COMMENT FUT PRÉPARÉ A LONDRES LE VOYAGE DE LOUBET
Victor-Emmanuel intrigue auprès d'Edouard VIL — On s'efforce de déterminer Carlos 1^', roi de Portugal, à aller à Rome. — M^^ Macchi et la reine Amélie. — Carlos /*' refuse de faire cette mauvaise action. — La reine reçoit la Rose d'or. — Edouard VU se rabat sur Loubet qui se déclare prêt à obéir à son suzerain. — Le voyage est décidé. — Lettre du cardinal Rampolla à Delcassé. — Les mensonges de Delcassé. — La mort de Léon XIIL
Après 1870, le roi Victor-Emmanuel, irrité de Tinterdiction dans laquelle était mis son royaume depuis la prise de Rome, résolut d'obliger son allié, François- Joseph, à lui rendre visite dans sa nouvelle capitale, il fut le voir lui-même à Vienne, et l'empereur d'Autriche, contrairement à toutes les règles du protocole, ne lui rendit jamais sa visite pour ne pas faire outrage au Pape.
Seuls les monarques n'appartenant pas au culte catholique étaient les hôtes du Quirinal, et encore ne quittaient-ils jamais la Ville Etemelle sans rendre visite
en grand apparat au Pontife Souverain en ayant soin de faire partir le cortège du lieu même de leur ambassade.
Guillaume II eut même la délicatesse d'amener de Bâle ses voitures et son escorte pour aller de l'ambassade d'Allemagne jusqu'au Vatican.
Cet état de choses qui durait depuis le 20 septembre 1870 avait encore paru supportable au roi Humbert, mais Victor-Emmanuel III mit tout en œuvre pour le faire cesser et faire accepter Rome capitale par les gouvernements catholiques.
Il y fut aidé par la maçonnerie et par Edouard VIL Consacrer Vétat de choses, c'était déclarer nulles les revendications de la papauté sur Rome et le pouvoir temporel, et c'était faire œuvre d'antipapisme.
L'Angleterre avait la main mise sur le Portugal, Carlos P' était un Gobourg, parent proche d'Edouard VII, il était le cousin germain du roi d'Italie puisque sa mère, Maria Pia, était la sœur d'Humbert; ce fut lui que le roi d'Angleterre se chargea de décider à aller en visite au Quirinal.
Les pourparlers furent engagés par Edouard VII luimême, et il employa une si grande habileté que Carlos faillit céder : sa parenté très proche avec le roi dltalie pourrait faire excuser sa démarche, pensait-il, et du moins elle serait une explication plausible auprès du Souverain Pontife.
Don Carlos, assiez perplexe au moment de se décider, s'ouvrit de son dessein à la reine Amélie et la chargea de savoir par le nonce comment le Pape accueillerait sa visite au roi d'Italie. M^ Macchi, alors nonce à Lisbonne, se rendit aussitôt à Rome sur les instances de
la reine, et fit part au cardinal Rampolla de tout ce qu'il savait de l'intrigue anglaise.
Le cardinal Rampolla lui affirma nettement que, malgré les liens de parenté qui unissaient Carlos à Victor-Emmanuel, sia visite au Quirinal serait considérée comme la plus grave offense qui pût être faite au Saint-Siège, qu'il ne serait pas reçu au Vatican et que le nonce serait rappelé.
De son côté, le Souverain Pontife recevait en audience M^ Macchi, le chargeait de remercier S. M. la reine des sentiments qu'elle avait témoignés pour lui, et de la supplier de ne point permettre que l'illustre maison de Bragance oubliât ses traditions d'attachement au Saint-Siège.
Ms^ Macchi, de retour à Lisbonne, prévenait la reine de l'irritation du SainIrPère et de son intention arrêtée de rompre avec le Portugal tous les liens diplomatiques, si le roi persistait dans ses intentions.
Carlos P' n'hésita plus et le roi d'Angleterre Edouard VII dut abandonner son intrigue, battu par une femme, par une bonne chrétienne, par une Française.
Victor-Emmanuel essaya bien encore d'opposer la belle-mère à l'épouse ; ce fut vainement du reste. Maria Pia est très Italienne, attachée à sa maison, mais aussi pieuse que la princesse Clotilde, et elle approuva vaillamment la reine et le roi.
Peu après ces événements, Amélie recevait la Rose d'or du Souverain Pontife.
