La nouvelle était fort prématurée
2. Cf. D'Angeberg, 528-531. Septième protocole du Comité des affaires de Suisse. Séance du 15 décembre 1814. Note présentée par la légation suisse sur la réunion de la Valteline aux ligues grises, etc., etc.
l'ouverture du COiNGRÈS. — LA SAXE ET LA POLOGNE 741
de Prusse sur la Saxe : «Ma résolution est prise, je n'en démordrai pas (1). Il est de l'intéiêt et du devoir de la France rendue à ses Rois que la légitimité des trônes soit rétablie partout. La République a fait pendant vingt ans la guerre aux Monarchies. Celles-ci ont gagné leur procès. A présent, ce sont les nouveaux Souverains qui font la guerre aux anciens. Il faut que nous gagnions aussi ce dernier procès. La Saxe doit être rendue à son Roi et Murât doit descendre du trône de Naples. L'Europe pourra alors espérer une paix durable. »
Le duc m'a raconté TafTaire du général Exelmans (2), ancien adjudant de Murât. Il avait écrit à Murât une lettre qu'il avait confiée à lord Oxford. Il lui disait qu'il lui était toujours fidèle, qu'il avait k sa disposition 20.000 soldats prêts à marcher en sa faveur, qu'il en aurait davantage si le cas arrivait et qu'il attendait ses ordres.
Louis XVIII ordonna à Soult de le faire venir et de lui dire que le Roi, qui pouvait le faire fusiller, le renvoyait chez lui avec la moitié de sa solde. Exelmans osa dire que le Roi n'avait pas le droit de le faire sans jugement et Soult décida de le traduire devant une commission militaire.
Dalberg prétend qu'il y a une foule de gens compromis par cette correspondance et qu'entre autres il y a des lettres de la méchante M""' de Staël (3) qui rompt des lances en faveur de cet usurpateur et contre son Roi légitime.
1170. Vienne, 27 décembre (F. 6 ad 3565).
GÛEHAUSEN à HAGER
L'adresse de l'armée saxonne. Sa fidélité à son roi. Les émissaires prussiens en Saxe.
Toute l'armée saxonne, moins le Général Thielemann, a signé une adresse au Congrès pour déclarer qu'elle restera
1. Le Roi à Talleyrand, 27 décembre 1814. (Dépéchï n" 14) (Pallain, Correspondance inédiie, etc., etc., 196).
2. Cf. Jaucourt, Correspondance avec le prince de Talleyrand (Pages 122, 127, 1-32, 156).
3.Cf. Jaucourtà Talleyrand, 4 décembre 1814. (Correspondance, etc. Page 106; « M""» de Staël y figure, mais comme grande prêtresse du temple de la Paix et de la Liberté. Elle aime Joachim à cause de son amour pour ces deux bienfaitrices du monde... »)
ûàële à son Roi. Il rè^e une grande agitation en Saxe. Les dames, en signe de deuil, portent autour du cou le médaillon du Roi entouré d'un cadre d'ébène, les officiers, la dragonne saxonne fixée à leur épée par un anneau de fer pour bien marquer leur fidélité au drapeau.
Le baron Rosch (?) et le coloael von Miltitz sont l'objet de l'exécration générale. Les officiers saxons ont célébré le jour de naissance da Roi malgré tout ce que l'on a fait pour l'empêcher.
Les Prussiens inondent le pays d'émissaires chargés de travailler les populations. Jusqu'à ce jour ils n'y ont guère réussi.
L'air menaçant des Prussiens. Les motifs de leur entêtement à propos de la Saxe.
Les Prussiens reprennent l'air menaçant et disent hautement qu'ils feront plutôt la guerre que de renoncer à la Saxe ; qu'ils seront soutenus par la Russie (1); qu'actuellement ils ont les trois quarts de l'Allemagne contre eux ; mais que dès que l'Autriche aura fait son alliance, du reste indispensable, avec la France (2), toute l'Allemagne sera avec eux. Il ne leur sera pas difficile de détacher la France ou l'Angleterre de l'Autriche : car la France voudra avoir le Rhin que l'Angleterre et l'Autriche ne veulent et ne peuvent lui accorder. « Si la campagne va bien, disent-ils, nous aurons ce que nous voulons. Si elle va mal, nous accepterons ce que l'on nous offre à présent. C'est là ce qui peut nous arriver de pire. »
Tout le monde parle de la dernière note de la Prusse (3).
1. Talleyrand au roi, Vienne, 4 janvier 1915. Dépêche n» 10 {Pallaiî*, Correspondance inédite, etc. (Pages 210-211) et d'ANOBSERG. (Pages 1869-1874). Conférence du 30 décembre 1814. Projet de convention proposé par les plénipotentiaii es de Russie.
