‹ Les dessins du Louvre (volume 2)Chapitre 3 sur 18 · NÉ À CARAVAGE EN 1495. — MORT À MESSINE EN · texte numérisé non relu

NÉ À CARAVAGE EN 1495. — MORT À MESSINE EN

x lit sur la monture d’un dessin du Louvre : Polidorus sculpturæ antiquæ sludiosus, Polidore ardent disciple de la statuaire antique. C’est une sanguine peu complexe : un homme étudie un détail de bas-relief. Cette inscription toute concise, ce sujet tout commun résument l'existence et les travaux d’un maître. L'auteur du croquis, Polidore de Caravage, se représente assis, ses feuillets à la main, copiant un bras. Il ne pouvait mieux crayonner son histoire, ni le laconisme des mots latins mieux la traduire. Ce lombard est en effet l'élève assidu de la vieille Rome, de la vieille Grèce; il respire, il compose, il dessine,

il peint, comme respiraient, composaient, dessinaient, fresquaient les artistes d'Alexandre ou d’Auguste. À voir son œuvre, personne, fût-ce Jules Romain, ne pénètre davantage le monde, les mœurs, l'âme, le culte de l'antiquité. Loin d’une archéologie sèche et pédante, Polidore traitait ses ouvrages avec la réserve du bon goût; leur austère grandeur rappelle la simplicité sublime des bas-reliefs. Le seizième siècle italien sut distraire parfois le Caldara de ses mille peintures mythologiques

et le choisit pour un de ses dessinateurs d’orfèvres ; et par un étrange sourire de là fortune,

il déridait son front d’un autre âge avec des fantaisies riantes, avec des folies fougueuses.

Polidore Caldara naquit à Caravage dans le Milanais, en 1495. D'abord modeste manœuvre au service de Raphaël, il apprenait de cette tribu d'artistes travaillant sous les yeux du maitre, les secrets de la peinture. Certaines frises des Chambres du Vatican commencèrent son renom. Il ne poursuivait pas la grâce ni les tendresses de Raphaël, mais un idéal tout de gravité. Un ami, Mathurino de Florence, s’unissait avec Polidore, et leur

existence commune empêcha longtemps les historiens de les désunir. L'un et l’autre

aimaient l'antique, ils puisèrent à cette source, et ce goût unifiait leur manière. Ils adoptèrent un genre d'ouvrages bien fait pour recevoir l'empreinte de ces études préférées. Ils n’entendaient point le coloris, etse déterminèrent aux peintures monochromes. La mode de ces décorations où excella Perruzzi de Sienne, était fort répandue. Le Caldara et Mathurino ornementèrent en clair-obseur la façade d’un palais sur Monte-Cavallo. Ce début réussit à souhait. Les princes, les grands de Rome voulurent exercer ces deux talents, et des rues entières étalaient de superbes camaïeux sur les frontispices, les portes, les colonnades. « Pour peindre ces décorations, explique Charles Blanc, ils s’y prenaient de deux manières. On sait que la peinture dite en clair-obscur ou en camaïeu est une peinture d’une seule couleur dans laquelle les jours et les ombres sont observés sur un fond uniforme qui est généralement d’or ou d'azur, quand il s’agit de décorer un riche palais, et il est d'usage alors de rehausser le dessin d’or ou de bronze par hachures. Lorsque le camaïeu est en gris, on le nomme grisaille. Mais, indépendamment de cette méthode, qui ne diffère point des procédés ordinaires, il en est une autre que les Italiens appellent graffito ou sgraffito et dont Polydore et son ami ont usé plusieurs fois pour la décoration extérieure des murs. Voici en quoi consiste le procédé. On passe sur le mur un enduit d’une teinte plus ou moins sombre en mêlant à la chaux une cendre de paille brûlée. Lorsque l’enduit est sec, on y superpose une teinture de chaux délayée dans de l’eau de colle, qui forme une couche plus claire que celle de dessous. Sur cette couche on décalque, au moyen d’un poncis, le trait de la composition que l’on veut exécuter, c'est-à-dire qu'on applique au mur le carton dessiné dont tous les contours sont troués à l’épingle, de façon qu'en frappant ces contours avec un petit sac de charbon pilé, on fait passer au travers des trous la poussière de charbon, qui va marquer sur l’enduit les contours du dessin en légers points noirs. Cela fait, le peintre se sert d’une pointe de fer pour fixer son contour; puis, pour modeler sa figure, il emploie un instrument en manière de fourchette, lequel forme des hachures parallèles, et découvrant par places la couche noire de mortier qui est au-dessous, produit un dessin en grisaille, c’est-à-dire en noir et blanc. Ce procédé expéditif est encore plus simple que la fresque et il a plus de chance de résister aux injures du temps. » L'aspect sobre et bronzé, l'allure assombrie de ces compositions renforçaient encore leur sévère ordonnance. Les drames fabuleux, les sacrifices, les cortèges tiraient de cette teinte vigoureuse et uniforme de singuliers effets. Les deux peintres semblaient avoir ramassé les hauts et les bas-reliefs jonchant le vieux sol romain, les avoir rajeuni, pour décorer l'architecture de la Renaissance. C'était une résurrection de la Ville des Empereurs.

