PRODROMES DE LA SÉPARATION
Expulsion des congrégations et suppression de renseignement congréganiste,
La suppression des congrégations religieuses et l'abolition de renseignement congréganiste furent les prodromes de la séparation. Le gouvernement de M. Waldeck-Rousseau comme celui de M. Combes s'efforcèrent sur les ordres des loges de surexciter les passions anticléricales et de propager partout les idées de haine contre le catholicisme.
Le couvent maçonnique de 1900 avait émis, en effet, les vœux suivants : Que les décrets de i88i prescrivant la dissolution et Vexpulsion des congrégations non autorisées soient rigoureusement exécutés ; que le droit d'enseigner soit interdit aux congréganistes.
Cette mesure avait été prescrite aux loges françaises par la Grande Loge d'Angleterre et recommandée par la loge de Rome, comme seul moyen de décatholiciser la France, en enlevant tous droits aux pères de famille sur l'éducation de leurs enfants.
Ces vœux ou plutôt ces ordres maçonniques rece-
valent leur exécution au Parlement qui votait le 1** juillet 1901 une loi qui ordonnait aux congrégations non autorisées de se pourvoir d'une autorisation dans les trois mois sous peine de dissolution.
Cette loi n'avait été arrachée au Séiiat que sur ces 5| déclarations si nettes de M. Waldeck-Rousseau :
« J'ai déclaré à plus d'une reprise devant la Chambre, et je tiens à le faire devant le Sénat que lorsque des congrégations se présenteront avec des statuts indiquant qu'elles se proposent de soulager les malades, de recueillir les infirmes, de pénétrer dans les régions les
' plus lointaines et d'y porter notre civilisation et notre langue, elles trouveront un gouvernement disposé à
■ examiner leurs statuts et après vérification à les recommander au Parlement. Quant à affirmer que le Parle-
\ ment ne donnera pas d'autorisation, c'est, à mon avis, bien vite instruire son procès. Croyez-vous donc que
^ des Chambres françaises, mises en présence de statuts sincères et non pas semés de dissimulation, proclameront hautement son but philosophique, phîlanthropi-
, que ou d'intérêt social, seront animées d'un parti pris absolu et diront : « C'est une congrégation, nous refu- « sons l'autorisation. ))
M. Waldeck-Rousseau déclarait donc que ce n'était pas là une loi de proscription, mais une loi de contrôle ; il affirmait que les demandes d'autorisation seraient certainement autorisées ou refusées selon le but des congrégations elles-mêmes.
Ce sont ces paroles hypocrites de Waldeck-Rousseau qui, seules, déterminèrent le vote de la loi par le Parlement, le 1*' juillet 1901.
Bien plus, le 16 avril 1901, paraissait le règlement prévu par l'article 20 de ladite loi qui donnait les dé-
tails les plus circonstanciés sur les formalités à accomplir par les congrégations pour obtenir l'autorisation.
Aussitôt la promulgation de la loi^ le Souverain Pontife, par l'organe de la congrégation des évêques et réguliers, donna au nonce les instructions les plus conciliantes ; les voici en abrégé :
« Pour éviter des circonstances très graves et empêcher en France l'extinction des congrégations qui font un si grand bien à la société religieuse et à la société civile, le Souverain Pontife permet que les instituts non reconnus encore demandent Tautorisation dont il s'agit. »
Alors les congrégations rassurées se soumirent à la loi de 1901 et au nombre de 500 sollicitèrent l'autorisation, ne doutant pas un instant que leur demande fût prise en considération, en raison du but charitcible dans lequel elles s'étaient formées.
Les vœux des conseils municipaux favorables en grande majorité aux congrégations renforçaient cette conviction. Enfin l'épiscopat tout entier faisait parvenir une pétition au Parlement, où, après avoir fait adhésion à la République, il indiquait les raisons de charité et d'amour du prochain qui militaient en faveur de l'autorisation à accorder aux religieux.
Cependant, le Grand Conseil de Vordre maçonnique mettait en demeure le gouvernement de ne point céder à de pareilles considérations et à rejeter immédiatement toutes les demandes d'autorisation formulées par les ordres religieux, et à profiter de cette circonstance heureuse pour aller de l'avant dans la réalisation du programme anticlérical.
