‹ Les destinées du Congo BelgeChapitre 15 sur 20 · QUELQUES LACUNES · texte numérisé non relu

QUELQUES LACUNES

écrit-il (i), est que les tribus, le climat, les institutions, la situation économique et le mode de vivre y présentent de frappantes différences. » Que ces différences ne proviennent pas des variations dans « le système congolais », nous en convenons volontiers; mais nous soutenons qu'elles devraient faire varier l'administration elle-même pour adapter celle-ci aux besoins, aux intérêts des administrés.

Aucun pas ne rapproche TÉtat de cet idéal, rêvé par la Commission d'enquête, « où l'État, se confinant dans le rôle qui lui est propre... s'acquitterait partout du devoir qui lui incombe de civiliser le pays, de pourvoir à son développement moral et matériel, en se bornant à percevoir un impôt sur les produits récoltés ou exportés, tout en laissant aux commerçants l'exploitation des richesses naturelles de la contrée » (2).

Bien au contraire, en décrétant inviolable l'intégrité des deux patrimoines du Domaine national et du Domaine de la Couronne, il semble à jamais refuser de marcher vers ce but.

Les mêmes fonctionnaires administrent le pays, prescrivent les impôts, veillent aux rentrées, prononcent et exécutent les sentences, de façon que la source principale des abus ne paraît point tarie.

(i) National Review, novembre 1906, cité d'après le résumé télégraphique.

(2) Rapport de la Commission d'enquête. Bulletin Officiel, 1905, p. 2io.

Vainement nous avons cherché quelque article donnant aux emplois la stabilité favorable au recrutement et à la bonne gestion ; la pension de retraite elle-même est une grâce qui suppose la faveur. N*est-on pas tenté d'acheter celle-ci par des services qui peuvent être suspects?

Si la durée maximum du louage de service est abrégée pour les mineurs qui n'ont pas quatorze ans, elle ne Test pour aucun de ceux qui dépassent cet âge. Au moment où l'on prône en Belgique la réglementation du travail des adultes, ne parait-il pas étrange qu'on délaisse ces grands enfants que sont les noirs adultes et auxquels, surtout, fait défaut la juste notion du temps (i) ?

Telles sont les lacunes que nous croyons avoir à signaler dans Tordre des intérêts temporels, le ;:eul que touchent la plupart des réformes.

Dans Tordre moral, le Code des peines garde toujours sur l'adultère un funeste silence.

Nous n'en reconnaissons pas moins l'utilité de la plupart des décrets du 3 juin. Puisse, du moins, une application large et loyale amener des progrès sérieux, pour faire, dans la suite, espérer mieux encore !

La tâche du moment, c'est d'assurer une mise en pratique prompte et complète de ces réformes.

(i) Voyez la Question Congolaise, p. 338.

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L'Avenir

(Ttoisième partie, Chapitre VIII4

Beaucoup plus que les décrets de réforme, la lettre royale qui les suit et couronne attira, ou, pour mieux dire, absorba l'attention du pays et de l'étranger.

Un premier entraînement vers les pages du Bulletin qui la contiennent, se conçoit sans peine.

L'on était curieux de connaître le jugement que le fondateur d'un vaste empire portait sur la situation présente et l'avenir de l'État dont il avait la glorieuse paternité; l'on espérait saisir la pensée inspiratrice des décrets de réforme et de tous les actes de Tadministration congolaise; on' voulait goûter la satisfaction de prendre contact avec l'âme qui commande à tous les rouages d'une organisation sans précédent dans l'histoire.

Mais la persistance de l'intérêt ne saurait s'expliquer que par l'importance des déclarations du document, et les graves questions qui surgissent à leur propos. Avec une précision, une netteté qui ignore la peur et qui méprise la feinte, le Roi-Souverain définit, dans sa lettre, son rôle, ses droits, ses intentions, ses volontés dernières, les droits des autres nations, le rôle, les droits de la Belgique et des Belges.

L'Angleterre ne pouvait voir, sans une surprise -étonnée, la fierté avec laquelle on repoussait à la

fois ses velléités d'intervention, et Ton revendiquait pour l'État Indépendant une place au soleil, non pas en arrière, mais à côté des autres Puissances du monde civilisé. Et l'énergie des paroles, qui ailleurs fut admirée, sembla froisser l'orgueil britannique : au Parlement anglais, le langage fut traité de défi (i).

