‹ Les Déterminations Pleurales: Au Cours du Mal de BrightChapitre 7 sur 59 · I. — Influences directes · texte numérisé non relu

I. — Influences directes

C'est l’épanchement dans [a plèvre, survenant au même titre que l’æœdème,d'un liquide de composition analogue à celle des hydropisies d'origine rénale, mais, différant absolument du plasma sanguin et lymphatique. On a surtout incriminé dans ces cas l'altération du sang, et deux faits particuliers l’hydrémie d’une part, l'hypo-albuminosed'autrepart.

10 L'hydrémie est la surcharge du sang en eau; ce liquide en excès élèverait d'une part la pression dans les capillaires,et cette remarque serait confirmée par le fait que l’eau injectée ainsi ne revient pas par les veines. De multiples expériences furent faites au cours du XVIIIe siècle pour montrer cette influence de l’hydrémie. Halles (1) fit des injections d'eau dans les vaisseaux. Magendie(2).Cl.Bernard(3),Hayem (4) -eprirent ces expériences et injectèrent l’eau dans les artéres ; il se produisait une élévation brusque de la pression, attribuée depuis à la contraction des petits

{1) Hazzes. — Statist. des geblütz 1748.

(2) MaGeNDIE. — leçon sur les phén. phys. de lavie, 1833. (3) CL. BerNarp. — Leçonsur leliquide del’organisme, 1857.

(4) Haye et Carvilze.— Pathogénie des hydropisies, 1874.

oo vaisseaux. L’hydrémie agissait donc d’une façon mécanique en donnantdel’hypertension. Poiseuille(1) montra en 1835 qu'a côté du phénomène purement physique ily avait un fait biologique : la paroi vasculaire avait une action élective et laissait passer l'eau si elle n'était pas chargée en albumine; les sels en Sulution dans l’eau injectée ne modifiaient pas cette transsudation, et, au contraire, du liquide de constitution analogue au sérum passe avec grande facilité des artères dans les veines sans transsuder dans le tissu cellulaire ou s'épancher dans les cavités séreuses. Il est de plus de notion courante en physique que les colloïdes passent avec beaucoup plus de difficultés que les cristalloïdes à travers la membrane du dialyseur; plus la solution du colloïde est concentrée, moins elle ‘a ‘de tendance à passer. Quoi qu'il en soit on ne trouvait pas toujours d’épanchements à la suite de ces injections: d’ailleurs CI. Bernard avait constaté qu'il fallait injecter d'énormes quantités d’eau. L'hydrémie en tant que facteur mécanique était rejetée et l’on se ralliait à l'influence de l’albumine, le sang se dépouillant de son albumine avait tendance à perdre une partie de son eau. Kielruf (2) a montré que l'hydrémie artificielle est ordinairement accompagnée d’une diminution de l’albumine et d’une augmentation parallèle des cristalloïdes.

29 L'hypo-albuminose consiste dans la diminution

(1) Porseuire. — Acad. Sc., 1835.

(2) Krezrur. — Cité par Scé. Patho. expérim., 1867.

roi de la teneur du sang en albumine. Cette diminution coïncide avec un grand nombre d'états pathologiques ; c'esten particulier l'insuffisance alimentaire en albumine; l'inanition, l’abstinence prolongée l'ont provoquée dans les cas restés célèbres d'Egypte et d'Anzin. On l’a vu dans les périodes de dénutrition qu'entraïnentle cancer,les cachexies, les grandes hémorrhagies. Niemeyer et Hérédia l’ont attribuée dans un cas à une saignée, dans un autre à des hémorrhoïides.

A côté de ce facteur, insuffisance d'apport d’albumine, il faut citer également les déperditions du sang en albumine dans les fièvres, les cachexies, les intoxications, mais la voie de sortie la plus fréquente est encore le rein: Schmidt-et Frerichs (r) ont donné des taux de 12 à 23 gr. d’albumine par 24 heures que pouvait perdre l'organisme. Le sang pour accomplir normalement son cycle circulatoire doit en avoir une teneur fixe: les travaux de Becquerel et Rodier (2) montrent que l’hydropisie apparait dès que la richesse du sang est inférieure à 67 0/0.

