CRITIQUE ET RÉPONSE
dont les articulets en question cherchent manifestement à prévenir ou atténuer les effets ultérieurs. Le procédé mis en œuvré est digne d'un examen que nous prions le lecteur de faire avec nous.
Notre contradicteur jouit évidemment de toute laconfiancede l'administration congolaise. D'après toutes les apparences, c'est un auteur « inspiré ». Il avait donc sur nous l'avantage considérable de pouvoir puiser à des sources officielles.
Rien, dès lors, ne lui était plus facile que de s'inscrire en faux contre un résultat erroné. Si nous nous trompions, il lui suffisait de nous dire : <c Parole d'honneur! Les chiffres des comptes (i) n'accusent aucun excédent notable. »
Devant un démenti précis, catégorique, nouî> n'aurions- eu qu'à nous incliner.
Mais ce démenti ne nous a pas été infligé. Notre adversaire anonyme ne nous permet même pas de l'attendre. Car s'il sait tout le reste, il ignore, dit-il, quels sont les comptes définitifs (2).
Les attaques, dès lors, ne peuvent donner lieu qu'à des escarmouches.
Il commença par nous reprocher d'avoir sciemment confondu pour les besoins de notre cause les recettes du Domaine privé et celles au Domaine de la Couronne.
(1) On objectera peut-être que les comptes sont annueUemen détruits. Mais n'y avait-il personne, à l'État Indépendant, qui eut retenu le chiffre g^lobal des deux dernières années ?
(2) Statistiques congolaises, ligne 7.
« Le P. V., écrit-il, ajoute ces recettes (du Domaine privé) à celles de l'exploitation du Domaine de la Couronne... Le P. V. eût bien fait, semble-t-il, d'attirer sur ce point l'attention de ses lecteurs, car il ne peut ignorer que le Domaine de la Couronne est l'objet d'une administration séparée et indépendante (i) .»
Ces lignes témoignaient d'une impardonnable légèreté.
Dans le corps de notre ouvrage, au moment de donner nos chiffres, nous écrivions, page 149 : <c Force nous est également de comprendre dans les recettes de l'État celles du Domaine de la Couronne (D. C), tandis que le budget île prévoit que celles du Domaine privé (D. P.) ».
L'annexe n'est pas moins explicite. Aux pages 373, 374, qui exposent le détail des calculs, la parenthèse (D. P. et D. C.) rappelle à chaque occasion que les recettes se rapportent aux deux Domaines.
Forcé de battre en retraite, notre contradicteur cherche à nous attirer dans les broussailles d'une chicane de détail, où les confidences qu'on lui fait lui ménagent des refuges et des issues dérobées.
Il nous objecte la tare, c'est-à-dire le poids de l'emballage, et la perte de poids que le caoutchouc subit par dessiccation.
Pourquoi n'avoir pas défalqué ces quantités ? Et le voilà qui nous propose de ce chef une déduction de 14 et de i5 p. c. pour les années 1904-
(i) statistiques congolaises ^ lignes 21 et suivantes.
CRITIQUE ET RÉPONSE g
igoS, chiffres précis, mais qui ont paru invraisemblables aux hommes compétents que nous avons interrogés.
Notre réponse fut simple; La contradiction des renseignements obtenus (i), l'impossibilité d'une information directe, nous empêchaient de faire la déduction.
Mais l'omission trouvait éventuellement sa compensation dans les postes de recettes dont nous n'avions pas tenu compte et la faible moyenne que nous avions adoptée pour les prix de vente.
La réplique qui nous fut faite ne souffle mot du premier élément de compensation : et ce silence est significatif ; mais elle conteste nos remarques sur la moyenne des prix et elle essaye de justifier les chiffres si élevés présentés pour la tare et la perte par dessiccation.
Parlons de la tare. Le caoutchouc s'expédie en sacs ou en paniers (2), par colis de 35 ou de 5o kilogrammes. Les sacs pèsent i kilo, accordons I 1/2 kil. quand la toile est bien forte. Les paniers, souvent doubles, pèsent ensemble 2 kil. 600 ou 3 kilos suivant que le colis est de 35 ou de 5o kilos.
Ces données fournissent, pour une estimation raisonnable de la tare, les chiffres suivants :
Colis deSSkil. : En sacs (3) de i kil. (environ). Tare = 2,8 p. c. (environ).
(i) Tel colonial nous assurait que Tordre était donné de livrer brut pour net.
(2) Accidentellement, quand des paniers troués laisseraient échapper la marchandise, on les enveloppe d*un sac en toile.
(3; Si le sac était double, la tare s'élèverait à 5 p. c.
Colis de 35 kil. : En paniers doubles de i kil. 600. Tare = 7 1/4 p. c
Colis de So kil, : En sacs de i 1/2 kil. Tare = 3 p. c.
Colis de So kil. : En paniers doubles de 3 kil. Tare = 6 p. c.
Mais, le goùl: du voile et du mystère ferait-il, même ici, sentir son influence?
Au dire du contradicteur anonyme, le caoutchouc de rÉtat se trouverait pourvu d'un luxe d'emballage dont le poids atteindrait, dépasserait même 10 p. c; chaque lot de caoutchouc serait serré dans deux paniers de 4 kilos, qu'un sac de forte toile, pesant à lui seul i kil. 3oo, déroberait encore à la vue des profanes !
En regard de ces assertions, nous nous contenterons de fournir à nos lecteurs une indication certaine.
Pour la grande Compagnie du Kasaï (dont les bénéfices vont pour moitié à l'État), la différence (i) entre le brut du Congo et le net d'Anvers a oscillé, en igoS, entre 4.8 et 8.8/10 p. c.
Et l'on prétend que, pour l'Etat, cette même différence aurait été d'environ i5 p. c. !
Dans tous les cas, la déduction proposée ne s'applique pas à toutes les ventes dont TÉtat recueille le bénéfice.
(i) Obtenue en comparant les catalop^ues de vente et les bulletins d*arrivafje.