CHAPITRE XX
LES INSTRUCTIOl^S PONTIFICALES
Le gouvernement, trompé par Vltalie, voudrait négocier avec Rom£, — M. Briand accepterait des modifications à sa loi. -^ Pie X ne se laisse pas duper, — Le troisième anniversaire du couronnement du Pape. — ^ Le Vatican est en fête. — Pie X prie pour
. la France. — Les instructions pontificales. — Lettres des évéques de France à leur clergé pour corroborer les instructions, -r- Unanimité absolue dans Vépiscopat.
L'heure est grave et sans doute, si les deux pouvoirs persistent dans leur attitude intransigeante, nous voici à la veille de la guerre religieuse tant attendue et préparée depuis si longt,emps. Mais le gouvernement, qui est préoccupé de notre influence en Orient et en Extrême- Orient et qui a rencontré bien des déboires du côté de ritalie, tout en faisant de la politique anticléricale devant le pays pris de court maintenant, paraît désirer une entente avec le SaintrSiège. Alors qu'il menace à Paris et fait entendre sa grosse voix, il négocie avec Rome et U serait disposé à accepter les associaliovis
canoniques et toutes les modifications possibles à apporter à la loi, quitte à recommencer la lutte en temps plus opportun.
Cependant le Pape, ayant perdu confiance, ne se laisse pas séduire, et il se montre mal disposé à accepter cette paix qu'il ne croit pas définitive :
« La paix ne durera pas longtemps, a-t-il dit par la bouche du cardinal Lecot, parce que le parti antireligieux se sent trop fort pour hésiter à combattre l'Eglise par tous les moyens en son pouvoir : le premier ministre qui ne sera pas un homme d'Etat obéira aux passions maçonniques et forcera à la rupture. Il faut donc, en toute hypothèse, se préparer à la lutte, ou plutôt à la persécution. »
Le Pape ne se fait plus du reste aucune illusion et, pour lui, les réserves diplomatiques sont absolument vaines et il ne s'en embarrasse plus.
lia canonisation des carmélites de Compîègne, guillotinées pendant la Terreur, et la béatification des prêtres massacrés pour avoir refusé de prêter le serment civique sont dieux attaques directes contre le Bloc révolutionnaire, elles attestent mieux que tout le reste l'état d'esprit dans lequel se trouve le Souverain Pontife vis-à-vis de notre gouvernement. Je le répète donc : l'heure est très grave I
Au moment où le Souverain Pontife va prendre une décision suprême, le Vatican, malgré les orages politiques, est en fête ;
Lre drapeau pontifical est arboré à l'intérieur de la porte de bronze ;
Les suisses ont revêtu la cuirasse damasquinée et ils sont coiffés du casque à panache blanc. Les voitures roulent avec bruit sur la place SainirPierre, dépo-
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sant à chaque instant, sous la voûte, dtes personnages aux uniformes dorés, des prélats en costume violet, des cardinaux en robe que les gendarmes saluent du sabre.
Tout ce monde gravit les étages de la Scala regia qui mène à la chapelle Sixtine^ où Ton va célébrer une messe solennelle à Toccasion du troisième anniversaire de Pie X.
Lorsqu'il est parvenu à la salle ducale qui précède la chapelle Sixtine, le public est contenu par les camériers de service en costume noir Henri III et chacun est conduit à la place qui lui est assignée par le protocole.
C'est d'abord l'ambassadeur d'Allemagne baron de Rothenam, puis le prince Nariskine, ambassadeur die Russie ; le comte Szeesen de Temerin, représentant l'Autriche-Hongrie, et le docteur Chaves le Brésil ; tous les pays catholiques ou non sont ici représentés, seule la France est absente de cette solennité.
Tous les membres ôlu corps diplomatique ont revêtu leur uniforme de grand gala et portent leurs ordres.
Les diplomates ont amené leurs femmes et des invitées, toutes les princesses de la noblesse noire sont présentes, elles portent la mantille de dentelle noire si seyante, surtout aux blondes.
Trente cardinaux en robe rouge et en rochet sont au premier rang dans la chapelle, merveilleusement ornée pour la circonstance. Non loin de l'autel dlisposé au-dessous même de la célèbre fresque Le Jugement dernier, de Michel-Ange, se trouve vers la gauche un dais d'or réservé au Souverain Pontife.
