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Oui, en portant en Afrique la victoire avec la guerre, Isabelle seconde renouvelle Les lauriers de la première Isabelle.
JOSE GONZALEZ DE TEJApA (1).
Les jours s’écoulèrent, et l'inquiétude s'empara de nouveau du cœur de la tendre mère,
— Juan Jose, disait-elle à son mari, tu ne sais rien, ce qui veut dire sans doute qu’ils ne peuvent entrer dans Tétuan. |
— Tais-toi, simple que tu es, répondait le mari; car là où entre le soleil, les Espagnols
(1) Don Jose Gonzalez de Tejada, jeune homme encore ignoré, quand il écrivait ces vers, vient de prendre tout
entrent aussi. Mais tu as donc oublié que Zamora ne fut pas prise en une heure, et que l'artillerie ne pouvant passer par des marais, il lui faut faire une chaussée? Les femmes qui n’entendent rien à la guerre se figurent peut-être que de prendre une place forte en pays ennemi c’est aussi aisé que de faire un beignet.
Mais le 5 février, un arriero qui arrivait de Jérez apporta à Bornos la nouvelle donnée là par le télégraphe qu'il y avait eu, la veille, une grande bataille devant Tétuan, dont les Espagnols étaient sortis vainqueurs comme des précédentes, après s'être rendus maîtres de cinq camps ennemis, victoire achetée par des pertes énormes.
L'enthousiasme uni à une anxieuse inquiétude fit que Juan Jose ne put tenir dans
à coup un rang élevé dans la poésie contemporaine par un recueil de petits poëmes satiriques qui ont pour titre: Anacréontiques à la dernière mode.
(Note du Traducteur.)
- Bornos et s’en fut à Jérez. Là, il apprit que ceux qui avaient été blessés dans cette grande journée devaient être conduits à Séville, et comme il partait dans cette direction un train du chemin de fer avec des matériaux , il demanda comme une grâce d’y être admis.
Le 7 février se leva, jour à jamais mémorable dans les fastes de l'Espagne. L’aube ne rayonnait pas encore que déjà les cloches de la cathédrale de Séville, dont le son sonore remue tous les cœurs, répandant, solennisant l’allégresse en la rendant plus grave, annoncCaient à la population endormie le grand et heureux événement de la prise de Tétuan. Ilest impossible de donner une idée de l'impression que causa ce bruit des cloches, car qui pourrait décrire le plus haut degré de l'enthousiasme le plus unanime, le plus ardent, le plus national? Que les faits parlent.
Les prêtres qui se rendaient aux églises
pour dire leur messe s’unirent pour la chanter, et entonnèrent ensuite le Te Deum, ce Cantique auguste d'actions de grâces au Seigneur.
Les respectables généraux Guajardo et Hernandez, les autorités militaires du district, vieux soldats l’un et l’autre, qui n'ont pas dans leur couronne de lauriers une feuille que le temps puisse flétrir, en se voyant ne purent proférer une parole et tombèrent dans les bras l’un de l’autre, noble spectacle dont la vue arracha des larmes aux officiers qui les entouraient. Lorsque l’alcade vint demander à l’archevêque la permission de faire sortir en procession la Vierge Immaculée, patronne de l'Espagne, avec la bannière et l’épée de saint Ferdinand ; le saint prélat fondit en larmes et l’alcade ne put retenir les siennes. A cette vue, un homme du peuple s’élança vers l’alcade en lui disant : «Seigneur alcade, permettez-moi de vous embrasser. » Le peuple cria qu’il
voulait voir son vénérable pasteur, et celuici se présenta au balcon et bénit son troupeau qui l’acclamait avec enthousiasme. La Vierge des Rois et le corps de saint Ferdinand furent découverts et les sentinelles d'honneur placées, comme de coutume, à côté de la noble relique. Dans sa magnifique chapelle, défilèrent en procession les confréries de femmes qui, à haute voix, rendaient grâces à la Vierge. Différents corps de musique parcouraient les rues , suivis d’une multitude ivre de joie, qui poussait des hourras à la Reine, à l'Espagne, «+ l’armée, aux généraux qui l'avaient conduite à la victoire, et qui s’arrêtait devant les maisons où se trouvaient des officiers blessés dans cette glorieuse campagne , pour les acclamer aussi,
Sur la place, un marchand d’oranges abandonna sa boutique et sa marchandise, en laissant une inscription où on lisait: « Le
maître de cette boutique est devenu fou de
joie et a tout planté là. » D’autres brisèrent les cruches d’un porteur d’eau (dont ils remboursèrent aussitôt la valeur), en disant :
«— Qu'y a-Hl là?» — «Del’eau. » — « Aujourd’hui à Séville, on ne boit que du vin. » Plus loin un autre groupe criait: « Personne ne doit dormir cette nuit; quiconque dort est un Anglais ! » — « Quelle joie! disaient les femmes , il y en a moins le samedi saint! » Des drapeaux sur les édifices, des tentures à toutes les fenêtres, partout les belles rumeurs de l’allégresse.
