‹ Les deux abbés de Fénelon [microforme]Chapitre 10 sur 13 · AR AT NN TR SN A IA REED DR D ES · texte numérisé non relu

AR AT NN TR SN A IA REED DR D ES

Dieu, au Roy et à la Justice d'avoir contrevenu aux ordres de Sa Majesté et du dit Sr Gouverneur.’ Le malheureux Thomas, condamné le matin, était étranglé, le soir même, à 7 heures, sur le marché de la basse-ville, pendant que d’un autre côté on allumait le feu de joie de la Saint-Jean, en face du couvent des Récollets.

Evidemment,ce n'étaient pas des accusés vulgaires seulement que M. de Frontenac voulait effrayer.

Enfin, M. de Fénelon se décida à paraître devant le Conseil ; maïs comme il en récusait la compétence, il ne voulut pas s’y montrer dans la posture d’un coupable, c’est-à-dire debout et découvert.En entrant dans la salle.il s’avança vers la table, à l'extrémité de laquelle

dence du dit Sr. Morel, et de demander ‘à parler à luy, et en cas qu’il se présente de luy faire commandement de la part du Roy et du Conseil, de les suivre ; auquel s’il obéit, ils le conduiront, le plus honnestement et avec moins de scandale que faire se pourra, sans user d'aucune violence, dans une des chambres du Chateau de Québec, afin qu’il soit en lieu plus décent et moins incommode que les prisons ordinaires du Conseil. Et après luy avoir fait commandement d’y rester se retireront et avertiront le Sr. Provost, major, auquel Mgr le Gouverneur sera prié de luy ordonner auparavant de l’y recevoir et de l’y laisser en toute liberté de s’y promener. Mais si le dit Sr. Morel, après avoir ouy le commandement des dits huissiers, n’y voulait pas obéir, les dits huissiers se contenteront de dresser procès-verbal du refus du Sr. Morel et de sa désobéissance et d’en faire rapportau Conseil, etc., etc.”

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le gouverneur siégeait, environné de tous les conseillers, et s’y assit comme à la place qui lui était naturellement réservée. Personne ne s'attendait à cet incident.

M. de Frontenac ayant témoigné sa surprise.—Je ne veux point, répondit l'abbé, déroger aux priviléges que le Roi accorde à MM. les ecclésiastiques de parler assis et couvert.—Et il se couvrit. Cet acte n'avait rien d’insultant en lui-même : c'était une manière de protester, dont les annales du Parlement nous offrent plus d’un exemple. Il ne faut pas oublier non plus que les conseillers siégeaient toujours couverts. |

M. de Frontenac prétendit qu'il ne pouvait y avoir de privilége pour les ecclésiastiques accusés de crimes ; à ces mots de crime, l’abbé ne put réprimer un mouvement d'indignation.

—Ï1 le regretta sans doute, car lorsqu'il reparut devant le Conseil, qui avait délibéré à huit-clos, il se contenta de s'asseoir. M. de Frontenac, n'y tenant plus, lui commanda de se retirer.—ÆEst-ce le Conseil qui me donne cet ordre, dit M. de Fénelon se levant.—Le Conseil parle par ma bouche, quand je le préside. —Messisurs, reprit l’abbé, s'adressant aux conseillers, je suis extrêmement surpris de voir M. le ge lui qui est ma partie

parmi ceux qui veulent être mes juges : il ne doit point y être et je proteste.

Tels furent les incidents de cette première séance. Nous avons tenu à les rapporter d'après le procès-verbal même du Conseil, quoique ce document, signé et parafé par le gouverneur, réserve naturellement le beau rôle à celui-ci.

