‹ Les deux cadavresChapitre 11 sur 37 · LA CHAMBRE · texte numérisé non relu

LA CHAMBRE

Le colonel suivit son guide pendant quelques minutes à travers un dédale de passages et de chambres, fort mal éclairés, mais terriblement gardés. De dix pas en dix pas, deux soldats immobiles comme des pierres inilliaires, arrêtaient leur marche, pour échanger le mot d’ordre avec le colonel Okey ; et , de même (juc les bornes de la route mesurent la marche du voyageur, de même le nombre de ces gardes pouvait servir à calculer les craintes du Protecteur, et en donner une cspècc d’approximation mathématique. Ce serait une échelle de proportion à établir pour le palais des souverains, et qu’on pourrait appliquer ii l’amour du peuple, en calculant celui-ci en raison inverse de l’élévation de l’autre.

Toutefois, ce n’était pas contre la haine populaire que tant de précautions avaient été prises, c’était plutôt contre la curiosité de certains amiset l’attente de tous les jiartis. Barkstead suivait toujours Okey dans un parfait silence, et bientôt ils

eurent gagné la partie de Saint-James opposée à celle où venait d’avoir lieu la réception des députations de la ville de Londres. Enfin, après bien des détours, Okey ouvrit une porte basse et étroite, et introduisit Barkstead et son fils dans une chambre assez spacieuse, dans laquelle se trouvait un lit. Au moment où le colonel entra dans cette pièce, il vit Andlay qui arrivait par la porte principale, ayant pris sans doute un autre chemin que celui que lui avait fait suivre Okey. Le docteur était toujours dans l’état d’exaspération où l’avait mis le discours du syndic des bouchers. Ce courroux semblait même s’ôtre augmenté pendant le trajet qu’avait faille médecin, et Barkstead allait le questionner, lorsqu’une voix, partie du lit, les interpella tout-à-coup.

— Hé bien ! mes fidèles, a-t-on débité beaucoup de sottises aux rideaux de velours de ma couche protectorale ? Je crois sur mon anie, ou sur la vôtre, ou sur celle de mon père , qui doit savoir maintenant s’il en avait une, qu’ils criaient : Vive le Protecteur ! Ah ! docteur , Cromwell n’a pas besoin de leurs vœux , il vivra bien assez de lui-même. Je veux vivre, docteur, j’en ai besoin !

— C’est donc vous, reprit Andlay indigné, qui avez fait jouer cette comédie , et avez annoncé votre rétablissement, arrivé par l’intercession du Seigneur ainsi que je viens de l’apprendre de vos secrétaires? Et vous avez osé faire répandre dans tout Londres, il y a deux heures, qu’aussitôt que vous m’aviez chassé, l’Espril-Saint s’était saisi de vous et vous avait soufflé une nouvelle vie. Vous ôtes un fou.

— Crois-tu, médecin, reprit Cromwell, que j’aie besoin de toi pour me dicter ma conduite? Silence sur ce qui vient de se passer, docteur, ou le plus malade de nous deux ne sera pas moi.

— A coup sûr, le plus malade de nous deux, c’est vous , milord, de corps et d’esprit, ajouta Andlay; aussi ai-je amené Barkstead, le voici qui vient recevoir vos ordres.

— Demain je lui parlerai, ajouta Cromwell ; que dis-je , demain^ dans quinze ans. Me me regarde pas ainsi, docteur, avec ta face refrognée ; tu viens jouer ta farce à mon chevet

L^S pEyx CAJOXVRES.

pour iQc taire peur ctm'admiBUtrci' tes drogues; je n'cu veux plus- — Allons, raconte-moi la réception; qu’est-ce qui a parlé?

— Des sots, répondit Andlay furieux.

— Bien ! répondit Cromwell, et le nom des orateurs ?

— Pensez-vous, répliqua Andlay, que je méprise assez la mémoire, le don le plus précieux que le ciel fasse à l’homme qui aime l’étude, pour la charger des noms des gredins qui étaient là?

— J’admire ta colère, reprit en riant le Protecteur, mais d’où te vient-elle ? Est-ce donc manquer aux ordonnances de la médecine, que de s’aviser d’ètre bien portant à son insu ?

