LE SCHISME
Les menées anglaises à Rome, — Les temples protestants et les salles de conférences ouvertes à grands frais dans toute titalie. — Les injures au Pape. — Le schisme préparé en France. — Le gouvernement abandonné par le clergé confie à M, des Houx le soin de cultiver le schisme, — M, des Houx et le Journal de Rome. — Union des catholiques, — Affaire manquée. — Parfie remise.
Sous la haute protection de Tambassadeur d'Angleterre dont le superbe palais de la Porta Pia est le Vatican du protestantisme, la Réforme a dressé ses temples à Rome et jusqu'aux portes de SaintrPierre les huguenots viennent menacer le Papisme. Rien que dans la via Vinli Settembre, il y a trois églises protestantes, Tune qualifiée d'Evangeliste atteste' par la maigreur de ses proportions architectoniques la pauvreté artistique de la secte ; une autre, d'un abord plus engageant, tient le milieu entre le beuglant et le mauvais lieu.
Seule dans la via Nazionale l'église anglaise affecte
282 i^s DEssotrs de la séparation
des prétentions gothiques, et les catholiques en quête d'une messe s'y fourvoient d'autant plus aisément que les cérémonies du culte sont imitées des nôtres.
Ces temples, qui sont largement pourvus de pasteurs, de vicaires et de sacristains, ne s'ouvrent que bien rarement devant un m.ince cortège d'étrangers, mais cela suffit pour faire illusioin aux voyageurs sur les progrès de la Réforme à Rome et c'est surtout un foyer de propagande et d'espionnage au profit du protestantisme, de l'Angleterre et de la maçonnerie.
Bien plus, dans toutes les rues populaires, dans tous les centres importants de la ville sont installés des magasins bibliques qui distribuent livres ou brochures à tout venant. A chaque boutique est adjointe une salle publique où tous les soirs, à huit heures, un pasteur à la mine glabre et lugubre fait entendre dans un italien cocasse un réquisitoire forcené contre les crimes des papes et dénonce à l'indignation générale la honteuse superstition romaine. Bien que ces vastes salles soient le plus souvent vides, il suffit d'une averse ou d'un froid inattendu pour les remplir; alors po-ur cet auditoire inespéré, la VOIX du clergyman devient. plus incisive et le Pontife Souverain est traité de belle manière dans cette Rome qui fut sienne et où la loi de garantie lui assure au moins le respect de tous.
Les fils de Wiclef entretiennent à grands frais un journal de la Rome capitale et chrétienne qui est rempli de basses flagorneries pour le pouvoir royal et d'immondes injures contre le clergé catholique.
Léon XIII se montrait très irrité des agissements de la secte ; à diverses reprises il protesta avec indignation contre cette souillure imposée à Rome, mais que faire contre la puissance anglaise ?
Pie X comprit l'inanité d'une pareille plainte, l'Angleterre, maîtresse de l'Italie comme elle l'est de la France et du Portugal, comme elle le sera bientôt de l'Espagne, était tout-puissante et rien ne pouvait l'arrêter dans son œuvre piétiste.
Edouard -VU, l'ancien grand-maître de la maçonnerie anglaise, le roi dont le couronnement a été l'occasion de tout un formulaire de haine anticatholique, était un adversaire implacable.
Les œuvres bibliques sont organisées de la sorte dans toutes les villes importantes d'Italie^ et dans celles même où il n'existe pas un seul protestant, des temples spacieux, de vastes salles de conférences, un personnel de missionnaires et de pasteurs sont entretenus à grands frais. En outre, tout un régiment de jeunes infirmières élégantes et blondes sont opposées à nos religieuses et si elles n'agréent pas aux malades elles plaisent infiniment k ceux qui sont valides.
Le Vatican, surtout depuis la nomination du cardinal Merry del Val au secrétariat d'Etat, est très au courant des intrigues protestantes, partout, et il les suit attentivement chez nous comme en Italie; il sait fort bien que les prédicants anglais se sont abattus comme une armée dans les Gharentes, le Périgord, le Limousin, l'Auvergne, le Lyonnais, la Bretagne et surtout dans nos ports. Aussi tout ce qui nous arrive en ce moment est-il attribué à l'or anglais.
Le schisme auquel travaillent depuis longtemps les Réveillaud, les Steeg, les Yves Guyot, les Pressensé, les d'Estournelles de Gonstant, les Monod, est une entreprise britannique dans laquelle les millions ne sont pas épargnés.
II n'est plus douteux pour personne que nous nous
284 LES DEssotrs de la sépabation
trouvons en France en face d'une nouvelle tentative protestante depuis longtemps préparée, et l'essai de schisme préconisé par le journal le Matin n'est point né de l'initiative de M. des Houx, c'est un projet préparé de longue main entre le gouvernement, la maçonnerie et le protestantisme, l'organisation ne date pas d'hier et elle a déjà demandé beaucoup d'activifé et beaucoup d'argent.
