‹ Les deux cadavresChapitre 10 sur 37 · L'ANTICHAMBRE · texte numérisé non relu

L'ANTICHAMBRE

In barque dans la(|Uolle entrèrent les trois iicrsonnes qui venaient de quitter la Tour, glissa légèrement sur la Tamise, et , après un quart d’heure tout au plus de navigation , les déposa |iresque en l'ace de Saint-James. La distance entre oe |>alais et la rivière était encore considérable, et le silence absolu, qui avait été observé pendant que lo colonel et scs cumpaguous voyageaient sur le fleuve, fut seulemcut ixunpu dès qu’ils furent seuls. Barkstoad ayant appiis de Ricitswxl la cause de l’eflroi de Charlotte, ne pouvait contenir son indignation. Toutefois, il sc calma en pensant qu’une sévère interdiction de sa maison aux visites, et par conséquent aux perfides suggestions de Juxon , réijarerait le mal qu’avait lait sa confiance imprudente en cet homme.

L£S DEOX GifiAVAES.

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Andlay, pour qui la scieuce médicale n’était déjà plus une vaine et superficielle observation des maux physiques , interrompit la conversation de Barkstead et de son fils.

— Aux sjTnptômes que vous venez de décrire , jeune homme , dit-il , l’ame est gangrenée. Il faut y porter le fer et le feu, ou elle périra du principe du mal que l’on y a déposé. Il faut que tout ce qu’elle croit', soit extrait à fond, ou le j)eu qui y restera germera toujours malgré vos soins.

— Sans doute, répondit le colonel, les calomnies qu’on lui a persuadées sur le crnnpte des vrais fils de Dieu, seront effacées de sou esprit.

— Ce n’est |>as cela, dit Andlay; (quoique destinée à être catholique, l’exemple des vertus de luistriss Barkstead et des vôtres, colonel, peuvent redresser son esprit sur ce chapitre; mais il y a, en tout ceci, une plus fàclicuse disposition à laquelle il faut couper court.

— Quelle est cette disposition , docteur, dit Richard , et quels sont les moyens de l’arrêter?

— Ah ! les moyens sont aisés quand on veut les employer et la disposition est toute naturelle. Il faut lui dire que tout ce qu’on lui a raconté relativement à sa naissance est faux ; il faut qu’elle croie être une enfant élevée j>ar la charité: sans cela, quoique vous puissiez faire, ni leçons ni exemples ne la ramèneront à être une fille honnête et soumise.

— Mentir à ce point, repartit le colonel, je ne le veux pas. Je pourrais lui cacher la vérité parle silence, mais je ne le ferai jamais par des assertions fausses.

— C’est un clioix délicat, dit le docteur, entre deux manières de mentir. Vous préférez la première, je ne crois pas la seconde plus mauvaise ni plus coupable.

— De quelle importance est donc qu’elle ignore ce seo'et pour rentrer dans de justes sentimens d’estime et de soumission pour sa famille? demanda Richard avec empressement.

— Votre question ne m’étonne pas, jeune homme, répondit le docteur ; mais ce qui me surprend , c’est que votre père , homme qui a vécu parmi les hommes , et qui a dû les observer.

et j’entends, par hommes, la race humaine y compris les femmes , c’est que votre père n’ait pas encore senti cette importance.

— J’avoue , docteur, reprit le colonel , que (•elle imjmrtancc; ne me frappe pas aussi lucidement qu’il le faudrait, veuillez m’expliquer en quoi elle consiste.

— Elle consiste, dit Andlay, en ce (jue l’enfant est perdue, si elle continue à se croire fille de roi , sœur de roi , à quelque titre que ce soit!

— Mais pourquoi ? dit Barkstead de plus en plus surpris.

— Parce que, répliqua sèchement le docteur, la jeune fille est atteinte de vanité , et qu’à tout âge c’est la maladie incurable des femmes. Maladie de l’ame, toutefois, ajouta le docteur, qui influe rarement sur le corps.

Le colonel comprit mieux que son fils la portée de l’observation d’Andlay ; il prévit tout ce que cette chance de remplacer son état d’orpheline, par la position brillante de sœur reconnue du roi Charles II , pourrait enfanter de folles prétentions et de dégoût de sa vie obscure , dans l’ame de Charlotte. 11 cherchait en lui-mème quelques moyens de prévenir ce danger, lorsqu’il lut tiré de sa rêverie par une exclamation d’Andlay ; ils étaient arrivés assez près do Saint-James pour remarquer qu’il y régnait un mouvement extraordinaire. Les principales salles en étaient éclairées, et les ombres tumultueuses, qui s’agitaient sur les vitraux, attestaient qu’il y avait foule.