2. Cf. d'ANGBBBHG, (Pages 5 40-544;. Lettre de Talleyrand à Metternich, du 19 décembre 1814, et (pages 570-571). Note de Talleyrand à lord Gasthereagh du 26 décembre 1814.
3. Cf. d'AnGEBBRG, (531-535 et353-556). Note de Hardenberg à l'Empereur de Russie en date du 16 décembre et remise le 20 et Ibidem Hardenberg à Metternich, Vienne, 20décembre./iidem (1952-1960), de Hardenberg à Metternich, 16 décembre 1862 et (1863-1869) 29 décembre.
l'ouverture du congrès. — LA SAXE ET LA POLOGNE 743
On la dit roide et menaçante. Les Prussiens eux, prétendent qu'elle est fort modérée, mais très claire.
1172. Vienne, 27 décembre 181i (F. 6 ad 3565).
.... à IIAGER (en français).
Stein, Knesebeck, le roi de Wurtemberg. Le grand-duc de Bade. Pourquoi le Congrès doit échouer. Rozencranz et les reproches qu'il adresse à Alexandre. Les fêtes incessantes. La durée interminable du Congrès.
Stein, qui ne va presque jamais dans le monde, est maintenant presque tous les soirs chez la duchesse d'Oldenburg. Le Général Knesebeck est celui qui trayaille le plus le roi de Prusse au sujet de la Saxe...
Le roi de Wurtemberg est maintenant bien plus apprécié que lors de son arrivée. Sa générosité lors de son départ j est pour quelque chose (1).
Le grand-duc de Bade se plaint de ce que le prince de Metternich ne lui a jamais fait de visite.
Rechberg, Plessen, Linden,Tûrkheim se plaignent tout haut du cardinal Gonsalvi, de ses principes ultramontains, de ses finesses et ruses par trop italiennes.
J'entends dire de tous côtés que l'on ne devrait pas appeler Congrès, mais seulement rendez-vous, le rassemblement de toutes les puissances à Vienne. Comment un Congrès peut-il aboutir avec un Empereur qui n'a, ni la tête, ni le cœur à sa vraie place, qui a la prétention d'être en France et en Autriche le despote qu'il est à Saint-Pétersbourg, et avec un roi (de Prusse) tout prêt à vendre à la Russie la liberté de l'Allemagne et l'équilibre de l'Europe, avec un ministère à Vienne qui n'a ni principes, ni méthodes, qui reprend au mois de décembre ce qu'il a accordé le 22 octobre, qui ne jouit, ni delà confiance, ni même de la considération des représentants des autres puissances.
Puffendorf a dit hier : « J'ai rendu ce matin visite au ministre du Danemark, Rosencranz, qui a la jaunisse. Il débla-
1. Le roi de Wurtemberg partit de Vienne le 24 décembre à 11 heures du mntin. Cf. Oesierreichischer Beobaehter du 28 décembre 1814, pour le détail de ses largesses à Vienne.
744 AUTOUR DU CO^■GRÈS DE VlEJiNE
tère contre Alexandre à cause du retard qu'il met tant à évacuer le Holstein qu'à ratifier les traités. Rosencranz ne cesse de se plaindre de la méchante perfidie et de la mauvaise foi de l'Empereur de Russie. 11 ajoute : « Ce qui m'étonne le plus, c'est que tout le Congrès n'ait pas depuis longtemps, lui aussi, la jaunisse. »
Voici encore d'autres propos : Schwarzenberg donne deux fois par semaine un thé dansant. Il y en a aussi deux fois par semaine à la Cour et chez Stackelberg. Donc des fêtes toute la semaine.
Le séjour interminable des souverains à Vienne produit un déplorable effet à Vienne et en Allemagne. On dit qu'on a inauguré une nouvelle tactique qui consiste à dévorer l'ennemi.
Le prince royal de Bavière part aujourd'hui pour Munich.
Bernstorff et Rechberg offrent de parier que le Congrès durera encore à la fin de mars.
1173. Vienne, 26 décembre 1814 (F. 6 ad 3565).
FREDDI à HAGER (en français).
Rapport de chez le Nonce.
Ce qu'on a dit de l'Italie chez M"" de Bellegarde. Les arrestations et les fautes de l'Autriche en Italie.
Le duc de Serracapriola et les députés de Bologne et de Ferrare^ Fava et Squarzoni ont dîné hier chez les prélats romains. Je me suis rendu hier chez la comtesse de Bellegarde (1). Il y avait du monde chez elle. Elle me salua d'abord de la part du maréchal qui avait eu la bonté de m'indiquer dans une de ses lettres, celle du 5 courant.
La nouvelle des arrestations de Rasori (2), Théodore Lechi, de Gasparinetti (3), fournit une ample matière à la conversation.