Mais voici que s'entr'ouvre la porte qui est au fond
de- la chapelle à droite de Tautel et le Pape apparaît, escorté des gatd'es nobles et suivi du cardinal Merry dél Val et du cardinal doyen Oreglia.
Alors toute la foule élégante se prosterne jusqu'à terre, tandis que Pie X va prendre place sur le trône qui lui est réservé.'
Le chœur de la Siktine, sous là direction de l'abbé Perosi, salue la venue du Pontife par des chants admirables que le Pape écoute, avec un ravissement évident.
Cependant le cardinal Merry del Val a" revêtu les vêtements sacerdotaux et, s'ètant tourné vers le Pontife devant lequel il s'incline, il s'apprête à célébrer le service divin à rihtëntion de son maître, dé sOn souverain bien aimé qu'il sert avec autant d'intelligence 'que de courage. :
Catis cet office, le cardinal Rampolla assiste le cardinal Mèrry del Vaî. Pendant que la messe de Palestrina admirablement chantée par la Sixtine "5uit son cours, je ne! puis fh'empêcher de regarder Pie X qui semble éteint, découragé, infiniment las.
Le teint s'est plombé, les yeux sont fiévreux .et brillants et l'on évoque malgré soi les fêtes inoubliables du couronnement.
Cela 'semble d'hier pourtant, et que de choses se sont passées pendant les trois années de douleur, pour le Souverain Pontife, et comme elles doivent revivre en ce moment dans la pensée de celui qui avait tant demandé à Dieii d'éloigner de lui le calice du Pontificat.
• Pie'X ne salua-t-il pas ceux qui raoclamaient par cette parole douloureuse :
i -(( ^Quelle croix vous ave« voulu m'imposer T )x
IM^ DESSOirs DE LA SÉPAEATI(MSr 267
Et tandis. que le ohant liturgique montait vôrs là voûte si magiquement historiée par Michel- Ange, tandis que fumait l'encens au pied <Je Tautel, le doux et bon Sàrto jugeait" sans doute que la croix avait été. infiniment plus lourde qu'il rie se Pétait imaginé et, dans les . splendeurs fastueuses de cette solennité, il regrettait bien certainement le temps où nous l'avons vu porter- ses aumônes dans les ruelles de la cit^, des eaux,; ou voguant dans sa gondole vers le Lido avec Mfi^ Bressant.'
Elles avaient été si cruelles, ces trois longues année^s de souvierain pouvoir ! ! I
Dans ses peines évoquées ainsi pendant, le service divin, c'étaient surtout les blessures provenant de: la France qui faisaient saigner son cœur de père,* le fardeau des affaires du monde eût encore été supportable sans les agissements abominables de là fille aînée qui l'avait martyrisé péndiânt ces: trois années d'indicîftle souffrance. • : -.
Aussi demandaitril sûrement à Dieu la force de supporter tous ces chagrins dont le plus pénible avait été la lâcheté des souraissionnistes.
' Et quand les chants sacrés se furent tus, lorsque le cardinal Rampolla eut trois fois balancé l'encensoir d'or devant le Pontife souverain^ lorsque le cardinal Merry del "Val ayant achevé l'office divin, le Papesp (Jressa pour bénir les fronts inclinés, j'ai pu voir son visage baigné d'une mélancolie indicible,
Et, après avoir reçu les hommages des représentants de tous les pays, il se retira au milieu du scintillement 'des croix et du rayonnement des ors, son âme simple emportait en cet anniversaire la nostalgie. de :1a lagune vénitienne et le souvenir ému de ces hum-
bles amis, les pêcheurs du quai des Esclavons, qu'il ne devait pas revoir.
Le lendemain même de cette cérémonie si touchante, te Pape adressait aux évoques de France les instructions suivantes dont Ténergie et la fermeté ne démentaient rien de l'encyclique Vehementer Nos :
Nous venons Nous acquitter aujourd'hui d'une très grave obligation de Notre charge, obligation assumée à votre égard lorsque Nous annonçâmes, après la promulgation de la loi de rupture entre la République française et TEglise, que Nous indiquerions en temps opportun ce qui Nous paraîtrait devoir être fait pour défendre et conserver la religion dans votre patrie.