— Qu’est ceci? dit Andlay, serions-nous arrivés trop tard? non, à moins d’imprudence, il passera la nuit , j’en suis sûr! L’insensé! encore quelque folie! Hum! cet homme sc croit immortel ; ah ! ce soir il apprendra d’Andlay ce qu’il ne veut pas savoir.

Faisant alors allusion à une circonstance dont plus tard le secret se découvrit à Barkstead , il ajouta avec un sourire d’orgueil : — Il dort sur son arrêt de mort , le fou , et celui-là est plus assuré que ceux de sa haute cour criminelle.

Ces paroles rappelèrent à Richard et à Barkstead la promesse relative aux Salnshy, et ils arrivèrent à la porte d’un étroit escalier qui s’ouvrait du côté du parc. Andlay introduisit ses

compagnons à l'aide d'une clé qui lui avait été remise par Cromwell, et tous trois montèrent à tâtons jusqu’à ce qu’une nouvelle porte s’ouvrît encore, et qu’ils se trouvassent dans un petit cabinet éclairé par une lampe à bec, suspendue à nue chaîne de fer, et contigu à une grande salle du palais où l’on entendait le murmure de voix nombreuses.

— Il y a du nouveau, dit Ândlay. Comment! il faut, à ce qu’il dit, que je vous introduise secrètenient, et voilà que la salle, jMir où nous devons passer, ressemble au marché aux poi&sons?Il n’y a jKnirtant pas de temps à [perdre, car s’il veut vous voir, colonel, il faut qu’il passe sa fantaisie celte nuit, demain le Protecteur en aura fini avec la politique et les intrigues.

Barkstcad j>arut étonne de la façon donts’exprimait Andlay; le médecin continua en ricanant.

— Vraiment oui, il ruse avec la mort, il nous fait des contes, il chicane avec son médecin, il n’est pas décidé à mourir.

— Croyez-vous, reprit le colonel, qu’il manque de courage à son heure suprême?

— Hum! reprit le docteur, c’est une étude à faire, une étude curieuse sur un homme de cette trempe. Pour le moment il louvoie, nous verrous dans quelques minutes. Je ne le perdrai pas de vue. Mais la rumeur augmente, les braillards le tueront, sur mon ame.

Au.ssitôtil ouvrit la porte qui communiquait avec le lieu où SC trouvaient les personnes qu’ils entendaient. Ils ne virent rien, parce qu’un éj^ais rideau de soie, la première qu’on eût fabriquée en Angleterre, mas(piait cette porte du côté de la grande salle, mais ils entendirent des cris nombreux de vive Cromwell! que Dieu sauve le Protecteur!

— Imbccilles, murmura le docteur, il n’y aura plus do Cromwell dans six heures. Quod scripsi, scripsi.

De nouveaux houras se firent entendre. Andlay rélléchit un moment.

— Je ne puis vous faire passer devant tout ce monde, venez, dit-il au colonel, voyons si le couloir qui mène au cabinet du

LKS DEUX CADAVRES.

Protecteur est ouvert. Aussitôt il frappa trois coups mesurés à une |x>rte basse qui se trouvait dans un angle du cabinet. La porte s’ouvrit, et deux soldats, do ceux qu’ou apiielait les côtes de fer du Protecteur, so présentèrent en barrant le passage.

— Voilà qui va bien, dit A ndlay, entrons par ici. — En disant CCS mots, il fit signe à Barkstead de 1e suivre. Ce fut heureux l>our le docteur, car le colonel l’arrêta au moment où il allait SC planter sur la pointe très affilée de la pique des soldats <ju’ils lui opposèreutau premier pas qu’il fit.

