‹ Les dettes acquittéesChapitre 9 sur 15 · PROVERBE · texte numérisé non relu

PROVERBE

Deux mois après, c'était vers lami-janvier, Juan Jose, sa femme et sa fille étaient assis autour du brasero. Le ciel, depuis plastewns déesse 6 jours, était couvert, comme d’un suaire, d’un épais manteau de nuages, qui versaient leurs eauxavecune persistance peu commune dans les DO rs Le vent, qui soufflait de l’est, mugissait comme si, pour épouvanter l'Espagne, il apportait les menaçantes

clameurs des sauvages enfants de l'Afrique, et les rugissements de ses lions.

L 1 se ten

— Qu'ils doivent souffrir! dit Catalina d’une voix sourde et étouffée.

— Ah! Dieu de ma vie! ajouta sa mère; des marais pour sol, des tentes trouées pour abri, et le choléra qui les décime, et le Maure qui leur dresse des embüûches et les poursuit en trahison, et ces nuits éternelles qui dévorent les jours! Il n’y a pas de forces ét d'énergie capables de résister à tant de fléaux!

— Et ce n’est pas ce qu’il y a de pire, ajouta Juan Jose avec la franchise irréfléchie de la campagne, en donnant un grand coup de pied sur la terre et levant les yeux au ciel.

Quoi donc? Il y à quelque chose de pire? demanda Maria, le cœur plein d’anxiété et d’épouvante. Qu’y a-t-il encore, Jean Jose, qu'y a-t-il? parle! ia

— La faime reponditle mari d’une voix funèbre.

— Sainte Vierge Marie! s’écria la pauvre mère atterrée, que dis-tu là? hélas! mais les provisions ?

— Les provisions, on n’en trouve pas là; elles leur viennent d'Espagne et par mer; et quoiqu’on leur en porte en grande quantité , il faut les renouveler, et avec les gros temps qui ne laissent ni paix ni trêve, les oiseaux mêmes ne passent pas le détroit. Ce sont là, Maria, les hasards de la guerre; et . S'il a plu justement à Dieu de déchaîner en ce moment toutes ses tempêtes, c’est qu'il veut sans doute, Maria, éprouver notre valeur et notre constance, afin que nous nous adressions à lui, et lui demandions son puissant secours, et pour que la victoire achetée plus cher soit aussi plus brillante et plus glorieuse,.

— Ou plus sensibles et mieux pleurées les souffrances et Ja mort des nôtres, répliqua sa femme. Jésus! Jésus! l'intempérie du ciel, l'épidémie, partout des ennemis féroces et perfides, et la famine! qui pourrait ne pas perdre courage?

— Le soldat espagnol, Maria.

— Bah! les généraux et les gros bonnets quitteront la place,

— Pas un, Maria, pas un; ousi une blessure ou des souffrances trop vives en ramènent quelqu'un, il s’en reviendra désespéré, et parce qu'ilne pourra pas faire autrement. Je les connais, Maria, je les connais.

— Mais alors ils périront tous ?

— Bon! Dieu et la sainte Vierge sauront les tirer d'affaire. Tu le peux croire comme l'Évangile.

— En ce cas, demandons-le à Dieu, gémit la pauvre mère : O ma Mère, Mère des dé- ‘laissés, où sont mes fils à cette heure? que leur arrive-t-il? sont-ils vivants? s’ils le sont, que ne souffrent-ils pas, ou quel sort les attend, si tu ne les assistes? Que d’angoisses dans leurs pauvres cœurs! quel sera leur abattement! Ah! du moins, à ma Mère! si j'avais de leurs nouvelles! prions la Vierge d’intercéder pour eux.

Et la famille se mit à réciter le chapelet,

LES DETTES ACQUITTÉES. 127 avec cetle ferveur qui change la détresse en espérance et le désespoir en résignation ; et ils achevaient , lorsqu'un enfant cria de la porte :

— Père Juan Jose, mon père dit qu'il y a une lettré pour vous à la poste, et qu’elle vient de là-bas, du camp des Chrétiens.

Juan Jose, avec l’agilité d’un jeune homme de vingt ans, se précipita hors de la maison, pendant que Maria et sa fille tombaient à genoux, en levant leurs mains jointes vers une imae,de la Vierge.

Juan Jose revint avec un de ses compères qui savait lire, et qui lut à haute voix la lettre que le père apportait dans sa main tremblante : grec j

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