‹ Les deux cadavresChapitre 30 sur 37 · LE POT DE BIERE DE PAWLTRY · texte numérisé non relu

LE POT DE BIERE DE PAWLTRY

A mesure que ce récit avance , un scrupule revient sans cesse à Tesprit du narrateur. Bien qu'il se soit déjà expliqué sur ce scrupule, il craint de ne pas l’avoir fait assez complètement; le titre de l’ouvrage l’inquiète, et il se demande si, malgré ce qu’il a dit au commencement de ce volume, ou ne lui disputera pas la vérité de ce titre : les Deux Cadavres. Et, véritablement, on peut dire que c’est trop ou trop peu. Trop peu, si l’on veut compter numériquement tous ceux dont on a parlé dans ce livre: trop, si le titre ne doit comprendre que ceux qui y jouent un rôle important; trop d’un, en effet, car jusqu’à pn^nt, le seul cadavre de Charles a paru sur la scène de ces événemens, tandis que les restes de Cromwell demeurent intacts et ignorés sous leur gazon de Nazeby. Sans doute, c’est une incontestable vérité que, jusqu’à présent, Cliarles l'^a fait les frais de nos tristes récits, et cependant on ne saurait nier que, quoique absent, Cromwell n’y soit pas aussi nécessaire. C’est lui, c’est son cadavre, qui est la cause des résolutions et des colères dont un autre subit les effets ; et, s’il est permis de comparer une composition si petite que celle-ci à ime œuvre magnifique d’un magnifique génie, l’auteur osera dire qu’il a pu admettre le cadavre de Cromwell à compter dans son titre, de môme que le grand Corneille a donné le titre de la Mort de Pompée à une tragédie où ne paraît pas ce rival de César.

Après cette crainte, une autre arrive encore souvent à la conscience timorée de l’auteur. Il a peur qu’on ne l’accuse

d’avoir entassé à plaisir une suite de tableaux horribles , et aussi fâcheux à se représenter physiquement qu’à approfondir dans leur moralité. Ces exhumations ; ces cadavres dispersés; ces férocités du pouvoir qui ont pour écho les férocités du peuple ; ces jeunes gens, ivres de vengeance, jusqu’à Touhli de toute pitié et de tout honneur; ce délire furieux d’un amant; cet indigne oubli d’un fils ; ce noble qui se fait bourreau ; ces frères qui se tuent, tout cela n’est-il pas une fiction de mauvaise humeur, une noire et féfide invention qui doit soulever le cœur jusqu’au dégoût, révolter l’esprit jusqu’au doute, et l’ame jusqu’au mépris ? L’auteur répond : Ce n’est pas une fiction, ce n’est pas une invention, c’est une vérité. Que, si elle parait surprenante et invraisemblable à mes lecteurs, le plus jeune d’entre eux se rappelle ce dont il a été contemporain, les réactious de Naples, les supplices de Madrid, les potences de Modène, et les exilés de Varsovie, qui vont, femmes, enfaus et vieillards, peupler les déserts de la Sibérie ; que les plus âgés de ceux qui me lisent retournent à 95, aux tombeaux de Saint- Denis, aux deux et trois septembre, à la princesse de Lamballe et à Féraud ; que ceux qui voudront admettre l’histoire en témoignage, rejettent leurs souvenirs jusqu’à la révocation de l’éditde Nantes, la Ligue, la Saint-Barthélemy, et plus loin encore, jusqu’à la guerre des Albigeois, sur laquelle il reste à faire un livre admirable ; qu’ils comparent et avouent si tout ce que l’auteur a représenté jusqu’à présent n’est pas d’un choix, tout au moins discret, dans les amas d’horreurs que présentent les vengeances des haines politiques et religieuses.

D’une autre part, si la moralité de ce livre ne sort pas lucide à l’esprit du lecteur, du récit qui vient d’être fait, c’est la faiblesse de l’auteur et non son intention qu’il faut en accuser. Si, surtout, on n’a pas vu dans cette peinture un sévère avertissement donné aux partis, et un exemple terrible montré à leurs séides, des fureurs où l’on peut être entraîné lorsqu’on sort d’une voie de justice et d’humanité, l’auteur a manqué à sa propre pensée. Mais il espère qu’il n’eu est pas ainsi, et c’est dans cet esprit de conviction qu’il abordera les derniers et les plus formidables événemens de cette histoire.

