‹ Les dessins de maîtres anciensChapitre 9 sur 31 · DAME AU SQUELETTE, TA II H A N S BALDUNG G RI É N · texte numérisé non relu

DAME AU SQUELETTE, TA II H A N S BALDUNG G RI É N

(Collection du M. Mitchell.)

M. Armand, avec ce brillant et chaud mélange de pierre d'Italie, de bistre et d'encre de Chine, et le portrait de Corneille Schut, appartenant à M. Dutuit, peut presque lui être égalé. La partie basse de l'étude poulie portrait aristocratique du cardinal Bentivoglio (collection Dutuit) est de même qualité. M. Armand a prêté une esquisse peinte en grisaille, représentant une assemblée de magistrats anglais ou flamands présidée par la Justice, qui a pu fournir un tableau de l'importance des chefs-d'œuvre de Rembrandt et de Van der Helst, à Amsterdam. Quant à ses compositions de peinture d'histoire, la plus attrayante est sans doute le carton capital de la Danse d'enfants, de la collection de Mgr le duc d'Aumale, carton dont Van Dyck s'est servi tour à tour pour la sainte Famille, gravée par Bolswerl et qui a appartenu au prince de Talleyrand, puis est entrée dans la collection de lord Ashburton, pour l'autre sainte Famille qui fait partie du musée de l'Ermitage, enfin pour une troisième du palais Pitti. Après quoi il faut encore citer un Martyre de sainte Catherine, d'une fougue de mouvement extraordinaire et d'un effet et d'une puissance vraiment dignes de son maître; Smith raconte, dans son Catalogue raisonné de l'œuvre de Van Dyck, que le tableau de la Sainte Catherine, exécuté sous l'inspiration directe du martyre de saint Liévin, de Rubens, après avoir appartenu d'abord à l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, était passé dans la collection de sir Charles Bagot. — Quoi encore? un beau Portement de croix, appartenant h M. le baron de Beurnonville ; — un Rêve de Jardin d'Amour, à M. Armand, qui peut avoir servi au tableau catalogué par Smith sous le numéro 278, et qui faisait partie, en 1713, de la collection Yanloo1; un Christ insulté par des soldats dans le palais de Pilate (collection Dutuit), première pensée plus mouvementée et avec un geste de répulsion du Christ, que l'on peut presque regretter dans la composition définitive du musée de Berlin, connue par la gravure de Bolswert, et dont le Louvre expose un autre dessin plus grand et plus terminé, attribue à Van Dyck; celui-ci n'est sans doute qu'une préparation pour l'estampe. De la même espèce de dessins exécutés en vue de l'estampe, pourrait bien être le portrait de Gaspard de Crayer, qui a été gravé par Pontius. D'Argenville, parlant des dessins « commencés par des élèves et retouchés par le maître en plusieurs endroits, dans lesquels on aperçoit des coups de force ou des rehaussements de blanc au pinceau », ajoute : « Ces traits hardis, ces contours ressentis et rafraîchis par une habile main, font entrevoir l'ouvrage de dessous qui en est

1. Le musée de Stockholm possède un tableau de Rubens où l'on voit la même composition.

EXPOSÉS A L'ÉCOLE DES BEAUX-ARTS

appauvri et en devient encore .plus froid. Ces marques ne paraissent qu'aux yeux extrêmement clairvoyants. Les dessins de Rubens et de Van Dyck, qui sont ordinairement faits de cette manière, et qui ont été

POR T HAIT D'HOLBEIN LE VIEUX, PAU t B 1- M li ME .

(Colleclion de M6r le duc d'Aumale. ) (Gravure empruntée au « Ilolbcin » de M. Woltmann.)

commencés par Vosterman, Paul Pontius, Pierre de Jode et autres, en ont imposé à plusieurs connaisseurs. »

La très grande composition aquarellée de Jordaens, le Roi boit, appartenant cà M. Dutuit, est un dessin tout à fait capital de ce maître,

de bonne santé et de pinceau bon vivant, qui, entre mille œuvres éclatantes, a peint, sans s'en douter, la splendide Fécondité, du Musée de Bruxelles, comme Thomas Couture nous a peint son Fauconnier1. -- Enfin Wr le duc d'Aumale a prêté de la collection Reiset des singes faisant la barbe à des chats, le plus gai et le plus charmant des Téniers.

On peut bien déclarer avant tout que le groupe des dessins hollandais est. purement un bouquet de petites merveilles; c'est un choix adorable et qui donne la plus parfaite idée de l'art particulier de ce pays, où la nature a été interprétée par ses peintres avec une pénétration, un esprit, une sincérité, une vivacité, un amour vraiment profonds.