— Qu’est-ce que c’est que ces animaux ? s’écria le docteur; allons, drôles, laissez-moi passer, ou je vous ferai frotter les reins avec le manche de vos lancettes à éléphant.

l^es soldats demeurèrent impassibles et relevèrent leurs pi ques. Le docteur voulut avancer encore, mais immédiatement les deux armes aiguës retombèrent horizontalement à hauteur de poitrine, et si à propos, qu’un demi-pouce plus loin, l’une d’elle emportait assurément le nez du docteur. Cette fois, Andlay s’emporta sérieusement; et s’adressant tantôt au co-‘ lonel, tantôt aux soldats, quelquefois à Cromwell, comme s’il pouvait l’entendre, il se prit à dire :

— Que l’enfer le brûle ! me prend-il pour uu de scs valets, de me faire attendre ainsi ? Ma foi, messieurs, entrez comme vous voudrez, vous êtes témoins que j’ai fait ce que j’ai pu. — Voyez donc ces deux estaffiers, que veulent-ils? hein ! qu’estcc que vous demandez? je suis le médecin du Protecteur, il m’attend. — Vieux fou, croit-il que ses hallebardes empêcheront la mort de [lasser. Ah ! tout à l’heure il saura.... Mais, pour qu’il l’apprenne, il faut que je le voie, que je rentre, ah ! c’est ma gloire, il y va de ma gloire. — Oh ! les brutes ! les animaux ! les soldats ! vous verrez qu’ils ne me laisserait point passer.

— Ces hommes ont une consigne ou un mot d’ordre, dit le colonel, et ils doivent s’y (îonformer.

Une grimace semblable parut sur la figure de chacun des deux gardes, attestant que Barkstead avait touchéle ixûut juste delà question.

L£S D£l)X CADAVRES. 119

— Docteur, ajouta-t-il, il faut trouver uue autre manière d’entrer.

Comme le docteur cherchait un moyen de faire prévenir le Protecteur de son arrivée, il s’opéra dans la salle voisine un mouvement tumultueux suivi d’un profond silence. Les gardes rentrèrent dans le passage, et la porte se referma.

Nos trois compagnons se raproclièreut du rideau qui les séparait de la grande salle, et ce no fut (>as une légère surprise pour Andlay, d’entendre la voix de Tomliuson prononcer distinctement les paroles suivantes:

— Le Protecteur est sauvé, ainsi que vous en avez été informés. Confiant dans l’Esprit-Saint, il a éloigné de lui les secoure humains et a cherché le Seigïicur ; dès ce moment le Tout-Puissant a pris le peuple anglais en compassion, et il a ravivé de son souffle le plus cher de ses élus.

Des houras hruyans accueillirent cette première phrase ; Andlay demeura muet, et la voix continua :

— Le Protecteur, touché de votre douleur, recevra avec jilaisir les témoignages de votre amour.

Les houras recommencèrent plus hruyans que la première fuis; Tomlinsou continua encore:

— Toutefois, le Protecteur, eu écoutant les paroles que vous lui apjwrtez, se dis|}cnsera d’y répondre, voulant ménager les forces que le Très-Haut lui a rendues ; et, pour que la iwésencc d’un trop grand nombre de personnes n’altère point la pureté de l’air qui lui est nécessaire, c’est du bord de cette porte (juc vous lui adresscoroz vos félicitations, et c’est de son lit qu’il les entendra, heureux et triste à la fois de vous écouter et de ne pouvoir vous remercier.

Cette dernière partie de l’annonce de Tomliuson fut, comme les autres, applaudie par de nombreux vivats.

— Est-ce Harvey, disait tout bas Andlay, est-ce Harvey qu’il a fait appeler et qui l’a sauvé ? Car, pour ce qui est de chercher le Seigneur, je connais son Soigneur. Hum ! l’hypocrite ! se jouer d’un peuple à ce point ! Cromwell eu est bien

capable ! Pourtant si Harvey !.. Harvey ! hem ! il a beau

avoir trouvé la circulation du sang. C’est immortel, messieurs,

ce qu’a lait Harvey. Cela touche à Hippocrate, c’est du génie. Mais quand il n’y a plus d’huile, il faut que la lampe meure; Harvey n’y peut jjas plusà présent qu’un de ces grands mulets cuirassés qui étaient là tout à l’heure.

Cependant, le colonel, jaloux de voir ce quiallail se passer, entr’ouvrit légèrement le rideau de soie. En face de lui était ouverte une porte à deux battans, que gardaient quatre soldats de ceux qui se taisaient si bien, et gardaient si bien. Cette porte ouvrait sur la chambre de Cornwell, au fond de laquelle on apercevait son lit, dont les rideaux étaient soigneusement tirés. Le colonel vit alors qu’il y avait dans la salle une centaine de personnes de diverses professions, qui, à l’instant où il regarda, se réunirent en groupes séparés. Cette séj>aration s’expliqua bientôt, lorsriue chacun de ces groupes s’avança successivement jusqu’à la porte de la chambre, et que celui qui en paraissait le chef prononça une courte harangue de félicitations.

