‹ Les deux abbés de Fénelon [microforme]Chapitre 7 sur 13 · CE · texte numérisé non relu

CE

(1) M. Perrot, gouverneur de l’île de Montré:!, : :

gré lesordonnances qui interdisaient la vente des boissons enivrantes aux sauvages et le commerce aux magistrats, avait un magasin ouvert à Ville-Marie, où on le voyait lui-même remplir des barriques d’eau de vie, et vendre toutes sortes de marchandises aux Sauvages, les forçant même quelquefois de ne vendre qu’à lui seul leur pelleterie, Enfinil trafiquait d’une manière si indigne de son caractère qu’un jour il vendit à un Sauvage, son chapeau, son habit, son baudrier, son épée, jusqu’à ses rubans, ses bas et ses souliers ; et qu’au lieu de rougir de ce commerce honteux, il s’applaudissait ensuite d’avoir gagné 30 pistoles à ce marché, tandis que le Sauvage paraissait dans la place publique, vêtu en Gouverneur.” (Pie de Mlle LeBer par M. Faillon, p. 306.) M. Perrot avait un comptoir dans l’île qui porte son nom : c'était l’habitation la plus avancée sur la route des sauvages : il retirait encore d’assez bons profits des congés qu’il accordait à ses créatures. Il fallait qu’il eût dans ses alliances et dans sa fortune de puissants moyens de protection, car il fut maintenu dans son gouvernement eu dépit de toutes les réclamaticns, surtout de celles du Séminaire. M. de la Barre eut seul le courage de le défendre.

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LES DEUX ABBÉS DE FÉNELON : 4l

Frontenac entreprit d'y remédier ; mais il apporta à cette réforme toutss les qualités et

tous les défauts de son caractère, M. de Frontenac était de ces hommes qui

repoussent les demi-mesures et qui dans un parti se placent presque toujours à l'extrême. Uñnissant une volonté puissante à un coup d'œil jnste et ferme, il savait presque toujours proportionner les rescources aux difficultés. Il avait de la souplesse et de la soumission dans $es rapports avec la cour et les secrétaires d'Etat ; mais,pour ses inférieurs, moins illes voyait redoutables, plus il leur faismt sentir son autorité et son despotisme, le mot n’est pas trop fort. (C’est ainsi que, pour se venger des sermons des PP. Jésuites et des ordonnances de l’évêque, il faisait jouer Turtufe chez de timides religieuses, sommées par un ordre impérieux d'assister à cette représentation plus que mondaine.(1) Faut-il s'étonner après cela de le voir s’abandonner à-des mesures arbitraires (2) ? Comme toutes les

(1) Les travaux récents de M. l’abhé Gosselin con-

tredisent cet avancé qui était l’opinion commune à l’époque où j’écrivais cette notice.

(2) Exiger, par exemple, que les lettres, qui arrivaient deux fois par année d’Europe, lui fussent remises avant d’être distribuées à leurs adresses. (Cette mesure, qui arrêtait les affaires, gênait les particuliers sans beaucoup de profit pour l’autorité, serait à peine croÿable, si elle n'était attestée par les documerts de l’époque. Parmi

natures vives, il était accessible aux préjugés, et ces préjugés s’offaçaient difficilement. Les âpres doctrines du jansénisme, des chagrins domestiques avaient jeté dans son âme quelque chose de rude, que les formes du grand seigneur ne dissimulaient pas toujours ; mais quand il se livrait à la pente naturelle de son esprit, il attirait tout le monde par la finesse et le charme de sa conversation ; une louange, un mot bienveillant tombé de sa boucheélectrisait d'autant plus qu’ils semblaient partir de plus haut, car il espirait à être dans la Nouvelle-France l'image du grand roi qui gouvernait l'ancienne. S'il ne disait pas:

ceux-ci, je choisis une lettre du vénérable Père Dablon, supérieur des Jésuites. Je la citerai toute entière à cause des détails intéressants qu’elle renferme. Elle est adressée à M. de Villiers, au Cap de la Magdeleine, Québec, 24 Juin 1675.

Monsieur, la Paix en N.S.

J'ai reçu par M. la Vigne vostre lettre du 15 de ce mois. J’ay bien à vous remercier des peines que vous avez prises de visiter les terres de Batiscan. Je vous en suis bien obligé car sans doute un si mauvais païs vous aura fait bien du mal. J’espère néantmoins que je trouveray quelques moyens de faire habiter (?) Mont serot, non seulement par les françois ; mais aussi peut être par des sauvages ainsy que je vous «a escrivois, il n'y a que quelques jours, c’est pourquoy vous pourrez tenir le français en espérance que la chose se fera, mais il n’est pas nécessaire qu'eile éclate jusqu’à ce que je vous en escrive. Le fils de Mons. de la Vigne demande un contract d’un

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“l'état, c'est moi,” il ne craignait pas de répéter qu’il pouvaitfaire tout ce qu'il voudrait, sauf à en répondre de sa tête. M. de Frontenac est tout entier dans ce mot, à la fois plein d’audace et de grandeur. Pour tout dire, il était plus militaire qu'homme d’État : il a porté bien haut la gloire de nos armes ; mais il a tellement divisé le pays qu'aujourd'hui encore il trouve difficilement, dans la posté-

arpent et demi de front et égale profon‘eur aux autres que je luy ay acccrdée sur les six arpents de front que . nous nous $Oommes reservées proche du moulin, je vous prie de luy délivrer son contract.

Je luy ay aussy permis d’abattre jusqu’à six arpents de bois quy luy nuisent sur les dix arpents qui nous restent en cet endroit là.

Nous attendons tous les jours les lettres de France qui ont été tortées à Mons. le Comte à la baye St. Paul où il est allé visiter les mines.

Je continuerai à prier Dieu pour Mlle de Villiers.

Tout à vous en j. C.

Mons.

Votre très humble et obéis.

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