Il ne fallait plus songer à séduire un autre porte-couronne, le plus petit prince désormais refuserait d'être l'hôte du Quirinal, l'incident étant ébruité. •
A défaut de rois, Edouard se rabattit sur le président
Loubet. C'était maigre. Celui-là, loin de refuser, devait aller avec enthousiasme au-devant de l'ignominie.
Le roi se rendait à Cannes, au printemps 1902, pour les régates ; à son passage à Paris, M. Loubet vint le saluer et monta dans la berline royale pour traverser la Ceinture ; c'est dans ce court trajet, en fumant un cigare avec Edouard VII, que l'homme de Montélimar accepta le rôle honteux que nous connaissons.
Le soir même, M. Clemenceau et M. Delcassé décidèrent le plan à suivre pour piper une fois encore Yopinion 'publique.
D'abord l'entente cordiale avec l'Italie allait devenir pleine d'effusion et de chaleur, les manifestations, les protestations d'amitié se multiplieraient par les soins de la maçonnerie, puis quand tous les clichés sur l'amour de la sœur latine auraient été épuisés, les avantages commerciaux 1 et industriels! d'une alliance avec Vltalie seraient célébrés dans la presse des deux pays.
Alors Victor-Emmanuel viendrait, par sa visite officielle, renouveler l'alliance, si naturelle et si heureuse, rompue par les cléricaxixl II serait accueilli avec le maximum de délire que le ministre de l'Intérieur, en y mettant le prix, obtient toujours.
Au départ du roi, la presse officieuse soutiendrait que la politesse française, la courtoisie et l'intérêt imposaient de rendre cette visite sans délai, et que si le Pape avait la prétention de nous empêcher de conclure des alliances profitables et de remplir nos devoirs de civilité, il avait compté sans nous.
Le piège était grossier, les visites des chefs d'Etat sont protocolairement organisées par les chancelleries et, avant la venue du roi d'Italie, la visite de Loubet
avait été fixée par les deux pays et définitivement arrêtée à une date précise.
La franc-maçonnerie exultait, ce scandale sans second ne pouvait rien amener d'avantageux pour la France, mais la rupture prochaine avec le Saint-Siège et la perte probable de notre protectorat d'Orient suffisait à satisfaire les sectaires qui la composent. Cependant le cardinal RampoUa n'était pas sans avoir eu vent de ces projets. A sa demande, le nonce ne manqua pas d'appeler l'attention de M. Delcâssé sur la gravité exceptionnelle qu'aurait une visite du Président Loubet au roi d'Italie à Rome. Le ministre des Affaires étrangères, alors que le voyage était définitivement arrêté, assura de la façon la plus formelle qu'il n'avait aucune réponse à faire, parce que le bruit de ces deux visites n'avait aucun fondement.
Cependant la presse officieuse d'Italie et aussi certains journaux français inspirés par la maçonnerie continuaient, sans recevoir de démenti, à affirmer le parfait accord de l'Italie et de la France relativement à cet échange de visites. Ils en donnaient même les dates précises.
C'est alors que le cardinal Rampolla le 1^ juin 1903 remit à M. Nisard, la note suivante : ,
« 1^ juin 1903.
« Dès que commencèrent à circuler les bruits touchant une restitution éventuelle de la visite par le Président de la République française, au roi d'Italie à Rome, le représentant du Saint-Siège à Paris ne manqua point, comme c'était son devoir, d'interroger à ce propos S. E. M. le ministre des Affaires étrangères, lui exposant les raisons que le Saint-Siège aurait de déplo
rer un événement de ce genre, et les graves conséquences qui en seraient dérivées au détriment des bons rapports existant jusqu'ici entre la France et le Saint- Siège. A diverses reprises, M. Delcassé n'hésita aucunement à assurer le nonce pontifical qu'il ignorait absolument l'existence de négociations entre les deux gouvernements italien et français touchant la visite supposée : et que pourtant^ plus qu'aucun autre, il devait être en mesure de connaître tout ce qui se rapportait à ce sujet. Pas plus tard que le 13 du mois qui vient de se terminer, il affirmait de nouveau, de la façon la plus catégorique que personne jusque-là, ne lui avait parlé de visites, ni à recevoir, ni à rendre. Ne doutant pas de la loyauté de M. le ministre, le Représentant pontifical, tranquillisé par les déclarations obtenues, sVst abstenu d'en reparler. D'ailleurs Votre Excellence aura pu de son côté remarquer sans peine que le cardinal soussigné dans ses conversations n'a jamais fait aucune allusion à ce sujet.
