolm et représentant saint Marc trônant sous un dais et devant lequel sont agenouillés dix personnages vêtus de frocs; — un carton, à la pierre d'Italie, de l'Enfant Jésus et saint Jean, de Luini, pour le petit tableau donné au Louvre par M. de la Salle, qui avait offert lui-même à l'Ecole des Beaux-Arts cette belle étude, gravée par Leroy; — une sainte Catherine de Sienne, du Sodoma, première pensée, un peu lourde, de la fresque de San-Domenico, à Sienne; — des Études d'enfants, du Gorrège.

Quant aux Vénitiens, leur brillant bataillon est là au grand complet.

On regarde beaucoup, à cette exposition, deux pages où sont tracées d'une plume fine, lavée d'aquarelle, des costumes de dames et de jeunes cavaliers en longs manteaux brodés et en habits de gala; l'une appartient au duc d'Aumale et vient de M. Reiset; l'autre appartient à M. Gustave Dreyfus, qui l'avait acquise à la vente Galichon. Toutes deux avaient passé par la collection Lagoy. Au verso de ces deux feuilles se voient des études de figures diverses, et au recto de celle de M. Dreyfus un profil d'homme dessiné h la mine d'argent et qui seul sufffirait pour signer le dessin du nom de Pisano, le fameux médailleur de Vérone. Ces études des revers ont, d'ailleurs, une analogie, qui n'est pas méconnaissable, avec la nombreuse suite des dessins qui se trouvaient mêlés à ceux de Léonard dans le célèbre volume acquis par le Louvre des héritiers de Vallardi, et qui furent reconnus par M. de Tauzia à des indices qui ne permettaient pas le doute. Un autre dessin, de la même suite de costumes de gala, se trouve au Musée d'Oxford, et l'on pense que la jeune femme au riche manteau, avec fleurs brodées en vert et longues franges rouges et vertes, ne serait autre que l'Isotta de Rimini.

Des six Mantegne, le plus velouté, le moins fatigué est celui qui appartient à M. Malcolm et représente Hercule et l'hydre de Lerne; c'est une figure d'un modelé et d'une énergie terribles. Les deux beaux fragments de Triomphes, l'un au duc d'Aumale, l'autre encore à M. Malcolm, et qui semblent, comme le dessin de l'Ambrosienne, des études pour les cartons d'Hampton-Gourt, offrent, outre leur beauté, l'intérêt de l'inédit, n'ayant pas été gravés par Mantegne, quand trois autres dessins de même sorte ou plutôt de même suite ont été reproduits par la gravure 1.

1. Quant à la Judith avec la tête d'Holopherite, attribuée à Mantegna, elle me semble une copie du dessin éminemment original des Offices... Deux autres copies,

Parmi les dessins de l'école de Mantegne, il s'en trouve deux charmants, sous le nom de Nicoletto deModène, ce Nicoletto dont Passavant a décrit l'œuvre dans le tome V de son Peintre-Graveur, et qui, en effet, avait gravé diverses pièces d'ornement analogues, que l'on doit croire composées par lui. Ces deux morceaux à la plume, teintés d'aquarelle, sont d'une invention charmante d'arabesques mêlées de figures et d'écussons, du caprice le plus élégant et de la plus fine manière de Mantegne, dans laquelle Passavant dit, du reste, qu'il exécuta ses premières grandes estampes. Ces deux belles compositions d'ornement appartiennent à M. Malcolm.

Le duc d'Aumale a prêté, de J. Bellin, une Vierge entre saint Jean- Baptiste et saint Jérôme, dessin d'un grand caractère, provenant de la collection Reiset. — Le Christ, debout sur des nuages, de la collection Malcolm, rappelle, dit-on, celui de la Transfiguration du Musée de Naples. — J'entends dire autour de moi que l'ange Gabriel, fragment d'une Annonciation, attribué ici au Bellin et appartenant à M. de Beckerath, pourrait bien être de Gaudenzio Ferrari. — Les deux petits cadres qui sont venus à M»"' le duc d'Aumale par l'acquisition qu'il a faite d'un gros lot de la collection Alex. Lenoir, et qui représenteraient l'un, Jean Bellin l, dessiné, en 1505, par son élève Victor, l'autre, Victor, dessiné à la même date par son maître Jean Bellin, sont intéressants et non pas invraisemblables, à en juger par l'exécution bellinesque des costumes. — Le disciple, penset-on, serait Vittore Camelo.

Vasari, auquel on peut d'ordinaire se fier presque sûrement quand il s'agit d'une œuvre de Florence ou de Rome, devient fort sujet à caution quand on le dépayse dans les écoles du nord de l'Italie, et c'est pourquoi, bien qu'affirmée par lui au bas de la monture dont il a décoré l'encadrement, l'attribution au Carpaccio du dessin appartenant à M. Malcolm nous paraît plus que douteuse. Ce groupe de Bacchanale, beau dessin à coup sûr, je ne le donnerais ni à Carpaccio, ni à Lorenzo Costa, mais à quelque autre maître du Nord, et j'attendrais patiemment que le temps, un bon hasard et un peu de recherches m'en révélassent l'auteur.

M. Malcolm est encore l'heureux possesseur d'un autre dessin, celuici du Giorgione, qui nous touche particulièrement, nous autres, les fidèles

l'une au Louvre, l'autre à Chatsworth chez le duc de Devonshire, celle-ci avec l'intéressante date 1473.

1. Signa'ons un rapprochement curieux : cette tète est exactement la m^me que celle du personnage placé au premier plan à gauche, vêtu d'une houppelande rouge, dans la Grande Prédication de saint Marc à Alexandrie (1507), de Gentile Bellini, conservée à Brera.