La situation de M. Waldeck-Rousseau était moralement impossible après le discours prononcé au Sénat,
OÙ il avait pris, à vrai dire, rengagement de faire autoriser les congrégations ; le tour étant joué, il devait donc se retirer, mais la coalition anglo-maçonnique, reconnaissante de ce qu'il avait fait pour l'affaire Dreyfus et contre le cléricalisme, s'engageait de la façon la plus formelle à favoriser sa candidature à la présidence de la République.
Malgré les attitudes voulues pour en imposer aux modérés, ce fut donc M. Waldeck-Rousseau qui choisit lui-même son compère M. Combes pour lui succéder en juin 1902 et aussitôt que le Président de la République eut chargé M. Combes de présider le gouvernement, la . commission de la Chambre proposa de rejeter toutes les ! demandes d'autorisation formulées par les congrégations sans même les discuter.
Toutes ces demandes furent donc repoussées et des milliers de religieux et de religieuses, qui avaient bien mérité de l'Eglise et de la France, furent expulsés brutalement de leurs pacifiques demeures. De vieux moines sans ressources et incapables de gagner leur pain furent contraints par leur détresse d'errer sur le territoire français ou d'aller demander un refuge à l'étranger.
Nous regrettons vivement que le cadre de cet ouvrage ne nous permette pas de nous étendre sur tant d'infortunes, de célébrer comme il convient la grandeur et la noblesse de caractère des victimes et de flétrir les ignominies dés persécuteurs, mais ce n'est pas là notre sujet ; pour les esprits superficiels, nous paraissons déjà nous éloigner de la thèse de ce livre en parlant de faits qui s'y rattachent pourtant immédiatement, mais qui semblent lointains à nos lecteurs : la persécution des moines, les lois contre l'enseignement congréganiste sont autant de manoeuvres préparatoires, d'étapes suc-
cessives vers le but unique, déterminé : la séparation de la France avec Rome, la création d'une Eglise nationale et schismatique. Maintenant que c'en est fait des religieux, que la maçonnerie est enfin libérée de ses adversaires les plus déterminés, de ces hommes admirables qui, au nom de Dieu, au nom du Christ, évangélisent les âmes et enseignent aux enfants du peuple la loi d'amour et de pardon, les loges vont exiger la suppression de tout enseignement congréganiste.
On citerait plus de trente loges qui exprimèrent ce désir et si nous nous reportons seulement au couvent de 1898, nous voyons, un des dignitaires du Grand- Orient, le p.*. Dyvrande 33^ faire adopter le vœu suivant :
« L'enseignement public ou privé est interdit à tout membre titulaire ou affilié d'une congrégation religieuse quelconque. »
Cette résolution fut portée au Parlement par le F.'.Levraud qui, deux mois après le couvent, se cnargea de déposer la propositïon de loi suivante :
Défense est faite aux religieux de tenir ou de diriger une école quelconque.
La loi du 1^ juillet 1901 frappait les collèges tenus par des religieux non autorisés, mais là maçonnerie voulait d'autres victimes, il fallait atteindre les collèges tenus par les congrégations autorisées. En novembre 1902 M. Chaumié, ministre de l'Instruction publique, déposa un projet sur l'organisation de l'enseignement. Aussitôt, au Sénat, M. Delpech proposait un amendement qui interdisait à tout membre d'une congrégation autorisée ou non de donner l'enseignement secondaire.
Le F.*. Girard alla même plus loin, il demanda l'in-
terdiction d'enseigner pour tous ceux qui auraient fait vœu de chasteté, c'est-à-dire les prêtres aussi bien que les religieux.
Cet amendement, s'il avait été adopté, eût frappé à mort tous les collèges libres tenus par des ecclésiastiques même séculiers. Mais comme ce projet ne rencontrait pas la faveur du Sénat, M. Delpech le restreignit aux congréganistes non autorisés, et dans ces termes il fut accepté par M. Combes. En même temps, M. Combes déclarait au Sénat que le ministère allait à bref délai présenter un projet de loi qui interdisait à tout membre de congrégation religieuse même autorisée non seulement l'enseignement secondaire, mais aussi l'enseignement primaire et l'enseignement supérieur.