LES DEDX CADAVRES.

Et maintenant, si cet ouvrage n’était pas un pauvre et misérable livre écrit en prose et destiné à la simple curiosité d’un cabinet de lecture et de ses abonnés ; si surtout il restait aux hommes de nos jours, écrivains et lecteurs, quelque croyance honnête et élégante eq poésie, quelque foi en cet esprit intelligent et inconnu que l’on invoqua si long-temps sous le nom de muse, et que le docteur Gall a emprisonné dans une bosse ; si enfin, tout n’était pas proscrit des formes de nos vieilles et sublimes compositions, l’auteur se hasarderait à implorer la force invisible ou matérielle qui l’a conduit jusqu’à cette page, de le soutenir plus que jamais, de lui être encore en aide et même de s’accroître en raison du personnage qu’il faut mettre en scène tout entier. Ce personnage, c’est le peuple, non pas le peuple, cet être moral qui est tout, cette abstraction qui part d’une couronne et arrive à une guenille, mais le peuple, c’est-àdire une assemblée d’hommes qui n’est ni la populade, ni la boui^eoisie, ni la noblesse, ni le clergé, mais où il y a des prêtres, des nobles, des bourgeois, des portefaix et des mendians.

Car il va s’agir du peuple dans cette acception, à laquelle le mot foule ne répond pas assez largement. En effet, le mot fou peut convenir à dix rassemblemens séparés et très nombreux qui peuvent cliacun s’a^ter dans la cité pour des événemens ou dans un esprit différons, tandis qu’on ne saurait appeler du même nom toute la population d’une ville levée à la même heure sous l’empire du même motif, et qui, avec mille sentimens divers dans les individus, est destinée, lorsqu’elle se sera agglomérée et concentrée, à avoir une ame unique, une intelligence, un raisonnement, une volonté et une exécution uniques, comme un être simple ; et qui pensera et agira comme un homme sans qu’on puisse dire où sont la tête et les bras du colosse. C’est cet être collectif que nous appellerons le peuple.

C’est ainsi, et sous cet aspect, que se présentait une immense multitude aux environs de Westminster. Curieuse avant tout, elle voulait être témoin du spectacle qui allait lui être présenté. Parmi les sentimens d’horreur ou d’approbation que se partageaient ces milliers d’hommes, la curiosité

dominait sur tous, et unifiait, pour mnsi dire, toutes ces diverses pensées. Ce fut du moins cet unanime sentiment qui accueillit l’ouverture des portes de Westminster. Tous les yeux convergèrent à la bière de Cromwell. Ce n’était comme nous l’avons dit, qu’un coffre noir marqueté de quelques clous à larges tètes, etil semblait que pour une si grande attente, ce fût un bien petit objet, ou du moins que ce ne fût pas l’objetde l’attente; et cependant, il n’y eût ni désappointement ni réclamation dans la foule.

Qu’attendait le peuple, en effet ? La bière de Cromwell. Plus misérable ou plus riche, d’un bois pourri et dégradé, ou d’un cuivre luisant et doré , elle eût éveillé la même attention, parce qu’elle avait un nom qui couvrait et faisait disparaître l’élégance ou la difformité de sa structure, la richesse ou la pénurie de la matière, c’était de s’appeler la bière de Cromwell.

Ce fut peut-être à ce que cette bière se trouva fermée et qu’elle ne ramena pas la pensée populaire à s’occuper de la forme qu’avait prise dans la mortle cadavre de Cromwell, que cette pensée dut de rester immense et solennelle. En effet, que le corps du Protecteur, nu, amaigri, desséché, puant, violet, avec des yeux vides, une chevelure et une barbe çà et là arrachées, des membres dégradés, rongés, entamés, et étendu inerte et délabré dans le fond d’une charrette, eût été étalé aux yeux de la multitude, et toute son attente se fût tournée en dégoût, en horreur, en fuite. Mais cette bière de Cromwell, fermée et impénétrable, fut une bien autre puissance : car, l’imagination la remplit, et tout Cromwell l’occupa.