(( Cependant, ces jours derniers, la presse officieuse des deux pays, sans être démentie en aucune façon, non seulement affirme avec insistance le plein accord qu'il y a entre l'Italie et la France, touchant cet échange de visites, mais elle prétend de plus en indiquer les .dates. C'est pourquoi le Saint-Père, voulant en matière si délicate prévenir tout malentendu qui pourrait surgir et laissant d'ailleurs à la sagesse du gouvernement français de prendre à cet égard telles décisions qu'il jugera plus convenable, a ordonné au cardinal secrétaire d'Etat soussigné de déclarer à Votre Excellence qu'une visite éventuelle du chef d'une nation catholique, tel que le Président de la République française au Quirinal, dans les conditions actuelles bien connues de
Rome, sa Sainteté la regarderait comme une offense non moins aux droits du SaintrSiège qu'à son Auguste personne et que par suite, Elle décline toute responsabilité des conséquences fâcheuses qu'un événement de ce genre aurait pour l'influence française dans les pays étrangers. »
Dans cette note qui fut transmise à M. Delcassé on voit que le SaintrSiège considérait la visite éventuelle de M. Loubet à Rome, comme une offense aux droits du Souverain Pontife et à sa personne. Pour que M. Delcassé ne pût conserver aucun doute sur la pensée du Souverain Pontife, le cardinal Rampolla transmit au nonoe à Paris, une dépêche destinée à être lue à M. Delcassé et qui précisait davantage encore, tous les inconvénients d'une visite de M. Loubet à Rome en ce moment.
« 8 juin 1903.
« Le rapport de Votre Sainteté du 3 courant me donne le résumé des observations que vous faites à M. Delcassé, concernant ma note remise à M. l'ambassadeur sur le grave et délicat sujet de la visite éventuelle au Quirinal du Président de la République ; il m'oblige en même temps à vous entretenir du même objet et à vous exposer les considérations ultérieures que semble réclamer le langage de M. le ministre.
(( D'abord il est à peine utile qu'après une conversation avec M. Nisard, j'insiste davantage sur la portée de la note en question. Vous pouvez donner de nouveau à M. Delcassé l'assurance que le Saint-Siège n'a eu nullement l'intention de menacer, ni de formuler des protestations ou des remontrances pour des actes qui ne sont pas encore faits. Son unique intemtion fut de dissiper des illusions, de prévenir de§ malentendus,
parce que la presse française et italienne le rendait nécessaire ; puis d'appeler rattention du gouvernement sur les très graves conséquences, qui peulrêtre n'ont pas été complètement bien pesées d'une démarche qui pourrait en un seul jour rayer la France officielle du nombre des puissances catholiques et compromettre l'œuvre de tant de siècles dans ses rapports avec la Papauté, le gouvernement assumerait toute la responsa- . bilité de cette démarche en pleine- connaissance de cause. Du reste le Saint-Siège a tenu la môme conduite avec d'autres Etats catholiques ; et il n'aurait donc point pu user envers la France d'un traitement différent.
(( Dans la situation présente et si anormale de Rome la visite au Quirinal d'un chef de nation catholique infligerait une offense, et une offense grave, non seulement aux droits du Saint-Siège, mais en outre à l'auguste personne du Saint-Père, comme souverain légitime et comme Pontife, les chefs d'Etats catholiques, précisément comme tels, sont rattachés par des liens spéciaux au chef de l'Eglise ; ils doivent donc avoir pour lui de plus grands égards que les souverains d'Etat hétérodoxes en ce qui concerne la dignité, l'indépendance et les droits imprescriptibles du Saint-Siège. Par conséquent, un chef de nation catholique qui viendrait rendre hommage à Rome, au siège même du Pape, à celui qui, contre tout droit, ^n détient le principat civil et en entrave la liberté et l'indépendance, poserait un acte qui implique une offense grave et manifeste au chef suprême de la religion qu'il professe, une blessure au droit, qu'a le Pape, de revendiquer de toutes ses forces ses droits et son indépendance, pour le bien même des peuples catholiques, et de ne pas laisser subir la moindre atteinte à sa dignité.