Le sac de Rome suspendait ces travaux communs et rompait ce lien fraternel (1527): Polidore prenait la route de Naples et Mathurino fuyant vers un autre pays, mourait de la peste. À Naples, le Caldara séjournait peu : il gagnait Messine. Les Siciliens ne goûtèrent pas ses sgraffiti et l'artiste s’adonna aux tableaux. Il entreprenait de vastes toiles où l’en-

vergure ordinaire de ses conceptions pouvait se mouvoir à l'aise. Un Portement de croix de l’église de l’Annunziata resté célèbre s’attira les suffrages des Messinois et affirma les talents de Polidore. Il fondait une école florissante, féconde pour l’art sicilien. Au retour de la guerre contre la régence de Tunis, Charles-Quint traverse Messine ; le Caravage lui dresse des arcs de triomphe et le monarque victorieux récompense magnifiquement l’architecte de son entrée pompeuse. Cependant Polidore regrettait Rome et projetait de la revoir. Mais un de ses disciples, un misérable du nom de Tonno, le dévalisait et l’assassinait la veille de son embarquement (1543). Un bourreau tenaillait l'homicide, mais, dit un biographe « ce supplice ne rendait pas l’âme à Polydore. »

L'orfévrerie française des seizième et dix-septième siècles tint en grand honneur l'œuvre décoratif du Caravage. L'exubérante fécondité de cet homme s’épandait partout. Le style sublime de ses peintures, le dévergondage enchanteur de ses moindres projets d’ornements surabondent de sève créatrice. Voyez cette Poignée d’Epée : le bel impromptu fantastique! Tous les éléments, toutes les chimères la composent. Des tritons sonnant de leurs conques se cramponnent au pommeau ; ils écrasent des bustes cintrés de femmes. La garde reliée au pommeau par une tête monstrueuse couronnée d’achantes d’où s’échap-

pent les entortillées visqueuses d’un corps de serpent, porte trois Grâces adossées et fort

empêchées de leur coquet esclavage. Un bec de cygne rattache le bas de cette garde à la poignée. Deux salamandres se menaçant l’une l’autre forment la traverse en croix. Ce quillon sert de passage entre la garde et la coquille à jour redescendant sur la lame. Les enroulées de cette coquille aux feuilles revétantes et à mascarons, s'unissent en un culot d’où s'élève un groupe de tritons anguiformes étreints nerveusement par leur croupe. La poignée treillissée repose sur un plateau à moulures soutenu de faunes sveltes et capriolant. Un culot épanoui avec des végétations latérales reçoit les pattes de boucs de ces faunes, et une suite de perles décroissantes ménage une harmonieuse transition entre les hauts reliefs de l'arme et l’uni du fer de lame.

Pour oublier une heure les vases, les cippes, les thermes, les armures, les trophées antiques, la colonne Antonine, la colonne Trajane, tout le costume et toute la panoplie du passé, il forgeait de sa main des armes imaginaires, il créait en se jouant des aiguières, des coupes, dignes du festin des dieux de la Renaissance, dignes de l'interprétation du Caradosso, de Michel Agnolo di Viviano, de Benvenuto Cellini, de Giovanni da Firenzuola, de Piloto Piero, de Lautizio de Pérouse, pléiade d'orfèvres incomparables. Tantôt il invente des projets réalisables, tantôt il laisse courir sa fantaisie sans but, à seule fin d’alléger son esprit de ses enfantements grandioses. Le divin Sanzio ne reposait-il pas sa muse en esquissant des modèles pour les faïenceries d'Urbin et de Pesaro? Michel- Ange n'abandonnait-il pas son marteau fatigué, pour tordre l’ivoire en des convulsions nerveuses ?

