‹ Les dessous du Congrés de Vienne (volume 2)Chapitre 4 sur 816 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

On connaît maintenant, au moins dans ses grandes lignes, les principales étapes de la carrière si bien remplie du baron Hager; on trouvera un peu plus loin dans V Avant-Propos un résumé des origines et du développement de la police secrète autrichienne, un aperi^u de l'organisation et du fonctionnement de ses principaux services au moment du Congrès, et mes lecteurs seront, il me semble, aussi bien renseignés que moi et suffisamment au courant du jeu des différents organes de cette vaste et curieuse machine lorsque j'aurai essayé d'esquisser ici en quelques lignes la façon dont étaient réglés les rapports du président de la Polizei-Hofsiel/e avec les autres Départements et surtout avec rEmpereur.

A rinstar de ce qui se passait à Paris pendant toute la durée <lu règne de Napoléon, le baron Hager correspondait directement et journellement avec son souverain. Il y avait cependant (je ne fais naturellement allusion ici qu'aux rapports fournis par la police secrète) d'assez sensibles différences entre la nature des questions traitées et des objets exposés dans le& bulletins quotidiens de Fouché ou de Savary et la contexture et le caractère des pièces et des sujets sur lesquels Hager appelait tous les jours dans son bordereau l'attention du père de Marie-Louise. Je m'empresse d'ajouter que, si les deux empereurs s'intéressaient tous deux au plus haut degré aux documents que leurs ministres de la police leur présentaient^ ou leur faisaient parvenir lorsqu'ils étaient absents, la curiosité de François !•', pour être d'une tout autre nature que celle de sou gendre, n'était pas pour cela, tant s'en faut, plus facile à contenter. Gela posé en passant, et laissant d'ailleurs de côté ici tout ce qui a trait à une autre branche des services dirigés par le baron Hager, aux rapports de la Police générale j je me bornerai àfaire remarquer qu'au bordereau, qui accompagnait tous les jours l'envoi des papiers, dont l'ensemble forme aujourd'hui l'énorme dossier des Akien des Wiener Congresses, était jointe une sorte de table des matières, d'index de ces pièces de provenances fort différentes, qu'on avait bien soin» de classer séparément et de repartir en trois catégories et de placer sous trois rubriques absolument distinctesles unes des autres.

L'une de ces catégories, celle que daus l'éDoncé de ses envois quotidiens Ha^er désigne bous le nom de Die materiellen Rapporte, ne contient en effet que les rapports, d'ailleurs sou* vent assez intéressants à cette époque, des agents ordinaires chargés de la surveillance directe, occulte, mais incessante, des principaux personnages venus à Vienne pour le Congrès.

La seconde a déjà une valeur plus considérable, une portée un peu plus élevée. Elle renferme toute la série des rapports émanant, non plus de subalternes, de mercenaires, de simples policiers, mais de confidents recrutés avec un soin toQt particulier, d'un rang et d'un niveau sensiblement supérieurs, plus ou moins largement rétribués sur le budget spécial de la Polizei HofsfeUe,et même de collaborateurs encore plus haut placés, de personnages offrant leurs services par patriotisme, et naturellement à titre purement gracieux.

Enfin, la dernière catégorie, de beaucoup la plus curieuse, la plus intéressante et la plus précieuse, se compose parfois de chiffons — quand on a pu s'en procurer, quand on a réussi à ramasser d'abord,puis à reconstituer les lettres ou les minutes des dépêches déchirées, incomplètement détruites, ou insufîîsamment brûlées par leurs auteurs ou leurs destinataires,— mais en revanche presquejourncllement d'un nombre variable, le plas souvent assez considérable, de dépêches on de lettres interceptées, déchiffrées, analysées ou même copiées in extenso (toutes les fois que le temps et les circonstances le permettaient] par la Manipulation, appellation plus euphémique dont on se servait pour désigner le Cabinet Noir.

Tous les jours, aussitôt après avoir pris connaissance de ces différentes espèces de documents et de pièces, le baron Hager rédigeait lui-même la minute du rapport, du bordereau quotidien destiné à l'Empereur François. Le grand chef de la Police autrichienne ne se contentait d'ailleurs pas de signaler à son souverain les nouvelles les plus intéressantes, les faits les plus saillants des dernières vingt-quatre heures. Presque tous les jours il lui présentait ses observations, lui soumettait ses critiques et lui posait même assez souvent des questions précises et formelles sur certains points qui lui paraissaient particulièrement délicats, importants ou graves.

nu PRÉFACE

Chose assez rare chez un fonctionnaire arrivé à une aussi haute situation, et qui marque bien sa parfaite et complète indépendance, Hager ne craignait pas dans la plupart des cas de proposer, de recommander presque, à l'Empereur les solutions qui lui paraissaient les plus rationnelles et les plus conformes aux besoins du service et aux intérêts de TEtat.

