‹ Les dettes acquittéesChapitre 6 sur 15 · UN PAUVRE HOMME DE LA CAMPAGNE · texte numérisé non relu

UN PAUVRE HOMME DE LA CAMPAGNE

Quoique les lieux habités des sierras de PAndalousie, à cause de leur élévation, jouissent pendant l'été d’une température plus modérée que ceux des basses-terres, toutefois, aux heures de soleil, comme on dit dans le pays, la réverbération de l’astre sur les roches

(1) C’est la formule usitée en Espagne pour refuser

l'aumône à un pauvre. (Note du Traducteur.)

qui se trouvent dans lesterrains montagneux y fait sentir une chaleur sèche, ardente, passagère,ilest vrai, mais plusirritante que dans la plaine. Ceux qui souffrent surtout de ses effets dévorants, ce sont les moissonneurs nomades qui, après avoir rentré la récolte dans leur province, vont demander du travail à celles qui peuvent encore leur en procurer. Une grande partie de ces moissonneurs vont de la province de Grenade à la sierra de Ronda, où ils sont les bienvenus, et où ils recueillent le fruit de leur pénible labeur, pourvu que la maladie, cette plaie du pauvre, ne vienne point les accabler et en finir avec ce qu'ils ont gagné ou avec leur vie.

À une époque de foi, un petit hôpital

destiné aux pauvres étrangers fut établi à Bornos, un de ces villages qui, pareils à de veris rameaux, frangent le pied de la sierra ; cet hospice, qui, en hiver, demeurait fermé, recueillait, durant l'été, beaucoup de ces pauvres moissonneurs que l'intensité de la cha-

leur faisait tomber malades et qui n’avaient là ni maison ni foyer.

En 183... vers le soir de l’un des jours les plus dévorants de l’été, était assise à la porte de sa maison, dans le pays que nous venons de nommer, une femme d’un aspect doux et bienveillant, occupée à hacher les tomates et les piments, et à émietter lepain, qui devaient servir au sain, nourrissant et savoureux gazpacho du souper (1); non loin d'elle, dans la rue, jouaient ses deux enfants, un petitgarçcon de sept ans et une petite fille de cinq ans.

Comme Bornos se trouve, en grande partie, entouré de huertas et de plantations d’orangers, situées sur le versant de la plaine où il est lui-même assis, et que c'était l'heure où

(1) Le gazpacho est le mets favori des paysans de l’Andalousie. C’est une soupe froide qui se fait avec de l’eau, du sel, du vinaigre, de l'huile, du pain, des tomates, des piments, de l'ail et du concombre. Elle est à la fois trèsnourrissante et très-rafraichissante.

(Note du Traducteur.)

elles sont arrosées par les claires et abondantes eaux des sources voisines, la brise apportait d’entre les feuilles des arbres de ces huertas, avec le chant des oiseaux qui disaient adieu au soleil, un air frais et parfumé, comme si la nature, cette bonne mère, faisait un éventail de ces arbres pour en rafraîchir le front de l’homme , sa créature de prédilection. La facade de la maison jouissait déjà des douceurs de l'ombre, pendant que le soleil dorait encore vis-à-vis ce que l’on apercevait de là, c’est-à-dire les montagnes qui, de l’autre côté de la vallée, se dressent avec leurs crêtes inégales, comme de dociles chameaux qui auraient reçu le fardeau de vignes, d’oliviers et de cultures de tout genre que l’homme leur confie.

La mère absorbée dans sa tâche, n'avait pas remarqué qu'un autre enfant de plus pauvre apparence s'était approché des siens, et elle n'avait pas entendu le dialogue suivant,

— Tiens! dit l'enfant de Bornos à l’étranver, je ne te connais pas ; comment t’appellesiu ?

— Miguel, et toi?

— Gaspar.

— Et moi, je m'appelle Catalina, ajouta la petite fille qui voulait aussi être connue de ce nouveau camarade.

— Je sais l'histoire de santa Catalina, dit celui-ci.

— Tu la sais ? alors dis-la-moi.

Et l’enfant commenca ce qui suit :

Santa Catalina! demain c’est fa fee / Tu monteras au ciel avec #aessainte allégresse., Et saint Pierre dira ea te voyant venir :

— Quelle est cette femme qui heurte ici ?

— Je suis Catal'na et je voudrais entrer.

— Entre, blanche colombe, dans ton colombier.

— Comme elle est jolie! s’écria la petite fille, en sais-tu une autre ?

— Regarde, Catalina, lui cria son frère qui

élait occupé à manger des fèves grillées :

regarde, il y a dans cette fève un ver mort, un ver grillé.

Et il se mit à chanter :

Le petit ver est mort, Que Dieu lui: pardonne !

Les grosses cigales

Le portent en terre.

— Veux-tu m'en donner, des fèves? dit le petit étranger d’une voix suppliante.

— Oui, prends; tu les aimes beaucoup, beaucoup? 4, 4

— Oui, je Tes“aime, mais si je t'en demande, c’est que j'ai bien faim.

— Comment? {u n’as pas diné?

— Non.

— Ni déjeuné ?

— Non.

— Mae, mae ! crièrent aussitôt les deux enfants, en s'adressant à leur mère, ce pau-

vre petit n’a ni dMmé ni déj cunéçeet-il a-bien faim; donnez-nous du pain pour lui en denner.

— Tu n'as pas dîné? ditla bonne femme, en donnant un morceau de pain à l’enfant, avec cette charité affectueuse, si naturelle aux femmes envers les enfants ; tu n’as pas de parents, mon pauvre petit ?

— Si, mais ils n’ont pas de pain à me donner.

— Prends, petit! et où sont tes parents ?