Sous ce titre plein d'ironie la France aux Français^ M. des Houx a créé une Ligue des catholiques de France pour constituer des associations cultuelles sans le Pape et avec l'aide des préfets et du gouvernement, il est arrivé à en former quelques-unes. Des catholiques sans le Pape, c'est le protestantisme, et la France ïie sera séparée de Rome que t)our être rattachée à Londres. La France aux Français, la formule est presque aussi joviale que celle de liberté, de fraternité et d'égalité qui s'étale sur nos murailles.
Du reste, M. des Houx est trop connu à Rome pour que l'on se fasse la moindre illusion sur son rôle.
Journaliste expérimenté, il plaide avec la môme habileté le pour et le contre comme le rhéteur antique.
Au Moniteur de Rome on l'a vu non seulement défendre le pouvoir temporel du Pape, mais se montrer d'une intransigeance rigoureuse sur tout ce qui touchait aux prérogatives du Saint-Siège.
Au temps même où le cardinal Lavigerie suggéra à Léon Xni l'idée d'un rapprochement avec la République, M. des Houx, prévoyant tous les mécomptes du ralliement, fut avec M^^ Freppel et le cardinal Pitra un des adversaires de l'archevêque d'Alger.
On soutient même que ce fut bien lui qui prépara la fameuse lettre du cardinal Pitra au journal Amstelbolde,
LES DESSOtrS DE LA SEPABATION 285
OÙ Ton représentait la majorité du Sacré Collège comme attachée à la politique de Pie IX, c'estrà-dire hostile à celle de Léon XIII.
Quoi qu'il en soit, à la suite de cet incident, le cardinal Pitra et son vicaire général M*^' Baltandier perdirent les bonnes grâces du Pape, et M. des Houx dut réintégrer Paris, où nous l'avons vu soutenir les thèses les plus opposées à celles soutenues à Rome. M. des Houx écrit dans un journal ministériel, le ministère cherche à créer un schisme, il fait une campagne très perfide et très habile contre la papauté avec l'aide des préfets, mais il échouera piteusement, non par sa faute, il a beaucoup de talent, mais parce que la tentative est trop tardive ou trop prématurée.
Jamais le moment n'a été moins favorable à une scission entre les catholiques de France, et cette campagne très maladroite n'aura servi qu'à unir d'une façon plus absolue Tépiscopat avec Rome.
La double chaîne gallicane et impériale, qui asservissait naguère encore la hiérarchie religieuse à l'Etat, a été bien involontairement brisée par notre stupide gouvernement. Voilà l'épiscopat plus romain que jamais et c'est là tout le résultat de la campagne anglaise et prolestante menée à si grands frais et par les moyens les plus odieux.
Malgré la perfidie de Paul Bert et les choix de Dumay, nous sommes arrivés en France à avoir l'épiscopat le plus ultramontain et le plus obéissant au Pontife Romain qui soit dans aucun pays catholique. Le clergé de France est uni à ses évoques qu'il a presque forcés à prendre cette attitude très nette et très orthodoxe, et cette unité, cette cohésion si complète, si absolue existe
au moment si difficile, si cruel où le clergé tout entier va manquer de pain.
Tout cela est très beau, très réconfortant et fait le plus bel éloge de nos prêtres, la basse presse aura beau mettre en évidence les défaillances de trois ou quatre brebis galeuses, le troupeau n'en est pas moins sain, et les pasteurs n'en méritent pas moins, malgré la présence des Fuzet, des Servonnet et des Ardin, le respect de tous les catholiques.
Mais de ce que la tentative schismatique ne soit pas suivie d'effet, ce n'est pas une raison pour ne pas étudier de très près le jeu de l'adversaire.
Le schisme était prévu et annoncé par Jules Ferry depuis vingt années. Cet homme d'Etat, voyant à Saint- Sulpice se dérouler sous ses yeux la pompe d'une cérémonie religieuse déclarait que, dans vingt années, ce serait un autre culte qui posséderait nos églises.
Moi-même, j'ai entendu Jules Favre afïirmer à Versailles, devant le temple de la rue Hoche, où à la fin de sa vie il allait faire ses dévotions, que dans quelques années la France serait protestante.
Ce premier essai de schisme ne saurait réussir ; c'est une simple indication ; mais la secte n'abandonnera pas pour cela la partie. Malgré cet insuccès, elle reviendra à la charge, elle persistera dans son œuvre diabolique jusqu'à ce qu'elle ait réussi à semer de sérieuses divisions, dans ce pays de France dont Yunité religieuse et politique seule peut faire la force.