‹ Les dessous du Congrés de Vienne (volume 2)Chapitre 792 sur 816 · LA PRINCESSE BAGRATION · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE BAGRATION

La comtesse Catherine Pawlovna Skavronska (1) avait épousé vers l'année 1800, sur le désir, pour ne pas dire sur Tordre de l'empereur Paul I^', le prince Pierre Ivanovitch Bagration, l'héroïque général qui devait mourir le 19 septembre 1812 des suites des blessures qu'il avait reçues à la bataille de la Moskowa. Cette union, à cause de la différence d'âge entre les deux époux, — près de vingt ans — mais aussi de la coquetterie de la femme et des absences continuelles du mari, sans cesse en campagne, n'avait pas été des plus heureuses ; la belle princesse Bagration n'avait pas tardé à s'éloigner du domicile conjugal pour aller se distraire à Vienne ou à Carlsbad.

Elle était la fille aînée du comte Paul Martinovitch Skavronsky (1757-1793), conseiller intime, ministre de Russie à Naples, où il mourut le 23 novembre 1793. Le comte Skavronsky avait épousé vers 1780 une des nièces du prince de Tauride, le fameux Potemkin, Catherine Wassiliewna Engelhardt, qui passait pour une des plus belles femmes de son temps. Il n'eut d'elle que deux filles, dont l'aînée était Catherine, la future princesse Bagration, et l'autre, Marie, qui, après avoir épousé le comte Paul Pahlen (dont elle eut une fille, Julie, qui devint la célèbre comtesse Samoîloff) convola en secondes noces, après avoir obtenu le divorce, avec le comte Adam Ojarowsky.

1. Renseignements dus à l'obligeance de M. Serge Goriainow, directeur des Archives d'Etat de Saint-Pétersbourg, et A mon ami Henri Prior, neveu du duc Antoine Litta, l'un des neveux et héritiers du comte Jules Litta, le second mari de la mère de la princesse Bagration.

810 AUTOUB DC CÛ5GftÈ5 DE TIE3^£

Aprèâ b xnort de soa jnari, la comUMâe Catherine Wajailievii Skâvroa*kâ épousa le 31 octobre 1798. le comte Joies Reoê Litu Viâcoati Arese. vice-amiral ao service de la Ra*»ie. que Pie M avait relevé de aes vœux de cheralier de 31alte et qui devînt es 1810 ?rand échariSOQ de la Coar, ea 1814 ^rand maître de U Cour I>. Je a'insiste si loaf^uement sur ce point qu'aEn de mettre le lecteur un peu mieux au courant des faits qui seront signalés par les rapports des agents du baron Hager et qui ont trait. les uss aui embarras financiers de la princesse Bai^ration. les autre? à >< parenté avec la famille impériale de Russie.

Le père de la princesse, le comte SkaTronskj. était dis du comte Martin Sîtavronsky. .'énéral en chef il 714-1778 . le propre neveu de ri:nptîratric3 Catherine I'*, seconde femme de Pierre le Grand ;2)- Quant à sa mère, la comtesse Litta. maîtresse de la cour de Tlmpératrice. qui mourut le 19 février 18^, elle avait depuis des années rompu avec sa fille, dont elle condamnait la vie de désordres et d'intrigues (3^.

Malgré son immense fortune, la princesse Baçration, comme on le verra |>ar les rapports des agents de la Polizei HofsUHe, avait conàtamnaent de gros besoins d*argent. Le comte Litta, généreux envers sa belle-lille, lui lit à plusieurs reprises des avances s'éle. vant à quelques millions de roubles qu*il ne voulut pas faire entrer eài lij^rne de compte, lorsqu'on procéda au partage de la fortune de S.J femme. Au lendemain de son décès (3 février 1839., on trouva dans son testament des instructions enjoignant à ses neveux d'Italie, ses h'';riliers directs, de ne pas inquiéter la princesse Bagralion tant qu'elle vivrait ^i;, mais de faire valoir leurs créances à

1. Le comte Lilla devint en 1^)S ^and chambellan et plus lard en l^i30 président d'ua des dépar^ments du Coaseil de l'Empire.

2. l)\% son avèaemàal. Catherine avait anobli son frère unique. Charles, et lui avait fait don d'énormes domaines.

3. La princesse Ba^ration finit par se fixer définitivement â Paris. Appès avoir habile rje du Mont-Blanc, rue de la Ville de l'Evéque et rue Le Peletier, elle tit plus tard en 1832 l'acquisition d'un h6tel faubourg Saint -Honoré où elle épr)!isa le général anglais, alors encore colonel, sir John Hobart Gcradoc, lord Howdea. Po>ir les conditions singulières de cj maria|:e, cf. Ebbbst Daudbt, La Police politique^ p. *92 et suivantes.

L'hôtel que la princesse Bagration occupa à Paris, était situé sur l'emplacement actuel du n" 47 du faubourg Saint-Honoré. Ancien hôtel du Marquis de Hrunoy, il avait vu passer successivement le maréchal de Beumonville qui y mourut en 1821 et le maréchal Marmont qui s'y installa en i825(Cf.MAB- Quis DB HocHEouDB, A tràvert les ruet de Paris),

4. Jeudi 8 (juillet 1853). • Nous allons voir la prineesse Bogralion qui «st descendue à l'hôtel Meinhardt, écrit de Berlin. Roosii, dans le Cmrnei tf*an Ténor f p. 279-280. Nous la trouvons étendue sur un canapé... Ce serait une

sa mort qui survint en 1*856. Les 'liériliers du comte Litta in tentèrent au vicomte Garadoc et ttu comte de Bh>me, le mari de la fille naturelle de la princesse (1), un procès qui fut jugé à Paris et qu'ils perdirent en 1859 (2).

