QUATRIÈME PARTIE
EXAMEN DU LIQUIDE PLEURAL SÉRO-DIAGNOSTIC — CYTOLOGIE
Le séro-diagnostic tuberculeux
C'est 2n 1898 que, pour la première fois, furent établis, par M. le Professeur agrégé Paul Courmont (1), le principe et les premiers résultats du séro-diagnostic des épanchements de séreuses.
La découverte de lagglutination avec le sang des tuberculeux des cultures liquides homogènes de bacilles de Koch avait été faite par M. le Professeur Arloing (2).
(1) Courmonr. — GC. R. Soc. Biol., 28 mai 1898. Presse Méd., 1696.
(2) ArLoING. — Acad. des Sc. 1808. Congrès de Montpellier, 1808.
cages
Nous ne pouvons mieux faire, pour donner un exposé général de la méthode, que de reproduire ici les termes de la communication de M. le Professeur agrégé Paul Courmont (1), au Congrès de Îa Tuberculose.
« Ces données pouvaient s'appliquer au diagnostic de la tuberculose des séreuses de deux façons, soit en recherchant simplement le pouvoir agglutinant du sang de la circulation générale, soit en établissant la propriété agglutinante de la sérosité de la lésion locale.
« Dans le premier cas le pouvoir agglutinant du sérum sanguin, témoignant simplement d'une infection tuberculeuse quelconque et des modifications imprimées par elle à tout le milieu intérieur, on présumait la nature tuberculeuse de l'épanchement par le fait que le malade était, d'ailleurs, tuberculeux.
« C'était un procédé indirect de diagnostic de la nature d'une lésion locale par celui d'une toxi-infection générale. Cette méthode présente les inconvénients suivants : un épanchement survenu chez un tuberculeux, sans être de nature tuberculeuse, serait cependant considéré comme tel si l'on se contentait de la réaction du sérum sanguin et, réciproquement, il n'était pas démontré que la tuberculose, localisée à une séreuse, suffit à imprimer au milieu sanguin les modifications qui entraînent le pouvoir agelutinant de ce dernier.
« Le second procédé, direct de diagnostic, plus élé-
(1) Courmonr. — Congrès de la Tuberculose 1898.
Nr tie gant et plus sûr, devait, au contraire, mettre en évidence le processus tuberculeux focal de la lésion séreuse, comme la recherche directe du bacille, avec cet avantage en plus que la séro-réaction fait la preuve non seulement de la présence de l’agent infectant, mais des modifications humorales survenues in loco, sous l'influence de celui-ci.
« Il fallait donc prouver que le liquide d’un épanchement séreux agglutine le bacille de Koch lorsque la séreuse est infectée par le microbe, et ne possède pas cette propriété agglutinante lorsque la séreuse est saine ou infectée par un autre agent. Ce n'étaient point là, d’ailleurs, des propositions évidentes à priori et la propriété agglutinante du sérum sanguin des tuberculeux n'entraînait point forcément la propriété asglutinante de séreuses tuberculeuses.
«On sait en effet,que, dans lesinfections générales telles que la fièvre typhoïde, les sérosités sont ordinairement beaucoup moins agglutinantes que le sérum sanguin (1) et peuvent ne pas l'être du tout (cas de Ménétrier, de Schneider, etc.), lors même que le bacille d'Eberth est l'agent pathogène direct de l'inflammation séreuse.
« Par conséquent, il était fort douteux, étant donné le degré relativement peu élevé du pouvoir agglutinant du sérum du sang des tuberculeux, que les
épanchenents tuberculeux des séreuses possédassent
(1) WipaL. — Ann. Inst, Pasteur, 1897 ; Courmonr.-- Thèse de Lyon, 1897.
5 2 une propriété agglutinante applicable au diagnostic de l'affection ».
Les faits nous ont heureusement démontré le contraire.
L'auteur cite, de lui personnellement, 45 observations. D’autres travaux plus récents : Mongourd et Buard (1) (1898, 1899); vingt cas de pleurésies et péritonites tuberculeuses rapportés dans les thèses de Rothamel (2) et Buard (3), Bendix (4), assistant de la clinique de von Leyder, traitent de la valeur de la péritonite tuberculeuse dans les cas de péritonite.
Beck et Robinowitsch (5) essaient ia séro-réaction du sang de pleurétiques.
Knopf(6):un cas de pleurésie tuberculeuse chez le cobaye, avec séro-réaction positive du liquide pleural.
M. Courmont,de 1898 à 1900, a réuni 135 observations ; il a suivi la même méthode pour chacune :
19 Etablir, d’après la clinique et les preuves bactériologiques, Îa nature, tuberculeuse ou non, des épanchements observés.
