UN IMPORTANT COROLLAIRE
le Congo doit être sagement administré pour le bien commun des Congolais (i) ».
Proposition qui s'appliquait au domaine des finances. Elle nous porta à réclamer pour TÉtat Indépendant le bénéfice de la règle que formulait pour les colonies l'Association économique américaine : « Les finances de chaque colonie doivent être administrées exclusivement dans l'intérêt de la colonie et de son développement, et non dans l'intérêt de la mère-patrie (2). »
Peut-être n'est-il pas hors de propos d'expliquer encore une fois toute notre pensée.
Prétendrions-nous, en souscrivant à cette règle, « que tout ce que produit le Congo doit être dépensé en Afrique et au profit des noirs (3) » ?
Nullement. Une opinion aussi étrange, aussi absurde, mériterait les sévères qualifications que lui adresse la lettre aux secrétaires généraux. Injuste, impolitique, elle constituerait une véritable hérésie.
Mais la déclaration de l'Association américaine ne vise évidemment que les finances publiques; elle ne s'applique nullement aux honnêtes profits que des maisons européennes retirent de leurs opérations sur le continent noir.
Ensuite, d'excellentes dépenses peuvent, même hors d'Afrique, s'inspirer de l'intérêt du peuple
{i) La Question Congolaise, "p, 5o.
(2) Ibidem, p. 5i.
(3) Lettre aux secrétaires généraux. Bulletin Officiel, p. 290.
noir : toutes celles, par exemple, qui lui préparent de bons fonctionnaires.
Et des dépenses profitables aux noirs, nous n'avons garde de rayer Tacquittement de leur dette de reconnaissance envers les blancs qui furent réellement leurs bienfaiteurs.
Une large rémunération des services rendus fait partie des charges que toute nation doit assumer au nom d'un devoir supérieur, au nom de son intérêt lui-même.
Qu'un bienfaiteur magnanime consacre ensuite à des œuvres patriotiques l'équitable récompense qui lui fut offerte, il n*y a personne pour y contredire. Il a la libre disposition de ce capital ou de ces revenus.
Ces observations préalables et accessoires servent à empêcher les malentendus. Mais quelle est la vraie portée de la formule du Comité américain ?
Depuis le moment où deux pays se confondent légitimement en un seul, il est évident que l'administration générale et commune doit poursuivre l'intérêt de l'un et de l'autre, ou pour parler plus exactement, l'intérêt général, devenu commun lui-même aux deux pays. Mais une plus saine appréciation de cet intérêt commun, une estimation plus juste des situations respectives des deux nations ou des deux territoires, font rejeter cette forme d'exploitation de la colonie qui consiste en des levées de tributs au profit de la mère-patrie. Celle'K:i trouve dans l'extension de son empire et