ANNEXE XUI

(à la page 'V56, pièce 192)

DUCFTESSE DE SAGAN

La duchesse de Sagan était Taînée des quatre filles nées du mariage du duc Pierre de Gourlande (3) avec la comtesse Anne-Charlotte-Dorothée de Medem. Elle se nommait Catherine- Wilhelmine, succéda à son père comme duchesse de Sagan et mourut en 1839.

€ En 1800, lit-on dans la belle préface que M. Etienne Lamy a écrite pour les Soavem'rs de la Duchesse de DinOy le duc Pierre de Gourlande mourut. Ses filles (4), qu'on regardât la dot ou le visage, prenaient rang parmi les superbes partis de TEurope. Moins de trois mois après, les trois aînées étaient pourvues. Pour Taînée, Wilhelmine, son projet s'était préparé de lui-même. La familiarité d'enfance entre la jeune fille et le prince Louis-Ferdinand de

femme à étudier. Elle a près de quatre-vingt-deux ans ^, toutes ses dents et des cheveux blonds ; c'est ce qui lui reste d'une beauté autrefois célèbre et particulièrement connue de toutes les têtes couronnées d'Europe et de tons les beaux hommes qui passaient le soir au bout de l'avenue de son hôtel du faubourg Saint-Honoré, dont les jardins donnent sur les Champs-Elysées. Maintenant, c'est vraiment une morte qui parle ou qui marche. Son front jaune et luisant est excessivement élevé. Ses .doigts ont l'air de jeux d'osselets. Elle conserve pour son pied une adoration qu'il justifie par sa blancheur et sa petitesse. Elle ne marche que soutenue par deux domestiques. »

* Roger n*est pas galant pour la princesse qu'il vieillit d'une dizaine d'années.

1. Le comte Otto de Blome, général major autrichien, avait épousé en 1828 la fille unique de la princesse Bagration, Clémentine. Née à Vienne, où tout le monde parlait du prince de Mettemieh comme de son père, son état civil ne fut réglé qu'à Pa is en 1828, lors de son mariage. Elle mourut en couches dans le Holstein le 29 mai 1829.

2. Les héritiers du comte Litta avaient pour avocat Montanelli, le fameux agitateur italien et l'une des gloires de notre barreau, M* Bethmout.

3. Divorcé en 1772 avec sa première femme, Caroline-Louise de Waldeck, le duc Pierre de Courlande se sépara en 1778 de sa seconde femme, la princesse Eudoxie Jessupow^

i Les princesses Wilhelmine, Pauline, Jeanne et Dorothée.

SN Al'TOUB nu CONGBÈS DE V1E>'?(E

|Vu»^o {\) était devenue un sentiment très tendre... Mais les Or l'i.k^oa kto» ^>rinoe9 «ont affaires d'Etat et l*Etat a des raisons qaek \\rui uo connaît pa$..

W ilKoliniiio. blosâ^éo de ce qu'elle appelait* les torts de U covr Je- l^\:rUn »... voulut prouver Tabsence de ses regrets par sa promp- UiiuU' à aooopter un autre époux ; ce fut le prince Louis de Uohan... «

« Kilo lîxa son choix, écrit à son tour la duchesse de Dino en parlant du mariage de sa sœur aînée (2), sur le prince Louis de Uohan, dont le grand nom, les malheurs de Témigration et une jolie ligure, à laquelle je n'ai jamais trouvé ni noblesse ni esprit étaient les deux seuls titres à une préférence qui blessa beaucoup de ses rivaux et affligea les amis de notre famille. »

Ni le mariage de la duchesse de Sagan, ni ceux de ses sœurs Pauline et Jeanne ne furent heureux. Pauline épousa un prince de nohenzollern-Hechingen,chef de la branche aînée des Brandebourg, et Jeanne, un Italien, le duc d*Acerenza, des princes Pignatelii. < C'est, — dira la plus célèbre des quatre sœurs de Courlande, U duchesse de Dino, désireuse d'expliquer les infortunes conjugales, les mécomptes et les déceptions de ses trois aînées, — c'est à l'infériorité intellectuelle de leurs maris, à la jeunesse de mes sœurs, à U pression exercée sur elles, à leur dépit, à tous ces différents motifs si peu suffisants pour faire prendre une résolution dans la seule grande question de la vie des femmes, qu'il faut attribuer le peu de bonheur que mes scrurs ont trouvé dans leur intérieur et l'empressement avec lequel elles ont profité des facilités que leur donnaient la religion protestante et les usages de leur pays pour rompre des nœuds aussi mal assortis que légèrement formés. >

En 1805, la duchesse de Sagan divorça; deux mois après, elle se mariait avec le prince Wassili Troubetzkoï. Cette seconde expérience ne fut pas plus heureuse que la première et dura moins longtemps encore, un an à peine. En 1819, après quatorze ans de célibat, la duchesse de Sagan donna sa main au comte Rodolphe von der Schulenburg. Elle ne se plut pas mieux dans cette nouvelle union que dans les précédentes et les deux époux ne tardèrent pas à renoncer à la vie commune. En 1827, la duchesse, définitivement revenue de ses velléités matrimoniales, abjurait le protestantisme.

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