— Ah ! milord, répondit Andlay, en posant sa tète entre ses mains avec un profond désespoir : vous m’avez déshonoré.

— Parce que je me suis guéri sans toi ; allons ! allons, mon brave docteur ! je suis bon ami, je te nommerai doyen des hôpitaux de Londres, console-toi !

— Milord, rc[)artit Andlay avec uu oalme douloureux, je vous ai remis, il y a treize jours, uu paquet cacheté, il n’a pas quitté votre chevet. Veuillez me le remettre, il sera ma justification, je dois me retirer; je n’ai plus rien à faire ici.

— Te retirer ! s’écria vivement Cromwell, je ne veux pas, et qui me soignera? Ces mains de fer, dit-il, eu montrant les soldats qui gardaient la porte, ma famiUc qui me hait et qui me trahit? Kon, docteur, demeure! Je souffre encore et je puis peut-être mourir. Mais non, je ne mourrai pas si tu restes... Tu me sauveras I Andlay, sauve-moi! La vie! la vio! docteur, il me la faut, j’en ai besoin.

— La mort vous fait donc bien peur, milord, dit gravement Andlay?

— La mort! cria Cromwell, que dis-tu là, misérable? tu ne m’as jamais parlé do mort... Ah ! tu m’as trompé... Mais non, je ne suis que malade, u’est-cepas, bon docteur?... Réponds.

— Pourquoi donc avez-vous fait appeler le colonel Barkstcad? demanda Andlay, u’était-ce pas pour une mission de dernière volonté ?

— Ou fût son testament à table entre deux bouteilles de

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vui, si Toii veut, repartit €romweU; je puisJbieu confier uue dernière volonté à Barkstcad, quoique je ne sois que malade. N'cst-cc pas, docteur ? Mais réponds donc, iuiànic ! je ne suis que malade, je ne suis point on danger de mort?

La voix de Cromwell tremblait en parlant ainsi, et ses yeux hagards décelaient un eA'roi qui étonnait et affligeait ses amis. Andlay, accablé, ne savait que répondre.

— Que faire? dit-il tout bas à Barkstead.

— Lui dire toute la vérité, répondit celui-ci, également à voix basse.

— Que dites- vous là? s’écria le Protecteur, vous complotez !... répondez donc, Barkstead, que t’a-t-il dit? c’est un traître! Okey, emparez-vous de lui, il va partout semant le bruit do ma mort ; il est vendu aux royalistes, il soutient leurs espérances. Entendez-vous ce que je vous dis ? éloigncz-lc ! éloignez-lo !

— Je vous laisse, dit Andlay avec un mépris mal déguisé , je vous laisse entre les mains de l’Esprit-Saint. Beudez-moi l’écrit que je vous ai remis, je souhaite qu’il soit un mensonge, et qu’au lieu d’étre ma gloire il soitma honte. Demain, il faut que je le dépose entre des mains qui signeront à quelle heure elles l’ont reçu ; donnez, milord, le temps presse.

— Qu’est-ce donc que cet écrit? reprit Cromwell ; tu ne l’auras point, Andlay, c’est quelque iufàmo perfidie ! je ne te le rendrai point, je veux le connaitre.

Aussitôt il chercha avec anxiété sous le coussin qui soutenait sa tête, et en retira un papier soigneusement lermé ; il allait en briser le cachet, lorsque Andlay s’écria ;

— Arrêtez, milord, n’ouvrez pas ce paquet, il garde un secret de mort.

— Un secret de mort ! dit Cromwell épouvanté, en se mettant sur son séant et en laissant tomber le papier devant lui. Ah ! quelque poison subtil, enfermé là, n’est-cc pas, misérable? Sais-tu quel supplice on garde aux assassins et aux traîtres, pour un pareil crime ?

— Milord, répondit Andlay, ce que j’ai déposé sur ces feuilles a été écrit le vingtième jour du mois d’août. Ce jour-'là

même , ce papier vous a été remis en présence de plus de dix personnes qui l’ont scellé de leurs armes, et demain seulement il devait être ouvert en présence de ces mêmes pei-soimcs.