Le lit de Cromwell était en face de la porte, devant laquelle passaient ces députations. Ce fut un curieux spectacle que le mélange singulier qu’offrait cette réception, et ce n’était pas une médiocre preuve de l’art de gouverner de Cromwell.

D’abord se présenta, au nom de l’armée, Honck, qui devait plus tard rétablir cette royauté dont il servait alors le plus ardent ennemi. Général froid el prudent, indolent politique, il trouva des paroles enthousiastes pour peindre les transports de l’armée à la nouvelle du rétablissement du Protecteur.

Ensuite vint Carr, fougueux puritain, qui le félicita d’avoir cherché et d’avoir trouvé le Seigneur. Ces mots, chei’cher le Seigneur, dans la langue de ces fanatiques, signihaient la prière extatique à laquelle ils se livraient à tout propos, et pendant laquelle ils prétendaient communiquer avec les divinités.

— Imbécille, dit tout bas Âudlay en l’entendant, tii-e-bouchon que tu es !

Barkstead, surpris de celte exclamation, en demanda l’explication à Andlay. Celui-ci pendant que le prédicateur finissait sa harangue, répondit au colonel:

LES DEUX CADAVRES. i21

— Un soir, ii ii’y guère plus d’un an, Cromwell avait invité quelques intimes à souper avec lui. Nous étions huit ou neuf athées et trois ou quatre déistes, tous de même opinion et nous souciant fort peu de la religion. Les valets avaient été renvoyés, selon l’usage, de façon que nous nous servions nousmêmes. Tout-à-coup Cromwell, voulant nous faire goûter d’un mafvoisiequi remonte aux Lancastres, cherchele lire-bouchon. Point de üre-houchon, il le demande; on s’empresse, chacun sc met en quête, Cromwell, non moins ardent que les autres. Au milieu de la confusion qu’avait fait naître cet accident, entre un officier. — Une députation des vrais enfans de Dieu, (lit-il, voudrait implorer la sainte présence de milord. Cromwell s’arrête et répond : — Je ne puis la recevoir. — Que diraije donc à ces gens ? répliqua l’officier. — Mais, dites-leur, re- |>artit Cromwell..., que je cherche le Seigneur. Et à peine l’officier avait-il fermé la porte, qu’il s’écria : — Ma foi, je l’ai trouvé, le voici ! Et il nous montra le tire-bouchon en riant. Le surnom est resté à l'instrument et le Seigneur de Cromwell sera connu un jour. -

L’austère vertu de Barksteads’affiigea de ce récit, sans pourtant s’en étonner: il connaissait Cromwell; mais comme en lui le politique l’emportait sur l’homme religieu;^, il n’en avait pas moins fait son idole. Il continua à regarder de derrière son rempart de soie, et vil passer, l’une après l’autre, une députation du jiarlement, puis une du clergé catholique d’Irlande, puis une des serviteurs du Covenant. La plus curieuse, pour des sp(îclalcurs indifférens, eût été celle des millénaires, qui sommèrent Cromwell de déclarer s’il n’était pas Jésus en personne qui venait régner pendant mille ans sur la terre, le priant, s’il en était ainsi, de prolonger leur vie durant tout son règne. Mais celle (jui surprit le plus Barkstead, fut la députation du clergé anglican de Westminster, à la tête duquel il re- («iinut Juxon, dont la harangue finit par une ardente prière à l’Élernel pour la conservation des jours du héros de l’Angleterre.

Barkstead en demeurait aussi surpris qu’indigné, lorsque le son d’une voix connue appela encore son attention. Richard,

I2S U» iksui

i«â>inèmc, jusqu'à ce moment assez indiiTércat, sc prit à écouter. L'orateur qui parlait eu ce moiucut, était un homme de trente-six ans à peu près , vôtu comme un riche particulier, et portant au cou la chaïuc qui distinguait les syndics des corporations marchandes. 11 parlait au nom du corps respectable des boucliers, et c'était l’honorable maître Tom Love, que nous avons laissé croyant traîner le cercueil de Charles à la Tami-

se; àcôlédelui était un jeune homme portantune sorte de cor- Iteille ouverte que l’on supposait être un présent. Sou discours eut cela de remarquable, que, dès les premiers mots, ilappela toutes les attentions, et plus particulièrement celle d'Andlay.