En effet, le 16 décembre 1903, il déposait sur le bureau de la Chambre le projet annoncé. On y défendait aux congrégations religieuses l'enseignement « de tout ordre et de toute nature », en outre on établissait « que les congrégations autorisées à titre de congrégations exclusivement enseignantes, seraient supprimées dans un délai maximum de dix ans. Il en serait de même des congrégations et établissements qui, bien qu'autorisés en vue de plusieurs objets, étaient, en fait, exclusivement voués à l'enseignement à la date du 1*' janvier 1901 ».
Le Souverain Pontife intemnt avec éclat; le 23 décembre 1903 il adressait au Président de la République la lettre suivante :
« 2 décembre 1903.
« Depuis le jour où la divine Providence a voulu nous élever au Souverain Pontificat, la situation douloureuse faite à l'Eglise catholique en France n'a point
cessé de Nous préoccuper vivement. Nous voyons avec amertume que cette situation tend à s'aggraver chaque jour davantage et c'est pourquoi Nous considérons comme, un devoir impérieux de notre ministère apostolique d'appeler sur ce point l'attention du premier magistrat de la République.
« Notre prédécesseur Léon XIII, de sainte et glorieuse mémoire, dans sa sollicitude et sa bienveillance particulière pour la noble nation française, tâcha, autant qu'il lui fut possible, de conjurer la loi contre les congrégations religieuses, en démontrant combien elle était contraire aux règles de l'équité et de la justice, et en signalant les conséquences funestes qu'elle produirait non moins pour l'Eglise que pour la France. Malheureusement ni la parole si autorisée de l'auguste Pontife, ni l'évidence des considérations qu'il faisait valoir ne purent rien ; bien plus, le gouvernement luimême aggrava encore la loi dans l'application qu'il en fit : il alla jusqu'à refuser d'examiner, nonobstant le vœu de la grande majorité des conseils municipaux, les demandes d'autorisation que les congrégations religieuses avaient présentées aux pouvoirs publics, en se^ conformant à toutes les dispositions de la loi. C'est ainsi que, durant ces derniers mois, Nous avons dû assister avec une profonde douleur aux événements qui se déroulèrent en France, le paya classique de la liberté et de la générosité, et qui, dans toutes les nations, produisirent sur l'opinion publique une impression de surprise et de tristesse. Des milliers de religieux et de religieuses, qui avaient hautement mérité de l'Eglise et de la France, qui ne sont coupables que • de s'être dévoués à leur propre sanctification et au service de leur prochain en pratiquant les conseils évangé-
liques, ont été chassés de leurs pacifiques demeures et réduits souvent à la plus dure misère ; et puisque leur propre patrie leur enlevait le droit, que les lois garantissent à tous les citoyens, de se choisir le genre de vie à leur convenance, ils se sont vus contraints à chercher un asile et la liberté en des terres étrangères. Qu'on ajoute à cela les attaques répétées contre l'Eglise catholique et le Saint-Siège lui-même, malgré son attitude constamment et particulièrement pacifique et bienveillante à l'égard de la France et du gouvernement de la République, les nombreuses suppressions de traitements, dus pourtant en justice aux évoques et aux curés, la vacance prolongée des sièges épiscopaux, et personne ne pourra contester que la situation présente de l'Eglise de France ne soit exceptionnellement triste et douloureuse.
(( Comme si ce n'était pas suffisant, on prépare maintenant contre l'Eglise d'autres mesures tendant à priver du droit d'enseignement à ses trois degrés, supérieur, secondaire et primaire, tout membre d'une congrégation religieuse même autorisée. La singulière gravité d'une telle mesure n'échappe certainement pas, monsieur le Président, à votre profonde pénétration. En fait, la législation française reconnaît expressément à tout citoyen le droit d'enseigner, sauf quelques dispositions pour s'assurer de la compéteuce des maîtres et empêcher les abus possibles.
