NB A HAARLEM EN 1610. — MORT A AMSTERDAM EN
; es chaumières, des tabagies enfumées où les chansons à boire célèbrent le dieu du broc, où le paysan se réchauffe et babille, pinte et bourre sa pipe, danse et remue les cartes, caresse la femme du voisin, trompe sa misère et noie ses soucis : voilà le monde d’Ostade, voilà son Olympe.
Le prodige d’avoir intéressé avec d’aussi modestes intrigues ! Détaillez l’aquarelle de l’Auberge. Tout paraît vulgaire : c’est un cabaret de la banlieue d’Amsterdam en 1673. — Trois hommes devisent sur un cas bachique. L’un tient pour la bière, les autres pour le tabac. Un tapis de planches vermoulues isole leurs pieds de terre. Plus loin, la table de jeu. Un dos fort nourri dérobe les caprices du hasard ; mais chaque partenaire , s’agitant , s’ingéniant, escomptant ses atouts, s’imagine nous tromper avec des sourires de victoire certaine. La partie s’avance; le sort se décide. Malheur au jouvenceau de gauche. Ses cinq cartes s’écouleront trop tard : les trois du vieux rusé du banc s’échappent déjà de ses mains. Un compère debout marque les avantages de chacun. Les femmes s’émeuvent peu de ces groupes. L’une emmaillote un marmot, l’autre vient de la cave et s’occupe à l’armoire ; l’hôtesse reçoit l’écot de deux voyageurs. Le maître du logis repose près la cheminée et ses enfants s'activent ou s’ébattent. Le garçon, le fils de famille, gravit l’échelle du grenier à la recherche de provende, et ses petites sœurs bégayent les rondes du pays. Aux solives, des jambons ; aux murs, une étagère, une vannette, une cage à poulets, des bottes; sur le sol, un rouet de vieille, une cruche, un baquet, des escabeaux, des chaises, des débris de bois, de grès. J’oublie le chien.
Rien de poétique, et pourtant cela pénètre à l’égal d’une toile inspirée. Où donc est ce mystère?
Dans le rendu fidèle de l’impression, dans le mot à mot de la nature, dans l’accord parfait du procédé et du sujet. Ostade traduit et lame et les dehors de ces « gens de village » avec une profondeur, une finesse, un entrain joyeux ; il laisse au hasard d’une scène familière l’imprévu de son pittoresque, le nœud de ses petites comédies de mœurs. Dne puissance latente, comme une atmosphère vigoureuse, enveloppe ses œuvres et retient longuement. Sa plume seconde à merveille ses notes d’observation. Elle semble s’alourdir par endroits, ruse propice aux formes appesanties, aux pas titubants, aux gestes engauchés, aux types d’ébriété de ces ivrognes aimables ; elle indique sans façon les doigts, les mains; mafflue les bustes, les épaules; obèse les jambes, les pieds. Elle renforce ainsi le caractère des bambochades par une savante rusticité d’allures, bien faite pour le genre. Mariette, le critique, appelle cela « un génie peu élevé » ; mais Mariette est de son temps, le temps où « le choix des sujets et leur manque de noblesse » rencontrent parfois de naïfs censeurs. Ces puériles remarques font sourire et n’entament guère la renommée de van Ostade. Nous admirons ses aquarelles comme des tableaux, ses dessins au trait comme des eaux-fortes.
Adriaanvan Ostade eut un cadet artiste, Isaak. Élève de son aîné, ce frère naquit en 1621 et mourut à trente-six ans. Il pastiche d’abord Adriaan ; ensuite découvre un accent personnel. Ses Haltes et ses Canaux gelés le montrent de reste. 11 ne surpassa point son frère; content de l’égaler quelquefois, il reconnut toujours sa maîtrise. D’ailleurs, une carrière féconde mais trop courte ne permit pas d’entreprêndre la lutte. Cette concurrence pouvait présenter de curieux épisodes, enrichir la peinture hollandaise, sans détrôner Adriaan. Isaak, en effet, dessinateur plus libre, plus fantaisiste, commente ses paysanneries, les émeut moins, charge ses figures, accuse et outre légèrement les lignes ; son esprit sentirait volontiers la recherche.
Tous deux peintres, tous deux graveurs, les Ostade couvrirent la Hollande de tableautins. Ils vécurent en tranquilles bourgeois de Ilaarlem, firent école et formèrent Cornélis Bega, Cornélis Dusart, Jan Steen.
Rabelais et la pléiade, Rabelais et les chantres de la treille les eussent choisis pour « portraicturer les dévots à messer Bacchus », pour illustrer les exploits de Pantagruel. Leurs campagnards boivent , eux aussi , « à la soif à venir » ; mais le charme du clairobscur, la bonhomie du dessin, rachètent fièrement « la bassesse » de ces ouvrages et forcent toutes les préventions.
Le Louvre possède dix dessins d’Adriaan van Ostade el neuf d’Isaak.
Certaines compositions des deux frères faisant partie du cabinet Basan, furent gravées en couleur par Janinet, vers 1780. Au siècle dernier, les curieux hollandais achetaient au poids de l’or les aquarelles d’Adriaan; dans nos ventes publiques, elles atteignent des prix fort élevés.
ÉCOLE HOLLANDAISE
ECOLE HOLLANDAISE
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