Comme cela se passait à Paris du temps de Fouché et de Savary, ces minutes ne sortaient pas de la Polizei llofslelle^ et ce sont ces pièces qu'on retrouve encore aujourd'hui jointes aux copies qui, revues et signées par Hasfcr, expédiées ou remises par lui-même à François I", figurent encore actuellement dans les cartons des Akten des Wicfier Conz/resses. Ces bulletins, ces bordereaux, qui en général ont mis assez longtemps (de 10 à 15 jours, quelquefois même davantage) à revenir du cabinet particulier de l'Empereur, sont d'autant plus intéressants à consulter que tous portent le visa du souverain et que sur un assez grand nombre d'entre eux, François I" a ajouté ses décisions, parfois ses critiques, mais le plus souvent son approbation motivée et le témoignage autographe de sa satisfaction.

Ne pouvant songer à copier purement et simplement les innombrables pièces contenues dans les dossiers (1), j'ai dû, après avoir éliminé quantité de bulletins de police et de documents qui me semblaient dénués de valeur au point de vue historique, me contenter de donner l'analyse, le résumé des rapports qui ne présentaient qu'un intérêt relatif, afin de pouvoir reproduire in extenso les papiers les plus importants et surtout les lettres et les dépêches qui, interceptées, déchiffrées et copiées, permettaient à l'Empereur d'Autriche et à Metternich de savoir exactement, et presque à tout instant ce que pensaient, ce qu'écrivaient, ce que disaient, ce que projetaient les souverains et diplomates présents à Vienne,

1. Comme je l'ai déjà fait, lorsque mes articles sur la Princesse Bagration et la, duchesse de Sagan parurent le 1*' et le 15 juin 1913 dans la lierue de PanSf je tiens à répéter ici qu'on trouvera un certain nombre de ces pièces dans le livre Die Geheimpolizei auf dem Wiener Kongress que venait de publier le Hofrat D' Auguste Fournier^ ancien directeur des Archives du ministère 1. et R. de l'Intérieur.

de connattre les vues, les préférences et les intcntioas des chefs d'Etat, restés dans leurs capitales, et parfois même jusqu'aux instructions qu'ils donnaient i leurs représentants.

11 m'a semblé d'autre part qu'en raison mémedu caractère de cette publication, afin qu'on ne pût pas douter de l'authenticité des documents, de l'exactitude et de l'impartialité que j'ai apportées à l'exécution du travail, il me fallait m'en tenir strictement et fidèlement & la mélbode suivie, il y a tout près d'un siècle, par le baron Hager lui-même. Comme je viens de le dire un peu plus haut, en 1814 et en 18151e ministre de la Police faisait tous les jours son rapport à son souverain et lui communiquait ainsi les renseignements qui lui étaient parvenus pendant les dernières vingt-quatre heures. A mon tour, je prie mes lecteurs de bien vouloir se mettre par la pensée à la place du père de Marie-Louise et de me permettre de faire passer sous leurs yeux les principales pièces que j'ai extraites de ce volumineux dossier en respectant le plus possible l'ordre chronologique et en les laissant dans les botdereaux dans lesquels Hager lui-même les avait placées.

J'espère que la publication de ces documents pourra être de quelque utilité à ceux quîs'occupent de l'histoire des deux dernières années de l'Cmpire et plus particulièrement des péripéties du Congrès de Vienne et qui me sauront peutêtre quelque gré d'avoir essayé de leur épargner de longues et fastidieuses recherches. C'est encore dans ce but que je n'ai pas reculé devant un autre travail aussi ingrat que pénible. A cdié des souverains alliés et des généraux qui s'étaient illustrés au cours des dernières campagnes, des ministres et des hommes d'Etat qui jouèrent un rOle considérable au Congrès, on verra défiler dans ces dilTérents documents des personnages J'allais presque dire des comparses ot des figurants) qui ont cependant eu, eux aussi, leur mut à dire, dont l'action a été dans maintes circonstances d'une importance plus grande qu'on ne serait porté à le croire, mais dont en revanche l'histoire et parfois même les noms risquent d'être fort peu connus. Ce sont ces dilTéreats personnages que je me suis efforcé d'identifier de mon mieux, tout comme j'ai essayé de fixer aussi exactement que possible les événements

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