Nous avons laissé se prolonger jusqu'à ce jour l'attente de vos désirs, en raison non seulement de l'importance de cette grave question, mais encore et surtout de la charité toute particulière qui Nous lie à vous et à tous vos intérêts à cause des inoubliables services rendus à l'Eglise par votre nation.
Le Pape repousse les associations cultuettes.
Après avoir donc condamné, comme c'était Notre devoir, cette loi inique, Nous avons examiné, avec le plus grand soin, si les articles de ladite loi Nous laisseraient au moins quelque moyen d'organiser la vie religieuse en France de façon à mettre hors d'atteinte les principes sacrés sur lesquels repose la sainte Eglise. A cette fin, il Nous parut bon dje prendre également l'avis de l'Episcopat réuni et de fixer, pour votre assemblée générale, les points qui devraient être le principal objet de vos délibérations. Et maintenant-, connaissant votre manière de voir ainsi que celle de plusieurs cardinaux, après avoir mûrement réfléchi et
imploré, par les plus ferventes prières, le Père des lumières, Nous voyons que Nous devons pleinement confirmer, de Notre autorité apostolique, la délibération presque unanime die votre assemblée.
C'est pourquoi, relativement aux associations cultuelles^ telles que la loi les impose, Nous décrétons qu'elles ne peuvent absolument pas être formées, sans violer les droits sacrés qui tiennent à la vie elle-même de VEglise.
Il repousse tout autre genre d'association.
Mettant donc de côté ces associations^ que la conscience de Notre devoir nous défend d'approuver, il pourrait paraître opportun d'examiner s'il est licite d'essayer, à leur place, quelque autre genre d'association à la fois légal et économiquCj et préserver ainsi les catholiques de France des graves complications qui les menacent. A coup sûr, rien ne Nous préoccupe, rien ne Nous tient dans l'angoisse autant que ces éventualités ; et plût au Ciel que Nous eussions quelque faible espérance de pouvoir, sans heurter les droits de Dieu, faire cet essai et délivrer ainsi nos fils bien aimés de la crainte de tant et si grandes épreuves. Mais, comme cet espoir Nous fait défaut, la loi restant telle quelle, Nous déclarons qu'il n'est point permis d'essayer cet autre genre d'association, tant qu'il ne constatera pas, d'une façon certaine et légale, que la divine constitution de l'Eglise, les droits immuables du Pontife Romain et des évêques comme leur autorité sur les biens nécessaires à l'Eglise, particulièrement sur les édifices sacrés, seront irrévocablement, dans lesdites associations, en pleine sécurité ; vouloir le contraire, Nous ne le pouvons pas sans trahir la
saiuteté;de Notre ,char|^e> sans .am;enei! la .pefte de: rfiglise de France.. . ... : ,
Uorganisation du cuite.
Il vous reste donc à vous, Vénérables Frères, -de vous mettre à VœxivrQ. et de prendre to.usv les moyens' que le droit reconnaît à tous les- citoyens, pour disposer et organiser le culte -religieux. Nous ne vous ferons jamais, en chose si importante et si ardue, attendre Notre concours. Absents de corps, Nous serons avec vous par la pensée, par le cœur, et Nous vous, aiderons, .en toute occasion, de Nos conseils et de Notre autorité. Ce fardeau , que Nous vous imposons-, sous l'inspiration de Notre amour pour TEglise et pour votre patrie, prenez-le courageusement et ccnfiez tout le reste à la bonté prévoyante die Dieu dont le secours, au moment voulu, Nous en avons la ferme confiance, ne manquera pas à Ja France,
Uaftitude du Saint-Siège.
Ge que vont être, contre Notre présent décret et Nos ordres^ les récriminations des ennemis de l'Eglise, il n'est point difficile de le prévoir. Ils s'efforceront de persuade'r aU peuple 'que Nous; n'avons pas .en vue uniquement le salut de» l'Eglise de Franjce ; que nous arvouis eu un autre dessein; étranger à la religion ; que la forme dé République en France nous est odieuse, et que Nous secondons, potif let renversjer, les efforts des partis adverses ; que Noua refusons aux .Français ce que lé Saint-Siège a, sans difficulté, accordé à tj'âûtres.' Gê^ récrtminjations et* autres ^semblables:' qui seront, comïne' lé font préyoii: certains indicés, tépandiies" dans ' le public pour irriter tes esptitS) iNdus les-
LES DESSOUS DE JjA. S£?ABATI0N , 271
défiônçans, .d'ores et déjà, et avec toute Notre indignation, comme des faussetés*; et il vous incombe à vous, Vénérables Frères^ ainsi qu'à tous les hommes de bien,, de les réfuter pour qu'elles ne trompent point les gens simples et ignorants.