Charrin, dans son article du traité de pathologie générale, revient sur cette question des relations du rein, de l'urine et de l'organisme ; il expose les principales théories sur la pathogénie et la genèse des œdèmes ; 1l insiste sur l'importance des rapports entre l'hydrémie, l’albuminurie et la production des

(1) Scauipr et FRerICHS. — Ann.de chimie.

(2) Becquerez et RoDier. — Gaz. Med., 1844.

Mo tee

œdèmes et la théorie de Gaglio qui attribue les épanchements des séreuses à l’irritation deleurs éléments. Etudiant d'autre part, les troubles circulatoires dans les maladies et spécialement les œdèmes et les infiltrations des séreuses, Charrin incrimine un autre facteur : l'intoxication par des poisons non sécrétés ; Baumès l’admettait déjà lorsqu'il disait que les épanchements des séreuses étaient dus à la tendance que manifeste l'organisme de se débarrasser,par diverses voies, des surcroits de la masse liquide qui fatigue un viscère. Ne serait-il pas possible, également, d’alléguer une influence nerveuse centrale de ces poisons qui produirait l’œdème et les transsudations séreuses, comme elle produit la dyspnée toxique, le myosis ? En somme, certains produits ont une influence indéniable sur les infiltrations séreuses ; Glusuisky l’a montré avec le liquide de macération des capsules surrénales, avec du liquide renfermant du ferment pancréatique. Il y aurait, en réalité, dans le mal de Bright, des substances hydropigènes analogues aux toxines ; mais ce sont là sculement, des circonstances adjuvantes d’un phénomène dont le mécanisme intime est difficile à expliquer.

30 Les travaux actuels de l’école de Winter (1) sur losmose et la concentration moléculaire des humeurs de l'organisme, ont modifié les conceptions anciennes sur la pathogénie de ces hydropisies et, en effet, l’'hypo-albuminose ne suflit pas à les expliquer, puisqu'il existe des œdèmes sans albuminurie. Il

(1) Winter. — Arch. de Phys., 1886.

ne en est de même de l’hydrémie : nous avons vu jusqu’à quel point il fallait la pousser pour la produire expérimentalement ; d’ailleurs, les travaux de Conheim et Lichteim (1), ont fait justice de cette dernière hypothèse. Tout se réduirait à une rupture de l’équilibre osmotique entre les liquides situés de part et d'autre de la membranne demi-perméable ; c’est, appelée vers le liquide de la concentration la plus forte que l’eau passerait dans les tissus, aux cavités, siéges de l'hydropisie, de façon à établir l'identité de concentration moléculaire entre les deux. Cette idée a été confirmée par les travaux plus récents de Starling et Heidenheim (2) sur l’action biochimique de la cellule endothéliale qui, dans des circonstances spéciales, perdrait sa fonction propre de régler cette filtration.

Ces différentes explications pathogéniques tendent à établir le mécanisme de l’action directe du mal de Bright sur la production des épanchements hydropiques, des œdèmes comme de l’hydro-thorax, de l’hydropéricarde, de l’ascite. Dans tous ces cas, la maladie agit en tant que dyscrasie modifiant d’une façon notable là constitution du sang et des humeurs. Mais nous verrons, dans Îla suite de ce travail, que cette influence, indéniable dans certains cas, n’est pas la seule, en ce qui concerne la plèvre tout au moins, et qu'il faut invoquer d’autres causes agis-

(1) ConHEIM et LicHTEeIM — Arch. fur anat., t, LXIX, DALOP, (2) STarLING. — The Lancet, 1806.

LESer es sant indirectement du fait de circonstances spéciales ou d’altérations viscérales. La statistique de nos observations nous a donné, sur vingt-six épan:hements observés, quatorze cas d’hydro-thorax pour douze pleurésies de nature inflammatoire diverse.

IT]. — Influences indirectes.

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