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Le préfet du Mont-Blanc était à ce moment le baron Pinot

« Si TOUS rétablissez la Pologne, vous courez à votre perte. » Wrede a eu le 21 une conférence de deux heures avec Wessenberg et a fait pendant ce temps défendre sa porte.

Après avoir conféré avec Hardenberg, Stein a eu à dîner le 21 le comte Golovkine, Wallmoden (1), Anstett, la comtesse Nesselrode et la comtesse Wrbna (2).

1115. Vienne, mercredi 21 décembre 1814 (F. 6. 51M ad 3565).

GOLOVKINE à STEIN (iniercepU) (en français) {chifi^on). Billet que Stein avait commencé à brûler.

Voilà une réciprocité de souvenir qui me charme. C'est la conséquence d^un principe auquel je mets beaucoup de prix. Je compte le faire valoir avec usure comme Ton use d'un capital qui vous reste après maint naufrage et mainte spéculation malheureuse. C'est un excellent acte de justice que votre réunion d'aujourd'hui.

Vous allez faire baisser pavillon à la Gère indépendance de la comtesse Wrbna et je vous remercie de m'appeler à être témoin de cette reconnaissance à laquelle je suis soumis depuis longtemps.

Je ne sais si vous aurez la patience, Monsieur le Baron, de déchiffrer ou de deviner tout ce qu'il a plu à la Censure de retrancher dans le manuscrit que je vous ai envoyé. Puisque les Abdérites (3) veulent rester Abdériles, qu'ils le soient : Volenti non sit i?ijnria. C'est le seul exemplaire qui se trouve à Vienne.

Recevez l'expression de mes sentiments et de mes hommages.

GOLOVKlNE.

1. Wallmoden-Gimbom(Loui8-Geor^8-Thadée, général, comte). (1769-1862) beau-frère de Slein, passé au service de l'Autriche en 1795, en mission diplomatique en Angleterre au commencement de 1809, exerça un commandement pendant la campagne de 1813-1814.

2. Wrbna-Freudenthal (Flore, comtesse) (1779-1857), née comtesse Kageneck, mariée en 1798 au comte Eugène Wrbna, mort en 1841. L'une des plus jolies femmes de Vienne au temps du Congrès, cousine de Metternich, elle gagna contre Alexandre le singulier pari dont il sera question plus loin. Elle passa les dernières années de sa vie dans sa villa d'ischl avec son amie la princesse Thérèse Jablonowska, née Lubomirska^ <iuiy mourut le 14 février 1864.

3. Habitants d'Abdère, ville de Thrace, célèbres par leur stupidité. Voir le roman satirique de Wieland : Le« Abdéritàim.

l'ouverture du congrès. — LA SAXE ET LA POLOGNE 71ll

1116. Vienne, 32 décembre 1814 (F. 6. 5100 ad 3565).

M. G. à HAGER {inlereepU).

Les confidences d'Anstett. Les concessions extrêmes qa'Alemndre est disposé à faire à 1* Autriche. Gracovie ville libre et neutre. AnsLett remtnèien grftce auprès d'Alexandre. Raisons pour lesquelles l'Autriche ne peut jpAS tenir résolument tète à la Prusse et s'opposer à ses prétentions. Ponrgnol l'Autriche ne peut pas déclarer la guerre. Embarras militaires de rAutridhe. Les généraux autrichiens. L'archiduc Gharlea.

Anstett m^a confié hier que les aSaires de Pologne et deSasse n'étaient pas encore réglées ; que cependant Alexandre est résolu à laisser la Galicie à l'Autriche, à lui rendre le district de Tarnopoly à renoncer aux salines de Wiélitchka et à déclarer Gracovie ville libre et neutre.

Telles seraient les conditions extrêmes auxquelles Alexandre consentirait. En cas de refus de notre part^ce serait la guerre.

Anstett prétend que l'idée de la rétrocession du district de Tarnopol et de la neutralité de Gracovie vient de lui et qu'il a là encore rendu un grand service à l'Autriche. Il a insisté sur le fait que Gracovie n'a aucune valeur au point de vue militaire ; que ce n'est pas non plus une capitale, ce qui n'a pas d'importance, puisque l'Autriche possède Lemberg,mais qu'en raison de sa situation sur la Vistule, du grand commerce qui s'y fait, elle est aussi indispensable au possesseur de la Galicie qu'au maître du Grand-Duché de Varsovie. Il m'exposa à ce propos les avantages que la déclaration de neutralité leur assurait également et qui de plus en faisait un tampon entre les deux Etats.

Je lui fis remarquer la fragilité des garanties dont il parlait et il dut reconnaître en fin de compte qu'une bonne forteresse valait assurément bien mieux ; mais il ajouta que, maîtresse de la Bukovine et de la Transylvanie, l'Autriche n'avait rien à craindre pour la Galicie en raison même du danger d'être prise à dos par des forces venant de ces provinces auquel s'exposerait une armée essayant d'envahir la Galicie

La visite, que j'ai faite aujourd'hui à Anstett, me permet de compléter mon rapport et de mettre les choses complètement au point.