« L'empereur d'Autriche a tellement compris ce devoir que, malgré son alliance avec le roi d'Italie, en dépit des efforts de la diplomatie et des exigences de la politique, bien qu'il eût une visite à rendre, n'a jamais pu être amené à la rendre à Rome et à manquer de respect au Souverain Pontife. Le roi de Portugal lui-même^ bien que lié à la maison de Savoie par des liens de parenté très étroits, a préféré affronter un grave conflit diplomatique plutôt que de blesser le chef de l'Eglise et de froisser les sentiments les plus délicats de ses sujets catholiques. Aucun des autres souverains ou chefs d'Etats catholiques ne s'est jamais départi de cette règle de devoir et de convenance. Au reste le devoir du chef de la nation française serait encore plus grand et l'offense serait encore plus grave. Il n'a pas, en effet, avec le roi d'Italie de liens spéciaux de parenté ou d'alliance politique ; par contre, en vertu d'un pacte bilatéral avec le SaintSiège, il jouit de privilèges très spéciaux uniquement parce qu'il est catholique, c'est-à-dire parce qu'il est obligé à reconnaître dans le Pontife romain son chef spirituel et celui du peuple qu'il gouverne.
« La France, régie aujourd'hui par une forme populaire de gouvernement, conserve le caractère éminent de puissance catholique ; elle est largement représentée dans le sacré collège et par le fait même dans le gouvernement de l'Eglise universelle, elle a en outre par faveur du Saint-Siège ce qu'aucune puissance catholique ne possède : le protectorat en Orient, pour ne rien dire de la reconnaissance qu'elle devrait professer, d'une façon particulière à l'égard du Souverain Pontife régnant qui lui a donné tant de preuve de bienveillance.
(( Par conséquent, si le Président de la République pour des avantages d'ordre politique, dont thistoire
appréciera la valeur, préférait, en passant sur le Pape, les obtenir au prix d'une offense au chef de l'Eglise, sans que nous ayons besoin de recourir aux menaces, lui-même, par son acte, il paraîtrait devant l'Eglise, le peuple français et les autres nations, renoncer spontanément à la position privilégiée dont il jouit.
w Et, à ce sujet, il est bon de rappeler le fait qui se constate de plus en plus, savoir que la persécution dirigée par le gouvernement contre les ordres religieux aliène toujours davantage à la France les esprits des catholiques, dans les régions du protectorat dont il diminue l'autorité et le prestige. Que si, à la perséfcution intérieure, s'ajoutait un outrage public à la personne du Pontife de la part du chef même de l'Etat, le contre-coup serait ressenti davantage et partout, car les faits ont leur logique en dépit de la volonté des hommes.
<c Enfin, il convient que Votre Seigneurie appelle sérieusement l'attention de M. Delcassé sur une autre conséquence dé la visite éventuelle du Président de la République au Quirinal. Si l'on tient compte des circonstances et du milieu de Rome, M. Loubet ne pourrait en aucune façon éviter que sa visite ne prenne un caractère hostile au Pape ; tous les éléments hostiles au SaintrPère en profiteraient pour associer aux applaudissements du Président de la République les manifestations injurieuses au Pape. Il ne s'agit pas ici de chimères, mais d'un péril fondé et certain qu'aucune vigilance et qu'aucune habileté ne pourraient esquiver.
« Gela n'échappera sûrement pas à l'intelligence et àla pénétration de M. le ministre.
« Pour venir à la conclusion, le but que s'est proposé
le Saint-Siège, en faisant cette démarche, a été de prévenir le Président de la République, afin que, éclairé sur les conséquences qui dériveront de ces événements, il en assume librement la responsabilité ; le SainIrSiège dégage, dès maintenant, la sienne, se réservant sa pleine liberté d'agir en conformité de ce que la protection de sa dignité, la défense de ses droitsi et Taccomplissement de ses devoirs exigeront. ,
(( Votre Seigneurie, dans sa prochaine conversation avec M. le ministre des Affaires étrangères, aura soin de lui exposer les dernières considérations qui visent à éclaircir davantage le sens et la portée de la note du 1*' juin.