— Je sais cela, dit Cromwell. Hé bien! il le sera ce soir, ici même. C’est peut-être le secret d’une conspiration, ajouta-t-il en changeant de soupçon. Fou que je suis! j’ai gardé ce papier treize jours entiers sans y penser, et cela pour te plaire. Mais je vais apprendre tout de suite...

— Apprendre ce que vous ne deviez pas savoir ainsi, dit .\ndlay eu l’interrompant ; et ce que vous n’ôtes pas capable d’entendre.

— Qu’est-ce donc, misérable? cria Cromwell.

— La vérité, milord, répondit le docteur.

— Barkstead, reprit le Protecteur avec une colère extrême, ouvrez ce papier et dites-moi ce qu’il contient. Ah ! sans doute quelque infhme satire sur mon compte , ou bien quelques secrets que j’aurai révélés dans la fièvre. Tiens , Barkstead, prends et lis. Ah! il me reste la force de te punir, Andlay. Ouvre donc, Barkstead.

— Mais, répliqua le colonel, ce papier est cacheté des armes de gens honorables, et il est écrit sur le dessus : Pour être ouvert en notre présence le ♦ septembre, quoi qu'il arrive. Les signatures suivent cette suscription ; prenez garde, milord, ceci a toute la sainteté d’un dépôt.

— Veux-tu me dire ce que contient ce papier, Andlay ? dit Cromwell dans une anxiété extrême.

— Demandez-le à l’Esprit-Saint, répondit le médecin..

— Imbécille, repartit le Protecteur, qu’importeàtamédecine ce que j’ai fait annoncer au peuple. Ne vois-tn pas, idiot, que si je meurs, on prétendra que c’est de ma faute parce que je t’ai renvoyé, et que je me soucie de ce qu’on dira de moi après moi, en fait de prévision, comme du bruit des cloches qui sonneront ; tandis que si j’échappe, le peuple croira de bonne foi que j’ai eu véritablement une conversation avec l’Esprit de Dieu en personne , et alors, comprends-tu ce que deviendra l’Angleterre sous ma main ? m’adorant comme un élu, comme un fils du Seigneur, comme... Ah ! ajouta-t-il, en

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s'interrompant iui-mème... si j'y avais pensé plus tôt il y avait de quoi s’établir prophète... ah ! ah ! continua-t-il en riant, ce , serait singulier... mais non, c'est assez. Oh! que cette nouvelle me réussisse et l’Angleterre est à moi et le monde est l’Angleterre !

Andlay et Barkstead contemplaient Cromwell avec admiration , car alors il portait sur son front chauve et nu l’auréole de sa volonté puissante et active. Son œil vibrait, ses larges narines aspiraient l’air avec force, il continua :

— Crains-tu, maintenant, docteur, que je t’aie déshonoré en disant que je t’ai éloigné de moi parce que j’ai pris le bon Dieu pour médecin ! es-tu jaloux de ce rival-là? Allons, calmetoi, vieux fou, et dis-moi ce qu’il y a dans ce papier.

— Un oracle comme le vôtre, milord, dit Andlay, et l’on saura dans quelques heures lequel est menteur du vôtre ou du mien.

— Eh ! que dit-il donc, ton oracle ? repartit Cromwell, reprenant sa colère ; infâme histrion, qui cherches à me tromper. Cœur sans foi, ni probité, que dit-il donc de si contraire au mien ?

— n dit, répliqua Andlay d’une voix solennelle, que le 3 septembre, avant minuit sonné, Cromwell, protecteur de la Grande-Bretagne, sera mort !

— Dit-il cela? s’écria Cromwell en s'attachant avec force à ses couvertures, droit et immobile sur son séant, la bouche entr’ouverle et les lèvres agitées d’un tremblement effrayant: Barkstead, ouvre ce papier et lis-en le contenu : oh ! je ne peux pas mourir ainsi... Mourir! mourir! répétait-il d’une voix déchirante; non, Andlay, tu me trompes, tu te venges; tu n’as pas prévu cela, ce n’est pas vrai... réponds.

