‹ Les dessins du Louvre (volume 3)Chapitre 2 sur 11 · NÉ A LEYDE EN 1494. — MORT A LEYDE EN · texte numérisé non relu

NÉ A LEYDE EN 1494. — MORT A LEYDE EN

ardif rejeton des Van Eyck et des Van der Weyden, le peintregraveur Lucas de Leyde fut le chef de l’école néerlandaise, aux premiers jours du seizième siècle. L’influence et la discipline italiennes allaient bientôt envahir et renouveler les Pays-Bas ; Bruges et Bruxelles allaient perdre leurs charmes naïfs et les allures primitives de leur génie. Placé entre les doctrines prochaines de la Renaissance et les traditions des vieux maîtres du Nord, Lucas devint l’adversaire inconscient des formes et de l’idéal du Midi. Aucun entrainement étran-

** ger ne contraignit sa nature. Il resta fier, sobre, mâle et prime-sautier. Lucas était fils d’Hugues Jacobsz, peintre recommandable de Leyde. 11 reçut les leçons d’un habile homme, Cornelis Engelbrechtsen. Il se

montrait opiniâtre au travail et forçait ses exercices. Il étudiait tout le jour et la nuit môme. Craignant pour sa -santé, sa mère lui refusait parfois la chandelle, le soir. Il fuyait les divertissements de son âge et se plaisait à la société des gens de l’art.

En peu d’années, il exerçait tous les genres de peinture, à l’huile, à l’aquarelle, sur verre. A douze ans, il composait un Saint Hubert, en détrempe. A quatorze, il gravait une planche curieuse, Mahomet égorgeant un moine. Le fond était bien entendu et le burin d’une vive intelligence. Cette habileté précoce promettait merveille. Il commença des rétables d’autel, des tableaux, des triptyques; il entreprit des suites nombreuses d’estampes sacrées et profanes. Il cherchait les tons gris et violets, les teintes tamisées. 11 avait une touche légère, finie. Il avait un style gothique et roide, il drapait pesamment, ses nus étaient pleins d’inélégance. Il composa sur les murailles de la Maison de Ville de Leyde un Jugement Dernier très-célèbre : c’est son œuvre capitale. Cette déco-

ration aux sinistres perspectives, devait peu distraire Messieurs du Conseil de leurs graves assises. Les caractères des femmes paraissent fort tendres, les chairs délicates; le modelé est clair, juste, hardi, mais un naturalisme outré accuse un méchant choix de formes trop roturières. Cette peinture existe toujours. Les galeries et les cabinets étrangers renferment les rares compositions encore connues de ce maître. A Anvers, c’est une Madone avec Saint Christophe et Saint Georges; à Munich, c’est une seconde Madone avec la Madeleine et un Donateur; à Darmstadt, autre Madone. A Vienne, au palais de l’Académie, c’est la Sibylle devant Auguste; chez le prince Lichtenstein, les Saints Antoine et Hilarion. A Windsor, la reine d’Angleterre possède une Nativité, et à Corsham Jlouse, Lord Methuen, un Joseph interprétant les songes de Pharaon. Lucas dessina des modèles de tapisserie, des ornements d’orfévres, des blasons de seigneurs-hobereaux. Il parcourut les provinces du Brabant, de la Zélande, des Pays-Bas. Vers le milieu de 1521, il rencontrait Albert Durer à Anvers. Les deux artistes se caressènt de mille flatteries, échangent leur œuvre gravé, exécutent, d’un crayon superbe, leur portrait réciproque. Ils étaient un peu rivaux, mais point jaloux. Les estampes de l’un et de l’autre s'achetaient aussi avidement. Celles de Durer semblaient plus attachantes, plus émues, mais celles de Lucas égayaient davantage le regard; elles figurent les sujets les plus divers de la Bible, de l’histoire, de la fable, les mœurs, les coutumes familières du temps. Les poses, les gestes, les détails, sentent le terroir de Leyde. Us ont tous deux une semblable adresse de doigts. Néanmoins l’œil les distingue au premier aspect. Sans connaître encore les différences de tailles, Lucas ne voit jamais ses lointains avec la netteté invraisemblable de Durer. II réserve pour les sites avancés ses noirs les plus vigoureux, puis les dégrade insensiblement aux arrière-plans. La vérité perspective est là. Ses eaux-fortes et ses planches, au nombre de cënt soixante-quatorze, sont précieuses. Il ne laissait paraître aucune épreuve mal venue ou maculée. Cette suite de pièces faisait les délices de Rembrandt, il y puisait parfois d’ingénieuses idées. Lucas touchait ses dessins avec tout l’art et l’esprit possibles. Il excellait principalement aux portraits et cette tête d’homme coiffé d’un bonnet à larges bords, serait superbe, n’étaient certains traits en losange assez lourds et monotones.

Le Louvre compte un seul dessin de Lucas de Leyde. il vient des collections ttévil et His de la Salle, ce bon Crozat possédait vingt-deux crayons de Lucas. Ce petit ensemble n’enrichissait guère ses héritiers : à la vente de l’amateur, ce lot atteignait à peine 63 livres.

Un amateur d’Amsterdam, Neyman, possédait en 1776 le dessin de l 'Espiègle, estampe très-rare et le dessin de la Grande Agar, autre gravure curieuse. — Le Cabinet du prince de Ligne (1794) renfermait du maître « neuf petites têtes d'hommes et de femmes ». - Le Catalogue de Paignon-Dijonval (1810) compte dix-neuf dessins de Lucas : « Portrait de Lucas dans sa jeunesse; Buste d’homme vu de trois quarts ; Salomon sacrifiant aux idoles; Fuite en Égypte ; Jésus sur la Croix; Décollation de S. Jean; S. Simon, apôtre; Religieux agenouillé devant un évêque; Six femmes sortant d'une prison ; Homme assis à table; Deux cavaliers; Suzanne et les vieillards; Maisons en ruines; Deux hommes et deux femmes à table; Gentilhomme revenant de la chasse; Femme parlant à quatre hommes armés; Vieillard coiffé d'un bonnet; Tête de jeune homme; Portrait d'une femme coiffée d'une guimpe. » *

ECOLE HOLLANDAISE

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