LA SÉPARATION ET LE PROTECTORAT D'ORIENT
Le bluff de Combes. — Malgré la rupture, la France ne perdrait pas son influence^ en Orient. — Mensonge ; c'^est à la papauté que nous devons le protectorat d'Orient et d'Extrême-Orient ; elle peut nous V enlever. — Nous avons travaillé pour l'Angleterre et pour V Italie.
M. Combes a confié à un rédacteur de la Neue-Press de Vienne qu'il faisait absolument fl de notre protectorat en Orient et en Extrême-Orient. Comme, malgré tout, la presse trouvait un peu forte cette mauvaise plaisanterie et lui objectait que Gambetta, Ferry, Freycinet, Paul Deschanel, Delcassé et même Waldeck- Rousseau pensaient tout à fait différemment et tenaient pour un bien précieux notre influence en Orient, comme tous les écrivains faisaient remarquer que les grandes puissances, Guillaume II, François-Joseph et Victor-Emmanuel se disputaient à l'avance nos dépouilles, le défroqué, dans le discours d'Auxerre, « affirma que le pape cherchait, par mesure de représailles,
é nous frustrer d'une situation qui existait de fait en dehors du Saint-Siège et que nous garderions malgré lui ».
La phrasie pouvait en imposer aux électeurs d'Auxerre, mais elle est trop stupide, trop, antipatriotique pour n'être pas relevée.
Il faut être aussi ignorant qu'un sous-vétérinaire ou un sous-Homais pour avancer une aussi colossale ineptie, ou aussi infâme que Dreyfus lui-même pour trahir ainsi le pays.
Malgré le droit de chaque nation à protéger ses propres sujets, malgré la concession faite par la Porte à diverses puissances, le protectorat catholique appartient exclusivement à la France dans tout l'Orient et cela uniquement pax la volonté du Saint-Siège.
Le chef suprême de l'Eglise a conféré à la France la mission de protéger dans tout le Levant les personnes et lesi institutions catholiques quelle que soit la nationalité, et le SaintrSiège ne s'est pas contenté d'un simple mandat, il a obligé les catholiques d'Orient à recourir à nos agents diplomatiques et consulaires et leur a défendu de faire appel à d'autres, sauf exception pour les rares endroits où l'Autriche exerce le protectorat. '
Il est donc évident que la France, en regard des puissances qui ont obtenu de la Porte des concessions analogues, jouit en Orient d'une situation privilégiée de droit et de fait qui la constitue, de préférence à toute autre nation, la protectrice du catholicisme en Orient ; mais il est évident aussi qu'elle doit cette situation uniquement au Saint-Siège.
Si demain, quoi qu'en dise notre défroqué national, le cardinal Gotti, le Pape rouge, retirait l'ordre de
recourir toujours à la France ou le laissait périmer la France serait aussitôt ramenée au niveau des autres nations. Et si elle formulait ce même ordre en faveur de ritalie ou de l'Allemagne, c'est ce pays seul qui deviendrait prépondérant en Orient.
Du Levant passons maintenant en Extrême-Orient, vous verrez que si le traité de Tien-Tsin est plus net et plus fort que les capitulations, nous n'en devons pas moins au Saint-Siège notre situation privilégiée.
Sans doute, par le traité de 1858, elle a le droit de protéger dans tout l'empire chinois les personnes et institutions non seulement catholiques mais chrétiennes de toutes les communions et d'une nationalité quelconque, même chinoise.
Ce droit de protection général appartient exclusivement à la France, tandis que les autres puissances ont un droit de protection limité à leur propre nationalité, la France seule a un droit général qui la constitue protectrice du christianisme en Chine.
Cette situation privilégiée de la France a reçu du Saint-Siège son complément, le Pape en Chine comme dans le Levant a conféré à la France le mandat ou la mission de protéger les intérêts de l'Eglise catholique et le SaintrSiège a prescrit aux missionnaires de toutes nationalités de s'adresser aux représentants de la France et non à d'autres.
Et dans tous les cas même récents la congrégation de la Propagande a toujours soutenu le droit exclusif de la France.