Christine de Suède était enthousiaste des pensées d'ornements du Caldara, et notre

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Trophées du Caravage. » Ils devaient satisfaire cette reine si mâle. Leurs geures rot : d'une fougue latente l'étonnaient : elle croyait sentir l’acier des casques, l’airain des cuirasses et des boucliers. Des vaillances de main, des mêlées d'encre, de blanc, avivent ces bas-reliefs d’un feu tout martial. Chéz Polidore, dessins décoratifs, dessins d'histoire, tous sentaient la double influence de Raphaël et de Jules Romain. Le goût d'ordonnance du Sanzio, la vigueur de contour de Pippi les caractérisent. De rares sanguines apparaissent au milieu de plumes très déterminées, très musculaires. Un relief quasi sculptural sort

ses figures d’un fond violenté où le bistre se répand à l’aise.

Le Louvre compte cinquante dessins de Polidore de Caravage. Il expose six sanguines : Polidore étudiant un fragment antique; collection Mariette. — Groupes de femmes assises; coll. Mariette. — Hommes chargés de fardeaux; coll. Lempereur. — Femmes et enfants; coll. Mariette. — Hommes jouant aux cartes; coll. Mariette. — Samson et Dalila? coll. Mariette. — Les dessins décoratifs exposés sont : Fragments d'atlique avec deux fenêtres et un panneau, légère plume de jet; coll. Jabach. — Figures décoratives au recto et au verso el où se remarquent les bustes de Vespasien et d'Auguste, une Justice et une Modération avec indications italiennes; données par M. Gatteaux en 1875. — Poignée d'Epée bistre et rehauts, gravée par Mouard dans la Gazelle des Beaux-Arts, tome VI, p. 357. — Aiguière à anse de serpents et à panse de femmes ailées; bistre et blanc sur papier bleu; gravé par Chérubino Alberti et par Galestruzzi. — Vase à éléphant caparaçonné aux armes des Médicis, plume bistrée. — Trophée entre deux vases, plume d'une énergie savante; coll. Baldinucci. gravé dans la suite des trophées de Polidore, par G. B. Galestruzzi. — Trophée où l'on remarque un casque à tèle de lion, gravé dans la même suite; coll. Jabach. — Deux Trophées sur la même monture avec casques, carquois et boucliers, gravé dans la même suite; coll. Jabach. Trophée avec cotte de mailles et vases ornés de bas-reliefs : gravé de même; coll. Baldinucci. La collection léguée par M. His de la Salle renferme six plumes de Polidore. — Esaü el Jacob. — Saint Paul préchant à Athènes. — Persée présentant la tête de Méduse à ses ennemis : fiévreuse ébauche copiée par Rubens en un dessin de la même collection. — Continence de Scipion. — Groupes d'hommes et de femmes, au verso Femme sur un char. — Triomphe de Bacchus.

Dans les cartons nous possédons : un Frappement du rocher, beau bistre emporté. — Une Annoncialion, sanguine. — Une Adoration des Bergers, petite indication de traits menus, coll. Richardson. — Cinq Études à la plume sur même monture (deux vierges, un saint Jean-Baptiste, deux philosophes tenant un globe terrestre) ; coll. Mariette. — Une Descente de croix. — Martyre de Saint Pierre. — Saint guérissant des malades, croqueton sommaire; coll. Mariette. — Autre Étude de la composition précédente; même collection. — Prêtre célébrant la messe, variante sans doute d’un dessin de Marielte acheté 300 livres à sa vente. — Sujet antique inconnu : l'on remarque un homme armé d’un javelot marchant vers la droite; coll. Crozat. — Sujet antique inconnu : groupe de guerriers poursuivant un homme. — Rencontre de deux palriarches ? belle sanguine bien caractérisée. — Sacrifice d'un bélier au pied d'un autel : grisaille de la plus noble allure. — Autre Sacrifice sur l'autel allumé : plume et bistre; collection des ducs de Modène. — Hommes enlourant un trépied de sacrifice: l’un d’eux retient un cheval par le mors: g

risaille d'une belle sauvagerie; coll. Jabach. — Homme drapé

— Deux guerriers : grisaille. — Deux hommes drapés ; l'un d’eux grimaçant ; coll. Jabach. —

Deux Figures d'esclaves nus devant des Trophées. — Therme de femme; coll. Baldinucci. — Héros couronné

une femme debout près de lui; coll. Jabach. — Allégorie du vice et de la vertu ; le vice tient un serpent enroulé. — Amour et »

assis sur la poupe d'un navire :

ase antique. — Sanguine d’un Génie ailé; coll. Lempereur. — Tête d'enfant endormi avec deux études de main, coll. Mariette. élevant une poutre: au verso, architecture ct statues. et Trophées.

— Manœuvre sur une échelle — Chapelle chrétienne; coll. Mariette. — Cariatides

ECOLE OMBARDE

Policdors (arratagioii

POLIDORE DE CARAVAG

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