M. de Fénelon développa ses moyens de défense dans la séance suivante. : Nous citons ses paroles : ‘ J'ai comparu mardy dernier au Conseil, quoique je ne le reconnaisse pas pour mon juge, et que je l’ai protesté plusieurs fois, pour déclarer que mon affaire est pendante à l'officialité, qui m'a remis par devant mon Evesque, comme il paraist par la requête que j'ai en main. Mais comme on s’arresta à un incident imprévu, je ne pus faire ma déclaration, je la fais maintenant sous la même protestation sans prétendre déroger aux privilèges des ecclésiastiques, disant que je ne puis ni ne dois répondre au Conseil, jusqu’à ce que j'aye été jugé par mon Evesque et qu’il m’aye renvoyé au Conseil, si le cas le demande. Je déclare donc que je ne reconnais pas le Conseil pour mon juge, en cette uffaire, mais mon Evesque ; et que tout ce que le Conseil a fait et fera est nul jusqu'à ce qu'il soit mon juge

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compétent ; pour lors je répondrai dans les formes, si j'en dois observer d’autres que j'ay tenues, et. dirai les raisons pour lesquelles j'ay allégué que Mgr de Frontenac est ma partie, etc.” à

Cette protestation soulevait donc trois questions, 1° l'existence de l’officiulité ; 2° l'obligation d'y renvoyer lé procès commencé ; 3° la position au Conseil du gouverneur vis-àvis M. de Fénelon.

Les deux premières questions ne pouvaient être mises en doute que par un homme qui voyait des empiétements dangereux dans les bornes opposées à son autorité, Ses prédécësseurs avaient reconnu l'officialité ; après lui, les gouverneurs et “le Conseil la reconnurent encore (1). Quant au privilège des ecclésiastiques d'être jugés par l'autorité ecclésiastique, il est également incontestable ; il a pu disparaître comme tant d'autres depuis la

(1) Dès le 14 février 1659, c’est-à-dire avant l’arrivée de Mgr de Laval, M. d’Argenson renvoyait devant l’offcialité les habitants de Beauport, qui se plaignaient de leur curé.—( Journal des Jésuites, MS. Viger). En 1660, le gouverneur de Montréal reconnaît une sentence de l’official qui annulait un mariage. — MS. de sir L.-H. Lafontaine). Il serait facile de multiplier les preuves. Voir Ædits et Ordonnances, édition de 1855, t.2, pp. 160, 163.

conquête, mais c'était le droit de l’époque (1). Le roi d’ailleurs trancha la question en blâmant M. de Frontenac de n'avoir pas renvoyé l'accusé devant son évêque.

Malen prit à l’abbé de Fénelon d'avoir parlé de l'offcialité : le gouverneur, sans perdre un instant,voulut avoir le cœur net de ce tribunal, siègeant à côté du sien. L'abbé fut obligé d'attendre dans l’antichambre (2). Nous ne nous arrêterons pas à cet incident, pendant lequel huissiers et secrétaire voya:

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naire au Conseil, pour engager le grandvicaire, M. de Bernières, à venir donner des explications sur l'autorité qu’il s'arrogeait.

(1) Les juges ecclésiastiques, toutefois, ne connaissaient généralement pas des cas privilégiés. Sous cette dénomination assez élastique, on entendait ordinairement les crimes de lèse-majesté, de sédition, de port-d’armes, de fausse monnaie. Aussi M. de Frontenac chercha:t:il, du moins dans sa lettre au ministre, à présenter le cas de M. de Fénelon comme un eas privilégié : ‘Le cas.... étant du nombre des privilèges, les juges ecclésiastiques n’en pouvaient en aucune façon prendre connaissance.”’—(Lettre de Frontenac au ministre, déjà citée.)

(2) ‘ Et en ce faisant, le d. Sr de Fénelon ayant fait représenter au Conseil qu’il se trouvoit mal et demandoit la permission de seretirer chez luy cn attendant que le Conseil eust prononcé sur l’acte par luy requis, le Conseil a permis au d. Sr de Fénelon de se retirer à la Brasserie, enjoignant à l’huissier Roger,commis à sa garde, de rester toujours auprès de luy, et luy dire verbalement d'; attendreles ordres du dit Conseil.” —(Rég. du Cons. Sup., séance du 23 août 1674.)

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Après quatre longues séances, le Conseil put enfin s'occuper de l'accusé et, sans s'arrêter à sa récusation, le condamna à présenter son sermon dûment certifié.

