‹ Les deux abbés de Fénelon [microforme]Chapitre 4 sur 13 · AE CES · texte numérisé non relu

AE CES

C'est ce que nous le supplions très humblement de vous accorder par ses mérites, par l'itercession de sa très-sainte Mère, du Bienheureux Saint Joseph, Patron spécial de cette église naissante, de tous les saints anges tutéfaires des âmes qui sont sous nostre charge et de tous les saints Protecteurs de ce Christianisme. à

-‘ Donné à Québec ce quinzième de septembre mil six cent soixante-huit,

‘ FRANÇOIS, évesque de Petrée.”

Munis de leurs instructions, nos deux mis-

sionnaires s'emburquèrent à la Chine (1), le deux octobre. Leur voyage ressenbla à tous

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(1) Ce nom venait d’être imposé à cette ancienne paroisse en même temps que La Salle y tentait un établis. sement. Exprimait-il une pensée railleuse, une confiance aveugle dans des projets de découverte ? nous n’en savons trop rien. Voici comment M. Dollier constate la date de l’appellation sans en donner la cause. ‘‘ Il faut que nous commencions (de J’automne 1667 à l’automne 1668) par cette transmigration célèbre qui se fit de la Chine en ces uartiers, en donnant son nom pendant cet hiver à une de nos côtes d’une façon si authentique qu’il lui est demeuré, si elle nous avait donné aussi bien ses oranges et autres fruits qu’elle nous a donné son nom (quand même nous aurions dû lui laisser nos neiges en la place) le présent serait plus considérable, maïs toujours son nom en attendant est-il quelque chose de grand et fort consolant pour ceux qui viendront au Mont-Koyal, lorsqu'on leur apprendra qu’il n’est qu’à trois lieues de la Chine et w’ils y pourront demeurer sans sortir de cette isle qui a l'avantage de la renfermer. (Æästoire du Montréal).”

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les voyages qu'on entréprenait alors avec les enfants de nos forêts. Manier l’aviron sur ler fleuve, porter les fardeaux pour éviter les rapides, souffrir de la faim, courir le danger d'être massacré dans un moment d'ivresse, ou abandonné sous le plus léger prétexte : voilà ce à quoi l'on devait s'attendre en mettant le pied dans un canot d'écorce, et c’est ce qui ne manqua point à l'abbé de Fénelon et à son eornapagnon de voyage. Encore, malgré tous kursefforts, n’avançaient.ils que lentement : l'automne se faisait sentir ; la neige commen

gait à blanchir la terre, quand enfin ils arrivèrent à Kenté.

‘ À ja fiu, écrivait M. Trouvé à M. Dollier de Caswn, à force de nager, le jour de la fête St. Simon et St. Judes, nous arfivâmes à Kenté... On ne peut pas être reçu avec plus d'amitié que nous reçurent ces barbares, cha- <un fit tout ce qu’il put.” L'un avait donné la moitié d’un orignal, l’autre les régalait de citrouilles frieassées avec de la graisse, qui furont trouvées excellentes.” Un pauvre homme apportait quelques poissons qu'ilavait eu beaucoup de peine à pêcher ; une bonne vieille, par une attention dont nos mission- -naires durent apprécier la délicatesse, mettait dans sa sagamité une poignée de sel, seul luxe

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que lui permît 6a pauvreté (2). ‘“ Iln'ya rien, ajoutait M. Trouvé, qui soit plus capable de mortifier un iroquois quand il voit arriver quelqu’étranger dans son pays etqu'il n’a rien de quoi lui présenter ; ils sont forts hospitaliers et vont très-souvent convier ceux qui arrivent à leur nation de venir loger chez eux : il est vrai que deruis qu'iis hantent les Européens, ils commencent à se comporter d’une autre façon ; mais voyant que les Anglais et les Flamands leur vendent tout jusqu’à une .

pomme, ils les aiment moins que les Français qui, ordinairement, leur font présent de pain et autres petites choses qu'ils ont chez eux.”

Aussitôt arrivés au terme de leur voyage, nos missionnaires commencèrent leur œuvre:

de prédicatior et de: régénération. Nous ne possédons malheureusement sur leurs travaux que très-peu de détails : fidèles à l'esprit de leur maison, ils ne souhaitent ‘“ rien de plus sinon ce qui s’est passé à Kenté, ne fût connu que de celui à la gloire duquel doivent tendre toutes nos actions.” Nous n'avons, pour nous renseigner, qu’une lettre, encore inédite, en-

(2) Il provenait sans doute des sources salines qui se trouvaient dans les environs. Heriot (7>ave/s through the Canadas, London, 1807, p. 136) prétend qu’on a essayé, mais inutilement, d'employer ce sel pour :4 conservation des viandes.