A cette heure, à cette minute, toute l’histoire de Cromwell, d’un bout à l’autre, s’écrivit instantanément dans la pensée de tout ce peuple, chaque mémoire en ressuscita une partie, chaque souvenir en reproduisit quelque chose. A cette épopée mentale, ceux-ci fournirent une page, oeux-là une phrase, quelques uns un mot.

Un soldat l’avait vu combattre à Worcester, et il s’en souvenait ; un marin l’avait mené à la soumission de l’Ecosse, et il s’en souvenait; l’un l’avait vu si^cr au parlement et au conseil ; l’antre chasser le renard ; il avait expliqué la loi à ce

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jv^e, et la Bible à ce ministre; cdni-ei l’avait vu pardonner, celui-là punir; il avait prôdié devant beaucoup et s’était enivré devant quelques uns; il avait été brutal à l’un, doux et poli h un autre ; il s’en trouvait avec qui il avait discuté les intérêts de l’Angleterre, et d’autres qu’il avait chicanés sur le montant d’un mémoire ; plusieurs l’avaient vu calme le jour de la mort de Charles, plusieurs l’avaient vu triste de la mort d’un chien Favori ; il avait été le subordonné de quelques uns et le maître de presque tous ; l’un avait voulu le tuer, l’autre lui devait la vie ; un vieillard l’avait vu commencer, croître et finir, un plus jeune n’avait connu que sa puissance ; là, il avait répondu, le chapeau en tête, à un ambassadeur, et là, salué un ouvrier, un viel ami ressaisissait beaucoup de momens passés avec lui, et un enfant se rappelait que sa mère le lui avait montré une fois : chaque heure, enfin, de la vie de Cromwell avait là son témoin, son souvenir, son récit; même l’heure si cachée de sa mort, que Richard représentait dans cette vaste histoire.

Maintenant, qu’on explique par quelle intelligence suprême, par quelle puissance inconnue, de ces mille fractions isolées, il se crée un tout unique ; de ces mille pensées, particulières à chacun, une pensée commune à tous ; de ces souvenirs d’individus, un souvenir de peuple. Qu’on explique ce fait, et ce sera une prodigieuse conquête de l’esprit humain , et le fil conducteur, une fois trouvé, ce sera peut-être expliquer l’ame, expliquer Dieu.

Pendant que ce sentiment universel d’attention et de premier respect accueillait la bière de Cromwell , Love retrouva Richard dans la foule, près de la porte principale de Westminster. Le jeune homme lui raconta le duel de Downing, sa mort et l’état désespéré de son frère, qu’il avait laissé aux mains d’Andlay. R lui dit aussi l’espèce de rendes^-vous que Ralph et lui s’étaient donné à Tyburu. A pareil jour, et quatorze ans avant, ils s’étaient trouvés sous l’échafaud de Withe- Hall, et Richard souriait en pensant à la victime de ces deux journées. Love lui rendit compte, en retour, de ce qui s’était passé dans l’église et ne lui dissimula pas les craintes que le

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shérif avait loanifcstécs du rendez-vous qu’on s’était donné dans la rue de i’awllry. En conséquence, il s’échappa un moment pour quitter son déguisement, afin de pouvoir agir plus librement selon les circonstances sur les masses dont il était connu, et il revint à côté de Richard.

Foule, magistrats, charrette et cercueil, s’avançaient néanmoi ns, et rien ne semblait devoir troubler l’ordre de l’exécution . On était arrivé dans la rue de Pawltry ; elle était, comme toutes celles par où passait le cortège, encombrée d’une multitude penchée aux' fenêtres, dressée sur des chaises, curieuse, murmurant à l’aspect lointain de la bière et se taisantà son passage. On arriva ainsi devant la taverne qui était située au milieu, à peu près, de la longueur de la rue. A toutes les fenêtres de cette taverne, étaient entassés des hommes de la plus vile populace, à celle du milieu était le maître de la maison.