En ce qui regarde Taccusation spéciale contre TEglise d'avoir été, ailleurs qu'en France, plus accommodante dans un cas semblable, vous devez bien expliquer que l'Eglise en a agi de la sorte parce que toutes différences étaient, dans une certaine mesure, sauvegardées. Si un État quelconque s^ôst séparé de TEglise en laissant à celle-ci la ressource de la liberté commune à tous et la libre disposition de ses biens, il a, sans doute et à plus d'un titre, agi. injustement ; mais on ne saurait pourtant dire qu'il ait fait à l'Eglise une situation entièrement intolérable
Vnè loi d'oppression. '
Oi*, il en est tout autrement aujourd'hui en France ; là, les fabricateurs -de cette loi injuste:. ont voulu en faire Une loi non de séparation mais d'oppression. Ainsi ils affirmaient leur désir de paix^ .ils promettaient ^Tentente et ils font à la religion du pays une guerre atroce, ils jettent le brandon des discordes les plus violentes et poussent ainsi les citoyens les uns contre les autres, au grand détriment, conime chacun ïe ?voit, <dè la chose publiqiie elle-même. :' - ' Sûrement, ils s'ingénieront à rejeter sur Nous la. faute de ce conflit et d^smaux qui en seront la conséquence. Mais quiconque examinera loyalement les faits dont Nbus^ aVons parlé dans l'encyclique- Vehemèniet'Nos saura recoilriaîli'e si nous 'méritons le moindre rei5rôche, Nous 'qui, après avoir supporté patiem-
ment, par amqur pour la chère nation française, injustices sur injustices, sommes finalement mis en demeure de franchir les saintes et dernières limites de Notre devoir apostolique, et déclarons ne pouvoir les franchir : ou si plutôt .la faute appartient tout entière à ceux qui, en haine dix nom catholique, sont allés jusqu'à de telles extrémités.
La résistance légale.
Ainsi donc que les hommes cathoUques de France, s'ils veulent vraiment Nous témoigner leur soumission et leur dévouement, luttent pour l'Eglise, selon les avertissements que Nous leur avons déjà donnés, c'estàdire avec persévér^ince et énergie, sans agir toutefois d'une façon séditieuse et violente. Ce n'est point par la violence, mais par la fermeté qu'ils arriveront, en s'enfermant dans leur bon droit comme dans une citadelle, à briser l'obstination de leurs ennemis ; qu'ils comprennent bien, comme Nous l'avons dit et le répétons encore, que leurs efforts seront inutiles s'ils ne s'unissent pas dans une parfaite entente pour la défense de la religion.
Ils ont mainteaant Notre verdict au sujet de cette loi néfaste ; ils doivent s'y conformer de plein cœur ; et quels qu'aient été jusqu'à présent, durant la discussion, les avis des uns ou des autres, que nul ne se permette, Nous les en conjurons tous, de blesser qui que ce soit sous prétexte que sa manière de voir était la meilleure. Ce que peuvent l'entente des volontés et l'union des forces, qu'ils l'apprennent de leurs adversaires ; et de même que ceux-ci ont pu imposer à la nation le stigmate de cette loi criminelle^ ainsi les nôtres, par leur entente, pourront l'effacer et le faire
disparaître. Dans la dure épreuve de la France, si tous ceux qui veulent défendre, de toutes leurs forces, les intérêts suprêmes de la patrie travaillent, comme ils le doivent, unis entre eux, avec leurs évêques et Nousmêmes, pour la cause é& la religion, loin de désespérer du salut de l'Eglise de France, il est à espérer, au contraire, que bientôt elle sera rehaussée à sa dignité et à sa prospérité première. Nous ne doutons aucunement que les catholiques ne donnent entière satisfaction à Nos prescriptions et à Nos désirs ; aussi cherchons-Nous ardemment à leur obtenir, par Tintercession 4e Marie, la Vierge Immaculée, le secours de la divine Bonté.