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voyée en 1672 par M. Trouvé à M. Dollier de Casson. L'évêque de Petrée, qui avait annoncé dans les Relations de 1668 les espérances que lui donnait cette nouvelle mission, aurait désiré que les résultats en fussent connus dans l'intérêt de la religion. ‘ Monseigneur,” lui dit M. de Fénelon à qui il demandait des détails pour ajouter à ceux que les Relations publiaient annuellement, “Monseigneur, la plus grande grâce que vous puissiez nous faire, c’est de ne rien dire de nous.” Nous savons toutefois que l’abbé de Fénelon montra le zèle d'un homme brisé aux fatigues de l’apostolat et de la vie sauvage. Dès le printemps de 1669, il descendait à Monciréal dans l'intérêt de sa chère mission, et il remontait au bout de qu2lques jours a7ec un nouveau compagnon (1), conduisant lui-même son canot, le

£ É traînant dans les portages, souvent enfoncé P ges,

: dans l’eau jusqu'aux bras, les pieds déchirés D et ensanglantés, toujours gai, toujours actif, h amplement récompensé de toutes ces fatigues

D par le baptême d’un enfant moribond. Arrivé

É à Kenté, il trouve une députation des Tson-

(1) M. Cicé d’après M. Faillon, Wie de /a Sœur Bour-

} geoys ; M. d’Urfé d’après la lettre de M. Trouvé.

26 LES DEUX ABBÉS DE FÉNELON nontouans de Gandatsetiagon (1) qui demandaif une robe noire, Sans balancer, il s’embarque avec eux et s’en va passer l'hiver dans leur village.

L'année suivante, il fait un voyage en France (2), nous ignorons pour quel motif.

Ce fut peut-être à l’occasion de la mort de son père, dont il n’est plus question à partir de cette époque ; peut-être aussi pour solliciter des secours qui lui permissent de soulager la misère, parfois extrême, de ses néophytes.

À Paris, il trouva plusieurs membres de sa famille, Son frère cadet, avec lequel on l’a si souvent confondu, puisait au séminaire de Saint-Sulpice ces vertus qui ont mis la gloire de l’évêque encore au-dessus de celle de l’écrivain. L’aîné était en faveur auprès de la princesse Conti (3), et il ne fut sans doute pas

(1) C’est ainsi que M. Trouvé écrit ce nom ; mais les cartes de Bellin et de Vogondy mettent Gandafsiason, Kanatsiakon d’après l’ortographe actuelle. Le KR. P. Antoine, qui a eu la complaisance de nous fournir plusieurs renseignements, nous apprend que ce mat signifie dans la chaudière (de oriatsia, chaudière, et üe ‘a finale kon, dans). On sait que chez nos sauvages la plupart des noms de lieu étaient des woms parlants, indiquant un accident topographique ou un évériement passé.

(2) Faillon, Wie de la Sœur Bourgeoy:, t. I.,p. 212, etc. (3) Œuvres de Fénelon, t. 7, p. 392.

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étranger aux libéralités que cette sainte princesse, comme l'appelle Mme de Sévigné, fit cette année-là même aux Sœurs de la Congrégation. Mais l'événement principal du voyage de notre abbé fut la rencontre qu'il dut faire de M. de Frontenac chez le marquis de Fénelon, son oncle. Le comte de Frontenac et le marquis de Fénelon étaient frères d'armes, Tous deux arrivaient de Candie (1),où ils s'étaient rendus, le premier désigné par Turenne comme le plus digne de commander l’armée vénitienne (2), le second comme volontaire à la tête de quatre cents gentilshommes (3).

Tous deux s'étaient couverts de gloire à ce siège mémorable qui coûta si cher aux vainqueurs. Notre futur gouverneur 8e lia d’amitié avec l’abbé de Fénelon. Les récits du missionnaire eurent-ils quelque influence sur l'ême ardente du guerrier ? l’engagèrent-ils à venir dompter les farouches Iroquois, lui

(1) ““ Candie, capitale de l'fie de ce noin, ville trèsforte bâtie sur les ruines de l’ancienne Héraclée, se rendit, le 16 septembre 1669, aux Turcs qui la prirent aux Vénitiens, après plus de trois ans de siège, ndant lequel ils perdirent plus de 180,000 hommes.” (Nicole de la Croix, édition de 1817.)