Les Anglais ont un mot pour exprimer cette sorte de gens qu’on rencontre dans les villes et particulièrement à Londres, les jours d’émotion publique. Ce mot, qui ne peut se traduire par le terme populace, a quelque chose de plus significatif. Mob, car mob est le mot dont nous parlons, a un caractère à soi ; il définit à lui tout seul cette effroyable éructation des repaires de mendicité, des tavernes clandestines, du vice boueux; il peint dans sa courte syllabe ce hideux vomissement que versent, sur les places publiques et dans les rues, les ateliers de tannerie, le curage des portset des égouts; il représente, d’un trait, tous ces hommes, vêtus de lambeaux de serge et de toile, hideux, les cheveux peudans, l’œil vitreux, le geste abruti, la bouche demi-béante d’une soif qui s’adresse à tout, eau et bière, vin et sang; ces hommes, enfin, qui, les jours où la société a la lièvre, montent à sa surface comme des pustules ù la peau de l’homme malade.

Voilàquels étaient les hommes qui remplissaient cette maison, et Williams, l’ancien ouvrier du port, était le propriétaire. Dès qu’ils aperçurent la charrette qui avançait lentement, ils se retournèrent vivement les uns vers les autres, s’avertissant sans doute que l’heure était venue et s’encourageant nuUuollcment. Cependant ils ne bougèrent |ias de leurs fenê-

très, et lo shérif, qui les avait vus de loin, espéra passer sans obstacle. Toutefois, il ordonna au petit nombre de dragons qui accompagnaient la charrette de se tenir prêts, et fit avertir un corps de troupes à pied qui était dans le voisinage, d’accourir si le tumulte devenait trop grand. Enfin, au moment qu’on arrivait devant la taverne et qu’on s’apprêtait à passer outre, un grand nombre de voix s’écria :

— Arrêtez ! arrêtez ! le droit de Pawltry ! le droit de Pawltry ?

Cette injonction de s’arrêter, eût-elle été prononcée par cent mille bouches à la fois, n’eût pas suspendu d’un pas la marche du shérif; mais une seule voix eût-elle mêlé à ces acclamations le mot de : droit, qu’il l’eût immédiatement écoutée. C’est cet admirable respect du magistrat qui applique la loi pour toute prétention basée sur un droit quelconque, qui garantit à cette loi le respect du peuple qu’elle gouverne. Assuré qu’il est qu’aucune réclamation ne sera écartée sans examen, si elle repose sur une vraisemblance de droit, c’est toujours en son nom qu’il parle. A vrai dire, mené par ses passions comme tout autre peuple, ses exigences ne sont pas toujours raisonnables ; mais habitué à s’enfermer dans le cercle de la loi, il faut qu’il y cherche un point de départ, et cette obligation arrête beaucoup de ses exigences et en restreint le plus grand nombre. Sans doute, il torture la loi, il la poursuit dans ses moindres détails, il la presse pour en faire sortir des armes pour lui ; mais enfin quelque ingéniosité qu’il y mette, quelques ressources qu’il trouve dans les textes contradictoires ; elles ne sont pas aussi fécondes que ses caprices et ses désirs pourraient le devenir.

C’est pour le maintenir dans cet esprit et dans cette habitude, de ne demander, que la loi à la main, que la magistrature anglaise rend souvent des arrêts si extraordinaires, bien certaine que la singularité, ou môme l’injustice d’un jugement particulier, ne saurait se mettre en balance avec l’immense avantage qui résulte pour l’Angleterre, d’une complète obéissance à la loi. En France, où la manie du sens commun, de la droite raison et de l’interprétation, tient depuis le dernier juge

de paix jusqu'au premier président de nos cours supi'énies, on se garderait bien de rendre un arrêt absurde qui résulterait de la lettre exacte de la loi, on s’ingénierait à l’interpréter en faveur du sens commun et de la droite raison. Sans doute, l’arrêt sera meilleur dans l’espèce, mais la loi sera déshonorée dans la foi populaire. Voilà ce que nous n’avons pas encore compris, et ce dont les Anglais ne se sont pas départis encore, quelque éclat qu’aient acquis leurs lumières législatives d’un autre côté (1).

