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NÉ A ORLÉANS EN 1519. — MORT A PARIS EN

orfèvrerie fut l’art mignon du seizième siècle. Elle envahissait tout : le chapeau, les cheveux, l’oreille, le col, la gorge des femmes, la poitrine des gentilshommes, les mains, la ceinture, l’épée, les souliers, les mules, les éperons; du reliquaire des basiliques au frontal des chevaux, aux vaisselles de l’écuyer tranchant.

La Renaissance italienne et les gracieuses inspirations de notre goût partageaient les petits-maîtres. Benvenuto Cellini voulait imposer ses merveilles et ses hardiesses; des orfèvres, enthousiastes de sa grâce, l’imitaient. D'autres adoptaient le style de Polydore de Caravage. Ce décorateur lombard mort en 1545 les séduisait de ses chimères fantasques, luxueuses et charmantes. Les estampes des Allemands recrutèrent encore nombre d’adeptes. Toutefois, ils suivaient ces modèles avec de libres allures.

Trop heureux de rencontrer des compositions d’ornemanistes français, ils abandonnaient aisément les thèmes étrangers, pour le moindre projet d’un des leurs. Ils savaient en effet y découvrir la fantaisie des Italiens et de l’école de Fontainebleau, jointe aux caprices personnels du terroir : les cultes des uns, les velléités d’indépendance des autres, se trouvaient ainsi satisfaits.

Étienne Delaune est l’un des dessinateurs d’orfèvrerie les plus fameux de l’époque. Son talent de graveur au burin et en taille-douce, son office de graveur de la monnaie du Roi sous Aubin Olivier, lui facilitèrent singulièrement ces travaux. Le fini précieux de sa plume écrivait des versions exquises d’ingéniosité.

Sur un vélin de mesure moyenne jouent et s’enlacent les mille rêves de l’artiste. 11

féconde tous les sujets, les enroule de l’arabesque, des festons, du rinceau, de la fleur chimérique, du torse des nymphes, du corps des satyres. Le maniérisme tourmente parfois ses personnages : le Rosso et Luca Penni ne sont pas encore loin. Les réminiscences de ces maîtres le servent mieux dans ses recherches décoratives. Les superbes plats circulaires, conçus pour enrichir des hôtels de prince, détaillent le goût de Delaune.

Voyez l’histoire de Samson; cinq scènes divisent cette surface. A droite, l’Hercule biblique déchire un lion; au bas, il incendie avec ses renards les blés des Philistins ; à gauche, sa femme le trahit ; en haut, il meurt sous les ruines d’un palais. Le centre figure la défaite des Philistins : Samson agite la mâchoire d’âne. Ces compartiments s’intervallent de motifs de têtes, de fruits, de corbeilles; et des satyres sur le ventre, sur le dos, profanent de leurs allongées païennes l’épisode sacré. Tout cela fertile mais sage, audacieux avec mesure, coquet avec esprit. Le papier disparaît; l’artiste n’épargne pas le plus mince endroit.

Comment l’orfévre pourra-t-il interpréter un pareil monde? Delaune s’en inquiète peu; orfèvre lui-même, assurent certains biographes, il sait les ressources de sa corporation. Ses traits fermes et précis contournent nettement les formes et facilitent le travail des mains.

L’œuvre d’Etienne montre partout ces caractères, dans les cuirasses, les couteaux, les écrans, lesmiroirs, les jetons, les cachets, les émaux, les monnaies, les médailles, les tapisseries.

Les Beham, les Aldegrever, les Binck, peuvent l’emporter par l'extraordinaire patience de leur procédé; mais les délicatesses, le sourire ne hantent point ces lourds cerveaux allemands.

Le Louvre possède six dessins d’Étienne Delaune. Deux modèles de tapisserie : l 'Enfance, la Musique; quatre d’orfèvrerie, une vie de Samson, deux vie de Moïse, satyres et mascarons.

ÉCOLE FRANÇAISE

DANIEL DUMON STIER

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