EXPOSÉS A L'ÉCOLE DES BEAUX -ARTS

du Louvre. C'est celui qui représente un jeune homme jouant du luth auprès d'une femme nue, vue de dos et assise à terre. La figure de la femme est précisément la même dont chacun se rappelle le beau corps arrondi, au premier plan de notre Concert champêtre. Le dessin, qui, dans ses autres parties, est sain et bien conservé, se trouve, par malheur, fort retouché dans cet intéressant torse de femme.

L'élève du Giorgione, le grand Titien, a là deux très magistraux croquis à la plume pour des tableaux de lui qui sont célèbres, la première pensée du Saint Pierre martyr et celle d'une femme renversée à terre et tuée par son mari (pour une des trois fresques de \&Scnola de San Antonio, à Padoue). Il se trouve que Mariette avait réuni sur une même monture et que le Louvre possède aujourd'hui deux autres croquis de ces mêmes sujets. Une troisième étude pour la seconde de ces compositions, une éblouissante sanguine, est à Chatsworth chez le duc de Devonshire. Un autre projet, plus important que les nôtres, pour le Martyre de saint Pierre, est au British Muséum. Mer le duc d'Aumale a prêté, du même, une délicieuse petite Vénus couchée à terre et entourée d'Amours, que l'on revoit au palais Doria de Rome, et un magnifique paysage, aux grandes et profondes perspectives, d'une exécution très large, et provenant également de la collection Reiset. Je note encore, du maître, entre autres belles œuvres, le paysage avec saint Hubert priant ; mais je réclame pour son imitateur habile Domenico Campagnola la Nativité (n° 201 du catalogue), que reconnaîtront avec moi, sans hésitation, tous ceux qui ont vu au Louvre la charmante série des travaux rustiques de cet agréable pasticheur du Titien, dont il fut le contemporain et le rival, dit-on, dans la décoration des monuments de Padoue.

Il faut dire que ce Domenico Campagnola est admirablement représenté, dans l'exposition qui nous occupe, par un dessin d'une exécution franche, brillante et colorée, d'une beauté, d'une conservation, d'une finesse merveilleuses, signé, pour n'en pas douter, du nom de l'artiste, et que le Titien eût certes pu lui envier. Cette perle, reproduite d'ailleurs par la Gazette, appartient à M. Malcolm et porte la marque de Mariette. — Faut-il, à propos de Campagnola, redonner encore une fois aux lecteurs de la Gazette à ruminer cette bizarre énigme du Saint Jean- Baptiste (exposé sous le n° 192), énigme que Galichon a étudiée jadis dans notre recueil (t. XIII, p. 336 et 339), en puhliant ce dessin compliqué (dont une répétition à l'Ambrosienne dans le recueil de l'abbé Resta) à l'occasion de la copie d'une estampe exécutée primitivement par le Moretto d'après Mantegne? Quant à moi, je serais tout disposé à accepter la solution proposée par Galichon, c'est-à-dire à laisser à Giulio

Campagnola l'arrangement du paysage, et à attribuer à Domenico l'exécution de la figure de saint Jean, tout en observant que, ce jour-là, la plume de Domenico se rapprochait plus de celle de Palme le jeune que de celle du Titien. — Enfin, sous le n" 19li, est exposé un très joli petit paysage, de facture bien vénitienne, quoique d'invention allemande, puisqu'il reproduit les fonds de la Sainte Famille au papillon, d'Albert Durer, et que, par ce motif, M. Epbrussi serait porté à attribuer à Giulio Campagnola, en se basant sur ce fait que le graveur vénitien s'est servi plusieurs fois des paysages d'Albert Durer, notamment dans les fonds du Ganymède.

Mer le duc d'Àumale a trouvé une miniature inachevée qui sied très bien à sa collection : c'est une Bataille de Mârîgnan, dessinée à la plume très finement et coloriée, en ses parties essentielles, par un petit maître contemporain. On y reconnaît François 1"', chargeant à la tête de sa chevalerie, et les Cantons suisses amenant, puis retirant leurs troupes. — Cette jolie miniature a élé attribuée au Maître à la ratière; mais je n'y vois pas d'école bien distincte ; elle est l'œuvre d'un très adroit miniaturiste de profession.

Je note parmi les nombreux Véronèseun beau Christ mort de la collection Malcolm; et puis l'école vénitienne vient finir par un bouquet éblouissant de ces derniers peintres charmeurs qui lui firent des funérailles superbes : quatre Tiepolo (voir particulièrement la Vénus et l'Amour, appartenant à M. Dumesnil), — trois Canaletto (voir les Environs de Venise, appartenant à M. Malcolm), — et deux Guardi, dont l'un, la Vue du grand canal, appartenant à M. Armand, est reproduit par la Gazette.

11 est vraiment bien difficile de séparer l'école espagnole de l'école italienne. Elles se tiennent par Naples, par l'Education de Juan de Joannes, du Berruguette et de Ribera, et par le séjour de Velazquez en Italie. Les Espagnols n'occupent, d'ailleurs, qu'une place assez étroite dans notre exposition. Quand j'aurai cité le Jeune Homme debout, vu de dos et peignant de Velasquez, la Tête de moine encapuchonnée et d'une si vigoureuse réalité de Zurbaran, tous deux appartenant à M. Malcolm, j'aurai dit les études qui m'ont arrêté dans ce groupe. Les dessins de l'école espagnole n'ont jamais été très abondants dans les collections. De Piles en avait rapporté d'Espagne une assez mince poignée qui était chez Crozat. On en a vu quelques-uns dans la collection Standish, et les meilleurs sont entrés au Louvre. M. Jul. Boilly en avait aussi rencontré

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