Comme gage des dons célestes et en témoignage de Notre paternelle bienveillance. Nous accordons, de grand cœur, à Vous, Vénérables Frères, et à toute la Nation française, la Bénédiction apostolique.
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 10 août, fête de saint Laurent martyr, de Tan MCMVI, quatrième de Notre Pontificat.
Plus. P. P. X.
Le Pape . s'était prononcé, après s'être entouré des lumières de Tépiscopat, et après avoir entendu les conseils de son Sacré Collège. Dépositaire des vérités éternelles, il avait affirmé souverainement que cette loi, que ces associations cultuelles ne pouvaient être acceptées par les catholiques de France, il n'y avait plus qu'à s'incliner et à obéir.
Alors tous les évêques de France unis sans exception aucune avec le Pontife Romain adressèrent la superbe lettre suivante à leur clergé et à leurs fi!dèles :
« Nous avons tous reçu, avec une profonde recon-
naissance, la Lettre Encyclique que Notre Très Saint- Père le Pape Pie X nous a adressée pour nous diriger dans la situation si grave où se trouve l'Eglise de France.
« Nous attendions avec confiance cette parole du successeur de Pierre, à qui Notre-Seigneur a confié le soin de paître les agneaux et les brebis, c'est-à-dire conduire les pasteurs et les fidèles dans les voies de la vérité et du salut.
« Nous nous sommes ejnpressés de vous communiquer la parole du Vicaire de Jésus-Christ. Elle cause, dans le monde entier, une impression profonde. Nous Tavons acceptée avec une filiale obéissance.
« Tous vos évêques sont étroitement unis autour du Souverain Pontife, au milieu des douloureuses épreuves du temps présent, n'ayant, avec lui, qu^un cœur ol qu'une âme pour aimer l'Eglise et la France.
« Vos prêtres ne font qu'un avec leurs Evêques, dans la soumission absolue eit généreuse au Pontife suprême, et se déclarent hautement prêts à tous les sacrifices pour continuer de se dévouer à vos âmes.
« Notre Très Saint-Père Pie X, en nous adressant sa ■Lettre Encyclique, a rempli la mission qu'il a reçue de Dieu, de conserver intact le dépôt de la vérité et de la constitution de la sainte Eglise catholique.
« Cette constitution a pour base essentielle l'autorité de la hiérarchie, divinement instituée par Jésus-Christ. L'Eghse est une société gouvernée par des pasfeurs dont le Pape est le chef, et à qui seuls ap-partient le droit de régler tout ce qui touche à l'exercice de la religion. Or, la loi de Séparation, par la seule autorité du pouvoir civil, présente une organisation nouvelle. Elle déclare ne plus connaître, pour Texercice du culte divin, que
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des associations de citoyens, se formant et se gouvernant à leur gré, selon des statuts de leur choix, que leur volonté resterait toujours maîtresse de' modifier. Si dans Tun des articles de cette loi, le principe nécessaire de la hiérarchie catholique semble implicitement contenu, il n'est indiqué qu'en termes vagues et obscurs, tandis qu'il est trop clairement méconnu dans un autre article, qui attribue, en cas de conflit, la décision souveraine au Conseil d'Etat, c'est-à-dire à la puissance civile. Ce serait donc une constitution laïque donnée à l'Eglise. Pie X l'a condamnée et devait nécessairement la condamner : « Il a décrété que les Associations cul- « tu&lles, telles que la loi les impose, ne peuvent abso- « lument pas être formées sans violer les droits sacrés « qui tiennent k la vie même de l'Eglise. »
« Dans son désir de préserver les catholiques de France des graves difficultés qui les menacent, le Saint- Père a examiné s'il y aurait moyen de concilier les Associations cultuelles avec les règles canoniques : « Plût au Ciel, nous dit-il, que nous eussions quelque « faible espérance de pouvoir^ sans heurter les droits « de Dieu, faire cet essai et délivrer ainsi nos fils bien- « aimés de la crainte de tant et si grandes épreuves. « Mais comme cet espoir Nous fait défaut, la loi res- « tant telle quelle, Nous déclarons qu'il n'est point (( permis d'essayer cet autre genre d'associations, tant « qu'il ne constera pas d'une façon certaine et légale, (( que la divine constitution de l'Eglise, les droits im- (( muables du Pontife Romain et des Evoques comme « leur autorité sur les biens nécessaires à l'Eglise, par: « ticulièrement sur les édifices sacrés, seront îrrévp; « cablement, dans lesdites Associations, en pleine sécu- « rite. »
« En effet, N. T. C. P., tant que la loi demeure ce
qu'elle est, quelque effort que Ton pût faire pour établir des associations légales placées sous l'autorité du Pape et les évoques, il resterait toujours que cette autorité n'y serait souveraine qu'autant qu'il plairait aux associés de la reconnaître, et que, s'ils voulaient s'y soustraire, il appartiendrait à un tribunal laïque de juger, en dernier ressort, de la légitimité de leurs prétentions. Il lui serait loisible d'attribuer à des fauteurs de rébellion contre l'Eglise la propriété de ses biens et l'usage de ses temples.