Il est facile de reconnaître la main qui écrivit la sentence. M. de Fénelon, toutefois, s’en tint à ses moyens d'opposition, recusant surtout M. de Frontenac et les officiers du Conseil nommés avec son concours. Il est clair, en effet, que si ce dernier poursuivait le châtiment d’injures personnelles, il ne pouvait ni être juge, ni nommer les juges de sa propre cause. M. de Frontenac se récria contre l’injustice qu'on lui faisait en le prensx.. à partie, ‘€ Mes intentions sont mal interprétées, disaitil : ce que j'ai fait n’a été que pour maintenir l'autorité du Roi et pour faire respecter les ministres de la Justice. J'ai voulu assurer la colonie contre les ennemis de l'Etat qui sollicitent les Iroquois de renouveler la querre contre

. nous, pour donner enfin aux nations sauvages,

qui viennent de traiter avec nous, toutes les garanties possibles de sûreté. Lorsqu'il s'agit du service du Roi et de l'intérêt public, personne ne peut avoir le droit de me prendre à partie : auirement il n'y a pas un coupable qui ne pût éluder la punition due à ses crimes, en recusant les officiers du Conseil, qui ont

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été, ou nommés ou continués par moi, suivant l'usage de mes prédécesseurs et les intentions de Sa Majesté. Quant aux allégations du Sr abbé de Fénelon, je demunde acte à la compagnie de ce qu’elle sait. Ai-je gêné la liberté des suffrages ? ai-je voulu persuader autre chose que de rendre la justice ? Vous êtes témoins que je n'ai hurangué la compagnie que pour faire connaître mes raisons contre les causes de récusation.”

Mais M. de Frontena: oubliuit. qu'il se prétendait personnellement insulté par les discours et la conduite de M. de Fénelon (1) ; qu’il l'avait lui-même dénoncé au Conseil : en

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(1) ‘* Le premier (l’abbé de Fénelon) ne s’est pas con- . tenté d’avo:r déclamé contre moi dans les maisons partilières de Québec....; mais s’est encore avisé de faire à Montréal, le jour de Pasqués, un sermon si injurieux pour moi, si propre à porter les peuples à la sédition, que, etc., M. Dollier.... ayant fait demander je sermon à M. ce Fénelon, il fit une réponse si peu respectueuse, que si vous aviez le loisir de vous la faire lire, vous connaîtriez le caractère de son esprit et de son hu:neur ; il ajouta à cette réponse deux lettres qu’il m’écrivit si pleines d’injures et de mépris, qu’on n’écrirait pas dans ces termes au dernier des hommes. Voyant donc que je ne pouvais avoir aucune raison de tous ces outrages par les voies de civilité et de douceur que j'avais prises, et ne voulant pas me servir de mor autorité, j’eus recours à celle du Conseil.”—(Lettre déjà citée). On est porté à croire que le gouverneur s’exagérait les torts de son ancien ami quand on le voit parler en ces termes du refus qu’il fit de donner son sermon, et de sa récusation du Conseil, qui lui semble encore plus injurieuse. Nous avons cité ces pièces.

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voulant présider à la sentence, il assnmait le triple rôle de partie, d’accusateur et de juge,

Le poste élevé qu'il occupait dans la colonie donnait sans doute plus de gravité aux insultes dont il était l’objet, et devait en rendre le châtiment plus exemplaire, mais la justice et la dignité demandaient qu'il laissât à d'autres de prononcer ce châtiment qui devait, d’ailleurs, avoir peu d'influence sur les ennemis de l'Etat.

Le Conseil se contenta d'arrêter que le Roi serait consulté pour savoir si le gouverneur pouvait être pris à partie. Cette décision semblait surseoir indéfiniment du procès. M. de Frontenac en témoigna sa surprise, puis, voyant qu'on n'avait tenu aucun compte de ses protestations, il ajouta : ‘Messieurs, il est de la jus tice du Conseil ue ne pas demeurer dans le silence sur les accusations injurieuses portées contre moi. Si j'ai usé de contrainte et de violence pour ôter la liberté des suffrages, la compagnie n’en peut avoir de meilleure preuve que par elle-même. Elle doit déclarer si ces allégations sont vra'es, ou si elles sont

fausses. Je demande acte de tout ceci pour être envoyé à Sa Majesté.”