« Pour n'en citer qu'un, dit un prélat romain, dans le protectorat catholique de la France, en 1888 le ministre d'Italie à Pékin, M. de Luca, envoya le 9 novembre de la même année une circulaire à tous les
vicaires apostoliques italiens en Chine, dans laquelle il leur communiquait la teneur de l'accord et les engageait à se mettre exclusivement sous la protection de la légation italienne, leur promettant l'appui le plus vigoureux et les menaçant dans le cas contraire « d'effacer leurs noms du registre des sujets royaux demeurant en Chine et de leur faire perdre, collectivement et individuellement, leur droit à la protection ou au traitement de faveur de la part des royales autorités diplomatiques et consulaires en Chine, autant dans le présent par rapport aux affaires de caractère administratif que dans Tavenir, pour quelque autre contingence politique dangereuse ». Les vicaires apostoliques ou ne répondirent pas ou répondirent comme le vicaire apostolique du Cheasi, en disant que, suivant les ordres donnési par la congrégation de la Propagande, ils ne pouvaient renoncer à la protection de la France. Et comme, en 1901, après les événements que chacun connaît, en Chine, un vicaire apostolique italien semblait se conduire différemment, la Sacrée Congrégation, en ayant été informée, lui écrivait le 3 mai de la même année : « Des nouvelles parvenues à la sacrée congrégation de la Propagande, il semble se confirmer que Votre Excellence, pour protéger les droits de sa mission auprès des autorités civiles, refuse le protectorat de la France pour se mettre sous celui du gouvernement italien. Aus^i je crois opportun de vous notifier directement que la volonté expresse du Saint-Père est que Votre Excellence se serve des représentants du gouvernement français et non de ceux du gouvernement italien, lorsqu'elle aura à traiter des affaires de son vicariat avec les autorités chinoises. »
Si donc le Saint-Siège retirait l'ordre donné aux mis-
sionnaires d'avoir recours au seul représentant français, laissant de côté le représentant de leur propre pays, la France conserverait le protectorat des catholiques français, mais elle perdrait aussitôt la protection des catholiques des autres nationalitéss ce qui diminuerait de plus de la moitié le privilège de la France.
II est donc incontestable qu'en Chine comme dans le Levant la France doit au Saint-Siège une grande partie de sa situation privilégiée.
Cette situation prépondérante de la France en Orient et en Extrême-Orient, qui donnait un crédit et une influence si grande à notre pays dans toutes ces régions, était depuis longtemps enviée par les autres nations, mais surtout par l'Italie.
Aidée de l'Angleterre, elle mit tout en œuvre pour nous séparer du SaintrSiège, et en même temps qu'elle nous prêchait l'anticléricalisme, elle ae rapprochait du du Pape et s'efforçait de nous supplanter en Orient.
C'est là un des côtés les plus intéressants des dessous de la séparation, la maçonnerie italienne et anglaise s'efforçait de précipiter la rupture entre la France et le Saint-Siège, alors que le gouvernement italien faisait tout au monde pour reconquérir les bonnes grâces du pape Pie X et nous supplanter dans notre rôle en Orient.
Heureusement le préfet de la Propagande est loin d'être favorable à la conciliation avec l'Italie, et l'excellent Pie X est incapable d'exercer des représailles contre notre odieux gouvernement, non seulement son âme est trop élevée pour cela, mais son esprit est trop clairvoyant pour ne pas comprendre que la maçonnerie fait le jeu de l'étranger, que diminuer la France c'est servir l'intrigue anglaise et italienne et trahir la vieille nation catholique par excellence.
Pie X voit tout cela, il nous défend mieux que nousmêmes, mais cette situation peut-elle durer ?
La longanimité du Souverain Pontife a des limites, chaque jour les injures les plus odieuses sont adressées par la presse maçonnique au doux vieillard qui représente le Christ sur la terre.
Et le Christ lui-môme est banni de France.
Sous la pression de TAngleterre, il n'est pas douteux que le gouvernement va s'efforcer de créer une Eglise nationale et de fomenter un schisme. Vous pensez bien qu'alors Pie X ne pourra plus longtemps maintenir à ce pays ses privilèges, et le protectorat d'Orient passera aux mains de l'empereur d'Allemagne bien plus sûrement qu'à celles de Victor-Emmanuel.
L'Allemagne et l'Angleterre sont appelées prochainement à se livrer combat, et la France, qui s'est désintéressée des luttes de la Russie, soyez-en certains, sera sur le continent le soldat de l'Angleterre et portera tout le poids de la lutte.
Que Dieu détourne ce présage, mais le passé est là pour répondre de l'avenir ; les alliés de l'Angleterre ne font pas de gros bénéfices en général, cette fois nous pourrions bien être ruinés sans retour possible.