NÉ A COLOGNE EN 1577. — MORT A ANVERS EN
a vie de Rubens est éclatante comme sa peinture. Ses ambassades, son faste, l’histoire de ses voyages, l’enthousiasme des contemporains firent au peintre d’Anvers , une renommée populaire. Cherchez une existence plus complète, un talent plus fécond.
Ce fut un artiste grand seigneur ; partout il déploie le luxe d’un courtisan. Des allures d’une distinction native révélaient un gentilhomme au service de l’art. Beaucoup s’y méprenaient pourtant. Certain soir, Rubens, négociateur de Philippe IV auprès du roi d’Angleterre , est surpris à son chevalet par un chancelier de Charles Ier. Le noble lord se récrie : « L’ambassadeur de Sa Majesté Catholique s’amuse parfois à peindre ?» — « Je m’amuse quelquefois à être ambassadeur » riposte Rubens, jaloux de sa meilleure gloire méconnue et marquant la suprématie de l’art sur la diplomatique. Ses négociations fréquentes à Londres, à Madrid, ne desservaient point ses talents, ni ne suspendaient ses travaux; il copiait en Espagne des œuvres du Titien, décorait White-IIall, peignait une suite de têtes célèbres.
Le génie de Rubens,- c’est la santé. C’est la robustesse exubérante. Raphaël, Léonard, Rembrandt, émerveillent et pénètrent l’âme : ce sont des philosophes et des poètes ; Rubens attire et captive les yeux : il est magicien. Une fougue, une expansion, l’ardeur d’épandre sa sève, de traduire l’abondance et les gaies audaces d’une verve inépuisable, l’animent et l’entraînent.
A voir sa fécondité, l’on se souvient d’un personnage allégorique debout dans un de ses tableaux du Louvre, le Triomphe de U Religion. Symbole de la nature, une femme suit le char de la Foi. Six mamelles grosses de lait, revêtent sa poitrine généreuse, et cette mère
du monde porte decouvertes ces sources multiples de sn fertilité. N est-ce pns là 1 imogc des talents de Rubens? Il se montre intarissable, enfante toujours, toujours étonne. Il semble manier ses pinceaux, preste et vite comme son épée.
Les dessins du maître expriment la même plénitude, le même débordement. Ils ont la première fleur, l’élan de la pensée, le tumulte des procédés rapides. Plusieurs toiles de Rubens sentent la hâte, et des critiques montrent çà et là des négligences, du lâché, une manière sommaire. Ses croquis, eux, gagnent au laisser-aller ; leur caractère d’études intimes le comporte et permet de mieux entrevoir son omnipotence. L’artiste emploie tour à tour la plume et les crayons. Ce dernier procédé caresse les visages des femmes, les poudre de blanc, les veloute et les avive de sanguine. Ainsi le portrait de Marie de Médicis ; ainsi le mi-corps de cette jeune fdle à la collerette. Le masque du malin satyre avec ses cornes festonnées de pampres, avec ses yeux et sa bouche aux sous-entendus moqueurs, avec les restes d’une barbe méchamment épilée par les nymphes, est d'un semblable faire.
Formé à l’école des maîtres italiens, le génie de Rubens reste le génie même des Flandres. Il prodigue sa race et son pays pour peupler ses scènes. Le XVII' siècle français raffola de ces opulentes matrones d’Anvers, de la belle Hélène Fourni ent, des nayades des quais de l’Escaut, des tribus de fdles fortes, comparses en des sujets profanes ou évangéliques. De tels modèles imposaient un dessin large et gras. Van Dyck aura le crayon plus nerveux, plus concis, plus florentin. Le paysage seul persuadait Rubens de réduire son mode ; il l’interprétait comme un Hollandais.
Les dessins de Pierre Paul ne se comptent pas. II avait pour devise Diu noctuque inair bando, méditer le jour, méditer la nuit ; et cette loi volontaire du recueillement, observée par ce superbe improvisateur, multipliait à l’infini ses ébauches et ses projets. Faciles et légères, ses compositions semblent l’àme et l’esprit de sa muse. Il les conçoit, les exécute avec égale rapidité. Ni l’antique ne l’embarrasse, ni le scrupule des beautés absolues. Il va, il invente, ignorant les lassitudes, les épuisements. L’œil fixé sur la nature flamande, il retrace chaque jour les types de son choix : apothéoses éternelles de la chair et de la forme.