Le Conseil parut embarrassé : du moins

ses délibérations furent assez longues (1). A la fin on détermina : 10. qu’on donnerait acte à M. le gouverneur de sa déclaration; 20 que le Roi jugerait des causes de récusation et de prise à partie ; 30 que l'instruction du procès serait continuéo ; 4o enfin quo l'accusé remettrait ‘‘duns samedi,’—on était au mardi, — son sermon et les attestations qu'il avait fait signer en faveur de Perrot. Cet arrêt ne donnait au gouverneur qu’une demi-satisfaction.

Si son ancien ami était condamné, pour la troisième ou quatrième fois, à livrer le texte de son malencontreux discours, il demeurait lui-même sous l'effet d’une opposition qui blessait sa dignité. Il se plaignit amèrement au Ministre de ce qu'il regardait comme un

acte de faiblesse ‘ns une cour aussi haute que le Conseil Souverain.

“A partir de ce moment—11 septembre—

jusqu'au 27 octobre, le procès se poursuit fastidieusement : M. de Fénelon demandant toujours à être renvoyé devant ses juges, et tenant fort peu compte des ordres qu'il reçoit de garder son logis, de payer certains frais ; le

(1) Commencées après le dîner, elles durèrent jusqu’à la nuit tombante. ‘* Et entendu que la nuit est proche, remis à demain, sept heures du matin.” (Reg. du Cons. Sup., séance du 10 sept. 1674).

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Conseil déclarant toutes ses prétentions impertinentes. |

Enfin, vers le milieu de novembre, M. de Fénelon fut embarqué pour la France.

On ne voit pas que le Conseil ait été consulté sur un acte qui lui enlevait tout à coup un accusé dont on le pressait naguère de poursuivre le procès. Il est probable que M. de Fénelon en appela lui-même à la justice du souverain, D'un autre côté, il fallait en finir : le Conscil, placé entre des instances pressantes et une récusation très énergique, sembluit hésiter. Avec la marche qu’on avait suivie jusque-là, la cause aurait pu se prolonger indéfiniment : au lieu d'interroger les témoins et de prononcer sur leurs dépositions, on voulait forcer l’accusé à fournir le certificat de ces témoins, ce qui paraît au moins étrange.

Quoi qu'il en soit, au moment de s’en rapporter à la décision de son maître; M. de Frontenac semble croire qu’il s’est trop avancé : son langage laisse percer de la crainte : c'est à sa pitié qu'il fait appel.

‘“ Je fais repasser M. Perrot en France avec M. l'abbé de Fénelon, afin que vous jugiez de leur conduite ; pour moi, je soumets la mienne à tout ce qu’il plaira à Sa Majesté de m’imposer, et si j'ai manqué, je suis prêt

de subir toutes les corrections qu'il lui plaira m'ordonner,

‘€ Mais il y va trop de l'intérêt du Roy pour laisser de pareilles désobéissances impunies dans un pays où ce mauvais exemple serait bientôt suivi de beaucoup d’autres.... Un gouverneur serait ici bien à plaindre, s’il n’était pas appuyé, n’y ayant personne en qui il se puisse fier, étant obligé de 8e défier de tout le monde, et quand il commettrait quelque faute, elle serait assurément bien pardonnable, puisqu'il r’y a point de panneaux qu’on ne lui tende et, qu’apres en avoir évité cent, il est bien difficile qu’il ne donne dans quelqu’un.

« L’éloignement même où il est et l’impossibilité de recevoir de nouveaux ordres qu’après un fort long espace de temps, font que ses fautes ne sauraient jamais être petites; parce qu’elles ne sauraient jamais être courtes.

‘ Ainsi, Monseigneur, j'espère que quand il me serait arrivé d'en faire quelqu'’une qui pourrait déplaire à Sa Majesté, elle aura assez de bonté pour compâtir et pour croire que ç aurait été plutôt par un excès de zèle à faire mon devoir et à accomplir ses intentions que par aucune autre raison.” (1)

(1) Lettre déjà citée.

