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Est-ce en persistant dans la voie funeste où elles sont entrées, depuis leur affranchissement, est-ce en rompant avec un jeune passé dont le poids est déjà bien lourd à
LE PASSÉ ET l'avenir. 5
porter, que les républiques américaines du Centre et du Sud, parviendront à sauvegarder leur indépendance menacée, et à prendre le rang auquel elles prétendent parmi les nations?
Telle est la question.
Pour moi je n'hésite pas à la résoudre négativement.
Voici sur quelles raisons je m'appuie :
Deux puissances considérables, et représentant des principes opposés, exercent dans chacune des deux Amériques une influence prépondérante :
Dans l'Amérique du Nord, les États-Unis qui sont la plus haute et la plus complète expression de la démocratie organisée en république;
Dans l'Amérique du Sud, l'empire du Brésil, c'est-à-dire l'antipode du gouvernement des Etats du nord.
Tout ce qui vit et a essayé, depuis trente ans, de se constituer à côté de ces deux nations n'a représenté que désordre, anarchie, impuissance.
Il va sans dire que je ne tiens pas compte ici des vastes colonies anglaises du nord de l'Amérique, ni des colonies du sud, et que je ne parle en ce moment que des peuples qui, après avoir secoué le joug de la métropole, ont proclamé leur indépendance et ont revendiqué une nationalité qui, funeste à quelques-uns d'entre eux, ne l'a pas été moins à la civilisation.
Il résulte du déplorable spectacle qu'ont donné au monde toutes ces républiques improvisées, impatientes, révolutionnaires et toujours en révolutions, incapables de former ou de conserver un gouvernement et des lois; vivant au
jour le jour, dévorées par les guerres intestines, et sans cesse à la veille de devenir la proie l'une de l'autre, il résulte, dis-je, de cette situation anormale, que ces peuples, sans règles et sans frein, sont destinés, dans un temps donné, à subir la pression des deux seules puissances qui ont su s'élever et se maintenir au rang de nations véritablement sérieuses.
On peut même considérer comme une soi te de fait providentiel, que ces deux puissances ne se soient pas rencontrées dans les mêmes latitudes, et que ce vaste continent de l'Amérique, séparé en deux parts immenses, leur ait, pour ainsi dire, réservé à cbacune une mission distincte à remplir.
Au point de vue géographique et politique, les Etats- Unis et le Brésil sont en eiïet les maîtres, celui-ci du sud, ceux-là du nord de l'Amérique, et exercent sur les peuples qui les avoisinent une domination morale qui, évidemment, éveille en leur ambition l'arrière-pensée d'une conquête future, — soit par l'envahissement, soit par l'épuisement successif de ces peuples eux-mêmes.
Je viens de direque,géographiquementet politiquement parlant, c'était là leur rôle, — j'ajoute que ce rôle est forcé et naturellement tracé.