« Ceci posé, nous laissons à tout homme éclairé et impartial le soin de juger, si d'enlever un droit commun, sanctionné par les lois, à toute une classe de citoyens, soumis à toutes les charges, uniquement parce qu'ils sont religieux, ce n'est pas en même temps une offense à la religion, une injustice au détriment de ces
citoyens et une violation de ces principes de liberté et d'égalité qui sont à la base des Constitutions modernes. Une exception pareille ne pourrait se justifier que s'il y avait une incompatibilité intrinsèque entre les vœux religieux et le ministère de l'enseignement, ou si l'on avait constaté des abus graves chez les religieux voués à l'enseignement.
« Mais sans apporter beaucoup d'autres considérations contre les griefs et en faveur des congréganistés, on peut invoquer et l'autorisation elle-même qui a été donnée par les gouvernemenls successifs de la France, et la volonté des pères de famille qui, en très grand nombre, confient aux instituts religieux l'éducation de leurs enfants.
« Le vote du projet de loi qui vient d'être présen' à la Chambre des députés entraînerait, du même coup, avec la liquidation de leurs biens, la suppression des congrégations religieuses qui n'ont d'autre but que l'enseignement et l'éducation de la jeunesse et qui ont été autorisées pour ce seul objet. De cette façon, on aurait à peu près consommé en France la destruction de ces instituts religieux qui, par la saine éducation de la jeunesse, fondement de toute société humaine, furent toujours un élément de patriotisme, de civilisation et de progrès. Et puisque c'est sur eux que reposaient principalement le prestige et l'influence morale de la France à l'extérieur, spécialement en Orient, la France viendrait à manquer de plus en plus des moyens nécessaires pour remplir dans le monde cette mission civilisatrice qui lui a été assignée par la Providence et pour laquelle elle a constamment obtenu l'appui des pontifes romains. Le Saint-Siège, tenu par l'ordre de Dieu même à pourvoir à la diffusion de l'Evangile, se
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trouverait dans la nécessité de ne point si'opposer à ce que les vides produits dans les rangs des missionnaires ' français soient comblés par des missionnaires d'autres nationalités.
« En voyant cette longue série de mesures toujours plus hostiles à TEglise, il semblerait, monsieur le Président^ qu'on veuille, comme certains le croient, préparer insensiblement le terrain pour en arriver non seulement à séparer complètement l'Etat d'avec l'Eglise, mais, si c'est possible, à enlever à la France cette empreinte du christianisme qui a fait sa gloire dans les siècles passés. Nous ne pouvons Nous persuader que les hommes d'Etat qui gouvernent actuellement les destinées de la France nourrissent de tels projets qui entraîneraient fatalement à l'intérieur la plus grave perturbation religieuse et à l'extérieur une diminution du prestige et de l'influence morale de la France. Pour Nous, si, par malheur, de telles éventualités devaient se produire, certes notre cœur, qui aime tendrement la fille aînée de l'Eglise, en éprouverait une profonde douleur : mais, en même temps Nous devons l'ajouter en toute franchise, le Saint-Siège, poussé à ces extrémités, plein de confiance dans la vitalité de l'Eglise en France, ne manquerait à aucun des devoirs que lui imposeraient et sa mission divine et la nature des circonstances, en laissant à d'autres la responsabilité des conséquences qui pourraient en dériver.
« Nous avons voulu, au début de notre pontificat, monsieur le Président, vous ouvrir notre cœur. Nous avons la confiance que, vous-même, avec la noblesse de caractère, l'élévation des sentiments, le vif désir de pacification religieuse dont Nous vous savons sincèrement animé, vous voudrez faire valoir toute l'influence
qui vous vient de votre haute situation pour éloigner de TEgiise de nouveaux préjudices et épargner à la France de nouvelles agitations religieuses. Dans le ferme espoir que Nos désirs seront réalisés, grâce à votre intervention, Nous vous donnons de tout cœur à vous, monsieur le Président, et à votre famille la bénédiction apostolique. »
Cette page si belle, où l'âme noble de Pie X se montra tout entière, ne reçut que le 27 février la pauvre réponse que voici :
«Très Saint-Père,
« Son Excellence Monseigneur le nonce apostolique m'a remis la lettre personnelle que Votre Sainteté m'a fait l'honneur de m'écrire pour me signaler avec quelle appréhension Elle voit les pouvoirs publics saisis de projets relatifs aux congrégations, à la liberté de l'enseignement et aux pénalités applicables au clergé.
