CHAPITRE VII
llœiir!« politiques des Étatis-Unist.
Les élections sont la grande- affaire politique aux Etals- Unis.
Aussi les époques des élections sont-elles toujours dans ce pays, des moments d'agitation et de préoccupation, mais jamais, ou exceptionnellement, des moments de trouble. — La longue pratique que les Américains ont de ce droit précieux qu'ils tiennent d'héritage, les fréquentes occasions où ils sont appelés à l'exercer font qu'ils évitent assez aisément les écueils et les dangers que le suffrage universel doit nécessairement susciter à un peuple nouvellement en possession de sa souveraineté.
Aux Etats-Unis, bien que deux partis se trouvent en présence, bien que cent coteries se contrarient les unes les autres et se disputent le triomphe de leurs candidats, le but vers lequel tend chacun est le même; il y a unanimité sur un point. Les partis ne sont divisés par aucun principe radical, ce que veulent les whigsy les démocrates '(ou loco-fuocos] le veulent aussi, ou bien à peu près.
Deux ou trois questions ont servi de prétexte à l'organisation des partis, uniquement parce qu'il semble que la destinée des hommes soit de ne point vivre éternellement en bonne harmonie. Les ambitieux, les habiles, ceux que leurs instincts ou leurs capacités poussent et portent au pouvoir se servent de ces dissidences pour s'en faire un marchepied.
En tout cas, il est bon de constater que ces partis s'abritent sous le même drapeau, que leurs luttes, si luttes il y a, ne mettent pas et ne peuvent pas mettre en péril le grand et fécond principe en vertu duquel subsiste l'Union américaine. Si j'osais me servir d'une comparaison vulgaire, je dirais que leurs dissentiments ressemblent à ces bouderies passagères entre époux d'humeur assortie, et qui n'en vivent que plus unis un quart d'heure après.
Tout ce qui, dans notre état social, a fourni ou peut fournir encore d'aliments et de prétextes au désordre dans la vie politique, passe en Amérique comme une légère bourrasque.
Cela vient de la longue épreuve que les Américains ont faite des accidents de la vie politique, épreuve qui se renouvelle presque quotidiennement, sur une Rebelle plus
OU moins large, dans un cercle plus ou moins élendu.
Le mouvement politique existe toujours en Amérique car il n'est pas un coin de ville qui ne soit chaque jour en haleine, et où le peuple ne soit appelé à exprimer sa volonté, ses besoins, sa pensée, en les traduisant sous toutes les formes que revêtent, pour se manifester, la liberté et le droit souverain.
L'élection étant de tous ses droits celui dont le peuple se rend compte le mieux, parce qu'il est l'acte de la souveraineté le plus saisissable, le plus palpable, le plus matériellement évident en quelque sorte pour tous, c'est naturellement celui pour lequel il s'émeut le plus facilement, dont il est le plus jaloux, qui lui semble le plus important.
Aussi toute élection, quelle qu'elle soit, produit toujours à l'avance une certaine agitation dans les esprits, plus ou moins vive selon la nature de la charge et des fonctions dont le candidat doit être investi.
Si c'est du président qu'il s'agit, le sol entier de l'Union est en ébullition; si c'est d'un gouverneur ou des membres de la législature d'un Etat, c'est l'Etat qui s'ébranle; si d'un maire ou d'un des nombreux fonctionnaires de la municipalité, c'est la commune ou la ville qui s'émeut.
Toutefois, rélection d'un gouverneur d'Etat ou du maire d'une grande ville a toujours une signification importante et touche de près à l'intérêt de toute l'Union, en ce qu'elle donne souvent la mesure du plus ou moins de prépondérance et d'influence que possède l'un des deux partis, — whig ou démocrate, — et fait pressentir jusqu'à un certain point les chances des partis dans le succès du candidat, que chacun d'eux nourrit pour la présidence future.
On attache donc une grande attention à des élections de cette nature. Dans les grandes villes elles sont comptées, commentées, enregistrées avec soin, et fournissent matière à bien des calculs, à bien des espérances.