Le médecin garda le silence. Cromwell, plus furieux, continua :

— Et pourquoi, misérable, as-tu prévu que je pourrais mourir ? infâme scélérat, quel démon t’a poussé à faire cette supposition ? on t’a payé, hypocrite, pour la faire. Tu as vendu le secret de ma vie à mes assassins! tu as osé dire que je pouvais mourir.

•— Écoute donc, s’écria le docteur avec la môme solennité et

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en prenant kr papier des mains de Barkstead, jamais homme ne sacrifia à un homme plus que je ne fais en ce moment. Écoute, c’est Pimmortalité d’un nom que je dépose en offrande sur ta tombe, car ceci, demain, eût semblé une révélation au monde entier, mais non pas une de ces menteuses et fausses comédies que tn joues, mais le résultat de l’étude la plus sincère et la plus profonde. Et maiiitenant j’en détruis toute la puissance, pour foi seul et dans ton intérêt; je la détruis pour que lu ne sois pas saisi, comme un soldat sans armes par son ennemf ; pourque tu saches enfin qu’il faut que tu te prépares à quitter cette terre sur laquelle tu as pesé si lourdement. Je la détruis, Cronrwell, afin que ce mensonge dont tu te berces toi-môme, que Ton te trompe sur ta vie pour te dominer et te conduire, s’eSàce de ton esprit, et que tu puisses faire les derniers actes (Tun homme : prier et ordonner.

Tous Se serrèrent près de la Couche de CromvrelT, le docteur au chevet, Okey et Barkstead debout près de hii, et le jeune Richard plus éloigné, toutà-fait au pied du lit ; le Protecteur, toujours assis, s’était tourné vers le docteur. L’effroi qui l’agitait avait quelque chose de triste il voir ; c’était une cruelle déception pour ceux qui l’avaient aimé et admiré, que cette épouvante qui bouleversait son visage. La lampe, suspendue au plafond, jetaft une clarté à peine suffisante pour cette lecture. Andtay brisa le cachet; l’attention devint plus extrême, un profond soupir s’échappa dfe la poitrine du Protecteur. Andlay lut :

— Le 13 juillet 1658, appelé il donner mes soins à Olivier Cromwell, protecteur de la Grande-Bretagne, j’ai conçu le projet d’établir que l’art divin de la médecine est une scicnce dont le pouvoir est basé sur les plus profondes connaissances de l’ame, mises en rapport avec l’appréciation la plus exacte du corps.

Ce préambule étonna les auditeurs, Cromwell devînt attentif. Andlay suivit sa lecture :

— Jamais plus illustre exemple ne pouvait appeler les regards du monde, je l’ai donc choisi comme le plus invincible qu’on p(U opposer aux incrédulités des ennemis de l’art médical ,

— Hum! (lit Cromwell, voyons!... — Andlay continua :

— Tobsersai le Protecteur, je reconnus en lui un esprit intact et une volonté fennc ; mais je vis en même temps que ces nobles qualités n’habitaient plus qu’un corps usé.

— Diable! murmura Cromwell, après? — Le docteur poursuivit :

— J’en recherchai les causes. Le cœur haletant, le Front ridé et la face amaigrie portaient Tempreinte de ces chagrins qui ont, pour jamais, séché la source de l’existence. Je fus assuré que le puissant Cromwell avait passé de longues nuits le cœur brisé et les yeux en pleurs, cherchant à qui donner une part du pouvoir qui l’entoure pour un peu d’amour et de reconnaissance. Je compris que ta douleur avait tué Cromwelt plus (jue le travail : car le travaif et le génie ont toujours, durant sa vie, trouvé dans le succès leur récompense, et par conséquent leur régénération ; tandis que les affections de l’homme, refoulées en lui par l’ingratitude et la trahison, l’ont séché comme une flamme intérieure.