« Votre. Sainteté pense que les projets dont Elle examine les conséquences, s'ils étaient votés, semblent indiquer qu'ils tendent à réaliser la séparation complète de l'Eglise et de l'Etat. Elle croit qu'il s'ensuivrait une très grande perturbation religieuse à l'intérieur et une diminution de l'influence morale et du prestige de la France à l'étranger.
« J'ai déjà eu l'honneur de répondre à Sa Sainteté Léon XIII, il y a quelques années, que personne plus que moi ne désirait le maintien de la paix religieuse et la loyale exécution du Concordat, qui règle les rapports de l'Eglise et de l'Etat : j'ajoutais que je reconnaissais les efforts faits par Sa Sainteté pour assurer la soumission du clergé de France aux lois du pays.
« J'ai le très grand regret de constater qu'un certain
nombre de membres du clergé et des congrégations, malgré les instructions pontificales, au lieu de se renfermer dans leur mission, se sont lancés dans les luttes politiques et ne craignent même pas, à l'heure présente, de critiquer avec passion et violence le gouvernement républicain et les lois du paya
u Quelle que soit l'opinion personnelle du Président de la République sur ces questions, Votre Sainteté ne peut, en faisant appel à lui, perdre de vue le rôle qui lui est assigné par la Constitution française.
« Le Préaident doit se renfermer dans son irresponsabilité constitutionnelle en ce qui concerne les mesures gouvernementales et s'abstenir de tout acte personnel. Il ne peut qu'offrir ses conseils aux ministres, et j'ai conscience de ne pas avoir manqué à ce devoir. Quant aux lois et résolutions parlementaires, le Président n'y intervient que par les ministres qui sont eux-mêmes obligés de compter avec les majorités des deux Chambres.
« C'est avec la plus grande tristesse que j'ai vu récemment des archevêques et des évêques s'adresser, par des lettres rendues publiques/, au Président pour protester contre certains projets de loi, alors qu'ils ne peuvent ignorer quelle est la loi constitutionnelle du pays.
« Ils se sont trompés, s'ils ont pensé faire peser sur lui la responsabilité de ces projets et de ces mesures, et ils ont, en agissant ainsi, fourni l'occasion à ceux qui ont présenté ou soutiennent ces projets de donner à la lutte un caractère plus irritant.
« Malgré tout, j'ai l'espoir que les passions se calmeront et que la paix se fera dans les esprits, surtout si le clergé suit les sages instructions de Votre Sainteté.
« Je remercie Votre Sainteté du témoignage d'estime et de confiance dont Elle m'a honoré en m'adressant sa lettre personnelle. Je la remercie aussi de la bénédiction apostolique qu'elle a daigné, à cette occasion, donner à ma famille et à moi et je la prie d'agréer l'humble expression de ma haute vénération et de mon profond respect.
« Emile Loubet, « Président de la République. »
Le maître fourbe, en voulant absolument prouver son impuissance, n'arrivait qu'à* révéler son entière culpabilité ; ne pouvait-il pas démissionner si les décrets imposés à sa signature révoltaient sa conscience ; la vérité, c'est que Loubet connaissait la marche inéluctable des événements, qu'il obéissait seulement, à son cornac Clemenceau et, par lui, à l'Angleterre.
A leur tour, les cardinaux archevêques de Parisi et de Reims, et ensuite celui de Lyon, écrivirent les 24 et 27 janvier 1904 au Président de la République pour signaler à son attention la gravité de ce nouvel attentat contre l'égalité des citoyens devant la loi et contre la liberté de conscience des pères de famille qu'on empêchait ainsi de donner à leurs enfants l'instruction et l'éducation qu'ils préféraient.
Le pape, dans son discours au Sacré Collège du 19 mars 1904, éleva de nouveau la voix pour déplorer et réprouver un projet de loi qui avait pour but, non seulement d'interdire par une odieuse exception tout' enseignement aux congrégations uniquement à cause de leur caractère religieux, et aussi de supprimer les congrégations * elles-mêmes uniquement approuvées pour l'enseignement et de liquider leurs biens.