En Belgique également. Ton ne se fit pas faute de commenter la lettre du Roi, de la discuter, de l'apprécier (2) diversement.

Faut-il, dans cette franchise d'attitude, regretter autre chose que des violences d'expressions dont ne profite aucune cause juste, et dont pàtit l'autorité? Nous ne le pensons pas.

Un pays de régime parlementaire ne saurait, les yeux fermés, accepter avec une vénération obséquieuse les décrets de ses gouvernants. Il a la tâche difficile, mais glorieuse, d'allier le respect de la couronne avec l'examen sincère des actes que la représentation nationale est appelée à ratifier de ses suffrages. L'indifférence du peuple à ce qui se prépare ou se décide dans les sphères gouvernementales trahirait une déplorable insouciance de la chose publique, un funeste énervement des caractères.

(i) Chambre des communes, séance du 6 juillet 1906.

(2) Nous nous refusons à mettre au nombre des appréciations certains enthousiasmes de commande. Ce n'est un mystère pour personne : une grande partie de la presse est vénale, et les mauvais exemples des grands pays voisins commencent à exercer sur nos journalistes une funeste contagion. Les écrivains payés ne jugent pas; ils écrivent sous la dictée.

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Même sous des princes absolus, la Belgique avait rhabitude des remontrances respectueuses; comment s'abstiendrait-elle de formuler son opinion, maintenant qu'elle se voit constituée en semi-démocratie? Et, dans le cas présent, elle se sentait d'autant plus dégagée d'allures, que Pacte en cause portait la signature, non pas du Roi des Belges, mais du Souverain de l'État Indépendant du Congo.

Citoyen belge, de la même main qui dépose les bulletins dans l'urne électorale, nous pourrions, avec déférence mais franchise, écrire toute notre pensée sur les problèmes importants et compliqués qu'aborde la lettre aux secrétaires généraux.

Ce serait notre droit; mais ce n'est pas notre devoir : nous n'avons ni l'honneur ni les responsabilités de ceux qui acceptent de prendre part à la gestion des affaires publiques.

Et nous n'userons pas de ce droit. Notre travail s'inspire d'une pensée humanitaire que nous tenons à accentuer en concentrant sur elle nos préoccupations. Les considérations purement politiques sortent du cadre que nous nous sommes tracé.

Nous négligerons, pour la même raison, l'impression, plutôt pénible, produite par la forme ou certaines déclarations accessoires de la lettre aux secrétaires généraux.

Un appendice de cette brochure reproduira le texte du document.

Fidèle pourtant à notre programme, ainsi que

nous Tavons fait dans notre ouvrage, nous essayerons d'indiquer clairement comment se posent les problèmes d'ordre national ou international que soulève à Theure présente la question congolaise.

1° Le Roi-Souverain repousse catégoriquement, nous Tavons vu, toute ingérence étrangère.

Mais voici que des hommes d'État anglais, se fondant sur la convention du i6 décembre 1884, conclue à Berlin entre le Gouvernement de Sa Majesté Botanique et l'Association internadu Congo (2), prétendent que, suivant les termes exprès de l'article 4, la Grande-Bretagne a le droit de nommer des consuls ou d'autres agents consulaires dans les ports et stations, et d'exercer ainsi sur les faits et jçestes de l'Administration un contrôle efficace, assurent-ils, contre les abus, mais, il faut en convenir, plein de désagréments.

L'État excipe du terme indiqué dans les « Attendu ». Le but y est clairement exprimé : « pourvoir, en ce qui concerne les sujets britanniques, à l'exercice de la juridiction civile et criminelle ». Et le terme ne l'est pas moins : w jusqu'à ce que l'Association ait pourvu d'une manière suffisante à l'administration de la justice à l'égard des étrangers »». Il est pourvu à cette administration : les articles 4 et 5 sont caducs par le fait même (3).

fi)BuLLP.TiN Officiel, p. 280

(2) LouwERS, Lois envtgueur, etc. p. i35.

(3) A tort, croyons-nous, Técrivain anonyme de La Gazette, 19 oc-

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