‹ Les dessins du LouvreChapitre 7 sur 14 · NÉ A SÉVILLE, LE 1" JANVIER 1618. - MORT LE 3 AVRIL · texte numérisé non relu

NÉ A SÉVILLE, LE 1" JANVIER 1618. - MORT LE 3 AVRIL

existence des peintres espagnols fut cloîtrée, comme celle des moines, leurs protecteurs. Nulle aventure, point d’embarras. Le logis, l’église, les rues de la ville, forment leur univers. Hormis de rares exemples, cet emmurement volontaire était de tradition et l’Italie et les Flandres miroitaient vainement par delà les Sierras. D’ailleurs, les Titien et les Rubens de Madrid contentaient ces pieux mystiques.

Le génie de ce peuple orthodoxe , sa foi expansive et jeune, l’idée religieuse vivace, dominatrice, parfois cruelle, imposaient à l’artiste une manière de sacerdoce. Sa palette avait une éloquence ; son pinceau devait ravir les âmes fidèles et confondre les révoltées. Apôtre et théologien, le peintre évangélisait les foules.

Les images sensibles, écrivait le législateur de l’école, Pacheco, doivent tendre vers un seul but, faire entrevoir les êtres surnaturels, les mystères.

Cette esthétique d’ascète relâchait peu de ses rigueurs. Cà et là, elle sacrifiait aux vanités humaines le portrait d’une grandesse, d’une fille de roi, mais reprenait bientôt son vol vers le Paradis.

La Renaissance resta méconnue ; les belles formes des Florentins ne pouvaient franchir le seuil du couvent ou de l’église : l’auto-da-fé punissait toutes les hérésies. La quiétude d’une vie austère mûrissait les saintes pensées et les songes de ces artistes visitaient le

royaume des élus.

Contraste étrange ! Ce berceau de l'Inquisition est la terre où se rencontre le plus doux, le plus aimable, le plus tendre des peintres chrétiens, Murillo.

Enfant de Séville, il travaille à Séville, il meurt à Séville : voilà son histoire.

La France et l’Europe se prennent aujourd’hui d’un zèle admirable pour son renom et ses œuvres ; ses toiles s’achètent au poids de l'or et occupent des places d’honneur.

Le salon carré du Louvre réserve le plus fameux de ses panneaux à cette Conception radieuse, acquise six cent quinze mille francs, somme encore inatteinte pour aucun maître. Léonard, Raphaël, le Titien, Véronèse s’étonnent et s’offensent de cette primauté usurpée ; n’importe, Murillo reste là et le voisinage de tels noms ne lui enlève pas un enthousiaste.

Ses dévots vendraient Vélasquez pour la moindre madone de Séville. Il compte des fanatiques. Ses Vierges glorieuses, ses Vierges au chapelet, ses Extases, ses Nativités, ses Saint Joseph satisfont les naturels pieux, par une grâce ineffable, un sentiment exquis. Les apothéoses de l’Evangile et surtout les gloires de la Mère du Christ n’eurent point de peintre plus ému.

Sa couleur blonde, à la fois vénitienne, flamande, et napolitaine indécise ses contours dans une vive lumière, comme si les yeux du croyant devaient craindre des lignes trop hardies.

Ses dessins préparent cette mollesse caressante, séductrice. Sa plume vague frise les traits; son bistre, ses noirs, ses blancs, cachent parfois le croquis sommaire. L’artiste redoute la moindre violence de forme, le plus mince accent de force. Il croirait perdre avec des vigueurs de main, le sens intime de sa religiosité.

Le Louvre possède dix-sept dessins de Murillo : trois Saint Joseph et l'Enfant. — Le Sommeil cle Jésus — Extase de Sainte Catherine — Sainte Famille — Les Instruments de la Passion — Jésus avec les agneaux.

ÉCOLE FLAMANDE

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