(2) Oraison funèbre du comte de Frontenac. Manvscrit du séminaire de Québec.

(3) Voir sur la bravoure de ce digne militaire, ce que disent le cardinal Bansset, Vie de Fénelon, et M. Faillon, Vie de M. Olier.

qui avait affronté le cimeterre des Turcs ? à demander un poste dont les difficultés et l'éloignement convenaient si bien à la grandeur et à l'ambition de son caractère ? Ce que nous savons, c'est qu'il fut plus heureux que le comte de Grignan qui aspirait au même honneur (1) ; M. de Frontenac fut nommé gouverneur de toute la Nouvelle-France au commencement d'avril 1672. Il s’empressa, une fois installé à Québec, de donner à l’abbé de Fénelon une marque de l'estime qu'il lui portait.

M. de Fénelon, voyant que le succès de la mission de Kenté ne répondait ni aux efforts

(1) Le jour de la nomination de M. de Frontenac, 7 avril, Mme de Sévigné écrivait à sa fille : ‘‘ Ayez une vue du Canada comme d’un bien qui n’est plus à portée ; M. de Frontenac en est le possesseur. On n’a pas toujours de pareilles ressources ; mais quoi que votre philosophie vous fasse imaginer, c’est une triste chose que d’habiter un nouveau monde, et de quitter celui qu’on connaîtet qu'on aime pour aller vivre dans un autre climat avec gens qu’on serait fâché de connaître en celuici. ‘On est de tout pays” ; ceci est de Montaigne ; mais, en disant cela, il était bien à son aise dans sa maison.” (Lettres de Mme de Sévigné, édition de Monmerqué, t. III, p. 7). Il est facile de prévoir la douleur de Mme de Sévigr.é si Mme de Grignan était venue au Canada. Que de lamentations et de pleurs ! Quelles charmantes lettres cette cruelle séparation nous aurait values, et qu’il serait intéressant aujourd’hui de voir les hommes et les choses du Canada appréciés par Mme de Sévigné !

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LES DEUX ABBÉS DE FÉNELON 29 ni aux sacrifices qu'on y faisait (1), prit la résolution de se consacrer à l'éducation des jeunes enfants sauvages. Il crut avec raison que c'était un des moyens les plus efficaces de travailler à la conversion et à la civilisation de ces peuples déchus. Le moment semblait d’ailleurs très-favorable pour reprendre ce projet plusieurs fois tenté et toujours abandonné. Les Iroquois, comme nous l'avons vu,brisaient peu à peu les liens qui les avaient retenus jusque-là dans leur étroit territoire : ils cherchaïent à se rapprocher des Français

à mesure qu'ils subissaient l'influence du christianisme. D'un autre côté, le roi ne pouvait manquer de seconder ce projet qui entrait si bien dans ses vues : il avait souvent exprimé le désir de voir civiliser les sauvages pour en faire, suivant le cas, des alliés fidèles ou des sujets dévoués (2). Elever ces différentes tribus à la dignité de nation, leur inspirer les sentiments de l’hcnneur et de la justice, c'était là sans doute une idée pleine de générosité et de grandeur ; mais pour Louis XIV, une nationalité ne pouvait exister en dehors de la na-

(1) M. Faillon, V3e de la Sœur Bourgeoys, t. I, p. 24. Le P. Leclercq, Æfablissement de la d'oy, t. IL, p. 80. (2) Documents de Paris, t. IX. Correspondance offi-

cielle de cette éponue ; mais surtout les instructions de Colbert à M. de Courcelle.

tionalité française : la civilisation, c'était Ja langue française, et, comme on disait alors, les coutumes françaises. - Au milieu des splendeurs du Louvre ou de Versailles, il ne pouvait comprendre qu'une peuplade soumise à sonscéptre restât étrangère à cette civilisation, quand toute l’Europe en subissait l'influence. M. de Frontenac, qui avait eu occasion de constater avec un légitime orgueil les effets de cette influence en Allemagne, sur la fière république de Venise et jusque chez les Turcs, partageait l'erreur de son maître. Dès son arrivée en Canada, mais surtout dans l’assemblée solennelle des Etats qu’il avait tenue à Québec pour donner aux premiers actes de son administration plus d'éclat et d'autorité, il avait hautement témoigné sa surprise de trouver si peu de français chez les sauvages (1). Un pareil état de choses constituait à ses