Milord, dit-il de sa vpix toujours tonnante, milord, les médecins sont des ânes. Ils vous ont tué le corps en vous prenant le plus pur de votre sang et eu vous taisant boire de l'eau chaude en place de bonne àle et de bœuf rôti.

A ce préambule, Andlay fut pris d'une irritation qui ne se manifesta d'abord que par dos toussemens muets, car la colère l'avait tellement pris à la gorge, qu'il ne pouvait plus parler. Tom Love continua :

— Si vous daigniez, milord, écouter les conseils de ceux qui vous aiment pour vous et non pour eux , vous feriez pendre quehjues uns de ces docteurs en maigre chère , cela ne pourrait vous faire que du bien , et vous vous en porteriez beaucoup mieux.

A œ moment, les exclamations d'Andlay commencèrent à devenir intelligibles, mais il ne les proférait qu’à voix basse. Les noms de manant, de scélérat, de juif, de voleur, de Iwurreau, sortaient convulsivement de sa bouche. Dans sa colère, il donnait à l’orateur des épithètes les plus incohérentes, le qualifiant des noms qu'il méprisait le plus, l’appelant tour à tour, Irlandais, préteur sur gages , ménestrier. Cependant le syndic poursuivait toujours :

— C’est avec joie que le peuple anglais, et particulièrement l’honorable corporation des bouchers, a appris votre rétablissement, et que vous avez mis à la porte ces marchands d’buile épicée, de racine et de feuilles d’arbres.

Le colonel avait toutes les peines à retenir le furieux me-

Ii£S DK(JX CAi»ÀVRCt$. IS3

(Icciu , qui voulait aller sc mesurer avec l’oraleur. £ofiu, Love acheva en disant :

— L’honorable (M>rps des bouchers, Umcbé de vous voir rentré dans la bonne routes où marche la santé, m’a chargé do vous oSrir ce présent, pour vous engager à y persister.

Et comme à ces mots , il découvrit un magnifique filet de bœuf, posé sur un plat d’argent,

— Brigand ! bourreau 1 assassin I s’écria Ândlay , eu échappant à Barkstead et en entrant dans la salle , tu no périras que de mes ordonnances, scélérat, usurier, cooiédicu.

Ces exclamations troublèrent la réception plus qu’on ne peut le dire ; mais elles s’expliquèrent facilement pour tous ceüx qui reconnurent Andlay, et qui avaient entendu Tom Love. Chacun s’empressa pour savoir ce ([u’il allait résulter de cette étrange collision de deux autorités aussi puissantes. Mais, sans écouter personne, Andlay s’élança dans la chambre du malade avec une fureur toujours croissante, et, s’approchant du lit, il se prit à crier :

— B vous sied bien d’écouter les hommages et les félicitations des corps de l’État, quand vous n’étes plus qu’un cadavre, vivant par artifice, et qui n’avez de force que celle que ma science vous porte. Encore, s’il s’agissait d’entendre les saints avis d’un prêtre ou d’un docteur, mais c’est pour prêter l’oreille aux absurdes sottises d’un goujat, d’un va-nu-pieds.

Tom Love, à ces mots, se prit à jurer de toute la force de ses vastes poumons et à montrer son poing au docteur pardessus les piques croisées des côtes de fer. Andlay, ne recevant pas de réponse du Protecteur , continua, la rage dans le cœur c dans la voix : ’

— Hé bien ! puisque tu te plais à prêter attention à ces iiifùmcs invectives contre l’art qui t’a disputés! long-temps à la mort, apprends, Cromwell!..

Et pour rendre son arrêt plus horrible , il s’approcha de la couche magnifique du Protecteur, entr’ouvrit le rideau, se pencha sur le Ut, et d’un ton d’oracle il cria :

— Apprends, Cromwell.... Oh ! Oh !

Et le docteur se releva stupéfait, la bouche béante et terri-

fié ; une sorte de rire convulsif et de colère menaçante se disputèrent quelque temps sur son visage et lui donnèrent l’air d’un fou. Mais la fureur l’emportant enfin, il sortit comme un insensé, de la chambre de Cromwell, écumant, poussant des sons inarticulés et gagnant les appartemens intérieurs, sans que personne pût comprendre la cause de ce singulier état.

En ce moment, quelqu’un frappa sur l’épaule de Barkstead, qui était demeuré derrière le rideau, et celui-ci reconnut son collègue, le colonel Okey, qui lui fit signe de le suivre avec Richard, par la porte basse, où s’étaient montrés les deux soldats qui avaient refusé passage à Andlay.

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