« M. Gard. Rampolla. »
Cette lettre si émouvante ne toucha ni M. Loubet, ni M. Delcassé et ne les arrêta pas dans leur œuvre malfaisante ; ils n'exprimèrent même pas un sentiment de regret, ne fournirent même pas une explication honorable. Combien différent fut M. Jules Favre qui, le 1^' juin 1871, adressait au sujet de Pie IX la dépêche suivante à M. de Banneville, ambassadeur à Vienne : Diminuer le signe extérieur de nos relations avec un vieillard accablé par la mauvaise fortune eût été rigoureux de la part d'une nation en pleine prospérité ; de la part d'une puissance rudement frappée elle'mréme, c'eût été une défaillance regrettable, (Jules Favre, Rome et la République française. Pion, 1871, p. 114.)
Un mois après cette lettre, Léon XIII, malade pendant ces négociations si blessantes, rendait son âme à Dieu après un règne de vingt-cinq ans et cinq mois, le lundi 20 juillet 1903, et le cardinal Sarto, patriarche de Venise, élu pape le 4 août 1903, était couronné le 9 du même mois.
Le voyage de M. Loubet à Rome, de ce chef, fut renvoyé à une date ultérieure, mais à la veille de la mort de Léon XIII, les voyages étaient arrêtés» dans les deux chancelleries française et italienne d'une façon positive.
Donc, toutes les injures» adressées à Pie X dès son avènement et qui tendent à le représenter comme la créature de l'Allemagne sont destinées à abuser le public ; représenter le voyage de Loubet à Rome comme la réponse de la France à l'élection d'un pape antifrançais, est un mensonge. Le cardinal Rampolla lui-même, celui dont on célèbre en ce moment l'esprit de conciliation dans les' feuilles du bloc, s'était chargé, au nom de Léon XIII, de protester avec une telle force contre le scandale de ce voyage, que Pie X et Merry del Val n'eurent rien à ajouter à l'expression de cette indignation.
Une fois de plus, nous donnons la preuve indiscutable que le plan maçonnique était arrêté longtemps à l'avance et que l'attitude conciliante de Léon XIII et de Rampolla, non plus que celle plus nette et plus énergique de Pie X et de Merry del Val ne firent rien à la chose préméditée depuis) longtemps.
Le sort en était jeté, la maçonnerie et l'Angleterre avaient décidé, le gouvernement français obéissait, rien ne pouvait empêcher les faits abominables de s'accomplir.
A propos du cardinal Rampolla, qu'il est de mode dans une certaine presse d'opposer à Pie X et au cardinal Merry del Val, on sait bien mal, en France, quel a été le rôle de notre gouvernement au Conclave.
Au moment de la mort de Léon XIII, M. Loubet, M. Combes et même M. Delcassé étaient exaspérés
contre le cardinal Rampolla qu'ils avaient espéré trouver plus docile^ on comptait, chez nous, profiter de la longue agonie de Léon XIII pour perpétrer la mauvaise action avec la connivence du cardinal Rampolla. L'attitude si nette et sd résolue de Rampolla, qui parlait certainement alors en son rwm, car le Pape était dans un état de santé qui ne lui permettait plus de donner même des ordres, fit vite comprendre au gouvernement qu'il s'était mépris sur le véritable caractère du secrétaire d'Etat. Si le cardinal Rampolla était élu Pape, le fameux voyage ne se passerait pas» sans difficultés ; donc, le gouvernement n'avait aucun intérêt à l'élection du cardinal Rampolla. Avant le Conclave, M. Delcassé réunit tous les cardinaux et les engagea tous officiellement à voter pour le cardinal Rampolla. Mais M. Combes et lui-même travaillèrent énergiquement contre cette candidature. Il est acquis, aujourd'hui, que si Victor-Emmanuel obtint de ses alliés que l'Autriche donnât le veto au cardinal Rampolla, ce fut à l'instigation de notre ambassadeur Barrère qui mena toute cette intrigue selon les instructions du président du conseil et aussi de la maçonnerie, donif il est le syndic.
Mais revenons au voyage de M. Loubet.
Ainsi donc, malgré les avertissements de la papauté, malgré les exemples fournis par les chefs des autres nations catholiques, malgré les preuves multiples de particulière bienveillance données à la France par les Pontifes romains, malgré un passé de plusieurs siècles qui avait fait de la France la protectrice de l'indépendance pontificale, nous allons voir le chef de l'Efat français se rendre à Rome et, ignorant Vexistence du Souverain Pontife, descendre dans ce palais môme dn
LES DESSOUS DE LA SEPARATION l2l
Quirinal, arraché au Pape contrairement à la foi des traités, à la volonté de la France agonisant ce jour-là S0U9 la botté prussienne.