Ce serait donc étrangement se tromper, de croire et de dire qu'en rejetant lesdites Associations, le Pape « n'a pas eu uniquement en vue le salut de l'Eglise de « France, qu'il a eu autre dessein, étranger à la Reli- « gion, que la forme de République en France lui est « odieuse ». Pie X dénonce « avec indignation, comme « des faussetés.,, ces récriminations et autres sem- « blables qui seront répandues dans le public pour irrita ter les esprits ».
« Nous joignons, N. T. C. F., nos protestations à celles du Vicaire de Jésus-Christ. Non, ce ne sont pas des intérêts politiques qui nous préoccupent. Depuis bien des années, nous nous sommes conformés aux directions du Saint-Siège qui nous a demandé de nous réunir dans la seule pensée de défendre la religion catholique, en acceptant la Constitution que la France s'est donnée. Il y a longtemps déjà, l'un de nous n'hésitait pas à dire : « Si l'on veut envisager avec impartialité « et bonne foi la situation des esprits dans notre pays, « on peut constater deux choses : la France ne veut a pas changer la forme de son gouvernement, mais « elle ne veut pas la persécution religieuse. » Nous le répétons tous aujourd'hui, et nous le redisons d'une
voix unanime : ce que nous demandons, c'est que l'on ne veuille pas, contrairement à la volonté de la France, faire des lois antichrétiennes la constitution même de la République.
(( Le vénérable cardinal Guibert, au moment où il achevait sa longue et sainte carrière, en 1886, alors que les premiers coups étaient portés aux écoles chrétiennes, aux congrégations religieuses, adressait au chef de l'Etat ces graves et patriotiques paroles, qu'il est utile de rappeler : a En continuant dans la voie où « elle s'est engagée, la République peut feire beaucoup « de mal à la religion... elle ne parviendra pas à la (( tuer. L'Eglise a connu d'autres périls, elle a traversé (( d'autres orages, et elle vit encore dans le cœur de (( la France... Ce n'est pas le clergé, ce n*est pas l'Eglise « qu'on pourra accuser de travailler à la ruine de l'éta- « blissement politique dont vous avez la garde ; vous « savez que la révolte n'est pas une arme à notre usage. (( Le clergé continuera de souffrir patiemment ; il « priera pour ses ennemis, il demandera à Dieu de les (( éclairer et de leur inspirer de plus justes sentiments; (( mais ceux qui auront voulu cette guerre impie s'y (( détruiront eux-mêmes, et de grandes ruines auront (( été faites avant que notre bien-aimé pays revoie des (( jours prospères. Les passions subversives, dont plus (( d'un indice fait redouter le prochain réveil, créeront « des périls autrement graves que les prétendus abus (( que l'on reproche au clergé. Et Dieu veuille que, dans (( cette affreuse tempête, où les appétits déchaînés ne a trouveront plus, devant eux, aucune barrière morale, « on ne voie pas sombrer la fortune et jusqu'à Tindé- « pendance de notre patrie.
« Parvenu à Textrémité d'une longue carrière, ajou-
« tait l'auguste vieillard, j'ai voulu, avant d'aller rendre « compte à Dieu de mon administration, dégager ma « responsabilité à l'égard de pareils malheurs. Mais je « ne me résous pas à clore cette lettre sans exprimer « l'espoir que la France ne se laissera jamais dépouil- (( 1er des saintes croyances qui ont Xait sa force et sa « gloire dans le passé et lui ont assuré le premier rang « parmi les nations.*.»