(1) ‘ Quand il pourra dire à Sa Majesté que les Réligieux qui sont employés dans les missions s'appliquent avee plus de zèle que jamais à la conversion des Sauvages ; qu’ils songent par des moyens qu’ils n’ont peut-être pas encore pu pratiquer, à les rendre sujets de J.-C, et du Roi tout ensemble, ec qu’il verra que, dans la pratique et le commerce qu’ils ont continuellement avec eux, ils leur inspirent l’envie d’apprendre notre langue et de quitter des mœurs et une façon de vivre qui est aussi contraire et opposée à l'esprit du christianisme qu’elle l’est au sentimert d’une personne véritablement raison-

nable ; ils doivent être persuadés qu’ils recevront des nouvelles marques de protection,” etc. Harangue pro-

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yeux un véritable désordre : comment pouvait-on être [roquois ou Huron ? faire profession de christianisme et parler une langue barbare ? Aussi, quand l’abbé de Fénelon lui fit part de son projet, l’accueillit-il avec empressement et le seconda-t-il de toutes ses for-

noncée par M. le comte de Frontenac à l’assemblée tenue à Québec le 28 octobre 1672, en l’église des P. P. Jésuites, ces religieux employés dans les missions !

‘ J'ai fort témoigné aux P. P. Jésuites l’étonnement où j'étais de voir que de tous les sauvages qui sont avec eux à Notre-Dame de Foi qui n’est qu’à une lieve et demie de Québec, il n’y en avait pas un qui parlât français, quoiqu'’ils fréquentent continuellement parmi nous, et leur ai dit que je croyais que dans ieurs-missions ils devaient songer, en rendant les Sauvages sujets de Jésus- Christ, de les rendre aussi sujets du Roi : que pour cela 1! leur fallait inspirer l’envie d’apprendre notre langue, comme les Anglais leur apprennent la leur, essayer de les rendre plus sédentaires, et de leur faire quitter une vie si opposée à l’esprit du christianisme, puisque le véritable moyen de les rendre chrétiens était de les faire devenir hommes Æais (Ecriture chiffrée) quelque mène qu’ils fassent, ils ne veulent pasentendrece langage, et pour vous parler franchement, ils songent autant à la conversion du castor qi’à celle des êmes, car la plupart de leurs missions sont de pures moqueries, et je ne croirnis qu'on leux dût permettre de les Dendre Plus loin, jusqu’à ce qu'on vit une église de ces sauvages mieux Pons. J'ai fort exhorte Messieurs du Séminoire de Montréal d'en user de da sorte à Quintay et d’inspirer ces sentiments à leurs Sauvages, ce qu’ils m'ont promis, et ce qui peut-être excitera les autres par jalousie d’en faire autant.” (Lettre de Frontenac à Colbert, 2 nov. 1672.)

J'ai cru utile de citer ces passages pour mieux faire comprendre les faits postérieurs, quoiqu'il soit pénible de voir un homme qu’on voudrait toujours admirer tenir un pareil langage.

ces. Mais l'abbé de Fénelon, comme tous les missionnaires, savait bien qu’on ne peut changer la langue d’une nation qu’en modifiant ses idées, travail lent et graduel que ni la force, ni l'autorité ne peuvent exécuter à un moment donné chez aucun peuple, que ce peuple s’appelle Iroquois, Polonais ou Canadien. Il savait bien encore que le contact d’une société à peine naïssante avec une ancienne civilisation est plein de dangers, parce que l’une n’emprunte guère que les vices de l’autre, l’expérience l'a fuit voir (1). C'est pour cela que dans les missions qu’il fondait, il chercha

autant à s'éloigner des habitations françaises que des villages sauvages.

Il choisit les îles connues aujourd’hui sous le nom d'îles Dorval, situées à une demi-lieue du village de Lachine, vers la Pointe-Claire. Elles portaient alors le nom de M. de Cour-

{1) Sur cette question de la civilisation des Sauvages, voir dans les Xelafions inédites des RR, PP. Jésuites, t. II, p. 358, les excellentes remarques de l’annotateur, que nous croyons être le KR. P. Martin. Consulter aussi Garneau, Æistoire du Canada, Dussieux, Canada sous la domination française. Qu'il nous suffse de citer le passage suivant d’une lettre de M de Denonville au ministre de la marine : ‘‘ On a cru longtemps qu’il failait approcher les sauvages de nous pour les franciser : on a tout lieu de reconnaître qu’on se trompait. Ceux qui se sont approchés de nous ne se sont pas-rendus français, et les français qui les ont hantés sont devenus sauvages, ”