— «Dépêche iélégraphique, criaient les aveugles aussi fous que les autres, annonçant l'entrée de nos vaillantes troupes dans la grande cité de Tétuan, et que le diable a emporté les Maures. — Vive l’'Espagne! vive la Reine! vive l’armée ! vivent les Maures! — Bonhomme, que dites-vous là ? vivent les Maures? — Oui, pour qu’on recommence à les tuer. »
Tel est l’enthousiasme du peuple Espagnol,
quand il est unanime, légitime et de bon aloi. Il court aux églises, il porte en procession la Vierge Immaculée, il pousse des vivats à la Reine, à ses prélats, à ses autorités, à sa patrie, à l’armée qui lui donne puissance et gloire, à son général en chef et aux généraux qui la mènent, à ceux qui rapportent de la guerre de glorieuses blessures, et l'odieux muera ne se retrouve plus sur ses lèvres, pas même pour ses féroces ennemis.
Et vous autres qui êtes en Afrique, qui avez procuré une telle joie à votre patrie, et ne pouvez être témoins de la reconnaissance dont elle paye vos services !
On pourra trouver exagéré cet enthousiasme unanime et frénétique à l’occasion de la prise d’une ville maure , si éclatant que soit le fait d’armes qui l'a mise aux mains des Espagnols. Mais il ne l’est pas, car, en premier lieu, le peuple, vu son admirable instinct, sait que l'issue en toutes choses est ce quileur donne leur valeur; ilsait aussi que
ce dont l'Espagne est redevable à son armée, ce n’est pas seulement de la possession d’une ville maure et des autres avantages qui en découlent, mais que des cendres du bûcher marocain renaît le phénix espagnol, et qu'il prend son essor vers un glorieux avenir ; en second lieu, par ces démonstrations politiques, par cette ardente expansion, le pays paye à son armée trois mois d’admiration, d'intérêt et de sympathie. Il devait cela à ses souffrances, à sa constance, à sa valeur incomparable, à son humanité sans bornes.
C'était la dette de la patrie, et elle l’acquitte en amour, en admiration et en enthousiasme.
Le 8, encore la même allégresse; processions , salves et coups de fusil en si grand nombre qu'il se brûla, dit quelqu'un, autant de poudre que ‘pour prendre Tétuan. Le 9, une des rues principales fut nommée la rue de Tétuan; l’'Ayuntamiento, pour la baptiser de ce nom, s’y rendit, à huit heures du soir, avec le portrait de la Reine.
LES DETTES ACQUITTÉES. jai
En attendant, Maria ne savait rien de Juan Jose. Il courait des bruits exagérés sur les pertes au prix desquelles la grande victoire avait été achetée. Maria ne put contenir son inquiétude, et avec beaucoup d’autres mères de la campagne elle partit pour la capitale où devaient être conduits les blessés, qui pourraient peut-être lui donner des nouvelles de ses fils.
La mère et la fille arrivèrent à Séville dans la soirée du 9, et après avoir pris un moment de repos dans une auberge, elles allèrent s'informer du lieu où l’on avait logé les blessés récemment amenés.
Une foule immense, une clameur enthousiaste les avertit que s’avançait la procession qui promenait le portrait de la Reine. Elles montèrent, pour la laisser passer, sur le banc de pierre d’un zaguan (4. Cinq éclaireurs à
(1) On appelle zaguan, en Andalousie, un petit ves-
tibule placé entre la porte dela rue et la grille qui donne
accès dans la cour intérieure des maisons.
(Note du Traducteur.)
cheval ouvraient la marche avec une nombreuse musique. Suivait la garde municipale à pied; on portait ensuite quatre bannières escortées par un certain nombre de personnes avec des torches enflammées. Puis venaient les blessés d’Afriquecouronnés de lauriers, et portant des banderoles où on lisait écrits en lettres d'argent les noms des principales victoires remportées par l’armée. Après eux marchait l’ayuntamiento, présidé par le gouverneur civil et par le portrait de notre auguste souveraine que soutenaient deux des conseillers. Un détachement d'infanterie fermait la marche, ayant à sa tête une autre musique.
— « Voici les blessés! » disaient les gens entassés; et les vivats devenaientplus enthousiastes, et les larmes ruisselaient sur les joues des fenimies- MS sarrétsient interdites, avant d'aller se perdre entre de noires ou de blanches moustaches.
— «Voyezcelui-ci, pauvre garcon! ilnepeut
marcher seul, et on le soutient, » disait-
on à côté de Maria, en montrant un jeune homme qui, le bras et l'épaule bandés, le front pâle, couronné de lauriers, et élevant d’une main une banderole où il était écrit :
Tétuan, cheminait avec un visage æmable.
amaigri et modeste, appuyé sur le bras d’un robuste vieillard dont le regard superbe et
ravi semblait dire à tous : Ge brave est mon
fils ! — Maria, dont le cœur, depuis tant de jours, était en proie à la crainte, à l’espérance, à l'enthousiasme et à l'anxiété, jeta un
cri que lui arrachèrent tous ces sentiments à à la fois, en reconnaissant son fils dans le jette æretere. el glorieux blessé, et tomba dans les
bras de Catalina.