« Nous aus5i, N. T. G. F., nous voulons dégager notre responsabilité en face des calamités qui menacent notre pays. La loi de Séparation, telle qu'elle est, enlèverait à la France, non seulement son titre de nation catholique, mais la liberté vraie de professer la religion qui a fait sa vie de sa grandeur durant tant de siècles, et peut seule encore lui assurer dans l'avenir l'ordre et la paix. Evoques catholiques et français, pourrions-nous donner notre concours à l'exécution d'une telle loi ?
« Pie X nous invite, N. T. G. F., à prendre tous les moyens que le « droit reconnaît à tous les citoyens, « pour disposer et organiser le culte religieux ». Nous vous ferons parvenir, en temps utile, les instructions nécessaires à cette fin, selon les éventualités qui pourront se produire.
« Nous voulons espérer encore que la guerre religieuse sera épargnée à notre pays. Les catholiques français demandent qu'au nom d'une loi qui prétend assurer la liberté de conscience et garantir le libre exercice dés cultes, on ne leur impose pas, pour la pratique de leur religion, une constitution que leur conscience leur défend d'accepter; que Ton se souvienne qu'en aucun cas et dans aucun pays l'organisation légale du culte catholique ne saurait être réglée
que d'accord avec le Chef suprême de TEglise ; que si Ton veut à tout prix séparer TEglise de l'Etat, on nous laisse du moins jouir des biens qui nous appartiennent et des libertés de droit commun, comme en d'autres pays vraiment libres. Nous ne pouvons croire que de telles i*éclamations ne soient pas entendues.
(( Dans la dure épreuve de la France, conclue Pie X, « si tous ceux qui veulent défendre de toutes leurs « forces les intérêts suprêmes de la patrie travaillent, « comme ils le doivent, unis entre eux, avec leurs « évêques et Nous-même, pour la cause de la religion, « loin de désespérer du salut de l'Eglise de France, il (( est à espérer, au contraire, que bientôt elle sera u rehaussée à sa dignité et à sa prospérité premières. « Nous ne doutons aucunement que les catholiques ne « donnent entière satisfaction à nos prescriptions et à (( nos désirs : aussi chercherons-nous ardemment à « leur obtenir, par l'intercession de Marie, la Vierge « Immaculée, le secours de la divine bonté. »
(( Union des cœurs, obéissance filiale, générosité et esprit de sacrifice, recours fervent à la prière : tel est donc le programme que nous trace le Souverain Pontife et que nous voudrons réaliser.
« Oubliant toutes les divergences passées, vous n'aurez tous, N. T. C. F., avec vos évêques et avec vos prêtres, qu'un cœur et qu'une âme, pour conserver ei défendre notre sainte religion, suivant les règles édictées par l'autorité suprême, sans sédition ni violence, mais avec persévérance et énergie.
« Si l'on tentait d'établir, contrairement à la volonté du chef de l'Eglise, des associations qui ne pourraient avoir de catholique que le nom, nul de vous, sous
quelque prétexte que ce fût, ne consentirait à s'y enrôler.
<( Vos pasteurs sont résolus à subir les spoliations et la pauvreté plutôt que de trahir leur devoir : vous comprendrez que tous les fidèles ont l'obligation de conscience de leur venir en aide et de contribuer, chacun selon ses ressources, à l'entretien du culte diyin et de ses ministres.
« Enfin, parce qu^ notre cause est la cause de Dieu et que, sans son secours, tous nos efforts seraient impuissants à la faire triompher, nous redoublerons d'assiduité et de ferveur dans la prière. Nous supplierons le Cœur de Jésus « qui aime les Francs », par l'intercession de la Très Sainte Vierge Marie qui a prodigué à notre patrie les marques de sa prédilection, aiin d'obtenir que cette patrie, qui nous est chère, reste fidèle à sa vocation chrétienne et poursuive, sous l'égide de son antique religion, le cours de ses glorieuses destinées.
« Notre présente lettre sera lue en chaire, dans toutes les églises de France, le dimanche 23 septembre prochain.
« Donné à Paris, en assemblée plénière, le 7 septembre 1906. »
Cette lettre superbe était signée par tous les évoques de France sans exception aucune, le gouvernement n'avait réussi qu'à faire la concentration et l'union de l'épiscopat avec Rome.