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DB blement achetées du Séminaire de Montréal. } naire, qui les avait reçues de M. de Fénelon, y exerçait

celle, qui s’y était probablement arrêté dans son expédition de 1670, deux cents ans avant le futur héritier de la couronne d'Angleterre. Ces îles sont au nombre de trois: la plus grande a une étendue d’à peu près cent arpents, les deux autres sont beaucoup moins considérables. Placées au-dessus du Sault, à l'entrée du lac Saint-Louis, à peu de distance du rivage, elles pouvaient être comme la clef de la navigation avec les pays d'en haut :

l’abord en est facile et leur peu d’étendue permettait d'observer tous les mouvements des

ennemis qui auraient voulu les attaquer (1).

M. de Frontenac s’empressa d'en donner la propriété à M. de Fénelon. Par un document (2) où il fait l'éloge du zélé missionnaire qui a tout sacrifié pour Dieu, il lui accorde ces

(1) M. l'abbé Bourgeault, curé de la Pointe-Claire,

: m’apprend que le nom de Dorval! donné à ces îles est

celui d’un M. Bouchard de Dorval, qui les avait proba-

Le Sémi-

| encoe, ou du moins pouvait y exercer les droits de - moyenne et de basse justice jusqu’en 1714, (Ædïits et orà donnances, 1. 1, p. 342). Depuis 1554, elles appartenaient > à sir (George Simpson, Gouverneur de la baie d'Hudson,

ui eat l'honneur d’y recevoir le Prince de Galles en 1860.

; (Voir la Relation du Voyage de S. A. À. etc., publiée

» par le Journal de lInstruction.)

Nous ne pou-

E vons nous empêcher de regretter que ces îles auxquelles

: se rattachent tant de souvenirs ne puissent reprendre leur . nom historique.

à (2) Zenure Seigneuriale, Titres de concession, p. 359.

îles à titre de fief et seigneurie avec tous les privilèges ordinaires, pour l’engäger à poursuivre l'exécution de son généreux dessein.

Déjà M. de Fénelon avait pu réunit de jeunes Sauvages et commencer les travâaux de ce nouvel établissement. Fort de la protection du gouverneur, puissamment secondé par ses confrères du Séminaire de Montréal, dont les abondantes aumônes lui permettaient dé faire face à des dépenses considérables, il se livra tout entier-à son œuvre de régénération,

Quelle œuvre que celle de façonner à un joug quelconque ces jeunes Sauvages, libres comme les bêtes fauves qui leur servaient de nowriture, comme les oiseaux qu'ils poursuivaient de leurs flèches ! Il est vrai que le travail de l'éducation n’est pas toujours sans fatigue et qu'il a ses heures d’'ennui ; autrement il n’y aurait pas de dévouement ; mais ici, il semble que la fatiguo était plus pénible et qué l’ennui devait décourager plus vite. La tâche était presque toujours à recommencer, et si parfois, à force de zèle, de patience et d’abnégation, on croyait s'être rendu maître de ces jeunes âmes, avoir fait naître en elles le goût d'une vie nouvelle, le père ou la mère les venaient brusquement enlever et les emportaient au fond des bois où les habitudes sau-

tous les à pourdessein.

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vages ne taydaient pas à reprendre leur empire (1). :

Tout en se dévouant principalement à l'éducation des enfants, l'abbé de Fénelon n'oubliait pas leurs parents : chrétiens ou infidèles, il s’efforçait de les attirer dans l’île de Montpéal pour les convertir à la foi ou les affepmir dans leur première ferveur. Tels furent, autant que nous en pouvons juger par le peu de documents que nous avons sur cette époque, le germe et les commencements de cette célèbre mission qui reçut son nom dela Montagne où elle fut établie en 1676. Tout le monde sait les services que cette mission nous a rendus dans les différentes guerres que nous eûmes à soutenir avant la conquête. Aujourd’'hui, comme celles du Sault Saint-Louis, de Lorette et de Saint-Fiunçois, elle n’est plus qu'un débris, semblable à ces restes fossiles que la science recueille avec respect et étudie avec curiosité pour reconstituer un passé qui lui échappe. Peu à peu les Français s’échelonnaiïent intrépidement sur les bcrds du fleuve et se rapprochaient chaque jour de nos terribles ennemis, les Iroquois. Le danger, loin d’effrayer nos ancêtres, semblait provo-

(1) Lettres historiques de la Vénérable Mère Marie de lIncarnation.

