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LE PASSE ET L AVENIH

PoliliquemeiU :

Parce que tous ces peuples, désorganisés et aux abois, ou se rendent leurs tributaires, — comme le Mexique par exemple à l'égard des Etats-Unis ; — ou en appellent à leur médiation et à la force de leurs armes, comme l'Uruguay l'a fait récemment encore vis-à-vis du Brésil, leur constituant ainsi des créances considérables, ou leur donnant des droits énormes qui plus lard justifient et légitiment les réclamations violentes des uns et les empiétements des autres à titre de services rendus.

Créanciers ou prolecteurs, les Etats-Unis et le Brésil s'immiscent donc forcément dans les affaires des peuples leurs obligés, et s'établissent au cœur de leurs pays, avec un protêt à la main, ou avec les preuves de secours invoqués.

Géographiquement :

Ils trouvent une excuse pour agir ainsi; car la plupart de ces Etats, déjà accablés sous le poids d'une politique qui les annihile, ont le tort ou le malheur d'être enclavés dans des territoires dont les limites semblent être les bornes naturelles des deux grandes puissances dont nous parlons.

Sous le rapport des résultats politiques, la question telle que je la pose, n'est douteuse pour personne. Sans remonter aux premières luttes et aux premières misères qui ont marqué la naissance de ces Etals, il suffit de rappeler quelques faits récents, des faits d'hier, pour ainsi dire. On verra la marche progressive des Etals-Unis et du Brésil vers cette domination inévitable que j'ose prédire et qui est dans la nature même des choses.

Les conséquences qui en découlent sont faciles à pressentir. Quand je les aurai indiquées, on jugera également si les nations du vieux continent n'ont pas un intérêt direct, pressant, immédiat, à voir contrebalancer cette formidable et alarmante puissance, se manifestant déjà, chaque jour, avec plus d'éclat.

Les moyens d'arriver à ce but, je crois pouvoir les démontrer aussi. Ils sont dans l'état d'infériorité et d'affaiblissement politique où se trouvent ces divers peuples.

Mais ce qui, dès à présent, ne peut échapper à personne, et sera la conclusion finale de cet accroissement prodigieux de l'influence du Brésil et des Etats-Unis sur les deux Amériques, c'est la diminution, dans l'avenir, du crédit européen au point de vue commercial et maritime.

C'est là, en effet, le côté le plus sérieux de celte question.

L'historique de l'agrandissement des Etats-Unis et des conquêtes obtenues par eux sur les territoires voisins du petit groupe d'Etats qui a formé le premier noyau de celle vaste Confédération, présente une suite de calculs extrêmement habiles, et révèle chez ce peuple en même temps que la conscience de sa supériorité, un esprit incontestable d'envahissement qui confirme pleinement mes assertions.

LE l'ASSÉ ET l'avenir. 9

Nous ne nous attacherons, bien entendu, qu'aux fails principaux.

Aux premiers temps de leur constitution, les Etats- Unis n'avaient qu'une mer qui baignât leurs côtes, l'Atlantique. A leurs pieds, pour ainsi dire, le golfe du Mexique leur échappait; et ils étaient séparés du Pacifiquepar des territoires qu'ils durent regarder plus d'une fois avec une inquiète ambition, jusqu'au jour où ils les comptèrent enfin au nombre des étoiles de leur drapeau.

La Louisiane et la Floride, la première colonie française, la seconde espagnole, interceptaient les communications directes des Etats-Unis avec le golfe du Mexique. Les Américains achetèrent la Floride et la Louisiane, et gagnèrent à cela, outre une satisfaction d'amour-propre et d'ambition, l'avantage d'avoir la libre jouissance de l'embouchure d'un des plus grands fleuves du monde, le Mississipi, et de posséder sur le golfe un port militaire important, Pensacola.

Par ce moyen, de l'extrémité nord de la Confédération jusqu'aux rivages du golfe du Mexique, le sol appartenait à l'Union américaine , qui s'arrêtait devant une limite imposée par la nature.

Etablis déjà sur l'Atlantique et sur le golfe, à l'est et au sud, il restait aux Etats-Unis à s'asseoir sur le Pacifique à l'ouest. La prise de possession du territoire de l'Orégon leur ouvrit cette nouvelle porte du commerce. Il est vrai que, resserré entre les frontières anglaises et la Californie, l'Orégon n'était, relativement à l'étendue du sol de l'Union sur l'Atlanliquo et sur le golfe, qu'un boyau de

terre; et au fond, celte conquête, longtemps disputée par la diplomatie, ne pouvait être considérée que comme une étape provisoire.

Dès ce moment déjà, les Etats-Unis avaient dû jeter les yeux sur la Californie dont on ne soupçonnait pas encore les richesses immenses, mais qui offrait sur l'Océan Pacifique des ports et un déploiement de côtes qui compenseraient largement la stérilité de l'Orégon. C'était une question de temps, ou une affaire d'occasion. Ces projets ambitieux qui existèrent, à n'en pas douter, dans l'esprit des Américains du nord, furent ajournés.

Ils prirent, pour y arriver, un chemin détourné.

Sentant l'impossibilité, au moins pour le moment, de s'étendre du côté du nord, en empiétant sur les colonies anglaises, et après une ou deux tentatives infructueuses dans ce sens, ils tournèrent tous les efforts de le\ir politique vers le sud.

Le Mexique devint l'objet de leur convoitise.

Une province indépendante, le Texas, était l'obstacle qu'il fallait renverser ou surmonter pour que les Etals-Unis pussent agir plus direclemenl sur le Mexique, dont le Texas était comme la garantie et le bouclier par sa neutralité. Mais réduit à des proportions minimes, enclavé

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