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GENIE INDUSTRIEL, COMMERCIAL ET MARITIME DES ÉTATS-UNIS

Si le système d'instruction, généralisé comme il Test aux Etats-Unis, n'a pas en lui les forces nécessaires pour favoriser un grand développement des lettres et des arts, et pour élever les intelligences à un degré supérieur, du moins a-t-il l'avantage d'initier toutes les classes aux besoins industriels du pays. C'est une sorte de niveau qui s'établit entre elles, assez élevé cependant pour que les pjus forts esprits n'aient pas à descendre, mais pour que les plus

humbles au contraire se fassent un point de dignité d'y pouvoir atteindre.

C'est le résultat de cette influence de l'enseignement sur le peuple américain que je me propose d'étudier dans ce chapitre.

Au moment de l'exposition universelle de Londres, je publiai les réflexions suivantes au sujet de la part que les Américains étaient appelés à prendre, comme tous les peuples du monde, à ce vaste concours.

Ces réflexions ont leur à propos aujourd'hui encore; elles sont une introduction toute naturelle au chapitre que je consacre à l'étude des forces industrielles et commerciales des Etats-Unis, au caractère entreprenant et hardi de ce peuple exceptionnel, à son génie étonnant.

« L'exposition de Londres, disais-je alors, en agglomé- » rant dans son palais de cristal les échantillons de l'in- » dustrie du globe entier, aura, entre autres avantages, » celui de forcer, après qu'on aura constaté la valeur des » œuvres de chaque pays, à étudier le caractère, les habi- » tudes et les mœurs industriels de toutes les nations, pour » rechercher les causes des effets qu'on aura eus sous les )) yeux.

» C'est à ce titre que je demande la permission do » parler aujourd'hui du peuple américain au point de vue » de l'immense mouvement qui s'opère chez lui.

» En rappelant quelques traits de son caractère, j'es- » salerai de bien faire comprendre à quelles causes phy- » siqueset morales est dû le spectacle émouvant auquel on » assiste aux Etats-Unis, comme aussi de jusûfier le rang

» considérable qui ne manquera pas de lui èlre accordé

» dans le classement que l'opinion publiiiue établira en sa

» faveur entre toutes les nations du globe.

» Je me haie de dire cependant que le véritable génie

» américain n'est pas à Londres en ce moment. 11 est tout

» en Amérique, dans ce travail incessant, dans ces con-

» ceptions quotidiennes, dans ces enfantements merveil-

» leux qui marquent chaque heure, chaque minute de la

» vie de ce peuple. Je fais les chances larges, et je dis :

» si remarquables que pussent être les produits américains

» envoyés à l'exposition de Londres, fussent-ils même su-

» périeurs à tous les chefs-d'œuvre que les autres nations

» y auront entassés, ils ne représenteront jamais dans sa

» vérité le génie industriel des Etals-Unis; — fussent-ils

» reconnus inférieurs aux plus faibles productions des peu-

» plades les plus arriérées, que cette infériorité ne serait

» pas une défaite. — Car, il faut le confesser hautement,

» si la victoire échappait dans le présent aux Américains,

» elle leur serait assurée dans l'avenir ; et cette victoire, je

» le garantis, sera complète un jour.

» Je le répète donc, le génie industriel des Américains

» est moins dans les résultats que dans les causes et dans

» le caractère même de cette nation. Il n'est pas à Londres,

» mais aux Etals-Unis. »

122 LES DEUX AMÉRIOUES.

Ce préambule admis, — et quiconque a parcouru le vaste territoire de l'Union ne saurait me contredire, si peu enthousiaste qu'il soit de l'énergique expansion des Américains, — ce préambule admis, dis-je, je peux, librement, exprimer ma pensée :

Le peuple américain est incontestablement le plus audacieux et le plus entreprenant de tous les peuples de la terre. Sous quelque point de vue qu'on l'examine et qu'on l'étudié, on le trouve toujours en avant et courant après les rêves les plus étranges, qu'il a le don secret, une fois qu'il les tient, — et ils lui échappent rarement, — de matérialiser et de rendre les plus palpables du monde.

Il n'y a pas de danger que ces gens-là laissent aucune idée à la traîne, — car ils ramassent tout, — ni qu'ils abandonnent rien à l'état de problème ou de chose inachevée. De prime abord, ils ont l'air de chasseurs de chimères et de chercheurs de je ne sais quelle pierre philosophale qu'ils ont le talent de finir toujours par rencontrer. Mais l'impression première se modifie bientôt; et il en reste ceci : — que ce sont des hommes insatiables de progrès, de perfectionnements et de découvertes, qui n'ont jamais cru que le mieux fût ennemi du bien, et qui n'entreprennent, au

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contraire, une chose qu'à la condilion de la pousser jusqu'au superlatif.

Sur toute l'échelle industrielle, du plus grand au moindre des métiers, de la plus simple à la plus importante des exploitations, dans l'utile comme dans l'agréable, — si on peut le dire, — c'est toujours la même activité, la même persévérance, la môme préoccupation de faire mieux, d'élargir l'idée, de gagner de l'espace.

Aux États-Unis, l'infériorité pèse, l'égalité stimule , la supériorité oblige. Il en résulte une perpétuelle agitation, un mouvement incessant des bras et de l'intelligence. Ajoutez à cela que les besoins des masses, qui comptent bien là-dessus, deviennent de plus en plus exigeants à chaque progrès. Il n'est plus permis, dès lors, de s'arrêter. Il faut toujours marcher, toujours courir.

La concurrence qui s'y fait n'est plus une concurrence ordinaire, patiente, lente, méticuleuse, allongeant le pied avec prudence pour s'assurer de la solidité du terrain sur lequel on s'aventure. — C'est quelque chose dont nous n'avons pas l'exemple ; un saut de mouton entre voisins, entre industries rivales; un parti pris enfin de ne souffrir personne devant soi, de tolérer à peine quelqu'un coude à coude.

Il y a entre nos rivalités et celles des Américains, cette différence, que, n'aimant pas plus qu'eux à souffrir quelqu'un devant nous, nous sommes assez disposés à faire descendre nos rivaux jusqu'au-dessous de nous; tandis qu'aux Etats-Unis, on s'efforce de s'élever jusqu'à eux et de les dépasser en convoitant la place au-delà.

On peut dire que tout l'esprit, tout le cœur, toute l'âme des Américains sont voués à l'industrie et au commerce, dont leurs institutions politiques favorisent admirablement le développement. En échange, les institutions se sont mises à l'abri des commotions en détournant d'elles toutes les ambitions et toutes les convoitises qui, attirées par cet immense courant industriel, s'y jettent de préférence, sachant bien que c'est par là qu'on va à la fortune.

Ce n'est pas dans ce pays-là qu'un homme sacrifie l'intelligence que Dieu a mise dans son cerveau et la force dont il a doué ses bras au facile droit de mourir de faim dans quelque obscur emploi mendié dans les antichambres des gouvernements. Aussi ne sont-ce pas les avenues des ministères qu'on voit encombrées par les solliciteurs ; mais les portes des manufactures, des fabriques, des ateliers, mais les chemins qui conduisent en Californie, au fond des déserts, partout où il y a une mine à exploiter, une forêt à défricher, un coin de terre à cultiver, une usine à monter. Les emplois publics ne sont, à vrai dire, qu'un accident dans la vie des hommes, même les plus illustres, de l'Union. Ainsi que nous le montrerons, la véritable carrière est celle du travail actif et productif.

Rappelons que les Américains ont élevé le travail, même

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