Lo

quer leur audace : comme leur nombre augmentait rapidement (1), notre zélé missionnaire sc chargen encore de leur prodiguer les secours spirituels. 11 fut nommé curé du haut de l'île de Montréal (2), c'est-à-dire du territoire où se trouvent aujourd'hui les paroisses si pittoresques et si florissantes de La Chine, la Pointe-Claire et Sainte-Anne. Cette partie de son ministère n'était pas toujours la plns facile ni la plus consolante : trop souvent ces habitations étaient le théâtre de drames lugubres, parfois émonvants, qui ne laisseraient rien à désirer à l'imagination féconde de nos ronanciers modernes. ‘

La nouvelle mission fut établie en face des iles Courcelle, dans un endroit appelé Grentilly, où l’on avait commencé quelques constructiuns. Elle fut dédiée à la Très-Sainte Vierge scus le titre de la Présentation. Ce

(1) Rien n’est plus curieux que de suivre dans les contrats de concession et dans le registre de paroisse, ce développement de la population : c’est la iutte calme, mais obstinée de phalanges aguerries contre la fougue de troupes indi:inlinées. Ça et là, des vides se font dans les rangs : rrais ils sont aussitôt remplis ; la propriété, la maison où :e naître vient d’être tué trouve un nouveau maître : c’est entre deux mariages qu'a lieu lhorrible massacre de 1689. : \

(2) Registres du Cons. Sup. 1674 : Note inséré dans le Registre de la Chine que le curé de cette paroisse, M.

l'abbé Piché, a eu la complaisance de mettre à ma disposition.

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lieu fut le premier, et pendant quelques années, le seul sanctuaire consacré à la religion dans la partie supérieure de l'île de Moniré! (1). Il serait peut-être possible aujourd'hui encore d’en déterminer la pesition exacte d’après la tradition et les indications des cartes de Relin : nous voudrions y voir élever un monument qui rappelât tous ces souvenirs.

Insensiblement, M. de Fénelon avait été amené à élargir le cercle de son zèle. C’est au milieu de ces nombreux travaux que vint le surprendre l'arrivée à Montréal de M. de Frontenac. M. de Fénelon dut s'empresser de venir saluer son ami qui était reçu sur son passage, mais principaiement à Montréal, avec tout le respect et tout l'enthousiasme qu'il avait déjà su inspirer aux différentes classes du pays. M. de Froatenac se rendait à Kenté afin d'intimider les Iroquois par le déploiement des forces de la colonie, et de les tenir en bride par la fondation d'un fort à l'entrée du lac Ontario. Voulant mettre à profit pour son voyage les lumières et l'expérience de l'ancien missionnaire et lui donner en même temps l’ocuasion de revoir des lieux pour lui ei pleins de souvenirs, il s'en fit accompagner ainsi que d'un autre prêtre de Saint-Sulpice,

{1) iegistres de la Chine.

M. l'abbé d'Urfé. Tous deux lui furent utiles dans une entreprise où il fallait en même temps ménager l’amour-propre de ces barbares et les forcer à reconnaître la suprématie française.

Dans cette expédition, le comte de Frontenac visita-t-il l'établissement. des îles Courcelle ? Nous n'en savons rien : du moins il n’en est pas question dans la partie de la correspondance oïficielle que nous possédons. Peut-être trouva-t-il que le zèle de M. de Fénelon pour franciser les Sauvages n'était pas assez grand ; peut-être vit-il en lui ur instrument trop peu docile pour exciter la jalousie des Jésuites. Quoi qu'il en soit, M. de Fénelon semble avoir prévu l'orage qui ailait bientôt - éclater, car, dès le commencement de l’année suivante, il abandonnait au Séminaire son fief des îles Courcelle, afin, sans doute, de ne pas compromettre dans sadisgrâce l'existence d’un établissement encore naissant. Il cède dongau Séminaire tout ce qu’il possède ; mais, avec ce désir de l'oubli qui lui avait fait demander à Mgr de Laval le silence sur ses travaux apostoliques, il ne veu$-pas qu'on lui attribue plus tard des sasrifices qui étaient au-dessus de sa fortune, et il déclare hautement que toutes les dépenses qui ont été faites sont l’œu-

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