Le visage de Cromwell se peignit d’une singulière émotion à ce passage. Andlay lut encore :

— Je cherchai alors où était la maladie du Protecteur, et je reconnus qu’elle n’était qu’un dépérissement occasioné par une cruelle mélancolie, qui procédait, à pas lents, parla décomposition du corps, à la destruction du plus puissant esprit du monde, comme fait fe ver qui perce le chêne immense des forêts, et le tue incessamment. Pépiai la marche de la maladie ; je la suivis, pas à pas, jour à jour, heure à heure ; je pesai dans ma main ce qu’elle arrachait par minute à fa vie du chef du peuple anglais ; et, après trente-cinq jours d’observations, je prononce aujourd’hui, 20 août 1638, que Cromwell, dévoré de déceptions et d’ennui, sans autre cause de maladîè que le soupçon, les regrets, rimpuissaiice et le dégoût, sera usé jusqu’à son dernier souffle et sa dernière pui^nce de .• sentir, et qu’il sera ainsi tué et mort, avant que Theure de minuit du troisième jour de ce mois de septembre ne soit sonnée.

La lecture était achevée, et un morne silence régnait dans

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la chambre. C’est h peine si Barkstead osait lever les yeux sur le Protecteur. L’aspect de ses craintes lui déchirait plus le cœur que l’idée même de sa mort. Il s’attendait à de nouveaux cris, à des larmes et des fureurs ; il s’avança vers lui :

— Quelle heure est-il ? demanda Cromwell d’une voix calme.

— Huit heures, répondit Okey.

— C’est bien ! nous n’avons pas de temps k perdre, répliqua le malade. Okey, va prévenir ma femme et mes enfans que je veux les voir dans une heure. Docteur, il fallait me dire cela plus tôt. Au reste, Andlay, je te remercie, ceci est l’œuvre d’un génie profond. C’est une bien remarquable prévision, et pourtant l’étonnement, que cela eût causé, n’eût tenu qu’à l’ignorance où l’on est de ton art. Il doit avoir, comme toute chose, des règles et des lois reconnues dans la nature, et d’après lesquelles onpeutdire certainement ce qui arrivera le lendemain : car, moi aussi, j’ai deviné dansma vie, deviné, à une heure près, la marche d’une armée'^na chute d’un pouvoir. Puis, s’animant, il continua: — Il ne faut pas être si fier, docteur, d’avoir prévu que je mouri’ais aujourd’hui : car enfin, tu observais sur un corps, sur une substance qui tombe sous l’œil et sous la main, tandis que moi, je n’ai regardé et n’ai pu voir que des symptômes qui ne sont saisissables qu’à l’esprit, et pourtant si je voulais prédire, moi ! je ne parlerais ni d’un homme, ni de quelques jours ; je te prophétiserais le destin de tout un peuple, et j’embrasserais des années d’avance. Mais je déposerai aussi quelque part la preuve de cette prévoyance, et tu jugeras alors si tu dois pleurer si fort ce que lu appelles ta gloire perdue, en comparant ta science à la mienne.

— Une toise n’ajoute rien à la hauteur d’un clocher élevé comme celui de Westminster, mais un pied grandit de beaucoup la quille qui n’a que six pouces de haut, milord, repartit le docteur. Cependant il importe peu maintenant, le sacrifice est fait, je n’y pense plus, je n’ai pas tout perdu, et je viens d’apprendre un secret du cœur de l’homme, que je soupçonnais depuis long-temps.

— Lequel ? dit Cromwell.

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— C'est combien la certitude donne de courage.

— Ne va pas trop loin, Andlay, ce changement tient peutêtre plus à mon caractère particulier qu’à l’humanité en gér>éral. Toutes les fois qu’il m’a fallu décider quelque chose, j’âi l>ataillé avec moi-mème, tant que j’ai pu ; mais une fois mon parti pris, j’ai marché haut et droit. Tu me pardonneras peutêtre bien d’avoir un peu biaisé avec la mort; mais c’est fini, n’en parlons plus.

Okey rentra dans la chambre en ce moment ; il annonça que la famille de Cromwell se rendrait à ses ordres. Le malade lui ht signe d’éloigner les soldats qui étaient à la porte de la chambre immobiles et muets, et Barkstead, Okey, Andlay et Richard demeurèrent seuls avec le Protecteur.

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