Le Louvre possède cent deux dessins de Rubens. Quarante-neuf furent copiés d’après des maîtres italiens. Le cabinet Crozat contenait trois cent trente-sept croquis du grand peintre : ensemble unique dans l’histoire des collections privées.
Catalogue de nos principaux dessins : Le Baptême de Jésus. — Pierre noire de la jeunesse du maître. L’imitation de Michel-Ange y est saillante.
L’Élévation en croix. — Pierre noire et sanguine vigoureusement lavée d’aquarelle. Première pensée du célèbre tableau à trois compartiments de Sainte-Walburge d’Anvers. — Coll. Crozat.
Le Christ mort. — Crayon bistré, lavé, retouché à l’huile. Étude du tableau peint en 1616 pour l’église des Capucins de Bruxelles.
L'archiduc Albert à cheval. — Portrait de Marie de Médicjs, aux crayons rouge, noir et blanc. Il servit pour la galerie du Luxembourg. — Coll. Crozat.
Portrait de Rubens, en pierre noire.
La bataille d'Anghiari, d’après Léonard de Vinci. Morceau précieux. Le catalogue de M. Reiset, ancien conservateur des dessins du Louvre, le décrit longuement et donne l’historique du carton de Léonard : « Quatre cavaliers se disputent un étendard. L’un d’eux en tient la poignée, qu’il cherche à défendre de ses deux mains, tout en se retournant avec effort ; il est couvert d’un casque et d’une armure bizarres, et son cheval est dirigé vers la gauche. Le second cavalier vient à son aide : tenant la hampe de l’étendard de la main gauche, brandissant de la droite son cimeterre, il cherche à faire lâcher prise aux assaillants. Son cheval mord avec fureur l’un des chevaux ennemis. Les deux assaillants tiennent l’étendard du côté de la flamme; ils s’efforcent d’en briser la hampe, et de rester ainsi les maîtres du précieux trophée. On voit encore, entre les pieds des chevaux, trois figures de combattants. Ce dessin, très terminé à la pierre noire et à la plume avec retouches d’huile, ne reproduit, selon toutes les probabilités, qu’un fragment du grand carton destiné à l’ornement de la salle du conseil à Florence, et où Léonard avait représenté la déroute de Niccolo Piccinino, général des troupes de Philippe, duc de Milan. Le maître avait même commencé à peindre cette composition à l’huile sur le mur, mais il fut obligé d’abandonner son ouvrage, à cause de la mauvaise qualité de l’enduit qu’il avait employé. Le carton fut exposé à l’admiration des artistes en même temps que celui de la guerre de Pise de Michel-Ange, également destiné à la décoration de la salle du Conseil. Ces deux grands ouvrages devaient avoir le même sort. Ni l’un ni l’autre ne fut exécuté, et tous deux furent détruits au bout de quelques années. Le carton de la bataille d’Anghiari n’existait plus du temps de Rubens ; tout nous fait supposer du moins que c’est d’après une copie que le maître flamand a fait cette étude, terminée avec tout le soin possible. — Ce dessin fit partie de la collection du comte de Tessin, ambassadeur de Suède à Paris, vers le milieu du dix-huitième siècle et fut acquis à Stockholm, par le comte de Bark, avec les derniers débris du beau cabinet formé par le comte de Tessin. Le Louvre l’acheta 4000 francs, en 1852, du comte de Bark. »
Deux Sybilles, six Prophètes , d’après Michel-Ange. Ces crayons proviennent de la collection Jabacli — etc. Dans les cartons l’on trouve : Atalante et Méléagre , pierre noire d’un grand mouvement ; Portrait de jeune femme, d’une délicieuse fraîcheur et d’un vif sentiment; la Vision de saint Liberale, patron de Trèvise, d’après le Pordenone ; un Persée présentant la tête de Méduse, d’après Polydore de Caravage. — Coll. His de la Salle.
La Chute des Titans ; Silène ivre, d’après Mantegna. — La Vierge et Sainte Anne, sanguine couverte de teintes de blanc, morceau semblant de la jeunesse du maître. — La Descente du Saint-Esprit, plume et touches de pinceau.
Tête de faune, crayon noir d’une gaieté de main extraordinaire. — Coll. Crozat.
Femme et enfant, sanguine avec touches de blanc.
Deux Paysages provenant de la vente de Mariette : vues de Flandre sincèrement écrites et lavées d’aquarelle.
Hercule au jardin des Ilespèrides, vraie peinture d’une couleur intense — etc., etc.
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