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Nous avons déjà cité au commencement de ce travail la réponse de Louis XIV :

‘“ J'ay blasmé, disait le roi, l’action de l'abbé de Fénelon, et je luy ay ordonné de ne plus retourner au Canada. Muis je doibs vous dire qu'il estait difficile d’instruire une procédure criminélle contre luy, n’y d’obliger un prestre du Séminaire de Saint-Sulpice qui sont à Montréal, de déposer contre luy ; il fallait le remettre en les mains de son évesque ou du grand vicaire pour le punir par les peines ecclésiastiques, ou l’arrester et le faïre repasser ensuite en France par le premier vaisseau.”

Ces deux pièces terminent le procès et rendent les commentaires inutiles.

Rentré en France, l'abbé de Fénelon paraît s'être renfermé dans une grande solitude :

du moins, nous le perdons complètement de vue à partir de ce moment, sans pouvoir dire s’il se retira dans la communauté de Saint- Sulpice ou chez son oncle, l’évêque de Sarlat. Il vécut tellement ignoré, que les annotateurs des (Œuvres de Fénelon le font mourir en Canada ; mais il est certain qu’il mourut en France, en 1679, dans toute la vigueur de

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l'âge—il n'avait que trente-huitans—usé sans doute par ses travaux de missionnaire et par une énergie désormais condamnée à l’inaction.

Il disparaissait de la scène du monde précisément au moment où son jeune frère commençait à y briller, lui laissant un héritage que celui-ci avait songé un instant à recueillir.

C'était au moment où il venait lui-même d’être élevé au sacerdoce ; le futur archevéque de Cambrai avait senti le zèle apostoli-

que s’allumer en lui ; mais quoique ses regards se fussent tournés du côté de l’Orient pleins d’admiration et de désirs (1), on peut se demander si son intention première n'avait pas été de venir dans ce Canada où l’appelait un exemple bien cher, où l’attendaient toutes les sympathies de cette maison de

(1) ‘‘ Il faudrait citer toute entière la charmante lettre où il fait connaître son pieux dessein.” La Grèce entière s'ouvre à moi....]e me sens transporté dans ces beaux lieux et parmi ces ruines précieuses pour y recueillir, avec les plus curieux monuments, l’esprit même de l’antiquité. Je cherche cet aréopage où saint Paul annonça aux sages du monde le Dieu inconnu. Mais le profane vient après le sacré, et je ne dédaigne pas de descendre au Pirée, où Socrate fait le plan de sa république. Je monte au double sommet du Parnasse : je cueille les lauriers de Delphes et je goûte les délices de Tempé. Quand est-ce que le sang des Turcs se mêlera avec eelui des Perses sur les plaines de Marathon, pour laisser la Grèce

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Saint-Sulpice, qu’il a toujours vénérée. Il est certain que si jamais il a formé un pareil projet, il dut y renoncer à la nouvelle du coup qui frappait son aîné pour n’exciter aucune susceptibilité, comme il renonça à celui d’aller dans les missions orientales, retenu par des motifs qu'il appela, plus tard, faiblesse et manque de courage. (1)

Tout le monde sait ce que cette faiblesse lui réservait de faveurs et dé disgrâces. Le comte de Frontenac put entendre du Canada, comme un écho lointain des éloges donnés à la beauté du caractère, à la solide piété de l'archevêque de Cambrai, et presqu'en même temps, sur son lit de mort, apprendre la double disgrâce qui venait de frapper l’auteur des Maximes des saints. Ses souvenirs lui

entière à la religion, à la philosophie et aux beaux-arts, qui la regardent comme leur patrie ?

Arva, beata Petamus arva, divites et insulas.

Je ne ‘’oublierai pas, 6 île consacrée par les célesies vi. sionsdu « sciple bien-aimé! 6 heureuse Patmos,j’irai baiser sur ta terr- les pas de l’apôtre et je croirai voir les cieux ouverts ! Là, je me sentirai saisi d’indignation contre le faux prophète. ...là, je bénirai le Tout-Puissant qui bien loin de précipiter l’église, comme Babylone, enchaîne le dragon et la rend victorieuse. —(Œnvres de Fénelon, édit. de 1827, t. 2, p. 290. Lettre du 9 oct. 1674.)

(1) Sermon de l’Epiphanie, prononcé le 6 janvier 1685. Ce passage aurait dû inspirer quelque doute à ceux qui affirmaient l'identité des deux abbés.

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