La série commence par deux dessins de Lucas de Leyde, le contemporain un peu gothique, comme on disait au xvmc siècle, d'Albert Durer, et ni l'une ni l'autre de ces deux feuilles très différentes ne me paraissent dans la manière probable de l'artiste, bien que le Retour de l'Enfant prodigue, appartenant à Mgr le duc d'Aumale et gravé d'ailleurs par Lucas lui-même, soit, à mon sens, bien supérieur au Joseph vendu par ses frères, des collections Firmin-Didot et Galichon. — Quant au portrait de femme attribué à Hais, jamais il n'a été du maître, et l'on dirait d'une aquarelle bien sagement terminée, il y a cent ans, d'après quelque peinture de Hais. — Nous arrivons de suite à la vraie école hollandaise, à celle qui dans uneéclosion et une floraison toutes subites, et dont l'épanouissement ne dura pas un siècle, nous a produit cette quantité incalculable de petits chefs-d'œuvre qui feront à jamais l'orgueil des cabinets d'amateurs. Van Goyen et Molyn en sont ici les premiers-nés. Ces deux-là sont bien de leur pays, et ni l'un ni l'autre n'ont été chiches de leurs compositions dessinées à la manière de petits tableaux, et qui, entre nous, valent autant que leurs peintures; l'un traduisant au mieux la tranquillité des rives hollandaises, leurs villages et leurs flottilles de pêcheurs et leur ciel embrumé; l'autre, les plans mouvementés de leurs dunes sablonneuses, et leurs paysans acheminés à travers des chemins tortueux et malaisés, témoin les charmants dessins prêtés par M. Dutuit, Mine Charras et M. Risler Kestner. — M«rle duc d'Aumale a prêté de Cuyp une étude superbe de vache couchée, provenant des collections John Barnard, baron Roger et Reiset (la même étude au British Muséum) ; et aussi deux excellents paysages de Philippe Koninck, l'un à l'aquarelle,

1. Le ta bleau spécialement fuit d'après ce dessin est à Chatswortli, chez le duc de Devonshiie.

une vaste plaine sillonnée de cours d'eau, d'une extrême finesse dans les plans et d'une rare fermeté d'exécution1; l'autre, une vue très belle d'Amsterdam, très large d'effet, malgré les détails forcément minutieux de la silhouette de la ville. On sent déjà que Rembrandt est né, et travaille près de là. — Le paysage d'Italie de J. Both, prêté par M. Dutuit, est plein de vrai soleil dans les fonds et de tiède lumière, à travers le léger feuillage du premier plan.

Avec Adrian van Ostade nous entrons dans le vif de la vie rustique hollandaise; le joyeux artiste nous montre les plaisirs parfois dévergondés, les rires exubérants, les danses triviales et animées, les chants bruyants, les jeux et les orgies du paysan, tantôt dans une auberge enfumée, ou à la porte de quelque cabaret, tantôt sous une hutte branlante, tantôt encore sous une tonnelle sans apprêts ; le fifre, la musette, le violon, la vielle maniés par des musiciens ambulants animent la fête. Le tout est coloré d'une chaude lumière, ou enveloppé d'un doux clair-obscur, qui ajoute au bien-être des gens. Ostade se complaît dans la peinture du paysan satisfait et en belle humeur; tous ces héros aux grosses têtes, remarquables par de longs nez, non sans une forte pointe de caricature, débordent de vie et de mouvement, de naïve jovialité, de sincère amour pour les plaisirs primitifs. Dans tout l'œuvre du maître on cbercherait en vain une figure mécontente ou triste; tout ce monde-là est heureux de vivre et se hâte de s'amuser à sa façon. Pour traduire les premières pensées de ces joyeuses scènes, Ostade emploie le fusain ou le crayon relevé d'un trait de plume à soubresauts d'une étonnante justesse et hardiment lavé d'un ton d'aquarelle qui donne toute la fraîcheur de l'impression ressentie.

Dans les premières années, quoique l'élève de Frans Hais, Ostade est manifestement sous l'influence de Brauwer, si bien que tel de ses dessins pourrait être pris pour une œuvre de ce dernier « mais bien plus mois pour la touche », comme le remarque Mariette. Pendant cette période il s'abandonne à une exubérance de mouvement, à une fougue de geste, à des ahurissements d'attitudes, à des grimaces de physionomie qu'il tempérera à l'époque de sa maturité, un peu de lui-même, et beaucoup par l'étude de Rembrandt dont il imitera les inimitables clairs-obscurs. L'exposition, et c'est dommage, n'a aucun échantillon de cette première période, qui, en dépit de ses défauts, nous plaît tout particulièrement par les excès mêmes d'une verve endiablée.

La seconde manière, avec ses transparences plus fines, plus pures, avec

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