Anstett est presque rentré en faveur auprès d'Alexandre. Il m'a laissé entendre à demi-mot que, d*après ce qu*il venait d'apprendre, il savait maintenant pourquoi la Cour de Vienne ou plutôt notre Ministre n'ose pas tenir tête à la Prusse. Notre Ministre a les mains Hées, parce qu'il n'a pas agi franchement lors de son entrée dans la coalition en 1813. On aurait, affîrme-til, les preuves manifestes qu'il a joué double jeu et qu'il s'était ménagé des moyens de se tirer d'affaire quoi qu'il arrivât. D est dès lors facile de comprendre pourquoi l'Autriche, ne pouvant se risquer à déclarer la guerre, laisse aller le Congrès^ présente des réclamations et des protestations et attend des jours meilleurs pour agir sans danger.

Alexandre va renoncer pour cette raison à conserver la Pologne. Il ne veut pas donner à l'Autriche le prétexte de réclamer à son tour contre Tindépendance de la Pologne. On sait aussi de notre côté que militairement l'Autriche n'est pas prête et que l'on y est fort embarrassé quant au choix même du Général en Chef.

Schwarzenbcrg ? Peut-être, mais du reste il ne peut être partout. J'en connais bien un qui serait à la hauteur; mais il ne vous convient pas et nous le marierons; celui-là, c'est l'archiduc Charles. Quant aux autres, aucun d'entre eux ne saurait se mesurer avec un Gneisenau ou un Grolman (1).

Un peu piqué, je lui répondis : € Vous êtes réellement par trop discret. Pourquoi donc ne pas nous citer aussi quelques généraux russes. »

« Ah ! le persiffleur, me dit-il ; admettons que nos généraux ne soient pas fameux, cela n*a aucune importance* Nos

1. Grolmann (Charles-Guillaume de) f 1777-1843), s'engagea en 1795, souslieutenant (1797), lieutenant en 1804, promu capitaine en second pendant U campagne de 1806, il échappa à la capitulation de Prentzlow. Passé à l'étal-mf^or du corps de Lestocq, membre de la Commission de réorganisation de l'armée avec Scharnhorst après Tilsit, membre et chef du Tugendbnndj il prit en 1809 du service en Autriche et fut attaché à Tétat-major de l'archiduc Charles. Ennemi acharné de la France, il quitta l'Autriche à la paix et passa en Espagne où il obtint un commandement dans la légion étrangère que venait d'organiser la Junte de Cadix. Compris dans la capitulation de Valence el interné à Beaune, il s'échappa, revint en Prusse, rentra dans l'état-m^jor avec le grade de major et fît les campagnes de 1813 et 1814. Général-migor après la paix de Paris, envoyé à Vienne, pendant le Congrès, Quartier-mattre général de BliJchcr en 1815, il se retira un moment en 1819. Promu générallieutenant en 1825, commandant à Glogau jusqu'en 1833, il devint commandant en chef dans le grand-duché de Posen et enfin général d'infanterie en

l'ouverture du congrès. — LA SAXE ET LA POLOGNE 713

Cosaques se chargent de les remplacer et de faire la besogne. » La conversation a continué encore un peu jusqu^au moment où Anstett a dû se rendre chez le prince Lubomirski.

1117. Vienne, 32 décembre 1814 (F. 6. ad 3565).

.... à . H AGER (en français).

Conversation avec Wolkonsky. Les préparatifs militaires de l'Autriche et les concessions d'Alexandre. L'action do la France d'après La Martinière et le rôle de Talleyrand. Les offres du secrétaire de l'Impératrice.

J'ai encore passé la soirée du SO chez Willie où il y avait nombreuse société. A la fin resté seul avec lui et Wolkonsky, je dis au premier que j'avais pris les informations qu'il m'avait demandées relativement à nos forces militaires. Je lui dis qu'im recrutement général allait être ordonné, que plusieurs conférences avaient déjà eu lieu à ce sujet et qu'on avait passé des marchés de fournitures tant en Illyrie qu'en Hongrie et en Pologne, enfin j'ai dit tout ce que je croyais de nature à prouver aux Russes que T Autriche était sur un pied respectable.

Le prince Wolkonsky remarqua que ces préparatifs ne pouvaient avoir lieu que contre les Turcs, vu qu'Alexandre se voyait obligé de céder de plus en plus tous les jours et qu'on devait cela à l'Angleterre qui venait, on ne sait trop pourquoi, de rompre les relations commerciales avec la Russie.

Le 21, après le ballet de Nina, j'invitai à souper le secrétaire de l'Ambassade française La Martinière. Il me parla des affaires comme les Français ont l'habitude de le faire, c'est-àdire en attribuant à la France tout ce qui se fait de bien pour la félicité de la postérité. C'est Talleyrand qui a. ouvert les yeux du Congrès, c'est lui qui, aidé par le Parlement anglais, a déjoué les projets d'agrandissement du Prince Régent relativement au Hanovre que la Russie et la Prusse, lors de leur séjour à Londres, avaient promis de soutenir au Congrès de tout leur crédit. 11 m'ajouta même que l'Empereur de Russie et le Roi de Prusse étaient tellement confus qu'ils n'osaient presque se mettre en route pour retourner dans leurs Etats respectifs.

Le secrétaire de Tlmpératrice de Russie, M. de Longinold, a payé hier à un vieil officier pensionné 50 ducats contre quittance. Il m'a offert de présenter une requête pour obtenir un secours. Je Tai remercié en lui disant que cela répugnait à ma délicatesse, que d^ ailleurs une telle démarche révolterait contre moi ma sœur qui jouit de la plus grande considération à la Cour de Saint-Pétersbourg.

1118. Vienne, 32 décembre 1814 (F 6. 5106 ad 3565).

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