— Là-bas, répondit l'enfant, en montrant avec le doigt une ruelle qui faisait angle avec ja rue et que formaient les clôtures des corrales voisins (1).

La bonne femme, suivie des enfants, se dirigea de ce côté. |

Sur l'herbe sèche, adossé à un mur de terre vers lequel il avait la tête tournée, était étendu un homme misérablement vêtu ; #

(1) On appelle en Andalousie Corral et Corrales an

pluriel de grandes cours qu’entourent des logis occupés par de pauvres familles. (Note du Traducteur.)

76 LES DETTES ACQUITTÉ S: p.

Ênt. Serroif de arr

#él'un mouchoir près de lui gisait une faucil'e échappée à sa main inerte, et on l’eût pris pour un cadavre abandonné si, assise par terre, à son côté, il n’y avait eu là une femme qui, la joue appuyée sur une main décharnée, tenait ses regards cloués sur lui, à travers les larmes qui, après avoir rempli ses yeux, sillonnaient son pâle visage, comme dans les temps d'orage on voit les eaux dela pluie filtrer à travers les ruines et sillonner leurs murs délaissés. Le soleil en se couchant

éclairait ce groupe lamentable de ses rayons qui se glissaient dans la ruelle, languissants el tristes comme les regards d’un ami qui se sépare d’un ami. :

A cet aspect la bonne femme, qui se nommait Maria, demanda à l’étrangère :

— Señora, qu'a donc votre mari?

= — Un coup de soleil qui me l'emporte, répondit avec une explosion de sanglots la pauvre femme inlerrogée.

— Ah! Jésus! ah! sainte Vierge! s’écria,

émue de compassion, la mère des enfants; et pourquoi ne pas avertir les gens et demander du secours? Serions-nous ici en pays d’hérétiques ?

— Je ne connais ici personne.

— Qu'est-ce que cela fait ? A-t-on besoin de se connaître pour être prochain ? Quoi donc ? sommes-nous chez les Maures, pour laisser mourir ainsi Ce pauvre homme? Non, tant que je vivrai..

En ce moment ils furent rejoints par un homme d’une figure bienveillante, énergique et sereine.

— Pae, pae ! crièrent les enfants, ce pauvre homme se meurt, et le petit qui est son fils dit qu'il n’a pas de pain à lui donner.

— Juan Jose, dit à son tour la mère des enfants, ce malheureux est ici sans secours : c'est quelque chose de bien triste. Si tu voulais, nous le prendrions chez nous, etonirait chercher le médecin.

— Et comment ne le voudrais-je pas? ré-

pondit le mari. Depuis que je suis au monde, ai-je dit une fois : Excusez-moi, au nom de Dieu! bénie soit la miséricorde divine! I ya toujours eu dans ma cuisine un petit coin pour les pauvres, surtout s'ils arrivent de nuit, s'ils sont étrangers, s'ils sontmalades, et ilyatoujours eu poureux un morceaudu pain dont j'ai mangé (1). L’as-tu oublié, femme ?

— Eh bien, alors, dit la femme, soulève-le, Juan Jose; je le prendrai par un bras et sa femme paï l’autre.

Aussitôt fait que dit. Les enfants prirent l’un la faucille, l’autre le chapeau, le troisième un misérable petit paquet de hardes, et tous s’acheminèrent vers la maison.

On étendit sur une des grandes nattes de jonc qui, dans les vignes et les cortijos, servent de lit aux travailleurs, une peau de mouton et des draps, et on y coucha le malade qui demeura plongé dans sa pro-

(1) Paroles textuelles d'un homme de la campagne qui

ont été entendues et recueillies. (Note de l'Auteur.)

fonde léthargie, pendant que Gasparito courait avertir le médecin ; on lui avait recommandé d'aller comme le vent (1). Le médecin arriva, déclara le malade en grand danger et ordonna plusieurs remèdes que l’on fit avec ce zèle et cette intelligence de gardes-malades, qui est une des nombreuses prérogatives du sexe que l’on appellele beau, et qu'il serait plus à propos d'appeler le compatissant, Après que les remèdes eurent été administrés, et grâce à une copieuse saignée, le malade fut un peu plus calme, et parut dormir d’un sommeil naturel et bienfaisant ; la famille put alors songer à souper de son frais et nourrissant gazpacho et de ces fruits si abondants dans le pays et si aimés de ce peuple frugal, élégant et délicat jusque dans ses appétits les plus matériels.

(1) I y a dans le texte por los aires, parle chemin de l'air, en fendant les airs, en ballon comme nous dirions familièrement. (Note du Traducteur.)

AMEL OT Me RETENU NES PVR. 4 SRE | 19 LE LUMET TE CARS AUT 2 » UE CL . ! Î te ; Dér Le ue l'A # LS Ù 1 Le, PARU AE ANT LOS U t & \ . (4 EL UNE . i ’ * + d LE ul à L

: SISSS PTT 1 CE i ; ° à tease es Seti DU. LE NE) pS# a suite PEER # f Hand a areluree sf: 0e DA | nor NS LES RAriria 4 4: séviraiattft HMS | ROUE: Te meibi! Hoiat ÉTAT PÉCES. PET | Li "M Vas Guerre if verres bat Res | mbnlqendEnarés NS | 98 ne ado DPRALL S + Heraetes, haben CETTE RATS Heat" Dan iqu a abri ann: ÿ #5 ; AIM ErREs fa Bulp ta qear Ta SEAT RER nT 40 chip Migtgor dy EX rh Fr ‘à yes NOR EURE fl ‘omis AR ES RSA he ho :# Isa up hat heat 8h Lo de Janatns i li

LE

Tradition: la connaissance d’une chose qui se transmet de père en fils.

Page 1