2° Chercher, dans tous Îles cas, plusieurs fois si possible, le pouvoir agglutinant comparatif du sang et des liquides séreux avec toutesles nuances (précocité,
(1) Moxcourp et Buarn. — Soc. Anat. Bordeaux, 1808.
(2) RoTHAMEL. — Thèse Bordeaux, 1800.
(3) Buarp. — Th. Bordeaux, 1000.
(4) Bennix, analysé par Arloing et Courmont. Presse Méd., 1900.
(5} Becx et Rosinowirscn.— Société de Méd.de Berlin,1900.
(6) Knorr. — Med. Ass. Journ., 1809.
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intensité, variations, etc.) de la séro-réaction tuberculeuse. |
30 Comparer les résultats de la séro:réaction à ceux fournis par la clinique et la bactériologie, et en tirer des conclusions qui découleront d'elles-mêmes des faits et des statistiques.
Enfin l'inoculation au cobaye a été faite toutes les fois qu'elle fut possible.
La technique n'a pas été différente de celle employée d'ordinaire par M. Courmont; elle est exposée tout au long dans son article (1): nous y renvoyons le lecteur.
Les résultats, dans les pleurésies, ont varié suivant que celles-ci étaient sûrement tuberculeuses, étaient seulement suspectes de l'être ou, enfin, ne l'étaient sûrement pas. Dans cette dernière catégorie M. Courmont fait rentrer dix observations de pleurésies brizhtiques,toutes négatives au point de vue du sérodiagnostic, tant à l’examen du liquide pleural qu'à l'examen du sérum sanguin.
Si nous nous reportons à nos observations, nous constatons que, sur quatorze hydrothorax. six ont eu un séro diagnostic négatif; les autres n'ont pas été examinés à ce point de vue. Sur cinq pleurésies franchement inflammatoires une seule a été examinée: le séro-diagnostic était négatif. Enfin, sur trois pleurésies tuberculeuses, une était positive, les deux autres négatives; l’une de celles-ci concernait Île
(1) Courmonr. — Arch. Méd. expérimentale, 1900. 1 B
malade de M. le professeur J. Courmont mort d’une tuberculose aiguë de la plèvre.
Au point de vue de l'interprétation de tous les faits M. Courmont ajoute:
a). Le point de vue le plus intéressant est celui des rapports entre la gravité de la tuberculose des séreuses, clinique ou expérimentale,et la fréquence et l'intensité de la séro-réaction.
Les pleurésies graves ou mortelles ne donnent qu’une séro-réaction bien faible ou négative; les pleurésies bénignes donnent une séro-réaction d'autant plus intense qu'elles sont plus bénignes.
b). La réaction agglutinante des liquides séreux dépend du passage, par transsudation, dela substance agolutinante du sang et, en plus, d’une réaction spécifique de la séreuse et de l’action du bacille sur la substance agglutinante.
Et, comme conclusions générales :
19 Une séro-réaction positive, à partir de 1 pour5, avec un liquide séreux constitue un signe de très grande valeur en faveur de la nature tuberculeuse de l’'épanchement.
20 Une séro-réaction négative ne constitue qu'une présomption contre le diagnostic de tuberculose.
La Cytologie.
L'étude des caractères histologiques du dépôt formé par les liquides des épanchements en général est une donnée de date récente. On s'était bien
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occupé déjà de l'examen chimique, on avait cherché la signification des sels, de la fibrine, des substances albuminoïdes ; l’examem-histologique n'avait encore porté que sur un certain nombre d'éléments cellulaires : les globules rouges, les micro-organismes, mais les globules blancs n'étaient pasétudiés, et c'est sur l'examen de leurs caractères nrorphologiques que porta la nouvelle méthode.
Widal et Ravaut (1), en 1900, publièrent leurs premiers résultats portant sur cinquante-six cas de pleurésie séro-fibrineuse. Le liquide était centrifugé et le dépôt, coloré par l’éosine, montrait des modes cellulaires variables suivant la cause de l’épanchement; c'est ainsi que la pleurésie idiopathique a frigore se caractérisait par l'abondance des globules rouges et des petits lymphocytes. Dans la pleurésie et l'hydropneumothorax des tuberculeux,on trouvait peu d'éléments figurés (lymphocytes ou hématies), quelques polynucléaires vieillis, quelques gros mononucléaires. A la pleurésie des cardiaques, des brightiques, des cancéreux, appartiennent les grandes cellules endothéliales isolées ou soudées entre elles. Enfin,lespleurésies à pneumocoques contiennent des globules rouges, des lymphocytes et beaucoup de polynucléaires ; les mononucléaires, les globules rouges dominent dans les pleurésies syphilitiques.
Ravaut, dans sa thèse (2), vint corroborer les idées de Widal ; il montra que les épanchements de
(1) Wipar et RavauT. — Soc. de Biol., 1900.
(2) RavauT. — Th. Paris, 1901.