‹ Les dessous du Congrés de Vienne (volume 2)Chapitre 793 sur 816 · ANNEXE XIV · texte numérisé non relu

ANNEXE XIV

(à la page 191, pièce 232)

FONTBRUNE

Cet émigré est âgé de 48 à 50 ans. C'est un des hommes que la Révolution Française a fait le plus voyager. Il intrigua contre elle dès la convocation des Etats généraux. Il s'arrêta longtemps à Turin, fit plusieurs voyages dans le Midi de Tltalie, en Espagne, en Angleterre, dans les Cours du Nord. Il a porté partout l'activité de son caractère et une haine prononcée contre la République . Il ne manque pas d'esprit et a une certaine connaissance des affaires. Il est souple, insinuant et attache une importance extrême à être mêlé dans les affaires politiques. Il aime beaucoup Targent et est d'un égoïsme prononcé. Il voyageait, il y a deux ans, avec des passeports du prince de la Paix et avait des pleins pouvoirs de ce ministre. Il avait également des pleins pouvoirs du Prétendant. Il recevait des fonds de la cour d'Espagne et MM. Frey, de Leipzig, étaient ses banquiers pour cet objet. Il était lié et en correspondance avec le marquis de Las Casas et avait en Suisse des correspondants considérables. M. Vallier, ci-devant conseiller du Sénat de Soleure et Thomme qui gouvernait réellement ce canton, est Tami particulier de Fontbrune. Il était son correspondant en Suisse et servait de dépôt pour la correspondance. Ce conseiller est un homme infiniment instruit et qui jouissait en Suisse d'une grande considération.

La maison de Bezenwald, de Soleure, celle peut-être de toute la Suisse qui était la plus prononcée contre la République Française, couvrait toutes les démarches de Fontbrune dans cette partie. Après le 18 fructidor, il a été joindre le Prétendant et a fait un voyage à Madrid. Il était aussi en correspondance avec le maréchal de Swarow (Souvaroff).

N.-B. — On ne doit pas confondre ce Fontbrune avec un émigré du même nom qui est aussi à Hambourg. Ce dernier aime aussi peu que l'autre la République^ mais il n'a jamais, je crois, intrigué contre elle. C'est un monsieur agréable, de mœurs extrêmement douces et d'un caractère bien modéré (1).

1. Archives nationales. Note sans date, mais présumée de l'an Vît.

81 i AUTOUB DC CÛ5GRÉS DE VIE7?CE

{k la page 305, pièce 2512^

AURORE DE MARASSÉ

J'ai vu, lit-on dans le» Soavenîrs de la baronne dir 3kfo?rT«r(pag«s 188-191 j, de flinpj'ulières existences dans le grand monde. II est quelquefois aussi difficile d^y perdre sa réputaticFn qu'il est difficile de la conserver dans d'autres occasions. Aurore de Marassé, belle, charmante, émigrée sans aucune fortune, sans appui, sans pradeoce. a été un de ces phénomènes. Arrivée à Vienne, je ne sais comment, après avoir émigré avec sa mère à la suite du général Dumoariez(f), elle s'est vue tout à coup posée dans la société. Chanoinesse honoraire dn chapitre de Brûnn, présentée à la cour, recherchée dans les coteries les plus élégantes, familière avec les grands, amie des femmes les plus légères et des hommes les plus dangereux pomr la réputation des jolies femmes, tels que le prince de Mettemich, le prince Dietrichstein et surtout M. de Los Rios. C'était une singulière existence au milieu de cette diplomatie européenne que celle de M"* de Marassé (2) logée dans les combles de Thôtel Palm, dans la compagnie de la princesse Bagration ou à peu près de la petite Clémentine (fille du prince de Metternich ef de la princesse Bagration), recevant dans sa mansarde, et souvent avant d*être levée, les ambassadeurs, les ministres, les chargés d*affaires au Congrès de Vienne, donnant audience aux domestiques sans place qui viennent implorer sa protection et se trouvant heureuse de les servir gratis ; protégée et protégeant ; mourant souvent de faim à la lettre ; vêtue de robes rapiécées et coiffée d^un superbe diadème de diamants ; recevant des cadeaux de prix des hommes influents; se servant de leurs voitures, de leurs gens, souvent même à leur insu ; se montrant partout, malade, exténuée, toujours belle, quoique jaune, pâle et se tenant très mal ; attaquant familièrement les plus grands seigneurs ; répondant à leurs mauvaises plaisanteries avec aplomb et souvent avee dignité.; se fâchant, sans rancune, elle était connue dans la haute société sous le nom d^Aurore. Les princes du

1. Son père, Jean- René Blandine de Marassé, général de division, suivii Dumouriez dans sa défection et mourut en avril ISOS à Temesvar.

2. Madame, à cause de son titre de chanoinesse (notes du comte de la Bou- Ictière, petiuais et éditeur des souvenirs de M"* du Montet).

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