Pour justifier hypocritement cette loi imposée par les
loges, on a osé soutenir que des personnes assujetties à des vœux religieux étaient incapables de former des citoyens libres.
C'était là une insinuation inutilement perfide, la faveur qu'a toujours rencontrée dans notre pays l'enseignement donné par les religieux était une réponse facilement victorieuse.
En dépit de tout, la loi fut donc votée par le Parlement et promulguée le 7 juillet 1904, et le 4 septembre de la même année, à Auxerre, M. Combes se vantait d'avoir fermé déjà 13,910 écoles sur un total de 16,904. C'était donc la fin de l'enseignement libre.
Il faudrait maintenant parler hâtivement du plan maçonnique, en ce qui touche à l'enseignement supérieur et au monopole de l'enseignement par l'Etat, pour bien montrer l'ennemi dans sa marche en avant contre le christianisme dont il veut arracher toutes les racines.
Dans toutes les assises secrètes de la maçonnerie, des discussions constantes témoignent de l'intérêt capital de cette question.
Au couvent de 1902, le F , • . Poggioli fait adopter un rapport tendant à faire donner V enseignement intégral par VElat seul, et propose de signaler aux maçons membres du Parlement la nécessité impérieuse d'agir vigoureusement et activement pour assurer, au plus tôt, la réforme de l'enseignement dans le sens de l'entière neutralité et du monopole de cet enseignement par l'Etat.
Aussitôt le F.-. Rabier soumet un projet de loi signé de 80 députés pour demander le monopole exclusif de l'Etat dans l'enseignement et, si le projet est repoussé comme anticipé, tout nous permet de croire que dans un temps prochain il sera adopté par le Parlement.
Ainsi, tous les enfants de France devront recevoir, selon la maçonnerie, V enseignement rationnel et scientifique de FEtat. Et comme l'Etat, selon le mot du P.-.Geyer, c'est la franc-maçonnerie, nos malheureux enfants devront forcément être des maçons et des libres-penseurs, persécuteurs de l'Eglise romaine.
Quand je dis forcément, écoutez le vœu émis par le couvent des loges à Tizi-Ouzou le 13 avril 1903 :
« Les maçons exigent qu'une disposition additionnelle soit ajoutée au Gode civil, pour que défense formelle soit faite aux parents, ascendants ou ayants droit quelconques, de donner ou d'enseigner à leurs enfants une religion quelle qu'elle soit sous peine de déchéance de puissance paternelle et de puissance légale, et qu'en cas d'infraction dûment constatée, les enfants pupilles ou descendants seront retirés et confiés à* l'Etat aux frais des parents et ascendants ; que l'instruction laïque obligatoire soit seule autorisée et que les parents, qui voudraient instruire les enfants. à leur domicile, ne puissent le faire qu'avec le concours d'instituteurs ou d'institutrices approuvés et présentés par l'Etat. »
Ce n'était pas assez, le Bulletin maçonnique réclamait l'organisation de renseignement professionnel et en donnait l'impérieux motif suivant : « L'entrée de la maçonnerie dans l'enseignement professionnel donnerait le coup le plus rude à l'enseignement de la doctrine chrétienne. »
Le F .-.Paillard disait encore dans un rapport adressé à la loge Paix et Union : « Nous, maçons, nous devons créer des écoles de métiers, des écoles d'apprentissage, nous devons créer des cours» professionnels. »
Le couvent de 1901 concluait à ce que la maçonnerie mît la main sur l'enseignement professionnel.
Le congrès des loges, réuni le 15 mai 1902 à Montbéliard, adoptait les rés.olutions suivantes :
« Nous établirons Tinstruction générale, primaire, supérieure, secondaire : perfection du cerveau ;
« L'instruction morale : perfection du cœur ;
« L'instruction technique : perfection de la main;
(( L'instruction tout entière sera donc en nos mains. »
En 1903, le couvent se préoccupait de donner la morale maçonnique à toutes les écoles professionnelles, et cette insistance à faire pénétrer les idées maçonniques dans ces écoles atteste, une fois de plus, le but de la secte d'arracher le christianisme du cœur de i ouvrier, au moment même où il s'agit de séparer l'Egli-o de l'Etat et de préparer le schisme.