Ce cri : le droit de Pawltry ! arrêta donc subitement le cortège. Le shérif, qui précédait à cheval la charrette où était le cercueil, fit à la multitude un signe pour appeler le silence, et il s’apprêta à écouter la réclamation qu’on désirait lui adresser. Villiams qui occupait la fenêtre la plus apparente de la maison, s’écria alors :

— N’est-il pas vrai. Milord, que tous les droits des Anglais ne sont pas écrits dans la loi, et qu’il en est qui ne sont pas moins respectés pour cela ?

— Sans doute, répliqua le magistrat ; mais ceux-là sont ordinairement consacrés par un usage immémorial et connus de tous les citoyens. Et je ne vous en connais pas que vous puissiez réclamer.

— Digne magistrat, répondit le tavernier, il est triste pour moi d’apprendre que votre honneur ignore le di-oit des maîtres de Pawltry, et ceux qui nous écoutent doivent être fâchés de

(1) On peut citer le fait suivant comme un exemple de cet esprit. La loi de l’impôt faite dans les années 1820-1821 frappait d’une taxe progressive les voitures à deux roues, à trois roues et à quatre roues, et s’arrêtait là. Immédiatement après la publication de la loi, beaucoup d’entrepreneurs firent construire des voitures à cinq roues. L'administration fiscale voulut les impo.sur, mais il ne se trouva pas un seul tribunal ou magistrat, devant lequel fut portée la contestation, qui ne décidât que les voitures à cinq roues ne fussent exemptes d’impôt, attendu que la loi n’en parlait pas. Que| est le magistrat ou le tribunal français qui, grâce à sa phrase d’babitude, n’eût décidé que : Puisque les voituresà quatre roues étaient imposées, à plus forte raison, celles à cinq roues, etc., etc.

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voir que leur shéi il' ii’esl pas aussi savant que l’exige la place élevée qu’il occupe.

A celte impertinente leçon, quelques huées se firent entendre parmi les partisans du shérif, mais les plus sages mômes des spectateurs leur imposèrent silence ; chacun se disant tout bas; Cet homme a l’air sûr de son affaire ; peut-être le shérif a tort: il faut écouter. Le magistrat, qui bien souvent avait été embarrassé dans cet amas de petits privilèges fondés sur un texte ignoré de vieille loi, ou sur un usage presque oublié, et qui venait, quelques momens avant, d’être arbitre d’une contestation de ce genre, se joigni t à ceux qui appelaient le silence.

Il comprit qu’en présence de cette foule, sonjugement allait être jugé, et il ne voulait pas la prévenir contre lui, en ayant ’air d’éviter cet examen public. Ainsi , dans l’espoir de se le rendre favorable , il répondit au tavernier en élevant la voix pour se faire entendre :

— I.A place que j’occupe ne peut exiger que je sache tout ce qui fait que le peuple anglais est un peuple grand et libre : la mémoire d’un homme n’y sufihrait pas. La seule chose qu’elle exige absolument, c’est<]ue je respecte ses droits quand je les sais ou quand on me les apprend.

On applaudit à ces paroles du shérif, et l’on se mit en devoir d’écouter Williams.

— Le droit que je réclame, dit-il, est aussi ancien que cette rue, plus vieux que cette vieille maison : c’est celui de faire servir un pot de bière à tout condamné qui y passe pour se rendre au lieu de l’exécution.

Un long houra d’assentiment, une affirmation unanime répondit à ces paroles , et le shérif lui-même se rappela cette coutume. Depuis long-temps l’habitude de supplicier les simples criminels à Newgate, au lieu de Tybum, avait fiût tomber cet usage en désuétude ; et comme les condamnés politiques , qui étaient les seuls qu’on exécutât encore sur cette place, partaient tous de la Tour, et ne passaient point par cette rue, on n’avait pas eu occasion de l’exercer. Sans doute l’explication du droit était absurde, puisqu’elle assimilait un cadavre à un condamné, pour un acte qui avait licsoin de la vie pour être

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